‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 195 sur 245 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

CONTINUATION DU MÊME SUJET. DU NOMBRE

Par rapport aux intelligences créées , Têtre ^considéré en général contient quelque chose d'intelligible, et quelque chose qui ne Test pas. Ce qu'il contient d'intelligible , ce sont les propriétés ; ce qui ne l'est pas, c'est la substance. La parole proprement dite manifeste , exprime ce qui , dans l'être , est intelligible ; mais il existe une autre parole qui manifeste ou exprime à sa manière ce qui n'est pas intelligible , et cette parole , c'est le nombre. Le nombre en effet par sa nature ne correspond à rien d'actuellement déterminé par des propriétés ou de positif en ce sens, bien qu'il corresponde à quelque chose de réel.

Considérons-le d'abord dans l'Être infini? Que renferme cet être ? La substance , qui n'est pas intelligible en soi , les propriétés ou les personnes qui lui sont essentielles et la déterminent , et en outre quelque chose d'inhérent à cette même sub-

308 lre PARTIE.— DE DIEU ET DE L'tfNIVEItS.

stance et par quoi est réalisée en elle la distinction, premièrement des personnes , secondement des idées dans l'entendement divin , dans le Verbe ; et ce quelque chose qui opère la distinction exclut par son essence toute notion positive, autre que celle de distinction même et de limitation.

Le nombre , dans l'Être infini , correspond donc en premier lieu à la substance , qui a pour expression l'unité infinie ou absolue. Simple, immuable, éternelle , sans bornes , on ne sauroit y rien ajouter , en rien retrancher , car ajouter , retrancher implique des parties , implique l'absence d'unité réelle. Multipliée , divisée par elle-même , élevée à quelque puissance que ce soit , elle se représente toujours la même , toujours une , toujours infinie, toujours absolue.

Le nombre , en second lieu , correspond à la distinction , c'est-à-dire qu'il marque ou exprime les rapports des Personnes divines considérées exclusivement comme distinctes ou séparées les unes des autres ; et en cela il diffère du nom qui exprime ce qu'elles sont en elles-mêmes, ou manifeste ce qu'il y a de positif en elles.

Le nombre est donc tout à la fois fini et infini. Il est infini dans sa source , dans son principe relatif à la substance et résidant en elle. Il est fini , en tant que relatif aux idées finies. Et comme les idées éma-

Page 1