LIVRE V®. — CHAPITRE XI
nent de l'Être infini et en font partie, les nombres émanent également de l'unité infinie et en font partie.
Ainsi , considéré en soi dans sa plus grande généralité , le nombre exprime l'Etre en tant qu'un , et tout ce que renferme l'Etre , en tant que susceptible de distinction.
Son caractère et ses fonctions, essentiellement invariables , sont dans la Création ce qu'ils sont en Dieu; ce qui doit être, puisque la Création, dont Dieu contient le type immuable , n'est que la réalisation extérieure des idées divines, la manifestation progressive et ordonnée , mais sans terme possible , de l'Etre infini , de l'Etre immense et éternel , dans le temps et l'espace. En effet , qu'offre la Création ? une substance inintelligible en soi et qui est le fond de tout ; des propriétés par lesquelles seules la substance est intelligible ; quelque chose qui circonscrit actuellement les êtres en les limitant, et correspond à ce qui opère la distinction des idées en Dieu. Inintelligible comme la substance, la limite d'ailleurs exclut, ainsi que la distinction en Dieu, toute notion autre que celle de limitation même , toute notion positive par conséquent.
Le nombre , dans la Création , exprime donc aussi , premièrement , la substance , et sous ce rapport, ij est l'unité primordial d'où sortent tous les,
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autres nombres; secondement, les relations des êtres considérés exclusivement comme limités ou actuellement séparés les uns des autres ; en un mot , il est pour la limite ce qu'est la parole pour les propriétés en tant qu'intelligibles.
Il suit de là qu'un système des nombres, représentant toutes les lois possibles de la limite et de ses combinaisons, exprimeroit parfaitement ce qu'est l'univers en tant que limité. Mais un pareil système supposant, dans l'être qui l'embrasseroit clairement tout entier, un développement d'intelligence qui n'a nulle proportion avec l'état présent de la nôtre , il est dès-lors plutôt le but idéal de la science que la science elle-même , telle qu'actuellement elle peut exister. Sous sa forme en quelque manière humaine, elle comprend les rapports que l'homme peut saisir ; et , comme ce qui est déterminé pour lui va se perdre en tous sens, pour parler de la sorte, dans des nuances indéterminées et sans aucun terme assignable, ainsi la science des nombres comprend, outre les quantités déterminées , d'autres quantités indéterminées, et des multitudes de séries qui se prolongent également sans aucun terme assignable.
Que si nous envisageons maintenant le nombre dans ses relations avec les différents ordres d'êtres , nous reconnoîtrons d'abord qu'il est la langue propre , et pourquoi il est la langue propre du pre^