‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 2 sur 245 · PRÉFACE. III · texte numérisé non relu

PRÉFACE. III

conforme à l'éternel exemplaire qui tend à se réaliser en elle, et n'y sauroit être réalisé complètement : tandis que la philosophie est nonseulement incomplète sous ce rapport, mais de plus s'égare dans ses voies, se trompe sur les causes, sur les effets et leur enchaînement, leur dépendance mutuelle ; en un mot, elle peut être fausse, du moins partiellement; et quel est, jusqu'à ce jour, le système qui, après un mûr examen, n'ait pas été trouvé à certains égards erroné et inadmissible?

C'est pourquoi il importe, en considérant avec attention la marche philosophique de l'esprit humain , les routes qu'il a suivies, les méthodes qu'il s'est faites, de rechercher les causes principales des erreurs où il est tombé. Quelques courtes réflexions sur ce sujet qui fourniroit la matière d'un livre et d'un livre trèsutile, ne paroîtront point déplacées à la îête de cet ouvrage.

Parmi ces causes d'erreur, il en est une première sur laquelle il seroit superflu d'insister , parce qu'elle est tout ensemble universellement avouée et reconnue irrémédiable ; nous

ÏV PRÉFACE.

parlons du caractère même de notre raison finie et conséquemment faillible. Cependant quelques-uns ont cru qu'il étoit possible de se soustraire aux conséquences de cette faillibilité essentielle , en n'admettant rien qui ne fût, comme ils le disent, rigoureusement démontré. Mais , par rapport à l'homme considéré individuellement, cela même est un exemple des erreurs qui le séduisent; car, d'une part, on peut raisonner très-bien sur des données réputées vraies, et néanmoins inexactes ou fausses, et arriver ainsi très-logiquement à des conclusions également fausses ; et, d'une autre part, on peut , abusé par une conviction souvent invincible, regarder comme démontré ce qui ne l'est pas, ou prendre un paralogisme pour une démonstration. Cela se voit à chaque instant. Plus un esprit est obscur , débile , plus il affirme avec confiance sa pensée, quelle qu'elle soit , plus il tient pour certaine sa prétendue démonstration, plus il s'étonne que l'on se refuse à une aussi claire évidence.

Une erreur analogue a égaré des philosophes même éminents. Se persuadant que h

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