‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 203 sur 245 · Livre vé. — chapitre xnt. S2S · texte numérisé non relu

Livre vé. — chapitre xnt. S2S

dividualités elles-mêmes , selon les lois de la sym- •pathie et de l'instinct , comme on le voit par ce qui vient d'être dit.

Et ce n'est pas tout : l'amour , dans les êtres intelligents , opère encore une union plus haute , en les unissant ensemble et en les unissant avec Dieu. Il se manifeste en eux intérieurement par cet efficace et suave attrait qui les porte vers l'être auquel ils tendent à s'unir. Ils voudroient s'absorber en lui, l'absorber en eux , pour ne plus former avec lui qu'une seule et parfaite unité indivisible.

L'amour , dans le même ordre d'êtres , se manifeste extérieurement par le sacrifice, et comme , à cause de la liberté dont ils jouissent , leur amour peut être ordonné, ou désordonné, le sacrifice , selon que l'un de ces amours prédomine , revêt deux formes opposées , ainsi qu'on l'expliquera plus amplement ailleurs. Ici où nous ne considérons les êtres que dans leurs rapports réguliers avec les lois qui les régissent, nous ne devons parler du sacrifice qu'autant qu'il est la manifestation d'un amour conforme à ces lois éternelles. Or le sacrifice qu'elles exigent et qu'elles règlent est double en quelque sorte , suivant sa relation aux actes de l'intelligence et aux actes de la volonté.

Premièrement , sacrifice de l'individualité , selon la mesure voulue par l'ordre universel , pour pro-

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duire l'unité intellectuelle et morale. Car tout ce qui appartient à l'individualité , isole , sépare , au lieu d'unir , et , par son caractère variable et contingent , est en opposition avec la vérité immuable , nécessaire, absolue, qui est l'objet propre de l'intelligence , comme le bien , immuable aussi , nécessaire , absolu , est l'objet propre de l'amour.

Secondement , sacrifice ou don personnel et volontaire de soi aux autres , pour produire l'unité sociale ; car la société n'est que l'union des forces , des pensées et des volontés , et la société est d'autant plus parfaite , que le sacrifice c[ue chacun fait de soi est plus parfait. Le type de ce sacrifice , son modèle infini ; dans l'ordre de la création , est l'acte par lequel Dieu se communique incessamment, selon tout ce qu'il est , aux êtres que sa Puissance a réalisés , les unissant à lui en se donnant à eux par une perpétuelle effusion de lui-même , de sa substance , de sa force , de son intelligence et de son amour.

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