CHAPITRE II
DS l'uhiyers DANS SES RAPPORTS AVEC LES PERSONNES DIVINES.
Nous avons jusqu'ici traité des propriétés essentielles de Têtre , qui , existant à différents états et se combinant selon des modes et des proportions diverses , déterminent la nature des êtres dont l'ensemble compose l'univers. Nous avons vu qu'aucun de ces êtres n'existe isolément , que se communiquant sans cesse mutuellement , suivant les lois générales de l'ordre, tout ce qui appartient à chacun d'eux , ils tendent à reproduire , par l'unité de la Création , l'unité divine.
Mais que sont ces propriétés ? Existent-elles de soi , en ce sens qu'elles aient en Dieu seulement leurs types? Pour résoudre cette question, il faut se rappeler que si , d'une part , les propriétés primitives qu'on est forcé d'admettre en chaque être , sont essentielles à la substance, il ne sauroit, d'une autre part , exister qu'une seule substance , la substance une et absolue, indivisible et communicable, tome l 22
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et pouvant dès-lors subsister simultanément à deux états ou sous deux modes qui s'excluent dans le même être , infinie en Dieu , limitée hors de lui. D'où il suit que les propriétés inhérentes à la substance infinie , sont radicalement les mêmes que les propriétés inhérentes à la substance limitée. Tout est de Dieu, en lui et par lui. Toute force , quelle qu'elle soit est une participation de sa puissance, un écoulement du Père, un don qu'il fait de lui-même. Toute intelligence , toute forme , à quelque état et à quelque degré de limitation qu'on la conçoive , est une participation de l'intelligence , de la forme divine , un écoulement du Fils , un don qu'il fait de lui-même. Toute vie , sous quelque mode qu'elle existe et se manifeste , est une participation de la vie divine , un écoulement de l'Esprit , un don qu'il fait de lui-même. Et comme le Père est un , le Fils est un , l'Esprit est un , et que ces trois unités se confondent , par ce qu'elles ont de commun et de radical ou par leur être essentiel , dans l'unité absolue de la substance divine, on comprend mieux encore comment les êtres créés , qui n'ont d'existence que celle qui résulte de leur participation au Père , au Fils , à l'Esprit , doivent aussi participer à l'unité divine , au même degré où ils participent à la substance divine et à ses propriétés.
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Ce n'est pas une médiocre joie pour l'intelligence que de découvrir ainsi , non seulement le sceau du Créateur , mais lui-même dans son œuvre , que de contempler Dieu , selon tout ce qu'il est , au sein de l'univers où il s'épanche incessamment , que de le retrouver , en un certain sens , tout entier dans chacun des êtres réalisés par sa toute puissance. Il semble néanmoins que l'esprit humain se soit , en quelque sorte , disputé à lui-même cette joie ravissante. Tantôt la philosophie , identifiant avec leur principe universel et premier ces êtres innombrables , les dépouille de toute existence réelle , pour n'en faire que de simples idées flottantes comme de vaines ombres dans la pensée de l'Etre éternel. Hors de cette pensée substantielle , infinie , rien n'est ni ne sauroit être. Le temps et l'espace s'évanouissent dans le présent indivisible et dans l'immensité de l'Être unique et absolu. Renfermé en lui-même par ses lois essentielles , borné fatalement à ses actes internes , nulle opération n'est possible à sa puissance, limitée, si on peut le dire, par son infinité même. Qu'on ne parle donc plus d'univers , de Création , apparences mensongères qui ne trompent que le regard fasciné , fugitives illusions qui , après s'être joué quelques instants comme le fantôme de ce qui n'est pas , à l'horizon de l'intelligence , se dissipent pour jamais dans
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les impénétrables profondeurs de la seule existence véritable.
Tantôt , ne pouvant détruire l'invincible foi aux réalités finies , persuader aux hommes ou qu'ils sont Dieu , ou qu'ils ne sont point , la philosophie , non seulement admet l'existence du monde extérieur , mais n'admet nulle autre existence , absorbant le Créateur dans son œuvre , comme aupara-* vant elle absorboit l'œuvre dans son auteur ; ou , si ©lie le reconnoît de nom , elle le sépare tellement de ce qui n'est pas lui , le relègue si loin de l'univers indépendant de son action et subsistant par les seules lois nécessaires de la Nature , que la pensée errante dans la Création ne l'y rencontre nulle part, et que déclaré , au sein des ténèbres qui l'environnent , éternellement inaccessible aux intelligences finies , il est pour elles comme s'il n'étoit pas.
Et cependant il est vrai qu'il est partout et partout visible , que tout découle de lui ? est lui par le fond de son être , quoique à jamais distinct de lui ; qu'effective et substantielle , la Création n'est pas une simple idée résidante en lui , mais qu'elle a hors de lui une existence réelle ; comme il est vrai encore qu'incessamment soutenue , développée , animée par une intarissable effusion de son être ? gouvernée par les lois qui le gouvernent lui-