LIVRE VIe. — CHAPITRE III
progrès vers l'infini ; de sorte que , successivement dégagées des modifications qu'y apporte la limite essentielle aux êtres créés , elles redeviendroient les pures lois de Dieu.
La connoissance des individus ou des simples éléments isolés du tout qu'ils concourent à former , bien que nécessaire à la science , n'est point la science proprement dite , parce que la science , soumise aux conditions fondamentales de l'intelligence elle-même , renferme deux choses dans sa notion , la connoissance d'un ensemble de faits liés par des rapports aperçus , et celle d'un terme immuable , absolu , nécessaire , à l'aide duquel on puisse apprécier, classer, concevoir les phénomènes variables , finis , contingents.
La connoissance des espèces , des genres , et de ce qu'enveloppe cette connoissance spéciale , forme les sciences particulières , lesquelles ont leur fondement dans les sciences plus élevées qui embrassent chacun des trois ordres d'êtres , comme celles-ci ont pour base la science générale de l'être. Et.il est à remarquer que sans cette dernière aucune science ne seroit possible, moins encore parce qu'elle macqueroit de principes indispensables pour établir et justifier les siens, que parce qu'en toute recherche on ne procède qu'en vertu de l'impulsion et sous Ja (Jireçtion d'une pensée antérieure plus générale*
344 lrfl PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.
En un mot , nul travail de l'esprit , dans le but de découvrir une vérité quelconque , qui ne soit synthétique au fond , ou qui n'implique antécédemment une sorte de vision obscure et confuse de cette vérité même : et par conséquent , nulle science qui ne suppose , en dernière analyse , celle qui les contient toutes , et au-dessus de laquelle on n'en peut concevoir aucune autre. Nous aurons ailleurs occasion de revenir sur ce sujet : en ce moment Tordre des idées nous conduit à rechercher seulement les lois universelles des êtres , en ce qui tient à leur production, leur conservation, leur développement, et la fin pour laquelle chacun d'eux existe. Considérons d'abord les êtres inorganiques.
Rien ne peut être qui ne soit déterminé : rien ne seroit donc , si quelque chose ne déterminoit dans la substance une tel être spécial. Ce qui détermine les êtres est donc antérieur à la création , est donc en Dieu et quelque chose de Dieu. En effet , tous les êtres possibles sont déterminés en Dieu par les idées qui les représentent , par leurs noms qui subsistent dans le Verbe et sont le Verbe même. Donc le Verbe proférant au-dehors ces noms ou réalisant ces idées , est le moyen nécessaire de la création.
Inhérent à la substance comme principe de la forme ou de la détermination , elle reçoit de lui ,