‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 214 sur 245 · LIVRE VIe. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VIe. — CHAPITRE III

sous quelque mode de limitation qu'elle subsiste , les types , les germes de tout ce qui peut être produit , soit qu'ils aient été dès l'origine déposés dans le sein de la Nature naissante , soit que l'effluve divin les y apporte incessamment , à mesure que se réalisent les conditions de leur existence , selon les lois du tout ou les lois de l'ordre universel. La force et l'amour ou le principe de vie , inhérents aussi à la substance , développent et animent ces germes divers , qui , se supposant , s'appelant , en quelque manière , les uns les autres , et s'enchaînant progressivement , forment la série toujours croissante des êtres.

Ni la force , ni le calorique et l'attraction ne suffisent seuls pour rendre raison de la formation des corps mêmes les plus simples. La force ne détermine rien , et a besoin elle-même d'être déterminée pour agir, car nul mouvement indéterminé. Le calorique, invariable en soi, ne détermine non plus aucune existence spéciale , et l'attraction , relative dans chaque corps uniquement à sa masse , est totalement indépendante de sa nature intime. L'existence de tout corps déterminé implique donc celle d'une cause , d'une énergie particulière qui le détermine , et qui , le contenant en essence , est son germe en ce sens. Ce germe , cette essence , cette forme primitive , détermine , par son eflica-

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cité , la force et le calorique , soit à modifier , selon ses lois propres , la substance dans laquelle elle apparoit extérieurement, soit à coordonner , selon ces mêmes lois , des éléments préexistants nécessaires à son développement, et qui , soumis à sa puissance forment , par leur combinaison , le corps spécial qui la représente sous les conditions de rétendue. Tel est le commencement des êtres inorganiques , dépourvus d'individualité véritable , parce qu'ils se résolvent , quelle que soit leur masse , en molécules similaires indéfiniment décomposables , jusqu'à ce qu'on arrive par la pensée au germe inétendu , lequel, séparé de la force et du principe d'union qui opèrent sa réalisation actuelle dans l'espace , est la raison de leur être en tant que déterminé , mais seul n'est point un être. Ainsi les corps bruts ou inorganiques dépendent , dans leur production , de l'énergie spéciale appelée affinité , et qui est le mode d'action de la forme à son état le plus imparfait , lorsqu'elle ne se manifeste encore que par l'étendue figurée.

L'unité individuelle et l'activité spontanée sont le caractère distinctif des êtres organiques. Or, par cela même que ce caractère, étranger au monde inférieur, les sépare profondément des êtres inorganiques, leur production doit être soumise à des lois différentes f car les lois des êtres dérivent de leur nature,

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