LIVRE VIe. — CHAPITRE III
pliqile à leur égard aucune nécessité d'un intermédiaire entre elles et la Parole infinie qui les illumine par son efficace. Néanmoins, en vertu des communications réciproques d'où résulte l'unité de l'ensemble , la parole extérieure créée accompagne de fait , dans l'ordre ordinaire , l'action intérieure delà Parole incréée, et détermine cette action. C'est ainsi que l'être , jusque-là purement physiologique, commence à percevoir le monde supérieur à l'organisme, et ses relations avec ce monde, qu'auparavant enveloppoient pour lui des ténèbres impénétrables. Les sens internes, par lesquels il acquiert ces perceptions , existoient en lui sans doute , puisqu'ils appartiennent à la nature de l'être , à son essence propre , transmise tout entière par la génération ; mais ils existoient comme le sens de la vue existe dans les êtres organiques, quand ils sont plongés dans une nuit profonde. Pour que la puissance de voir soit réduite à l'acte, l'organe de la vision étant d'ailleurs régulièrement conformé et développé pleinement , la lumière est indispensable , et la parole est la lumière qui éclaire tout être intelligent. Par elle seule les idées deviennent visibles en elles-mêmes, par elle on connoît le vrai, c'est-à-dire l'immuable, le nécessaire, l'absolu. De cette connoissance naît la réflexion, ou l'acte de Tesprit qui consiste fondamentalement à comparer Tomk i. 23
5S4 lre PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.
le variable, le contingent, le relatif, avec l'immuable, le nécessaire , l'absolu , les réalités fugitives avec les essences éternelles : et le bien n'étant que le vrai, en tant qu'il est l'objet de l'amour, l'amour et l'intelligence apparoissent simultanément. L'activité du moi se manifeste avec un caractère nouveau ; elle devient volonté, et la liberté naît, puisque la liberté , résultat de l'union de la spontanéité et de l'intelligence, n'est que l'activité éclairée.
Ainsi , par un simple développement de ce qu'a transmis la génération, s'achève, sous l'influence des lois qui président au monde supérieur, la production des êtres intelligents et libres. S'il en existe, comme tout porte à le croire , d'une nature plus élevée que celle de l'homme, ignorant ce qu'est cette nature , nous ne savons s'ils se reproduisent , ni de quelle manière ils se reproduisent. Seulement il est certain que , limités nécessairement , leur existence par là même est liée à celle d'un organisme quelconque , et que dès-lors ce que renferment de radical les lois de la génération n'implique, à leur égard , aucune sorte de contradiction. L'être créé le plus parfait n'existe d'ailleurs qu'à des conditions qui lui sont communes avec tous les autres êtres. Ce qu'il a de réalité, lui aussi, il le tire de Dieu ; sa substance , comme ses propriétés , sont une participation de la substance et des propriétés divines. Il