LIVRE VI. — CHAPITRE Hf
nis dans le même individu organique, quoique leur séparation soit le fait presque universel et sans exception parmi les êtres des classes les plus élevées : d'où Ton peut induire que cette séparation est, premièrement , une suite de la plus grande perfection de l'organisme même; et, secondement, une préparation à une existence plus parfaite encore , par le commencement d'union sociale qui en découle naturellement.
Le maie et la femelle, le père et la mère, individuellement distincts, possèdent chacun tout ce qui appartient à la nature radicale des êtres de leur espèce, et ne diffèrent que par les parties de l'organisme ordonnées à la reproduction , de telle sorte que dans l'un elles correspondent au principe actif, et dans l'autre au principe passif. D'où il suit que l'organisme destiné à se reproduire, et imparfait dès-lors tandis qu'il manque des moyens indispensables pour accomplir cette gramme œuvre, n'a son type complet que dans la double organisation des deux sexes envisagés comme un seul être; et que, dans les fonctions génératrices , le père et la mère , possédant la même nature, communiquent l'un et l'autre au produit de la génération quelque chose d'eux-mêmes, ou le modifient respectivement, bien que les caractères distinctifs de ces mêmes fonctions, en ce qu'elles ont de relatif à chaque sexe, ne se
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confondent jamais, la force génératrice demeurant le partage exclusif du père, et l'influence spéciale d'où résulte la limitation , celui de la mère seule : ce qui fait comprendre pourquoi les deux individus de sexes divers dévoient nécessairement posséder , moins ce qui constitue les sexes, la même nature essentielle ; car , s'il n'existoit pas à cet égard une harmonie parfaite , une parfaite unité entre le père et la mère , l'être engendré par le père selon sa nature, ne pourroit être limité selon cette même nature par la mère , où son développement seroit impossible. Telle est la barrière infranchissable qui sépare les espèces fondamentalement différentes, et empêche invinciblement leur fusion. Les répugnances instinctives qui préviennent leur mélange , et qui ne sont que la disconvenance sentie des formes ou des natures respectives, dérivent de la même source et ont la même raison.
La génération implique donc, du côté de la mère, une action spéciale de la forme , en tant qu'elle détermine la limite de l'être engendré et l'individualise sous ce rapport. Il se fait en elle une union effective de la force génératrice et de cette forme commune aux deux sexes dont la réalisation suppose celle d'une limite déterminée , et c'est encore l'amour qui accomplit cette union du principe actif et du principe passif. Nulle génération , en effet, si l'amour ne la
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rend, par son efficace propre, physiologiquement possible. Il est le lien des deux sexes, dont le rapprochement fécond ne pourroit s'opérer sans lui , et cet amour actuellement perçu n'est que la perception de la vie même à son plus haut état d'exaltation normale , l'instinct de sa propagation ou de sa conservation indéfinie. Et, comme l'organisme et ses lois sont liés au monde inférieur et à ses lois, l'exaltation de la vie qui constitue l'amour relatif à la génération se manifeste physiquement , dans l'animal et dans la plante même, par un développement de chaleur interne ou une plus grande énergie vitale , et il y a tout lieu de présumer qu'il s'y joint aussi un changement analogue dans l'état électro-magnétique de l'organisme.
Telle est l'idée qu'on peut, qu'on doit, ce nous semble, se former de la génération. Ce qu'elle renferme encore d'obscur tient à son essence même. Elle est en soi un acte premier, un acte pur de la force , acte qui ne sauroit être conçu qu'à l'aide de l'effet qui en est le terme , ou dans l'être engendré , puisque la forme dont il est la réalisation est seule intelligible. Toute conception , et la notre en particulier, a des bornes naturelles qu'il faut s'appliquer de bonne heure à reconnoître ? pour ne pas perdre un temps précieux à essayer vainement de les franchir.
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Les êtres, tels que l'homme , intelligents et libres, et en même temps êtres organiques, sont produits comme ceux-ci par voie de génération. Mais, dépendante de lois purement physiologiques , la génération ne produit non plus que l'être physiologique : elle ne communique ni l'intelligence, ni la liberté actuelle. Toutefois, l'être engendré étant de même nature que l'être qui engendre , il a en soi dès-lors , dans sa forme essentielle , tout ce qui lui est nécessaire pour devenir, en se développant selon les lois du troisième ordre d'êtres, intelligent et libre. Mais, pour qu'il le devienne réellement, pour qu'il naisse à cette vie nouvelle que caractérise la pensée, outre les conditions relatives à l'organisme et dont nous parlerons ailleurs , une autre condition est indispensable. Il resteroit dépourvu de raison, d'idées , jamais il ne s'élèveroit de la simple individualité à la personnalité véritable , si la lumière intellectuelle qui manifeste l'infini ne l'éclairoit intérieurement. Tout ce qui est existe au sein de cette lumière éternelle , divine ; mais toutes les créatures ne possèdent pas la faculté de la percevoir dans sa pure splendeur ; elles ne sont pas toutes susceptibles de ce mode de relation avec le Verbe, qui est cette lumière essentielle, primitive et indéfectible. Ce magnifique privilège, dont jouissent seulement certaines natures spéciales, n'im-