‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 220 sur 245 · LIVRE Vl\ — CHAPITRE IV. 3S · texte numérisé non relu

LIVRE Vl\ — CHAPITRE IV. 3S

de tendre à conserver le développement acquis et à en acquérir un nouveau , jusqu'à ce qu'ils atteignent la limite qu'assigne à chacun sa nature particulière.

Or on a vu que , par une suite de l'unité nécessaire de la Création , il existe dans l'univers une communication perpétuelle des propriétés entre les différents êtres qui se donnent mutuellement et reçoivent les uns des autres la force , l'intelligence , l'amour , à l'état où ils les possèdent.

Sans cette communication , tout seroit immobile dans l'univers , et son existence même deviendroit impossible , puisqu'elle seroit en contradiction , non seulement avec le plan divin de la Création qui implique un développement continu , mais encore avec l'essence même de la force par laquelle ce qui est est, et qui ne peut être conçue que comme expansive.

Il est donc nécessaire , pour que l'univers soit , que chaque être donne aux autres quelque chose de lui-même ; et il est dès-lors nécessaire aussi qu'il en reçoive quelque chose pour remplacer ce qu'il a donné , c'est-à-dire , pour qu'il se conserve , et qu'il reçoive plus qu'il n'a donné , pour qu'il se développe.

Les lois de la communication des propriétés sont donc les lois de la conservation et du développe-»

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ment des êtres. Recevoir pour eux, c'est se nourrir. Chaque être est donc tout ensemble et nourri par les autres êtres et leur nourriture , et la Création tout entière , est , pour le dire ainsi , un mystérieux banquet, une immense communion à laquelle tous les êtres participent , un grand sacrifice où tous se donnent à tous , et où chacun est à la fois sacrificateur et victime. Et comme la matière du sacrifice vient de Dieu, et est Dieu même , c'està-dire , sa propre substance et ses propriétés essentielles , le Père , le Fils , l'Esprit , en tant que participâmes ; il s'ensuit que tous les êtres vivent et se nourrissent de Dieu , 1 et que la Création n'est en effet , dans l'acte par lequel il la conserve et la développe perpétuellement, qu'une continuelle immolation de lui-même.

Les corps inorganiques forment , non des unités individuelles , mais des masses homogènes. Leur conservation résulte d'une proportion permanente de force qui réalise la forme , de calorique qui opère leur union intime , et d'attraction qui unit les éléments étendus de la masse. Changez cette proportion , le corps est détruit et de nouveaux

1 Cette idée ne fut point étrangère à la philosophie primitive du christianisme, comme on le voit par ce passage de Saint-Augustin que nous avons déjà cité : « Insinuavit nobis animam humanam et « mentemrationalem non vegetari, non beatificari, non illuminari, « nisi ab ipsâ substantiâ Dei. » Saint August. Tract. 23 in Joan,

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