LIVRE Ier. — CHAPITRE Ier. iS
chacun a de soi et ne pouvant être dès-lors qu'un objet de pure croyance , forment la base et le point de départ de tout acte ultérieur de l'esprit. Sortez de là , vous tombez dans un cercle fatal d'hypothèses arbitraires et de paralogismes éternels.
La loi de l'affirmation, ou la loi de certitude, étroitement liée à ces phénomènes primitifs , se constate comme eux et ne se prouve pas plus qu'eux. Elle implique l'unité et la multiplicité, l'individu multiple et la société une.
L'homme , en effet , n'existe point , ne se développe point isolément. Il est , depuis sa naissance , en relation continue avec d'autres êtres semblables à lui , qui forment par leur union ce tout qu'on appelle humanité, lequel, se renouvelant sans cesse dans les éléments dont il se compose, subsiste indéfiniment.
L'humanité conserve et transmet aux générations successives toutes les connoissances indispensables à Thomme , toutes les vérités constitutives de l'intelligence, dont chacun porte en soi le germe impérissable , et qui représentent la raison commune ; elle conserve encore et transmet la connoissance des faits observés , des faits permanents de l'univers et des faits historiques. L'ensemble de ces connoissances s'appelle tradition; et l'on ne sauroit se faire une plus juste idée de la tradition , qu'en la considérant comme la mémoire du genre humain , au moyen de
16 Iïe PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.
laquelle il acquiert et possède sans interruption le sentiment de son identité : car il est un , aussi bien que chaque homme , quoique d'une manière différente , et même son progrès consiste en partie à se rapprocher toujours plus de l'unité parfaite vers laquelle il gravite suivant une loi universelle des êtres.
Mais, en vertu d'une énergie qui lui est inhérente , la raison humaine , avide de savoir, s'efforce incessamment de reculer les bornes de la connoissance, par une observation ininterrompue des phénomènes , soit de l'homme même , soit de l'univers. Elle en cherche la liaison ; elle aspire à en concevoir les causes , à en découvrir les lois ; et ce grand travail , que rien n'arrête , peut être défini le mouvement progressif de l'intelligence dans le vrai , infini par son essence et dès-lors à jamais inépuisable .
La loi générale de l'affirmation ou de la croyance lie l'individu au tout, l'associe à la possession commune du vrai, à la vie perpétuelle et universelle du genre humain.
Par son activité propre dont la loi diffère essentiellement, comme on l'a vu, de la loi de la croyance, chaque individu coopère au progrès du tout, et tend à augmenter sans cesse la somme des connoissances certaines qui forment le commun patrimoine de l'humanité.