LIVRE 1er. — CHAPITRE Ior. il
sa nature, un principe actif, au moyen duquel il réagit perpétuellement sur elles. Il les combine, il les développe, il en découvre les rapports, et, bien que les résultats de cette activité de l'esprit soient soumis, en tant que vrais ou faux, à la loi générale de l'affirmation qui règle les croyances, le principe actif de la pensée , clans son exercice et ses développements, a sa loi propre essentiellement diverse. En elïet, toute activité est de sa nature individuelle, et ne sauroit être conçue autrement. Elle ne dépend que de l'être qui agit, puisqu'il ne peut agir que par lui-même , par son énergie , sa force interne. Et puisqu'il ne dépend que de soi, en tant qu'actif; qu'en lui seul est le principe moteur, la cause efficiente de ses actes , il est essentiellement libre en agissant.
Donc l'intelligence renferme deux éléments distincts et subordonnés; car, si elle implique en premier lieu des notions primitives, des croyances immuables inhérentes à notre nature, quelle qu'elle soit, et perpétuellement proclamées par la raison commune, elle implique également quelque chose de spontané , d'actif, qui tend perpétuellement à reculer les limites de la connoissance , et cela de deux manières, par une compréhension plus parfaite des vérités déjà connues , et par la découverte de vérités nouvelles; et, d'après ce qui vient d'être dit, cette
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essentielle activité de l'esprit a pour loi propre, non plus l'obéissance, mais la liberté; car, dans cet ordre d'action , agir librement et simplement agir ne sont qu'une même chose.
Rechercher la loi qui doitdéterminer les croyances de l'esprit humain et régler ses opérations , c'est rechercher le caractère auquel on reconnoît le vrai. Nous avons montré que ce caractère consiste dans l'acquiescement de la généralité des hommes aux mêmes notions , aux mêmes idées. En effet, chaque individu a son moi propre, et une raison distincte de ce moi, et la même dans tous. Or, le vrai nécessairement un, immuable, universel, n'est pas dès-lors évidemment le rapport de chaque moi avec les choses, mais le rapport des choses avec la raison qui est la même dans tous ; c'est-à-dire , avec une raison universelle, immuable, une comme lui. D'où il suit :
4° Que , quelle que soit la force avec laquelle une perception interne entraîne l'acquiescement d'un individu isolé , il ne doit pas regarder cet acquiescement, même invincible , comme le caractère certain et définitif du vrai.
2° Que , lorsqu'il y a dissentiment entre plusieurs individus , lorsque plusieurs esprits sont affectés diversement par la même idée ou portent sur le même objet des jugements opposés, on ne peut savoir cer-
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tainement de quel côté est la vérité ou Terreur , jusqu'à ce que l'on ne connoisse ce qui est conforme ou contraire à la raison commune, à la raison humaine en général.
5° Que , lorsque la raison commune a prononcé , son assentiment est pour l'homme le caractère définitif de la vérité.
Toute recherche qui ne reposeroit pas sur ces bases, seroit nulle par ses résultats et absurde en soi.
Elle seroit nulle par ses résultats ; car ou l'on n'en admettroit aucun comme vrai , ou chacun admettroit comme une vérité définitive ce qui individuellement lui paroîtroit vrai , et dès-lors il y auroit des vérités contradictoires, c'est-à-dire des choses auxquelles la même raison essentielle adhéreroit et répugneroit en même temps , ce qui exclut évidemment toute idée d'un résultat réel, et de plus est absurde en soi.
11 suit encore de là qu'entre la pensée purement in dividuelle , qui peut être également vraie ou fausse, et le jugement nécessairement vrai de la raison commune , il existe des degrés presque infinis de probabilités diverses, fondées sur l'accord d'un plus ou moins grand nombre d'esprits. Mais alors même que , parvenu au dernier terme de cette progression ou à l'accord universel qui constitue la certitude,
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on affirme quelque chose comme vrai , il faut bien entendre que cette affirmation n'a de valeur logique que relativement à la raison humaine , et signifie seulement que l'homme est placé dans l'alternative ou de renoncer à sa raison , ou de tenir pour vraie la chose affirmée , sans qu'il ait d'ailleurs le droit d'en conclure , dune manière rigoureuse , sa vérité intrinsèque , ou une parfaite similitude entre la perception et l'objet perçu : et il en est ainsi à l'égard de tout être qui n'est pas lui-même la vérité nécessaire et absolue. Ceci néanmoins n'ébranle en aucune façon le fondement de la connoissance , et même il seroit contradictoire d'en demander un plus solide. Car, d'une part , c'est assez pour la raison qu'on ne puisse nier ce qu'elle affirme , sans la nier elle-même, ou sans détruire l'intelligence, et de l'autre il y a contradiction à demander une certitude qui ne soit pas relative à la nature de l'être qu'elle doit affecter, et qui n'en dépende pas sous ce rapport.
Tout est fini dans l'être fini , tout en lui a des bornes nécessaires , éternelles , et il ne sauroit se soustraire à cette condition essentielle et première de son existence.
En résumé , les lois de notre nature se manifestent dans des phénomènes universels , constants , primordiaux , lesquels , identifiés à la conscience que