LIVRE I<r. — CHAPITRE II
tendre en paix encore quelques instants le lever radieux de la science, alors que notre âme, dégagée des voiles qui l'offusquent , et s'élevant à la source de la vérité, à son principe vivant, infini, éternel, verra la lumière dans sa lumière même *.
Cependant le désir de savoir, lorsque l'orgueil ne Tégare point, est aussi un indice de^iotre grandeur réelle , et comme un effort pour atteindre le terme auquel nous devons sans cesse aspirer , et certes, il est beau de s'élancer des ténèbres de la terre jusque dans le sein de Dieu, et, après avoir contemplé, autant que le peut l'œil des mortels, ses perfections 51ns bornes, son ineffable essence, de redescendre, en quelque sorte , avec lui dans l'univers , et suivant de loin sa pensée créatrice à travers les mondes qu'il a semés comme la poussière dans l'espace, de rechercher les lois de ce grand tout dont nous ne sommes qu'une parcelle imperceptible.
D'ailleurs, quelle que soit l'indolence des masses, il y a dans l'homme , considéré en général , une curiosité inquiète , insatiable , qui appartient à sa nature, et qu'on n'étouffera jamais : il veut connoître, il veut concevoir ou connoître toujours davantage. De là tant de systèmes qui, proposés, rejetés, reproduits ensuite sous de nouvelles formes,
1 In lumine tuovidebimus lumen, Ps. xxxv, 10.
20 lre PARTIE. — DE DIEU ET DE L*UNIVERS.
fatiguent, depuis soixante siècles peut-être, la raison humaine. Pour que cette curiosité indestructible ne devienne pas d'un danger extrême en précipitant les esprits hors des croyances qui sont le principe de la vie intellectuelle et sociale, il est donc indispensable de la satisfaire à quelque degré par un ordre d'explication en harmonie avec ces croyances, et dès-lors aussi plus près de la vérité qu'aucun autre. Tel est, en deux mots, l'objet de la véritable, philosophie. Elle n'est, comme on le voit, que le travail de la raison humaine pour concevoir les choses, et le produit de ce travail. Sous ce rapport, elle embrasse toutes les sciences et les développements de toutes les sciences, ainsi que les relations qui les unissent entre elles. Elle rassemble et combine les vérités premières , les faits primitifs sur lesquels seuls elle peut opérer, puisque l'entendement ne renferme rien d'antérieur, les ramène à des causes , à des principes que l'esprit puisse saisir, en déduit les conséquences et s'efforce de les enchaîner dans une théorie qui comprenne l'universalité des êtres et de leurs lois.
Voilà ce que la philosophie , envisagée sous le point de vue le plus général , est en soi. D'où il est aisé de comprendre, premièrement, qu'il ne sauroit y avoir de philosophie complète , puisqu'elle seroit la science infinie, la conception absolue de toutes