‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 38 sur 245 · LIVRE 1er. — CHAPITRE II. fil · texte numérisé non relu

LIVRE 1er. — CHAPITRE II. fil

choses; secondement, que nulle philosophie n'est possible si on rejette , ou seulement si Ton met en doute quelques-unes des croyances consacrées par l'assentiment universel, car ce seroit, d'un côté, renverser le fondement de la philosophie elle-même, et, de l'autre, écarter une partie des éléments nécessaires dont elle se compose; troisièmement, que, bien que notre savoir soit circonscrit en des bornes très-étroites, tout homme, quel qu'il soit, est visiblement incapable de l'embrasser en entier, et par conséquent d'arriver à une philosophie relativement complète , même en des limites si resserrées. Et c'est pourquoi il faut ou renoncer à philosopher, ou concevoir la philosophie sous une notion plus restreinte , comme la science des généralités , ou de ce qu'il y a de commun dans les diverses branches de la connoissance humaine. Son objet propre est Dieu, la Création et ses lois. Une bonne philosophie doit donc présenter un système de conception dans lequel les phénomènes, liés entre eux, viennent, pour ainsi dire, se classer d'eux-mêmes, comme ils se classent sous nos yeux dans l'univers. Elle doit reproduire , en quelque sorte , le monde intellectuel, type du monde des sens, qui n'en est qu'une obscure image. Toujours subordonnée cependant à la nature propre de notre intelligence , on ne doit ni exiger, ni attendre d'elle, dans l'explication des

22 lre PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.

choses, un degré de lumière qui dissipe entièrement les ténèbres qui les enveloppent, et produise une pleine compréhension. Si elle peut, à un certain point, découvrir la liaison des effets et des causes, en remontant à celle qui ne dépend que d'elle-même , elle laisse subsister le mystère de toutes les existences et l'impénétrable secret de Tinfini caché au fond de tout ce qui est. Lorsqu'elle a répandu sur les notions accessibles à l'esprit humain , la clarté que comporte notre mode de concevoir, sa tâche est remplie et son but atteint.

Mais point de clarté sans unité , et nous n'entendons pas une unité purement logique, qui résulte du simple enchaînement verbal d'une suite de propositions abstraites et de la correspondance régulière des termes, nous parlons d'une unité, pour ainsi dire, vivante, qui affecte les idées mêmes dans leur réalité effective, indépendante des formes du langage.

Deux voies se présentent pour parvenir à une théorie que légitime ce caractère essentiel de vérité : l'analyse qui , des éléments simples distingués et séparés, s'élève ensuite au tout qu'ils composent et à ses lois; la synthèse qui déduit dune cause universelle les effets particuliers.

11 est évident que la première voie ne sauroit conduire à la solution du problème que se propose la philosophie ; car cette solution , pour être ad-

Page 1