‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 60 sur 245 · LIVRE 1er. — . CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE 1er. — . CHAPITRE VIII

temps intelligible ; car rien d'intelligible que ce qui est , ou peut être.

L'Etre absolu n'étant intelligible qu'à lui-même, il ne seroit pas intelligible , s'il n'étoit pas intelligent ; il ne seroit pas déterminé , il ne seroit pas , ni ne pourroit être.

Etre intelligent , pour lui , c'est se connoitre ; il ne se connoît que par la forme , puisqu'il n'est intelligible que par elle. La forme et l'intelligence ne sont donc en lui qu'une même énergie essentielle , considérée par notre esprit sous deux points de vue divers.

Donc la seconde idée qui se joint inséparablement à celle de substance , lorsqu'on pénètre par la pensée dans l'Etre absolu , est celle de forme ou d'intelligence ; donc l'Etre absolu est conçu , secondement, comme Intelligence substantielle une et infinie.

La substance est ; la substance est déterminée , sans quoi elle ne seroit pas ; la substance est une.

Elle est , par la force interne qui la réalise incessamment.

Elle est déterminée par la forme qui la rend à la fois intelligible et intelligente.

Mais pour qu'elle soit une ou vivante , car point de vie sans unité , il faut encore qu'elle renferme en soi une troisième énergie qui accomplisse cette unité

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qu'implique sa notion. Or, ce qui produit l'union , selon le sens le plus étendu et le plus général , est ce que, dans toutes les langues humaines , on appelle amour.

Donc la troisième idée qui se joint inséparablement à celle de substance , lorsqu'on pénètre par la pensée dans l'Etre absolu, est celle d'Amour; donc l'Etre absolu est conçu , troisièmement , comme Amour substantiel un et infini.

Dieu est donc Puissance infinie , Intelligence infinie, Amour infini.

Mais la Puissance, l'Intelligence , l'Amour, sont , en soi et par leurs notions, essentiellement distincts, en même temps que la substance est essentiellement une.

La Puissance , l'Intelligence , l'Amour, subsistent donc distinctement dans une même unité radicale , absolue.

Dieu est donc essentiellement un par la substance qui est le fonds de son être , et trin ( trinus ) par les propriétés qui se spécifient dans la substance une.

Chacune de ces propriétés est tout l'être substantiel : chacune de ces propriétés est radicalement différente des deux autres.

Il y a donc en Dieu triplicité et unité ; il y a Trinité,

Mais si la Puissance est l'Etre un , sous une de

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ses spécifications essentiellement distinctes ; si l'Intelligence est aussi l'Etre un , sous une autre spécification ; si l'Amour enfin est encore l'Etre un , sous une troisième spécification , comment exprimer ce qu'est l'Etre un en tant que Puissance , en tant qu'Intelligence , en tant qu'Amour? Ici le mot personne se présente , non comme suffisant , non comme adéquate ou proportionné à la réalité dont il est le signe , mais comme le moins imparfait que semble offrir le langage impuissant de l'homme.

Pourrez-vous , en effet , séparer l'idée de Personne de l'idée de l'Etre infiniment puissant, de l'idée de l'Etre infiniment intelligent , de l'idée de l'Etre infiniment un, de l'Etre animé d'une vie infinie? Ou pourrez-vous confondre entre elles, dans une autre unité que celle de la substance même , les trois énergies essentielles qu'implique la notion de l'Etre absolu? Si vous ne le pouvez pas , vous êtes forcé d'admettre dans cet Etre essentiellement un , avec trois spécifications ou propriétés radicales , trois Personnes distinctes : et ce qui défaille ici , ce n'est pas l'idée clairement conçue comme nécessaire , mais l'expression de l'idée , expression relative à notre intelligence et limitée comme elle.

Chacune des énergies inhérentes à la substance une ayant son efficace propre , chaque Personne divine a également son opération propre ; d'où ré-

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suite entre elles un nouvel ordre de relations qui déterminent , quant à notre manière de les concevoir, des dénominations nouvelles aussi rigoureusement logiques.

Et d'abord il est évident que les trois propriétés essentielles à la substance , existant en vertu d'une même nécessité , se supposent mutuellement. La Puissance est celle qu'on est forcé de concevoir comme le principe des deux autres, car rien n'est ni ne peut être que par la puissance qui le réalise, et la Puissance première, origine et raison de tout ce qui est, est elle-même son propre principe.

Or, en se réalisant comme Etre , elle réalise nécessairement la forme essentielle à son être , et dèslors aussi la connoissance qu'elle a de soi , elle réalise son intelligence. Cause primordiale, infinie, elle agit selon tout ce qu'elle est, et le terme de son acte, distinct d'elle, est égal à elle, est comme elle l'Etre un, indivisible, absolu. Que si l'on conçoit cette cause première sous l'idée de Personne , l'acte par lequel elle réalise ce qui , distinct d'elle , est égal à elle , ne sauroit lui-même être conçu que sous l'idée de génération. La Cause, la Puissance infinie, en tant que Personne , est donc Père ; le terme de son acte, la forme, l'Intelligence infinie personnellement subsistante en Dieu , est donc Fils : et dans le Fils éternellement engendré par le Père et con-

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