LIVRE lei. ~- CHAPITRE VÎ1Î
substantiel au Père , le Père se contemple éternellement.
Mais entre l'énergie qui réalise l'Etre et la forme qui le détermine , entre la Puissance et l'Intelligence , entre le Père et le Fils , il existe une union nécessaire, infinie , sans quoi Dieu ne seroit pas un. L'Amour qui accomplit cette union de la Puissance et de l'Intelligence , du Père et du Fils , participe donc de l'un et de l'autre , procède donc, comme Personne , de tous deux. Il est dans la substance ce qui en opère l'unité ; dans ses relations avec la Puissance et l'Intelligence , avec le Père et le Fils, il est ce qui les ramène à cette unité substantielle : et par là même il est leur souffle commun , leur vie commune, la vie de l'Être infini, en un mot, l'Esprit, id quod spiratur, et quo vivitur.
Le mystère qui enveloppe toutes les conceptions premières se retrouve ici sans doute. Nous ne concevons pleinement ni l'Etre , ni ses propriétés , ni la distinction personnelle au sein de l'unité absolue de nature. Et c'est qu'en effet l'Être sans bornes ne peut être embrassé que par sa propre intelligence , seule égale à lui, puisqu'elle est lui-même.
Toute intelligence limitée , dès qu'il se manifeste par ce qui le détermine , le voit clairement parce qu'il est lumière / le voit tout entier *, parce qu'il est
1 Cela ne veut pas dire que nous ayons de lui une vision ou une con-
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un, mais jamais ne sauroit le comprendre, parce qu'il est infini. Elle sait, elle entend ce qu'il est, comme elle peut savoir et entendre ; c'est-à-dire qu'il lui faut nécessairement ou le nier, et par-là se nier elle-même , ou , malgré l'impuissance d'arriver aune compréhension parfaite, le concevoir sous l'unique notion qui le lui rend intelligible : et c'est ainsi qu'est établi ce que nous avons dit de Dieu. Détruisez l'unité d'essence ou de nature, vous détruisez l'idée même de l'Être. Refusez d'admettre en lui des propriétés nécessaires , n'ayant plus rien qui le détermine, il disparoit dans une nuit éternelle. Séparez de ses propriétés la notion de Personne , elles cessent d'être à la fois distinctes et infinies ; elles ne sont plus l'Etre lui-même subsistant , toujours un , sous trois spécifications essentielles, permanentes, actives , elles ne sont plus rien. Donc Dieu n'est concevable que par la Trinité.
noissance entière, parfaite, adéquate, ce qui seroit le comprendre, chose impossible, comme nous le remarquons. Mais l'idée de Dieu se résolvant dans celle de l'unité infinie, absolue, la vision de Dieu se résout dans celle de cette indivisible unité. On ne sauroit donc, en ce sens, voir Dieu, qu'on ne le voie tout entier, c'est-à-dire, qu'on ne le voie de telle sorte que la perception qu'on a de lui, ne soit la perception même de l'unité indivisible, infinie, absolue. Il seroit, sans cela, éternellement inaccessible à notre esprit.