PREMIÈRES DES DIVERS SYSTÈMES DE PHILOSOPHIE
Comparées aux spéculations antérieures de Tesprit humain , les idées qu'on vient d'exposer conduisent à reconnoître qu'il existe d'importantes vérités dans tous les grands systèmes de philosophie antiques et modernes , en même temps qu'elles fournissent le moyen de séparer ces vérités des erreurs qui les altèrent.
Ainsi, encore une fois, les panthéistes ont raison de n'admettre qu'une substance unique ; mais , n'ayant pas compris qu'elle peut subsister sous deux modes essentiellement divers 1 , l'un nécessaire , l'autre contingent, ils se trompent en concluant de
1 II y a quelque chose de semblable dans l'homme : à la fois être organique et être intelligent , la même substance une et identique subsiste en lui simultanément à deux états divers. Mais ceci s'entendra mieux dans la suite.
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son unité radicale qu'il n'existe qu'un seul être réel ; et en effet , sauf le mystère premier de la substance même éternellement incompréhensible , on conçoit aisément l'existence hors de Dieu d'une multitude d'autres êtres.
Impuissants à se former une idée positive de la matière , et ne la trouvant jamais dans aucune des réalités que l'esprit peut saisir, les idéalistes n'ont vu en elle qu'un pur phénomène de la pensée, et ils ont nié son existence. On montre avec eux que , destinée à limiter l'esprit , la matière est effectivement insaisissable par l'esprit; qu'elle ne se manifeste que par sa fonction essentielle , unique , de borner ou de terminer l'être spirituel : qu'ainsi elle ne sanroit être l'objet de la connoissance , et que toutes les réalités intelligibles sont hors d'elle. Mais , d'une autre part , on montre contre eux que , non-seulement la matière existe réellement , mais qu'elle est quelque chose de substantiel qui , sous sa forme créée, opère hors de Dieu la limitation, comme, sous sa forme éternelle et infinie, il opère sa distinction en Dieu.
Les matérialistes, au contraire, remarquant qu'aucun être ne peut être conçu s'il n'est terminé ou limité , n'admettent de réalité véritable que dans la limite , et nient l'être spirituel. On montre avec eux que l'être en effet , sans la limite , ne pourroit ni
Il VUE IIe. — CHAPITRE IV* 427
être connu , ni même exister ; qu'elle distingue , en les circonscrivant , chaque être de tous les autres êtres ; mais on montre aussi contre eux que l'essence propre de la matière, étant uniquement de limiter, son existence implique celle d'un autre principe qu'elle limite , et par conséquent d'une nature essentiellement diverse , et que dans ce principe seul résident toutes les qualités positives qui sont et qui peuvent être l'objet de la connoissance.
A quelque école qu'ils appartinssent, idéalistes ou matérialistes , tous les philosophes qui ont cherché à concevoir la matière en soi , à la définir par quelque autre idée que sa fonction propre et unique de limiter , ont fini ou par nier son existence , ou par la laisser en doute , ou , comme Malebranche , par ne l'admettre que sur le témoignage de la révélation ; et il en devoit être ainsi , ce qu'ils cherchoient étant contradictoire à son essence. Ce* pendant , dès la plus haute antiquité , et successivement d'époque en époque , l'esprit humain , malgré les préjugés qui la lui voiloient , a entrevu sa vraie notion. Mais , soit à cause des erreurs qui s'y mêlèrent , soit parce qu'elle ne se lioit pas à un ensemble d'idées qui la rendissent clairement applicable à l'explication des choses , elle est demeurée à peu près stérile, ainsi que le prouve l'histoire entière de la philosophie.
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