‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 90 sur 245 · LIVRE 11e. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE 11e. — CHAPITRE III

tincte en chacun , quoique toujours indentique et indivisible en soi. Quelque chose de spécifique , encore un coup , opère donc la distinction , impossible sans cela.

Ce quelque chose , dont on ne sauroit se faire aucune idée positive , appartient à la substance divine , puisque c'est quelque chose de réel en Dieu , et ne sauroit être conçu sous la notion de propriété , puisque sa fonction propre , si Ton peut ainsi parler, est de distinguer les propriétés mêmes , qui ne sont terminées ou n'ont d'existence actuelle que par cette distinction. Ainsi la distinction termine, sous ce rapport, dans l'Etre infini , la Puissance , l'Intelligence , l'Amour, et marque , exprime , mesure , dans les idées divines des êtres finis , le degré de puissance , d'intelligence, d'amour, qui correspond à leur notion. Or, les propriétés seules étant intelligibles, il s'ensuit que la distinction, substantielle par sa nature, ne peut être l'objet direct de notre intelligence , pour laquelle elle demeure un mystère éternel.

Cela posé , créer des êtres , c'est réaliser tout ensemble et au même moment leur idée et sa distinction. La substance et les propriétés auxquelles cette idée correspond , de distinctes qu'elles étoient en Dieu , deviennent actuellement existantes hors de lui par la réalisation de la distinction qui devient

limite, et limite substantielle. La distinction réalisée ou devenue limite est ce qu'on appelle matière. Et en effet, d'une part, la matière, inerte par ellemême, passive, ténébreuse, inintelligible, n'a d'autre fonction que de borner l'esprit ; et , d'une autre part , la notion de l'esprit ou de l'être spirituel implique en soi l'infini , puisqu'elle implique l'unité absolue. Tout être spirituel fini est donc nécessairement limité par quelque chose qui n'est pas lui , ni de même nature que lui.

L'existence de l'univers , admise comme fait , emporte tout ce qui vient d'être dit ; car, dans tous les êtres dont il se compose , il y a quelque chose de positif qui les constitue intimement ce qu'ils sont , et quelque chose de négatif , en ce sens qu'on n'y peut attacher d'autre idée que l'idée de borne, qui les circonscrit en les limitant. De plus , la notion du fini étant essentiellement incompatible avec la notion de Dieu , il s'ensuit qu'aucun être fini ne sauroit être conçu comme une simple modification de Dieu , et que dès-lors tout être fini existe nécessairement hors de Dieu ; qu'ainsi la Création est extérieure à Dieu , à jamais séparée de lui par une limite non idéale, mais substantielle, et qui rend seule son existence possible.

ttVRË 11°. — CHAl'I TUE IV. 12B

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