LIVRE IIe. — CHAPITRE V. l
tive ; elle termine l'objet de la vision , invisible elle-même , et cependant elle ne laisse pas d'aider la connoissance. Par cela même qu'elle est invisible , elle manifeste ce qui peut être vu , comme l'ombre manifeste la forme ou les contours du corps lumineux; comme la ligne insaisissable qui dessine les rivages bornés par la mer , manifeste , en la terminant , leur configuration. Et puisque rien n'existe qu'à cette condition d'être actuellement borné ou limité , la connoissance d'un être implique celle de sa limite , d'où, non pas deux sciences, mais deux aspects , deux parties distinctes de la science , lesquelles peuvent être, à quelques égards, étudiées séparément.
Il suit encore de ce qui précède que Dieu seul est immatériel , puisque lui seul est illimité , lui seul est un d'une unité parfaite. Mais on ne doit pas se représenter sous ce nom de matière , pris dans sa généralité, quelque chose de semblable en tout à ce que , selon notre mode actuel et propre de sentir , nous appelons les corps. Il n'existe point de pure matière ; l'idée même est contradictoire. L'existence d'une chose qui limite , implique celle d'une chose limitée. Tout corps est donc complexe. Quel que soit le degré qu'il occupe dans l'échelle des êtres , ce qui le constitue un être effectif et déterminé , en un mot ce qu'il y a de positif en lui , Tomb I. 9
150 l*6 PARTIE.*— DE DIEU ET DE L*UNIVÊRS.
distinct de la matière , est simplement limité par elle. Des deux éléments dont il se compose, l'un exprime ce qu'il est , l'autre ce qu'il n'est pas , le borne dans l'espace , le circonscrit dans sa nature propre. Nous le répétons , la matière en soi est ce qui limite , rien de plus. Mais il existe des modes sans nombre de limitations diverses , correspondantes aux êtres divers. Chacun d'eux , borné , circonscrit par la même limite identique , l'informe différemment selon son essence propre , et comme , relégués en un point de l'univers et du temps , à peine apercevons - nous quelques termes de cette immense série des essences indéfiniment croissantes en perfection depuis l'atome inorganique , nous ne saurions nous faire aucune idée du mode de limitation des êtres qui , plus élevés que nous dans cette magnifique série, se dérobent à nos sens grossiers ou à nos moyens présents de percevoir les réalités extérieures. Nous en soupçonnons seulement l'existence , en vertu des lois générales de l'analogie connues de nous , et des principes premiers sur lesquels reposent notre raison et notre science tout entière. Ce qu'il nous importe , au surplus , de bien comprendre en ce moment, c'est que les qualités que , dans notre langage , nous attribuons aux corps, appartiennent uniquement à l'élément immatériel qui constitue seul ce qu'il y a de positif en