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CHAPITRE VII

Les activités sociales.

Les seules activités de l’être qui intéressent le sociologiste sont ses acti- Chap. vil.

Les cictivités

vités externes, et encore seulement en tant qu'elles puissent provoquer cjpecti- sociales. vement chez un autre individu de la même espèce, sans distinction de sexe, une réaction quelconque.

Il est tout à fait nécessaire de se pénétrer de ceci : que toutes les activités d’un individu ne sont pas sociales.

C’est visible pour les animaux, et Lloyd Morgan a réservé avec raison un chapitre spécial de son livre sur « la conduite des animaux » {Animal Behaviour ) à l’étude de ce qu’il appelle « Social Behaviour ».

Pour les hommes, cela paraît moins évident si l’on n’est pas pénétré du point de vue sociologique. Fixons les idées : un tribun prépare dans la solitude de sa retraite, une harangue destinée à remuer une assemblée; au moment où il a terminé, les feuillets qu’il a couverts de phrases enflammées sont emportés par un coup de vent qui les disperse dans les airs : en se précipitant pour les reprendre, il glisse et tombe. Aucune de ces activités, si manifestes qu’elles aient été, n’est sociale, car aucune n’a amené de la part de quelqu’un une réaction quelconque.

Si, au contraire, le même personnage prononce, dans le voisinage d’un espion, sans se savoir entendu, une seule parole dangereuse, il peut être emprisonné pour délit de lèse-majesté.

Un mot peut donc être une activité sociale, et un violent mouvement ne pas l’être. Un passage de Tarde répond bien à ce que j’ai en vue : parlant de « l’action intermentale », il dit qu’il y a action « d’un homme sur un autre, quand le premier par ses gestes ou ses signes expressifs,

Référence à Lloyd Morgan dans Animal Behaviour, chap. V. Extrait de Tarde dans L’interpsychologie, p. 7.

INSTITUTS SOLVAY (SOCIOLOGIE)

Chap. vil. compris du second, ou sentis ou par son attitude et son regard, ou par sa

Les activités

sociales. seule présence, modifie l’état mental du second, y jette un trouble ou y éveille un appétit, y suscite une colère, une peur, une espérance, une haine, une sympathie, un désir d’obéissance ou de commandement, y allume une idée, un plan, un projet ».

Je dirai que, dans tous ces cas, il y a déjà activité sociale, au sens biologique du mot, simplement parce qu’il y a réaction sociale, ainsi que cela résulte nettement de ce qui a été dit sur la détermination du point de vue réactionnel dans le phénomène sociologique. (Voir page 62).

Il suit de là que la réaction sociale peut même se produire en dehors de la volonté de son auteur : celui-ci peut, en effet, agir « par sa seule présence » ; le cas inverse est qu’elle ne se produise pas, bien qu’elle ait été voulue : un geste non compris, un ordre resté sans suite.

Quant à savoir quels sont les déterminants des activités sociales, en d’autres termes dans quelles circonstances et pour quelles raisons les individus sont conduits à réagir les uns à l'égard des autres, l’observation des faits le révélera dans chaque cas.

A priori, on peut prévoir que la nature des activités sociales dépendra des besoins de l’individu, ce terme étant pris dans son acception la plus large. D’espèce à espèce, elle différera donc d’après les besoins caractéristiques de chacune, lesquelles sont fonctions de l’ensemble des adaptations spécifiques. Dans une même espèce, elle différera suivant les besoins personnels de chaque individu. Or, on sait qu’en raison de son développement cérébral, c’est l’espèce humaine qui se caractérise par les variations les plus étendues de la sensibilité et la nécessité spécifique la plus intense des autres individus de la même espèce (voir page 77) : c’est donc parmi les hommes que l’on doit s’attendre à trouver les occasions les plus diverses d’activités sociales.

On a vu, d’ailleurs (§ 26) que les hommes ont acquis des « désirs sociaux » c’est-à-dire des besoins particuliers tenant à leur sociabilité même, de sorte que c’est chez eux surtout que l’on pourra y observer les activités sociales dues à des besoins proprement sociaux (par exemple « s’affilier à un cercle pour le plaisir d’y rencontrer des personnes amies »).

Mais les divers déterminants des activités sociales 11’interviennent que pour « définir » l’observation ou l’expérience : au point de vue sociologique, proprement dit, c’est l’activité sociale en soi qui intéresse l’anatyse, tout comme plus haut c’était l’aptitude sociale en soi (voir page 140). Qu’un individu en hèle un autre pour traverser une rivière dans un bac, ou pour lui indiquer un chemin, ou pour lui acheter des fruits ou pour lui prendre

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