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Esquisse de la morale de Stendhal d'apres sa vie et ses oeuvres

Sainte-Beuve avait été tout d'abord sévère pour Stendhal; mais il se ravisa plus tard et alla jusqu'à voir dans le Rouge et le Noir, « une des Bibles du XIX™" siècle » (1). Il semble difficile au début d'expliquer deux opinions si différentes chez le même critique à peu d'années d'intervalle ; mais, à la réflexion, elles ne laissent pas d'être significatives. Elles représentent pour ainsi dire, en raccourci, l'évolution de l'opinion sur l'auteur de la Chartreuse de Parme et celle de son influence.

Pendant sa vie, à peine apprécié de quelques rares amis, Beyle, comme écrivain, était presque inconnu. Le Rouge et le Noir n'avait eu qu'un vague succès de scandale. C'est que la froideur calculée de son style, sa précision austère de code civil, rebutaient les lecteurs qui subissaient encore l'attrait des images éclatantes prodiguées par les romantiques. Son pessimisme déplaisait. « Il y a dans le caractère de Julien, dira Mérimée, des traits atroces dont tout le monde sent la vérité, mais qui font horreur (2) ». Et Maupassant s'écriera plus tard, en parlant de Beyle : <( C'est trop fort ! » dans le sens de trop âpre, trop violent.

Bien que conforme dans son essence à la doctrine individualiste qui est l'àme du romantisme, l'éthique de Beyle poussait ce principe jusqu'à des conséquences extrêmes, que ses contemporains n'avaient pas soupçonnées, soit qu'ils fussent moins soucieux de la logique que ce disciple des mathématiques, soit qu'ils aient enrichi, comme Chateaubriand, la simple doctrine de quelques tendances personnelles.

(1) Sainte-Beuve. Causeries du Lundi, t. IX.

(2) Mérimée. Notice en tète de la Correspondance,

t*. Sabatier. — Morale de Stendhal. I

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