ESQUISSE DE LA MOKA LE DE STEKDUAL
L'avi'iioiiKMjt (lu ilileltanlisme, on autorisant toutes les opinions et toutes les audaces, celui du ualuralisme en mettant à la mode le style simj)ie reudirenl possible l'Iufluence de Stendhal. Cette influence s'exerça d'abord en Allemajine où elle semble avoir fortement inspiré Schopcnhauer et Niet/che (1), et c'est en compa;^M)ie de ces deux philosophes (|ue l'auteur du Houge et du Noir nous est revenu. On se reuiil à étudier l' Atnour et la Chartreuse en même temps (jue Par delà le Bien et le Mal, cherchnnt à découvrir dans les i)remiers quel(|ues éléments de la moiale du second. Certains esprits poussèrent même la curiosité, ius(ju'à exhumer du fonds de la bibliolhècjue de Grenoble, où ils semblaient enfouis poi^r toujours, des manuscrits plus intimes, où la pensée du maître se dévoilait d'autant mieux qu'elle avait moins souci du lecteur. La publication successive de ces ouvrages, qui sont encore loin d'être épuisés, a fait de Beyle un auteur presque contemporain, à qui plusieurs romanciers sont venus emprunter le meilleur de leurs méthodes et même parfois de leurs doctrines.
A côté de ces disciples littéraires plus ou moins rapprochés, il en est d'autres qui voient dans le ^eylisme à la fois une doctrine et une tendance, une morale et un tour d'esprit et qui cherchent à reconstituer en eux la mentalité de Stendhal. C'est pour eux que le Houge et le Xoir peut être considéré comme une véritable bible dans le sens d'éthique et d'éthique applicable à la direction de la vie.
Il est donc intéressant de constater que sous une apparente légèreté et sous un air constant d'épicurisme frondeur, Beyle fut un de ceux qui, par lui-même ou par ses disciples, ont exercé sur une élite la plus durable et la plus subtile influence. Aussi est-on amené à se demander quels peuvent être les principes de cette mystérieuse éthique et, après en avoir étudié la formation et noté les caractères, d'examiner quelle peut en être la portée et notamment si elle constitue une véritable morale.
A supposer môme que nous devions répondre par la négative
(1) E. Seillh-.rk. Le mal romaidique.
et dénier au beylisme la qualité de morale, l'étude de cette tournure d'esprit n'en serait pas moins particulièrement utile de nos jours ; car le beylisme, connu à sa naissance comme la doctrine d'une élite intellectuelle, tend de plus en plus à se propager dans les masses, où il entretient une si dangereuse fermentation. A ce litre, il faut le connaître, ne serait-ce que pour le combattre dans son principe môme.
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