‹ Esquisse de Rome chretienne (volume 2)Chapitre 19 sur 70 · VI. INCARNATION · texte numérisé non relu

VI. INCARNATION

Les premiers chrétiens ont adopté, pour exprimer ce dogme, des caractères symboliques qui n'avaient pas les inconvénients à peu près inséparables de ceux qu'on aurait pu imaginer comme figures du mystère delà sainte Trinité.

Une manière très-remarquable de signifier la nature divine du Christ consistait à combiner le monogramme de son nom avec des mots ou d'autres signes qui expriment la Divinité. Pour rendre l'inteUigence de ceci facile à tous nos lecteurs, nous devons d'abord dire quelque chose du Monogramme lui-même. On sait qu'il se composait des deux premières lettres du mot grec XPinOD, Christ, le X correspondant à notre Ch, et le P ou R, unis ensemble de telle sorte qu'elles ne constituaient qu'un seul caractère. La forme la plus ordinaire de cet

antique monogramme est celle-ci ^^. Mais sur un certain nombre de tombeaux, le ><1 est placé horizontalement sous cette forme >p:^. Il y a quelques

autres variantes peu nombreuses dont nous n'avons pas à nous occuper ici.

148 CIIAPITllE VllI.

Quelques auteurs avaient pensé que ce monogramme n'avait pas été adopté avant le règne de Constantin. L'inscription de ce signe sur l'étendard impérial, sur le Labarum où il devenait un monument du triomphe du Christianisme, a eu sans doute pour effet d'en rendre l'usage encore plus fréquent qu'il ne l'avait été jusqu'alors : mais l'erreur qui en attribue l'origine à la vision de Constantin a dû tomber devant les preuves les plus concluantes. Nous en indiquerons quelques-unes. Le monogramme est inscrit sur un certain nombre de tombeaux de martyrs, provenant de diverses catacombes, lesquels appartiennent généralement aux siècles antérieurs. Et pour citer quelques détails, on l'a trouvé sur la pierre sépulcrale du pape CaïHs, découverte en 1622 dans les catacombes de Saint-Sébastien : ce pape a été martyrisé sous Dioclétien : trois médailles de cette époque ont été recueillies dans le sépulcre de ce pontife. Le même signe est fréquemment reproduit sur les sépulcres de martyrs du cimetière de Saint-Thrason près de la voie Salare, dont une partie appartient au temps de Dioclétien, et l'autre à une époque plus ancienne : des médailles et des inscriptions l'ont prouvé. En parcourant les catacombes dites de Sainte-Agnès, vous pouvez y remarquer plusieurs fois ce monogramme imprimé sur de la chaux, parmi des rangées de tombes antérieures au iv^ siècle, comme l'indique le style des peintures encore subsistantes dans ce cimetière. La Vierge avec l'enfant Jésus, qu'on y admire encore, est classée par les connaisseurs parmi les œuvres d'art qui ne peuvent être

postérieures au commencement du in*' siècle, et qui appartiennent probablement au ii® : le monogramme est tracé deux fois à ses côtés, à droite et à gauche. L'antiquité de ce monogramme et sa composition en caractères grecs ont fait penser à plusieurs savants que son origine remonte au commencement de la prédication évangélique en Asie. C'est à Antioche que les premiers fidèles ont pris le nom de chtrtiens, et il est assez probable qu'ils ont adopté en même temps, ou peu de temps après, ce signe graphique dont l'usage s'est ensuite répandu au loin. Cela expliquerait, en effet, pourquoi à une époque rapprochée des temps apostoliques il apparaît en lettres grecques sur des tombeaux chrétiens de Rome, où il eût été plus naturel de le former avec des lettres latines.

Or, ce monogramme, qui n'exprimait par luimême que le nom du Christ, concourait, par sa réunion avec d'autres signes, à énoncer la divinité du Verbe incarné. On le voit souvent accompagné de Valpha et de Voméga, emblème de Dieu, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Citons ici quelques exemples de cet hiéroglyphe chrétien. Une pierre sépulcrale des catacombes de Lucine nous offre cette inscription :

Tii 1 T-> • \R/1. (Ici une colombe portant

Place de Primus A>Ko ,

/1\ uu rameau.)

Le vase de sang, signe ordinaire du martyre, se trouvait près de cette tombe ^.

^ LOOVS PRIMI y?v>l^

2 Arringhi, Rom. sublerran., lib. Ilî, c. xxii, t, I, p. 595

Nous retrouvons l'épitaphe suivante sur une autre pierre sépulcrale des catacombes de Sainte- Priscille, tombe à laquelle était jointe aussi la fiole de sang et une palme gravée sur le marbre :

Victorine a fait ce tombeau Cp à Eraclius son mari K, bien méritant. Il a été avec moi xi ans VII jours . Il a vécu xxxxi ans . ii mois . a été déposé le iit des ides de juillet avec Faustua son ami, gardien des carènes en paix i. (Ici une palme )

Faentia 2.

/^i\ (avec la palme).

A Tibiirtine, ma très-douce fille 3.

/ ï^ (avec la palme).

Les deux inscriptions qui précèdent ont la palme, dans laquelle on peut voir un des signes du martyre.

Le monogramme du Christ, combiné avec V alpha et Yoméga, est aussi tracé sur un fond de tasse, tout

VICTORiNA TVMVLAVIT C] EUACHO

MAPITO ly BM . FECIT MECVM AN . XI

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