EUTYCHES III IDUS AUG DE
CESSIT IN P. D. (pace Dei vel Domini).
{E cœmet. S. Cyriacœ. Ibid., p. 419).
p;enta... manet in pace et m cri&to.
156 CHAPITRE vni.
à Dieu un être dans lequel ils n'auraient vu qu'un pur homme. La correspondance ou plutôt la similitude de ces formules fournit donc un indice de leur foi à la divinité du Christ.
Le dogme du Fils de Dieu fait homme pour le salut du monde a été exprimé par un hiéroglyphe trèssecret, qui pouvait être très-utile dans certains cas particuliers. Au milieu des troubles et de la gêne occasionnés par les persécutions, il arrivait de temps en temps que les chrétiens n'avaient pas la liberté de porter le corps d'un défunt dans les cimetières sacrés. On était obligé de le déposer dans certains lieux plus ou moins publics, où les païens pouvaient circuler. Il est aisé de concevoir que les chrétiens aient tenu à iuiprimer sur ces tombes solitaires et exposées une marque qui pût les faire reconnaître par les fidèles. Mais il fallait en même temps que cette marque ne fût pas un signe notoire de christianisme, dont l'effet eût été de provoquer l'attention des persécuteurs et d'amener la profanation de ces tombes. Ces deux conditions se trouvaient réunies dans un mot auquel on avait ataché un sens conventionnel, d'autant plus secret que ce mot n'avait, en apparence, aucun rapport quelconque avec les croyances chrétiennes. C'était le mot 1X013, poisson. Il n'est pas douteux que ce terme ait été employé par les premiers chrétiens pour signifier le CHRIST, l'auteur du salut et de la vraie vie. Une très-ancienne inscription, déposée actuellement dans le musée du Collège romain, suffirait pour le prouver. On y lit ces mots :
LE POISSON DES viVAMi, IX0V2I; ZONTÎÎN.
Tertullien, qui suivait les traditions de ii« siècle, dit en parlant des chrétiens et du baptême : « Nous, « qui sommes les petits poissons, nous naissons « dans l'eau par la vertu de celui qui est notre « Poisson, le poisson par excellence*. «Nous lisons aussi dans saint Augustin : « Ce mot est un nom « mystique du Christ, lequel, plongé dans l'abîme « de notre mortalité comme dans des eaux profon- « des, a pu y être vivant, c'est-à-dire sans péché^. » Mais ces analogies n'expliquent pas suffisamment pourquoi ce terme a été adopté dans la langue secrète des chrétiens. D'autres analogies auraient pu sug-gérer des mots différents. Le Sauveur s'était comparé lui-même à la vigne, et ce mot aurait aussi bien gardé le secret qu'on y aurait renfermé. D'où vient le choix singulier qui a été fait ? Les archéologues des temps modernes se seraient tourmentés pour trouver la clef de cette énigme, si saint Optai de Milève et saint Prosper ne nous en avaient transmis l'explication, qui était connue à l'époque oii ces Pères écrivaient. « Ce nom, dit le premier, résume « à lui seul, dans la réunion de ses lettres, une « foule de noms sacrés. Il signifie : Jésus-Christ, fils « de Dieu, Sauoeur'^ » ('I-^aoû; Xptaxo; ©soïï Yîoç 2wT-/ip).
1 Nos pisciculi secundum T/Oùv nostrum Jesum Ghristura in aqua, nascimur. (De Baptismo, cap. i.)
2 Iq quo nomine mystice intelligitur Ghristus, eo quod in hujus mortalitatis abysso, velut in aquarum profimditate vivus, hoc est sine peccato, esse potuei'it. (De Civit. Dei, lib. XVIII, c. XXIII, n. 1.)
3 Gujus piscis nomen secundum appellationem grsecam in uno nomine per singulas littei-as turbam sanctorum nominum
Le motlX6YZse compose en effet des premièreslettres de ces mots. Il reste à savoir par quelle voie on a été conduit à adopter cet acrostiche. C'est ce que nous apprend saint Prosper : « Nos ancêtres, dit-il, l'ont « recueilli dans les vers Sibyllins *. » Les mots grecs que nous venons de transcrire avaient circulé parmi les chrétiens, comme exprimant une prédiction attribuée à la sibylle d'Erythrée. Quelqu'un remarqua que les lettres initiales formaient le nom grec de poisson. Une fois trouvé, cet acrostiche fut reçu avec empressement : la signification vulgaire de ce terme ne révélait rien aux profanes, et il avait le double mérite d'exprimer tout à la fois, par les mots qu'il résumait, la naissance divine du Verbe, et sa divine mission pour le salut du monde. Jl convenait trèsbien pour être le timbre de celles des tombes chrétiennes qui se trouvaient momentanément reléguées hors de l'enceinte sacrée des sépultures. Lorsqu'un païen venait à passer près d'une de ces pierres sépulcrales, à lire le nom qui s'y trouvait inscrit, il pensait sans doute que ce mot faisait allusion au métier du défunt, qui avait dû être un pêcheur ou un vendeur de poissons. Mais à la vue de ces lettres mystérieuses, le chrétien s'arrêtait; il regardait autour de lui pour voir si personne ne l'observait, et
continet, IX0Ï2, quod est latine : Jésus Cliristus, Dei Filius, Salvator. — (Optât., Contra Parmen. 1. III, c. a )
1 'lyôuv naraque latine Piscem saciis litteris raajoi'es nostri lioc interpretati sunt, ex sibyllinis versibus colligentes; quod est, Jésus Christus Dei Fdius Salvator. — (Prosp., de PrœdictiouJ6us, pars II, c. xxxix )
s'ag-enouillait sur cette pierre, lorsqu'il pouvait le faire sans trahir le secret de la tombe fraternelle.
Nous citerons seulement deux épitaphes terminées par cet acrostiche :
Cécilius . mari . à Cécilia
Placidina . épouse d'excellente
mémoire . avec laquelle j'ai vécu . x ans
bien méritante . sans nulle plainte . LE POISSON 1.
Sépulcre des deux Alcinoûs et d'Alexandre consanguins
les trois à douze ans, fidèles, moi mère les ai envoyés avant moi.