‹ Esquisse de Rome chretienne (volume 2)Chapitre 28 sur 70 · DEP . IIII . NONAS AUG · texte numérisé non relu

DEP . IIII . NONAS AUG

(Marang., ibid., p. 129.)

' DP . CYRIACETIS . III IDVS . QVAE . VIXIT

AiNN. . XX . DIES I . QVE NEOFITA MORTVA EST VIRGO . IN . P.

(Boldetli, 419.) II. 10

qui avait séparé sa naissance spirituelle de sa naissance dans l'éternité : une pareille mention n'avait aucun genre d'inconvénient. De là ces exceptions au silence habituel des inscriptions funèbres sur le baptême. Mais il n'y avait pas lieu, relativement à l'Eucharistie, de faire dire à l'épitaphe que peu de temps s'était écoulé entre la réception de ce sacrement et la mort du fidèle. C'était le cas ordinaire, puisque les premiers chrétiens participaient fréquemment à l'Eucharistie. Quant à la pénitence, lorsqu'un fidèle s'était réconcilié avec Dieu, après avoir accompli une pénitence publique, il eût été peu conforme à la charité de consigner, même indirectement, sur sa tombe le souvenir de sa chute. S'il s'agissait, au contraire, d'une réconciliation secrète, elle ne prêtait pas à une mention monumentale. Nous voyons donc qu'il n'y a pas eu, par rapport à la Pénitence et à l'Eucharistie, de motif suffisant pour déroger, comme on l'a fait quelquefois à regard du Baptême, à l'usage qui prescrivait de ne pas rappeler la réception des sacrements dans les inscriptions funèbres.

Passons maintenant aux tableaux des cryptes et des églises souterraines. Pour bien comprendre ici les fonctions qu'ils ont remplies, nous devons d'abord nous former une juste idée de la marche que la peinture a dû suivre dans la carrière que lui ouvrait la théologie. On attribuerait à faux à l'Eglise des premiers siècles l'idéalisme de quelques sectes modernes, si l'on supposait qu'elle a considéré l'effusion des grâces divines abstraction faite des rites sacramentels, qui, de l'aveu des protestants, en

étaient au moins les signes. L'élément externe était le corps, l'enveloppe expressive de l'élément spirituel. Le divorce entre ces deux principes constitutifs n'apparaît point dans la pratique ni dans l'enseignement de la primitive Église. Elle fixait l'attention des fidèles sur l'une de ces choses, pour leur expliquer l'autre. La peinture sacrée devait suivre, à cet égard, l'impulsion g-énérale. Lorsqu'elle voulait figurer chaque espèce de g-râce correspondant à chaque rit sacramentel, elle n'essayait pas de la saisir dans son essence abstraite et idéale, elle la prenait dans ce qui en formait comme l'organe spécial. Il était, en effet, bien convenable que les peintures des chapelles offrissent quelques tableaux propres à entretenir la dévotion des fidèles pour ces sacrements, qui leur étaient administrés dans ces mêmes lieux, et dont la réception exigeait des dispositions si saintes. Mais ces rites sacrés étaient particulièrement soumis, comme nous l'avons vu, à la loi du secret. Les artistes étaient donc obligés ds se renfermer, à cet égard, dans le système des tableaux symboliques, à moins que les textes de l'Evangile ne leur fournissent des sujets qui auraient exprimé d'une manière plus directe l'institution de ces sacrements, sans trahir toutefois les secrets de la liturgie.

Cette exception aux tableaux symboliques ne pouvait avoir lieu pour le premier de ces sacrements. Le baptême de Jésus-Christ par saint Jean-Baptiste avait, il est vrai, tant d'analogie matérielle avec le Baptême chrétien, qu'il en aurait offert l'image bien plus que le symbole. Mais, pour cette raison même,

il aurait révélé le rit que ni lapeinture, ni l'écriture, ne devaient exprimer. Ce tableau, d'ailleurs, aurait montré le Sauveur dans un état d'abaissement, et nous avons vu précédemment que les peintres des premiers siècles se sont abstenus de le représenter ainsi. Le baptême du Christ, peint dans les grottes /jonfî'ennes, paraît, d'après le style qui le caractérise, ne pas appartenir à l'époque où les arts chrétiens étaient encore astreints à une très-grande réserve. On ne pouvait pas non plus, mais par un autre motif, retracer le moment oii Jésus-Christ a institué le sacrement de la régénération spirituelle. Ce tableau sans doute n'aurait commis aucune indiscrétion. Ce n'est pas l'attitude du Sauveur et des Apôtres en cette circonstance, c'est la parole prononcée par le Sauveur qui détermine la relation de ce sujet avec le Baptême. Or comment peindre une parole? On l'a fait au moyen âge par des inscriptions entourant les tableaux ou sortant de la bouche même des personnages. Mais l'usage de ces inscriptions explicatives a été constamment étfanger aux peintres des Catacombes. Celle dont il s'agit aurait été spécialement exclue, puisqu'elle aurait révélé la formule propre du Baptême, alors si secrète. Dès lors il n'y avait pas moyen de figurer le Baptême par ce tableau, qui n'aurait eu, cette inscription mise à part, rien de caractéristique, qui se serait confondu avec tout autre tableau du Christ parlant aux Apôtres ; il aurait entièrement manqué son but.

Les deux sujets évangéliques directement relatifs ?i ce sacrement, le Baptême par saint Jean-Baptiste et l'institution du baptême par le Christ, ne pou-

vaient donc è*re traités. Le premier aurait été trop sig-nificatif, et le second trop peu. De là résultait la nécessité de recourir au symbolisme. Le procédé le plus simple était de chercher s'il n'y avait pas dans la Bible quelque fait qu'elle présentât elle-même comme une figure de ce sacrement. Il y en a un auquel elle attribue expressément ce caractère. Saint Paul a dit dans sa P^ Épitre aux Corinthiens : « Je ne veux pas que vous ignoriez, mes frères, que « tous nos pères ont été sous la nuée, et qu'ils ont « tous passé la mer. Et ils ont tous été baptisés en « Moïse, dans la nuée et dans la mer^. » Les anciens Pères, en commentant ce passage^, ont exprimé sous une forme ou sous une autre l'idée que saint Augustin et saint Jean Chrysostome ont énoncée en ces termes : « La mer Rouge, a dit le premier, était « un baptême : le peuple qui passait était baptisé 3. « Nous pouvons enseigner, dit le second, la con- « nexion de l'Ancien Testament avec le Nouveau, et « le rapport du passage de lamer avec notre Baptême. « Là il y avait de l'eau, et ici nous retrouvons l'eau ; « ici le bain, là les flots : comme tous les Israélites, « nous entrons tous aussi dans l'eau. Yoilà déjà

1 Nolo enim vos ignorare, fratres, quoniam patres nostri omnes sub nube fuerunt, et omnes mare transierunt : et oianes in Moyse baptizati sunt, in nube et in mari. (G. x, v. 1 et 2.)

2 S. Gregor. Nazianz., Orat. 39. — S. Greg. Nyss., IJom. 3 tn cant. — S. Prosper., de Promiss., part, i, c. xxxviii. — S. Isidor. Sevill., Quœs(. in Gen., c. xix.

3 Mare Rubrum baptismus erat, populus transiens baptizabatur. (August., Senn, 352, al. 27, n 3.)

u une similitude. Mais voulez-vous voir, en outre, « dans cette ressemblance, la variété des couleurs? « Les Israélites ont été délivrés par la mer du joug « de l'Egypte : dans le baptême on est délivré de « l'idolâtrie. Là c'est Pharaon qui a été submergé ; « ici c'est le démon. Là les Egyptiens ont été en- « gloutis ; ici le vieil homme est tiré de l'abîme des (( péchés*. » Telle était la doctrine sacrée, fondée sur un oracle de la Bible. Une indication aussi saillante invitait, ou plutôt obligeait, en quelque sorte, les artistes chrétiens à prendre le passage de la mer Rouge pour emblème du sacrement qui purifie par l'eau. Voyez, entre autres, le beau sarcophage du Vatican, où ce sujet est très-bien rendu.

Le Baptême pouvait aussi être figuré d'une autre manière. Il était désigné sous un nom qui signifie l'action de rendre la lumière : on l'appelait ViUiimination. Suivant la doctrine chrétienne, l'homme naît dans un état de cécité par rapport aux vérités surnaturelles du salut. « Le genre humain, dit saint « Augustin, est cet aveugle : cette cécité lui est « survenue dans le premier homme par le péché ^. »

1 Poterimus te docere quoniodo vêtus ad Novum Testamentum habeat cognationem, et ille transitas ad nostrum Baptisma. Nam ibi aqua, et hic aqua : lavacrum hic et ibi pelagus. Omncs hic in aquam ingrediuntur, et ibi omnes. Juxta hoc similitudo est. Postea vis cognoscere colorum varietatem? Ibidem liberati sunt ab .^gypto per mare, hic autem ab idololatria. — Et ibi quidera Pharao subraersus est, hic autem diabolus : ibi ^gyptiî submersi, hic autem vêtus homo peccatis defoditur. (Joan. Chrys., in vers. 1, c. x, Epist. 1 ad Corinlli.)

2 Gcnus humanum est iste cœcus; hœc enim csecitas contigit

Ceux qui n'avaient pas reçu le baptême étaient considérés comme des aveugles : « Que les catéchumè- « nés, poursuit le même docteur, se hâtent d'arri- « ver au bain sacré, s'ils veulent la lumière *, » Le baptême était laguérison de l'aveuglement spirituel, dans lequel naissent les enfants d'Adam. De toutes les guérisons corporelles opérées par le Christ, celle de l'aveugie-né offrait donc le type matériel le plus frappant que les arts du dessin pussent choisir pour symbole de ce sacrement. Ils l'ont très-souvent retracée sur les murs des Catacombes.

Le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, confié par Jésus-Christ à ses Apôtres, devait aussi avoir une place dans les pieuses peintures des premiers siècles. Mais le moment oii le Sauveur leur a conféré ce pouvoir par une simple parole, en soufflant sur eux, ne fournissait pas un sujet de tableau qui rentrât dans le système suivi à cette époque. Les artistes choisissaient des traits saillants : ils reproduisaient des attitudes, des actions que l'œil du spectateur pouvait saisir. On ne voit pas qu'ils aient jamais essayé de retracer certains détails aussi peu marquants, par exemple, que le mouvement des lèvres dans l'insufflation. Mais un fait de l'Evangile, qui convenait parfaitement à leur manière de peindre, leur offrait un emblème très-significatif de la vérité dont il s'agit en ce moment. Avant de communiquer à ses Apôtres le pouvoir de remettre les

in primo liomine per peccatum. (August., Tract. 44, in Joan., n. 1.)

1 Gatechumenis non suflficit ad quod inuncti sunt : festinent ad iavacrum, si lumen inquirunt. {Ibid., n. 2.)

péchés, le Christ avait déjà prouvé, dans une autre circonstance, qu'il possédait ce pouvoir, et il l'avait prouvé par un miracle. Il avait dit aux Juifs en leui montrant le paralytique : « Lequel est le plus facile « de dire : Tes péchés te sont remis, ou de dire : « Lève-toi et marche? Afin donc que vous sa « chiez que le Fils de l'Homme a le pouvoir de « remettre les péchés, je te le dis, ajouta-t-il en s'a- « dressant au paralytique, lève-toi, prends ton lit, « et retourne en ta maison*. » Non-seulement Jésus- Christ avait présenté ce miracle comme le signe de son pouvoir, mais en outre cette guérison avait opéré dans le corps du paralytique ce que la rémission des péchés opère dans l'âme. Le péché est une paralysie spirituelle qui empêche l'âme de marcher dans la voie du salut. Enfin, une particularité relatée dans le récit évangélique ajoutait à la justesse de cet emblème. Le paralytique, en retournant dans sa maison, avait emporté avec lui un fardeau : il était chargé de son grabat-, suivant l'ordre qu'il en avait reçu. On pouvait y voir une image du fardeau que les pécheurs repentants avaient à porter, des œuvres de pénitence que l'Église leur prescrivait. La guérison du paralytique se trouvait liée de trois manières au pouvoir de remettre les péchés : chronolc»gique-

i Quid est facilius dicere : Dimittuntur tibi peccata; an dicere : Surge et ambiila? Ut autem sciatis quia Filius Hominis habet potestatem in terra dimittendi peccala fait paralytico) : tibi dico, sui'ge, toile lectum tuum, et vade in domum tuam. (.S. Luc, c v, v. 23 et 24.)

2 Et statira surrexit ille, et sublato grabato, abiit. (S. Marc, II, 12)

ment d'abord, puisqu'elle avait eu lieu dans l'occa sion même oii ce pouvoir s'était produit ; logique ment, puisqu'elle a été la preuve de ce pouvoir ; symboliquement, puisqu'elle en offrait une figure Irès-expressive. Telle est donc la signification la plus naturelle de ces tableaux très-nombreux qui représentent le paralytique guéri par le Christ et emportant son grabat. Il n'y avait aucune vérité religieuse à laquelle ces tableaux soient aussi parfaitement adaptés, comme il n'y a, sous les voûtes des Catacombes, aucun autre tableau qui corresponde aussi bien à cette vérité. A l'aspect de ces peintures, les chrétiens se rappelaient que le Christ a confié à son Eglise, dans la personne de ses Apôtres, le pouvoir miséricordieux dont elles retraçaient le symbole, et ils bénissaient le Sauveur d'avoir rendu ce bienfait aussi perpétuel que les maux auxquels il devait remédier.

Nous avons vu que les deux moments oii Jésus- Christ a établi le rit du Baptême et laissé à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés, ne devaient pas être choisis par la peinture primitive. Mais en est-il de même du moment oii il a institué la Cène eucharistique? Se rencontre-t-il ici une des raisons qui pouvaient faire omettre un sujet de tableau? Ces raisons étaient de plusieurs sortes : d'abord, celle que nous avons remarquée par rapport à l'institution des deux autres sacrements. Les particularités de cette institution ne présentaient pas ces traits saillants que les artistes des Catacombes s'attachaient à reproduire. La Cène eucharistique leur offrait, au contraire, un sujet sensible et frappant

qui s'adaptait parfaitement à leur système de peinture. Un second motif, qui pouvait déterminer l'omission d'un tableau, a déjà été signalé. Les artistes de cette époque ont toujours évité de figurer le Christ dans un état d'humiliation. Cette règle ne pouvait exclure un tableau qui l'aurait représenté levant les yeux au ciel et bénissant le pain et le vin, ces purs et pacifiques symboles de l'antique oblation. En quoi un pareil sujet aurait-il eu plus d'inconvénient que la figure si souvent reproduite du Christ sous l'humble costume de bon Pasteur? On conçoit encore un autre motif d'omission : les faits qui n'avaient pas une utilité spéciale pour l'édification des fidèles pouvaient être laissés à l'écart, pour faire place à ceux qu'il était plus important de retracer. Il est évident que cette raison ne tombait pas sur la Cène eucharistique, qui était la base du culte chrétien. Enfin, on devait écarter les sujets qui auraient indiqué trop clairement la doctrine secrète du Christianisme. Mais un tableau historique de la Cène ne rentrait point dans cette catégorie. Il aurait eu une signification dogmatique pour les initiés seulement, sans rien révéler aux autres. Eût-il été exposé en public, il n'y aurait rien eu de plus qu'un fait de l'histoire sainte, un des repas auxquels Christ avait assisté.

Nous venons d'indiquer les raisons générales qui pouvaient faire omettre un sujet de tableau. Aucune d'elles ne s'applique à la représentation historique de la Cène, et pourtant, quelque intérêt qu'elle inspirât à la piété, aucun tableau n'en a reproduit les traits caractéristiques. Cette exclusion a donc dû

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être déterminée par quelque motif tout spécial. Qu'où cherche tant qu'on voudra, on n'en trouvera, je crois, qu'un seul. Il fallait que le dogme impliqué dans ce fait évangélique fût considéré comme le plus grand arcane de la foi, comme le mystère des mystères, pour qu'on s'imposât à son égard une réserve excessive, pour qu'on interdît la simple représentation du fait, alors même qu'elle ne compromettait pas le secret du dogme.

Mais, en excluant les sujets historiques, la peinture avait toujours la ressource du symbolisme. Nous indiquerons tout à l'heure plusieurs tableaux qui renferment une figure de l'Eucharistie. Si quelques adversaires de la foi catholique refusaient de leur attribuer ce caractère, je leur dirais que cette dénégation conduirait tout droit à une conséquence diamétralement opposée à leurs propres idées. Supposons un instant avec eux que toute représentation symbolique de la Cène ait été exclue du domaine de la peinture religieuse : cette omission systématique serait inexplicable, dans le cas où la communion eucharistique n'aurait été dans la croyance des premiers siècles qu'un rit commémoratif. Nous avons vu, en effet, que les chrétiens ont souvent consigné sur leurs monuments l'expression voilée des vérités et des rites sur lesquels planait pourtant la loi du secret. Si donc ils avaient fait une exception relativement à l'Eucharistie, s'ils étaient allés jusqu'à s'abstenir, sur ce sujet, de ces peintures symboliques qu'ils se permettaient sur les autres , cela ne prouverait-il pas qu'ils y voyaient quelque chose de plus mystérieux encore, quelque

fait divin, supérieur à la simple communication de la grâce symbolisée si fréquemment dans leurs tableaux? Et que peut-il y avoir de plus grand que la communication de la grâce divine, si ce n'est la réception du Christ, de l'Auteur même de la grâce?

Si, au contraire, on admet avec nous que l'Eucharistie, qui occupait une si grande place dans le culte, a eu quelque place dans les peintures symboliques des Catacombes, examinons quels peuvent être les tableaux qui lui correspondent, et quelle est leur signification. Arrêtons-nous d'abord devant un sujet plusieurs fois répété. Un personnage a une verge à a main : il l'étend sur des paniers remplis de certains objets destinés à la nourriture de l'homme, puisqu'ils ont la forme de pains. Les antiquaires se sont rangés au sentiment de Bosio, qui a cru reconnaître dans ce tableau Moïse et la manne miraculeuse. D'abord il ne s'adapte à aucun autre trait biblique. En second lieu, il fait souvent le pendant d'un autre tableau représentant aussi quelque signe surnaturel de la mission du législateur des Hébreux. La verge est un symbole d'autorité : cet attribut convient particulièrement à Moïse. Le Seigneur lui avait dit : « Prends dans ta main cette verge, avec « laquelle tu opéreras des prodiges *. » Nous voyons, en effet, par plusieurs passages de l'Exode, qu'il s'en sert dans les occasions les plus s<)lennelles. Quant à la forme du pain donnée aux objets contenus dans les corbeilles, elle avait pour but de mar-

1 Virgam qui^que banc sume in manu tua, in qua facturus es signa. [Exoi., iv, 17.)

quer qu'ils devaient servir d'aliments : d'ailleurs; la manne est plusieurs fois désignée sous le nom de pain dans le récit de Moïse*. Laissons maintenant l'Exode et prenons l'Evangile. Lorsque le Christ annonce qu'il donnera sa chair pour nourriture, il ajoute : « Vos pères ont mangé la manne, et ils sont « morts ; mais celui qui mange ce pain vivra éter- « nellement^. » La manne et la chose promise par le Christ ont pour caractère commun d'être une nourriture : mais l'une n'a pas donné la vraie vie que la seconde seule peut communiquer. Il y avait par conséquent entre la manne et le don annoncé par le Christ le rapport qui doit exister entre la figure et la chose figurée ; car il est essentiel à un emblème d'être tout à la fois analogue et inférieur à l'objet qu'il représente. Il en est de même d'un autre genre de tableau, qui retrace le miracle de la multiplication des pains ^, destinés à la nourriture du corps, comme le pain consacré par le Christ, dans la Cène, se rapporte aux besoiiis de Tàme.

Dans ces deux circonstances, le Christ prend le pain, lève les yeux au ciel, rend grâce en le bénissant, et le rompt avant de le donnera ses disciples.

• Moïse, en montrant la manne aux Hébreux, leur dit : « Voici le pain que le Seigneur vous a donné pour nourriture. Iste estjJanis quem Dominiis dédit vobis ad vescendum. » (Exod. c. XVI, V. 15. Voyez aussi v. 8 et 32.)

^ Non sicut manducaverunt patres vestri manna, et mortui sunt : qui manducat hune panem, vivet in seternum. (Joan vi 59.) ' '

3 Voyez S. Mat h'eu, ch. xiv; S. Marc, ch. vi; S. Luc, cli. ix ; S. Jean, ch. vi.

Dans le premier cas, il les charge de le distribuer à la foule ; dans le second, il leur fait une recommandation analogue, puisqu'il leur ordonne de perpétuer le rit du pain consacré, et par là de l'enseigner aux fidèles, pour lesquels ce pain sera aussi multiplié. Tous les traits, tous les détails de ces deux événements se correspondent avec précision, et il n'y a aucun fait avec lequel les miracles de la multiplication des pains ait plus d'analogie avec celui de la Cène, dont il offre l'emblème le plus frappant. Les Pères de l'Eglise ont saisi les rapports des miracles de la manne et de la multiplication des pains avec l'Eucharistie. N'est-il pas dès lors très-vraisemblable que les artistes ont traduit dans leurs tableaux cette doctrine des Pères, lorsqu'ils ont retracé ces deux faits? N'était-il pas naturel d'y attacher la signification symbolique avec laquelle les fidèles devaient être le plus familiarisés? Nous sommes donc fondés à croire que ces tableaux ont été des emblèmes de l'Eucharistie, comme nourriture de l'âme. Les lois du langage symbolique nous autorisent à leur attribuer une intention encore plus précise. Ils ont dû signifier que la nourriture, donnée aux fidèles dans l'Eucharistie, était le produit d'une opération surnaturelle. C'est en effet une des règles les plus simples et les plus fondamentales du symbolisme , qu'un fait employé comme figure ne soit pas d'un ordre supérieur au fait qu'il représente. Cette règle aurait été violée, si le miracle de la manne et de la multiplication des pains , ces deux manifestations surnaturelles de la puissance divine et de la charité du Sauveur,

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avait été pris pour emblème d'une formalité religieuse qui n'aurait rien eu de miraculeux.

En résumé, ou les tableaux dont nous venons de Parler ont trait à l'Eucharistie, ou elle n'a pas été figurée sous les voûtes de nos antiques sanctuaires. Dans le premier cas, on doit convenjr que la signification de ces tableaux s'adapte à la croyance catholique. Dans le second cas, il faut dire que la loi du secret a pesé, avec une rigueur exceptionnelle, sur cette partie du culte. La discipline du secret, telle qu'elle est constatée par les documents écrits, fournit déjà un argument très-solide pour prouver le véritable caractère du rit eucharistique : à quoi bon tant de voiles, si ce rit n'était qu'un pur symbole? Mais cette preuve serait encore plus forte, si la peinture avait renchéri, par son silence, sur la prudence de la parole, si elle avait craint d'imiter, à sa manière, ces expressions voilées qui avaient cours dans le langage.

Du reste, dans l'un et l'autre cas, la discipline du secret se réfléchit dans les œuvres des artistes contemporains comme dans les témoignages des Pères de l'Eglise. Il y a un manifeste accord entre les monuments de l'histoire et les monuments de l'art. Le voile mystérieux que le caractère surnaturel du rit eucharistique faisait étendre sur lui a laissé son empreinte dans les peintures des Catacombes. On peut dire que la sublimité de ce dogme y est d'autant plus apparente qu'elle y est moins visible : eo ipso prœfidgebant quodnon visebantur *.

1 Tacilj, Ann. m, 70.

Nous devons parler aussi des monuments d'architecture qui sont ou peuvent être relatifs aux trois sacrements dont nous venons de nous occuper. On n'a encore découvert dans les antiques souterrains de Rome chrétienne que deux Baptistères. L'un se trouve dans les grottes ponliennes, à côté du sépulcre d'Abdon etSennen, martyrs persans. C'est une cuve de forme carrée, creusée dans le sol et située au-dessous du niveau des galeries sépulcrales : on y descend par un escalier qui a dix degrés. En face de cet escalier est ce tableau du baptême du Christ dont nous avons dit un mot tout à l'heure, et, audessous, une croix diamantée d'oiî sortent des roses. L'antique source de l'eau baptismale, qui continue de se répandre dans le bassin, baigne le pied de la croix fleurie. Cette grotte était encore fréquentée dans le ix* siècle. L'autre Baptistère a été trouvé, l'année dernière, par le P. Marchi dans la basilique du cimetière souterrain de Saint- Hermès : cette découverte en présage d'autres. Les baptistères des Catacombes avaient été construits dans les endroiis où l'on rencontrait quelques veines d'eau. Cette eau, devenue stagnante dans le bassin qui la renfermait, n'était pas sans inconvénient; il est donc vraisemblable qu'à l'époque où l'usage d'administrer le baptême dans les souterrains a cessé, beaucoup de baptistères ont été comblés. Des fouilles bien dirigées nous rendront sans doute quelques-uns de ces monuments disparus.

Les baptistères étaient des monuments fixes, inhérents à l'endroit dans lequel ils étaient situés, affectés à un seul usage et faciles à reconnaître à

raison de leur forme caractéristique. Il n'en est pas ainsi des Sièges sur lesquels les prêtres se seraiem assis pour recevoir les confessions des fidèles. D'abord on pouvait employer des sièges mobiles en bois dont les débris ont dû être depuis longtemps réduits en poussière. En second lieu, plusieurs de ces fauteuils en tuf qui existent encore dans quelques chapelles pouvaient servir pour des fonctions diverses. Eniin, s'il y en a eu qui aient été particulièrement destinés à l'usage des confesseurs , quel moyen certain aurions-nous de les reconnaître? Tout ce qu'il est permis d'espérer, c'est de rencontrer peutêtre quelques sièges dont on puisse croire, avec quelque vraisemblance, qu'ils ont eu en effet cette destination. Les archéologues des trois derniers siècles ne nous ont laissé dans leurs écrits aucune lumière sur ce point. Mais de nos jours l'illustre explorateur de Rome souterraine y a signalé une par ticularité bien digne d'attention.

Le P. Marchi avait remarqué dans certaines cryptes des catacombes de Sainte-Agnès cinq sièges en tuf, tous placés dans les angles, il s'est demandé à quel usage ils avaient servi. Plusieurs hypothèses se présentaient. On pouvait supposer qu'ils avaient été destinés soit aux ministres chargés d'instruire les catéchumènes, soit au président de l'assemblée religieuse, soit au diacre et à la diaconesse pendant la célébration des saints mystères. Aucune de ces explications ne lui a paru satisfaisante. Que ces sièges aient été placés là pour les instructions des catéchumènes, cette supposition est dénuée de vraisemblance aux yeux de quiconque a senti la force

des raisons alléguées par le P. Marchi pour prouver que les catéchumènes n'étaient pas admis dans les chapelles souterraines oii se réunissaient les fidèles. Qu'il nous suffise de dire qu'on voit dans ces mêmes catacombes de Sainte-Agnès des cryptes qui n'ont ni peintures, ni autels, tandis que ces signes caractéristiques du culte existent dans des chapelles voisines. A quoi pouvaient servir ces cryptes, si ce n'est à l'instruction des catéchumènes? Il paraît donc qu'il y avait, du moins dans ces catacombes, quelques chambres qui devaient les recevoir. Or les sièges dont nous parlons se trouvent au contraire précisément dans les lieux réservés pour la célébration du culte. Il n'est donc pas raisonnable de supposer que ces sièges aient rapport à l'instruction des catéchumènes. Peut-on supposer que les pontifes y prenaient place lorsqu'ils présidaient les assemblées religieuses, lorsqu'ils prononçaient des homélies ou faisaient des ordinations? Non. Les chaires pontificales étaient situées au fond des églises souterraines ; c'est l'endroit qui correspond à la place qu'elles ont occupée un peu plus tard dans les basiliques du iv^ siècle, où elles sont fixées au fond de l'abside. Il fallait en effet que le pontife sur son siège fût en rapport avec toute l'assemblée ; cette situation le lui permettait. Les sièges dont nous parlons sont au contraire relégués dans les coins. Ajoutez à cela que deux de ces cryptes en ont chacune deux, tandis que la chaire de la présidence était nécessairement unique.

Reste la troisième hypothèse qui les attribuerait au diacre et à la diaconesse pendant la célébration

des saints mystères. Examinons d'abord l'église qui renferme trois de ces sièges. Elle est divisée en deux cryptes, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes. Dans la première, il y en a deux très-prè>de l'autel, quoiqu'ils soient chacun dans un coin, car les dimensions de cette église sont très-petites, surtout en largeur. La partie destinée aux femmes n'en offre qu'un seul, également voisin de l'autel. Or le diacre et la diaconesse ne devaient pas avoir des sièges là où le pontife n'aurait pas eu le sien. Il faudrait donc dire que le pontife et le diacre auraient occupé les deux sièges situés dans la première crypte, et la diaconesse, celui qui se trouve dans la seconde. Cette disposition aurait entraîné plusieurs irrégularités. Le siège du pontife et celui du diacre auraient eu la même élévation, ce qui n'aurait pas été conforme aux règles de la hiérarchie. Celui du diacre aurait été aussi voisin de l'autel que le siège pontifical, autre irrégularité. Enfin, le siège de la diaconesse aurait été plus, près de l'autel que ne le comportaient les prescriptions de la liturgie.

Passons maintenant dans l'autre église plus petite, qui ne renferme que deux sièges. S'ils avaient été destinés au pontife et au diacre, la diaconesse n'aurait pas eu le sien : donnez-les au diacre et à la diaconesse, celui du pontife manque. Du reste, comme la liturgie était plus courte qu'elle ne l'est aujourd'hui, il est à croire que ni le pontife, ni le diacre, ni la diaconesse ne s'asseyaient pendant une partie du temps consacré à la célébration de la messe : ces deux derniers d'ailleurs devaient plutôt se tenir debout pour exercer leur office de surveillants.

t88 ciiAi'rnîF. ix.

L'existence de ces moimmcjits reslcrail donc une énigme, si l'on en demandait Texplication aux hypothèses que nous avons discutées. Quelques chaises ne sont pourtant pas des sphinx d'un genre très-mystérieux, et ce serait une chose bien étonnante qu'avec tous les renseignements acquis sur les pratiques religieuses des premiers chrétiens, on rencontrât dans leurs antiques chapelles des objets très-simples qui ne s'adapteraient à aucun usage connu.

Mais si ces monuments ne cadrent pas avec des fonctions publiques auxquelles toute une assemblée aurait pris part, ne peut-on pas soupçonner qu'ils ont dû se rapporter à quelque rit en quelque sorte individuel et solitaire, à quelque fonction isolée, en dehors de celles qui s'adressaient à la foule ? Tertullien, qui appartient par plusieurs de ses écrits au n® siècle, nous dit dans son livre sur la Pénitence chrétienne, que les pénitents, en confessant leurs péchés, se plaçaient dans la posture la plus humble devant les prêtres *. Un texte de Minucius Félix, écrivain de la même époque, fournit une indication plus précise encore sur l'attitude qu'ils prenaient dans cet acte religieux. Nous apprenons par ce passage "^ ce qui se disait parmi les païens d'un rit ob-

1 Exomologesis prosterneiidi et humilificandi hominis disciplina est... De ipso quoqiie liabitu atque victu mandat... jejunis preces alere , ingemiscere , lacryraari... pi'esbyterls advolvi, et caris Dei adgeniciilari. {Lib. de Pœnit., c. ix.)

2 Alii eos ferunt (dit le païen Cécilius), ipsius antistitis ac sacerdotis colère genitalia, et quasi parentis sui adoiare naturara. (Minutius Félix, ûclacius, c. ix.)

serve par les fidèles et transformé par les préjugés haineux de leurs ennemis en une pratique abominable.

L'origine d'une pareille calomnie se trouve dans la pratique dont parle le premier des écrivains que nous venons de citer. Quelques faux frères, qui s'étaient introduits dans les assemblées secrètes des Catacombes, auront rapporté aux païens qu'ils avaient vu les chrétiens s'agenouiller un à un, avec un air recueilli, devant un prêtre assis, et inchner la tète vers ses genoux : ce qui cadre, d'une part, avec la posture signalée par Tertullien, et d'autre part avec la disposition des sièges qui nous occupent. Situés, en effet, de telle sorte que le personnage qui y prenait place ne se serait pas trouvé en face d'un auditoire qui aurait rempli la chapelle, ils convenaient, non pour des harangues, mais pour des colloques particuliers, et tout individu agenouillé et incliné vers les genoux de ce personnage présentait l'attitude qui a servi de prétexte à la calomnie des païens.

Admettez à cette époque la pratique de la Confession, l'énigme de ces sièges se dévoile : c'était, suivant toute apparence, des Confessionnaux, non pas semblables aux nôtres par leur forme matérielle, mais analogues par leur destination. Si l'on essaye de leur en attribuer une autre, de tout côté, nous l'avons vu, l'explication va se heurter contre des invraisemblances.

Les observations qu'on vient de lire ne prétendent pointa la certitude : mais c'est déjv quelque chose d'assez notable que de retrouver avec probabilité ,

inO CHAPITRE IX.

au xix" siècle de l'ère chrétienne, des Confessionnaux du ni« siècle ou du ii®. Si j'étais protestant, cette probabilité m'inquiéterait.

Les monuments relatifs h V Eucharistie ont un caractère bien plus marqué. Lorsque nous parcourons aujourd'hui les Catacombes, nous y observons deux classes de sépultures. Il y a d'abord les tombes étroites et oblongues, qui sont creusées horizontalement dans les murs des galeries et des cryptes : cette classe est de beaucoup la plus nombreuse. Mais, de distance en distance, surtout dans les cryptes, l'œil du spectateur est frappé par des tombeaux d'un autre genre ; ils se distinguent par leur g-randeur et leur configuration. Ce second ordre de sépulcres se divise lui-même en deux catégories. Les uns ont une telle hauteur, qu'évidemment on ne pouvait avoir l'habitude d'accomplir quelque rit sacré sur le plateau qui en recouvre la partie supérieure : il aurait fallu pour cela une échelle, sans parler d'autres inconvénients. Ils n'étaient donc pas destinés à un pareil usage. Les autres, au contraire, ont été construits de telle sorte que la pierre qui leur servait de couvercle était à la hauteur d'une table ordinaire ; elle en avait aussi la forme et la dimension.

Ces particularités caractéristiques, confrontées avec les témoignages de l'histoire, révèlent clairement la destination de ces monuments. D'une part, nous savons que l'Eglise primitive avait coutume de rélébrer les saints mystères sur les tombeaux des martyrs; d'autre part, la configuration de ces tomjoeaux s'adapte parfaitement à cet usage, et ils sont les

seuls qui aient pu s'y prêter. On voit encore, auprès de plusieurs d'entre eux, de petites crédences, ■aillées dans le tuf, analogues à celles de nos églises modernes, où l'on place les burettes préparées pour la célébration de la messe.

Assurément il n'est pas indifférent de rechercher les idées que l'antiquité chrétienne attachait à ces monuments investis d'un double caractère, marqués de deux sceaux mystérieux, celui de la liturgie et celui de la mort. Ecoutons d'abord l'iiymnographe des premiers siècles. Prudence dit en parlant du corps de saint Vincent :

L'autel donne à ces bienheureux ossements Le repos qui leur est dû :

Placés sous la table sacrée, Renfermés dans les profondeurs de l'autel, Ils aspirent d'en bas les émanations Du don céleste qui se répandent sur euxl«

Vous voudrez peut-être ne voir qu'une métaphore dans la propriété attractive attribuée à ces reliques ; mais le langage figuré a toujours sa racine dans les idées reçues. Prudence aurait-il pu songer à caractériser ainsi les émanations du don céleste, uperposé à l'autel, si de son temps les chrétiens

* Allar. quietem debitam

Praestat beatis ossibus ; Subjecta nam sacrario Imamque ad aram condita, Cœleslis auram muneris Perfusa subtus hauriunt.

(Prud., l'eriUqih., Iiymn. v, Passio S. Vincent, v. 515.)

n'avaient vu, dans le rit eucharistique accompli sur cet autel, qu'une cérémonie symbolique, vide de toute réalité surnaturelle? Ce langage a dû être greffe sur une tout autre croyance. C'est ce que nous font voir deux Pères du même siècle. Saint Ambroise s'exprime en ces termes, au sujet des reliques de deux martyrs, Gervais et Protais : « Que « ces victimes triomphales viennent se placer dans « l'endroit où le Christ est une hostie : sur l'autel « est le Christ qui est mort pour tous ; sous l'autel « reposent ceux qui ont été rachetés par sa Pasce sion*. » Saint Maxime de Turin disait à la même époque : « Qu'y a-t-il de plus honorable que de re- « poser sous l'autel même où le Sacrifice est préce sente à Dieu, où s'offre la victime pour laquelle <( le Seigneur est le prêtre, selon ce qui est écrit : « Tu es prêtre éternellement selon l'ordre de Melchisc- « dech ? 11 est donc juste que les martyi's soient place ces sous l'autel, parce que le Christ est déposé ce dessus. Il est juste que les âmes des saints repoce sent sous l'autel, parce que, sur ce même autel, ce le corps du Seigneur est offert. C'est par convecc nance, c'est par une sorte d'association intime ce que la sépulture des martyrs a été établie là où ce chaque jour la mort du Seigneur est célébrée, ce suivant ce qu'il a dit lui-même : Chaque fois que ce vous ferez ceci, vous annoncerez ma mort jusqu'à ce « que je vienne, afin que ceux qui sont morts pour sa

1 Succec^ant victimse triumphales in locum ubi Christus hostia est; seci ille super altare, qui pro omnibus passus est; isti sub altari qui illius redempti sunt passione. (Epitl. xxii. a. 13.)

« mort reposent dans le mystère du sacrement. « C'est, je le répète, par l'effet d'une intime com- « munauté que la tombe de tous ceux qui ont souf- « fert la mort est située là oii sont posés les mem- « bres de la mort sanglante du Sauveur^. »

Telle était la signification reconnue de ces monuments. On donnait à ces tombeaux le nom d^autel. En bas, des ossements, en haut, un don céleste et vivifiant; en bas, les corps des justes, en haut, le corps du Sauveur, et cette jonction avait lieu, parce que les martyrs, en s'immolant pour le Christ, avaient mérité une place là où se renouvelait l'immolation de la suprême victime. Telles sont les idées que nous trouvons incorporées dans ces tombeauxautels, au moment même oii l'Eglise put les honorer en paix. Comment croire qu'en sortant des Catacombes elle leur ait attribué un caractère tout différent de celui qu'elle avait été jusqu'alors accoutumée à leur donner? Les idées étaient donc préexistantes ; elles dérivaient d'un enseignement traditionnel déjà établi dans les chapelles souterraines. Ces monuments, qui appartiennent aux trois premiers siècles, emportent avec eux, dans cette période des origines, cette même croyance que de nos jours encore l'Eglise catholique continue de professer, hespierres sacrées des Catacombes sont, par leur sig-nification comme parleur usage, les sœurs aînées de nos autels d'aujourd'hui.

Recte ergo sub ara martyres collocantur, quia super aram Christus imponitur. Recte sub altare justorum animse requiescunt, quia super altare Domini corpus oifertur, etc. (Serwj. Lxxviii de Natal. Sanct.) (Voir le texte dans VAppendice n. XII, t. III.)

ID'l- CHAPITRE IX.

Les autels-tombeaux constituèrent un genre de monument tout nouveau dans le monde. L'Eglise avait trouvé le modèle supérieur, l'archétype de cette création sépulcrale dans ce passage de V Apocalypse : « Après que l'Agneau eut ouvert le cinquième « sceau, je vis sous l'autel les âmes de ceux qui « ont été mis à mort à cause de la parole de Dieu, « et pour le témoignage qu'ils portaient, et ils « criaient à haute voix : « Quand donc, quand, « Seigneur, qui êtes saint et vrai, ferez-vous jusce tice et vengerez-vous notre sang sur ceux qui « habitent la terre ? » Et il fut donné à chacun d'eux « une étole blanche, et il leur fut dit de se reposer <( encore un peu de temps, jusqu'au moment oij « serait complété le nombre des serviteurs de Dieu, « leurs frères, qui devaient être mis à mort comme « eux*. »

Ces paroles ont dû singulièrement frapper l'Eglise primitive, tout occupée de recueiUir les restes sanglants de ses martyrs, quand elle s'est demandé à quelle place d'honneur ils devaient se reposer un peu en attendant le jour de la justice^. Le prophète de Pathmos, lui montrant leurs âmes sous l'autel qui est dans le temple éternel devant le trône de

1 Et cum aperuisset sigillum quiatum, vidi siibtus altare animas interfectorum propter verbum Dei, et propter testimoiiLum quod habebant, etc. (Apocal., vi, 9 etseq.)

2 Preciso mofivi i niaggiori d' introvar questo rito degli altari sopra le Memorie de' Martiri da ciô che vide nell' Apocalisse l'Apost. S. Giovanni: Vidi subtus ullare, etc.... per lo chè S. Ambrogio disse : Succédant virtimœ triuuiphales, etc. (Boldet , Osserv. sojjrai ciinit. s-igr.^ lib. I, c. viii.)

Dieu, semnlait lui indiquer que leurs corps devaient être déposés sous un autel aussi dans les temples do la terre. Elle a continué de donner cette place à tous les autres saints qui ont été martyrs par la charité. Lorsque après la fm des persécutions elle a remplacé la pierre nue des Catacombes par des matières resplendissantes, cette transformation adonné à ses autels un dernier trait de ressemblance avec Vauteld'or que saint Jean avait décrit ^

Tel est donc l'indice qui paraît avoir suggéré la merveilleuse invention de ces monuments, où le tombeau et l'autel ne font qu'un. Ils rentrent dans le caractère profondément figuratif empreint, à plusieurs égards, sur les sépultures. De même que les tombes chrétiennes en général ont été originairement, ainsi qu'il sera dit bientôt, une imitation même matérielle du sépulcre où Jésus crucifié a été déposé dans une grotte de Jérusalem; de même les tombes des saints ont été en outre les images de l'autel qui est devant le trône de Jésus glorifié, et l'Eglise est allée chercher jusque dans les plus hauts mystères des cieux un type d'architecture pour les mystères delà mort.

Ces monuments ont fourni encore un autre sujet d'observation. Les tombeaux destinés à servir d'autels ne devaient pas être confondus avec ceux qui n'avaient pas ce privilège; ils devaient donc avoir une forme caractéristique. Mais, comme nous l'avons dit, les sépulcres dont la partie supérieure offre une table ne se divisent qu'en deux classes. Les uns sont,

* Altare aureum quod est ante thronum Dei. {A^oc, viii, à.)

par leur élévation, évidemment impropres au service dont il s'agit; les autres s'y adaptent par toutes leurs dimensions, qui sont celles d'une table ordinaire. C'était donc là le signe distinctif, et l'on doit donc par conséquent reconnaître des autels dans tous les tombeaux qui ont cette forme. Or, ils sont très-nombreux : on en voit souvent plusieurs dans une même chapelle. Une église des catacombes de Sainte-Ag-nès en renferme onze à elle seule. Cette multiplicité d'autels permettait de dire la messe sur chacun d'eux, au moins le jour anniversaire de la mort du martyr dont' il conservait le corps.

Ces monuments sont la réfutation palpable d'un futile reproche adressé à l'Eglise catholique. On a prétendu qu'en autorisant l'érection de plusieurs autels dans un même temple, elle s'est écartée de l'usage primitif. Cette assertion est précisément l'antipode de la vérité historique, caries monuments sont l'histoire en permanence. C'est la multiplicité des autels qui est l'usage le plus ancien. On y a dérogé au iv^ siècle, par une raison qu'il est aisé de concevoir. En général, presque toutes les basiliques de cette époque furent construites sur le tombeau d'un martyr. Les ossements des autres confesseurs de la foi restaient dans les galeries des Catacombes, où ils avaient été primitivement déposés. La plupart des églises n'avaient donc chacune que la dépouille sacrée dont elles gardaient la tombe, et comme chaque autel devait être superposé à des reliques, on fut conduit à se contenter habituellement d'un seul autel. Mais, pendant les invasions des barbares, plusieurs des cimetières souterrains, situés dans les

TEADITION MONUMENTALE. 197

campagnes, furent ravagés. La même profanation pouvait se renouveler. On voulut dès lors pourvoir, autant que possible, à la sûreté des saintes reliques, en les transportant dans l'intérieur de la ville. Il y eutun grand nombre d'églises qui reçurent chacune plusieurs de ces dépôts sacrés. La piété se fit un devoir de les renfermer dans des autels, afin que leurs nouvelles tombes servissent, comme leurs premiers sépulcres, à la célébration des saints mystères. I! s'opéra ainsi graduellement un retour à l'usage ancien, qui fournissait d'ailleurs plus de facilité pour les fonctions du culte.

Outre cet avantage, le système suivi par l'Église catholique complète, beaucoup mieux que tout autre, le symbolisme de l'architecture sacrée. Dans tout édifice religieux pourvu de plusieurs autels, l'autel principal représente éminemment le Christ immolé pour nous : les autres, qui sont des copies du premier, concourent, par cette reproduction d'un même type, à figurer l'identité du sacrifice. Mais, s'ils sont tous semblables comme autels à raison de leur rapport à l'unique auteur du salut, ils sont diversifiés comme tombeaux, par leur corrélation aux saints multiples dont ils gardent les reliques, de sorte qu'ils expriment tout à la fois et l'unité du corps dont le Christ est le chef, et la pluralité des membres de ce corps mystique.

Telle est en effet la pensée fondamentale de toute théologie vraiment chrétienne. Elle ne doit séparei' ni le Christ des saints, parce qu'il est essentiellement Sauveur, ni les saints du Christ, parce qu'ils ne se sont sanctifiés que par lui. Plus l'architecture

exprime cette union, plus elle se rapproche de son type qui se trouve dans cette architecture invisible, que l'Apôtre nous signale par ces mots : Vous êtes l'édifice de Dieu * .

Du reste, en fait de symbolisme plus ou moins parfait, comme dans toutes les matières où rien d'essentiel n'est compromis , l'Eglise catholique n'est pas pointilleuse. L'autel unique ne l'effarouche pas. Dépositaire de l'usage antique, elle ne trouble point, là où ils sont établis, les usages qui ne sont qu'anciens. Ce bon sens pratique n'est point imité partout. Je parie qu'il y a encore des archimandrites de Moscou et des moines du mont Athos qui répètent, contre les autels multiples, les murmures des jansénistes du siècle dernier. La science de ces hommes est comme le calendrier russe, elle retarde. Elle s'arrête, tout éblouie, à nos basiliques du temps de Constantin, sans se douter que les archéologues romains ont creusé plus bas dans le sol, et plus loin dans le temps. Sous la terre qui porte ces églises de marbre, ils ont retrouvé l'usage primitif dans les chapelles en tuf des Catacombes.

n. USAGES DE l'église.

Pratiques de pénitence.

L'Eglise impose aux fidèles des pratiques de pénitence comme remède au péché; à ses causes et à ses suites. La principale est le jeûne. Il contient la substance des autres privations : elles ne sont bonnes

1 Dei cedificatio eslis. (S. Paulus, i ud Corinth., m, 9.)

et utiles qu'au même titre qu'il l'est lui-même. Il suffit donc de constater son adoption par l'Église primitive pour faire remonter par là même, jusqu'au berceau du Christianisme, la doctrine catholique sur les œuvres pénitentiaires.

Rome souterraine a fourni un monument qui nous montre de la manière la plus positive, dans la première période de l'Eglise, non-seulement l'usage du jeûne, mais encore la loi du jeûne solennel, qui servait déjà de préparation à la fête de Pâques.

Des fouilles, pratiquées près de la basilique de Saint-Laurent hors des murs, ont fait découvrir, en ISSl, une antique statue assise de saint Hippolyte, évêque de Porto, sous le règne de l'empereur Alexandre Sévère. Cet évêque avait été célèbre par ses écrits. On en a retrouvé une liste sur les parois du siège de cette statue. Nous en noterons deux en passant. L'un est intitulé : de Dieu et de la résurrection de la chair. L'autre titre porte ces mots : la Tradition apostolique : ce qui indique que la règle de la tradition était suivie. Mais ce registre en marbre nous a conservé un autre document. On savait par saint Jérôme qu'un évêque Hippolyte avait inventé un tableau ou canon pascal *, pour déterminer le jour où devait tomber chaque année la fête de Pâques, et que ce travail avait suggéré plus tard à Eusèbe l'idée de faire une table du même genre. Le

1 Hippolytus cujusdam ecclesise episcopus (nomen quippe urbis scire non potui), rationem Paschse temporumque Ganones sci'ipsit usque ad primum annum Alexandri imperatoris, etc. (S. Hier., de Script, eccles. in Uippol., c. lxi.)

cycle pascal de saint Hippolyte est gravé sur ce même siège, et on y lit ces mots :

Il en sera pour les années suivantes comme cela est cidessous marqué dans la table, et pour les années précédentes ce jour est revenu conformnnent à ce qui a été indiqué. Or il faut que lv: jeune cesse dès que le di-

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