II
disparu. Il est allé se revêtir d'un sac avec une ceinture de corde, et s'enfermer dans une prison. Là, il retrouve des confrères, qui sont venus au même rendez-vous. Ils passent la nuit avec un être qu'ils n'ont jamais vu, qu'ils ne reverront jamais : entre ces deux incognito du passé et de l'avenir, ils ne connaissent de lui qu'un crime. Ils se font les anges gardiens de ce démon, l'exhortant au repentir, l'embrassant en frères, pressant dans leurs mains ses mains tachées de sang, et lui apprennent à verser avec eux de saintes larmes. Lorsque le moment du départ est arrivé, ils l'entourent, le soutiennent pendant le lugubre trajet ; ils placent devant lui une pieuse image, pour qu'il ne voie pas de trop loin l'objet sinistre: la croix lui cache l'échafaud. Les voilà qui montent avec le prêtre et avec le patient l'échelle fatale : un instant après, ils se font remettre le cadavre pour en prendre soin, et, quand tout semble fini en cet endroit-là, ils y ont encore quelque chose à faire. Agenouillés autour de l'échafaud, ils se confessent pécheurs, et demandent au ministre de Dieu qui vient d'absoudre le grand coupable l'absolution des fautes qu'ils ont pu commettre dans l'exercice de la charité. C'est ainsi qu'ils accomplissent la mission qu'ils ont acceptée, qu'ils ont ambitionnée. De pareilles scènes ne seraient chez nous qu'une espèce d'hiéroglyphe de la charité pour beaucoup de gens, assez humains pour l'admirer, et trop peu chrétiens pour le comprendre. Il y a près de quatre cents ans que Rome les voit se reproduire dans la confrérie de Saint- Jean-Baptiste Décollé, fondée vei's le xv** siècle. Les papes lui ont accordé et main-
tenu le seul privilège qui pût être pour elle une récompense, le droit de délivrer chaque année un condamné à mort. La loi a dit à ces hommes : Votre miséricorde me parait si haute, que le glaive de la justice peut s'incliner devant elle ; à vous, le plus beau droit du souverain : la charité sublime est une royauté.
Cette société a des archives auxquelles sont confiés de temps en temps des récits bien dramatiques. D'après les statuts, un des confrères qui assistent le condamné est chargé de consigner dans un registre tout ce qui se passe depuis le moment où la sentence a été signifiée jusqu'à l'instant de l'exécution. Ce registre en sait long sur les luttes suprêmes du crime et de la foi, du désespoir et de la charité : il révèle une face de la nature humaine qui se produit rarement dans l'histoire.
Je finis par les associations qui s'occupent de ce qui est la fin de tout en ce monde. La Confrérie de la mort, établie dans le xvi^ siècle, se consacre particulièrement, avec d'autres confréries, à la sépulture des pauvres. Elle a joint à son titre primitif le nom de la Prière, à la tristesse des convois funèbres la splendide dévotion des Quarante Heures, instituée par elle afin de charmer saintement ses préoccupations lugubres, et d'ensevehr en quelque sorte dans es plus doux mystères de la foi les répugnances de la nature. Les écrivains qui ont parlé de cette confi-érie signalent à ce sujet un fait assez remarquable On voit, par quelques rescrits impériaux, qu'une compagnie du même genre, composée de marchands et d artisans, s'était déjà établie au iv« siècle. L'his-
tiire des associations particulières vouées à la bienfaisance commence par une société en faveur des morts, comme l'histoire des monuments matériels de la charité commence par les cimetières et les catacombes. Nous sommes ramenés ainsi, en finissant, à notre point de départ. Le premier acte de la charité chrétienne envers les maux du corps a eu lieu lorsque les saintes femmes du Calvaire, avec Joseph (l'Arimathie, prirent soin de la sépulture du Sauveur. Depuis, toutes les œuvres du même genre ont toujours vivement remué toutes les sympathies de la foi. Les actes de bienfaisance, qui ont pour objet le soulagement des souffrances physiques, ne se rapportent par eux-mêmes qu'aux choses du temps; l'intention de la personne qui exerce ces actes peut seule les faire monter plus haut. Mais les soins rendus à ce qui n'a plus aucun besoin terrestre sont une charité prophétique, qui n'a la conscience d'elle-même que dans la foi à l'immortalité.
Le rapide coup d'oeil historique que nous venons de jeter sur la charité romaine ne donne qu'une idée très-incomplète des institutions actuelles. Pour remédier à cet inconvénient, nous donnerons dans Vappendice de cet ouvrage un tableau dans lequel elles seront énumérées et classées. Nous voulons seulement recueiUir ici les observations suivantes :
Dans toutes les branches de la charité, dans les mesures pour la distribution des secours aux différentes classes des pauvres, dans l'institution des écoles, des maisons d'asile, d'éducation et d'apprentissage pour les orphelins et les jeunes gens des deux sexes, des dots pour les jeunes filles et des
hospices pour les pauvres invalides, dans l'établissement des hôpitaux et le régime des prisons, nous retrouvons d'abord de grandes œuvres fondées directement par les papes.
Si nous prenons ensuite ces diverses branches, en ne comptant plus les fondations papales, voici ce que nous pouvons remarquer : Dans la distribution des secours à domicile, les confréries prédominent ; dans les écoles élémentaires, ce sont les congrégations d'hommes et de femmes. La plupart des maisons d'asile et des conservatoires ont été fondés par la charité des particuliers. Les confréries reprennent la plus grande part dans l'œuvre de la dotation des jeunes filles pauvres. Sur quatorze ou quinze institutions de ce genre, elles en ont dix. Les cardinaux figurent spécialement dans la fondation des hôpitaux. Plusieurs de ces maisons ont été aussi établies par des ecclésiastiques et des laïques charitables. Des congrégations de prêtres, des confréries, des ordres religieux, notamment les Jésuites, se consacTent à l'exercice de la charité dans les prisons. Parmi les œuvres romaines, nous rencontrons trois institutions françaises : les Frères de la Doctrine chrétienne sont employés dans l'hospice de Sainte- Marie des Anges ; les dames du Sacré-Cœur élèvent des orphehnes; la maison pénitentiaire pour les femmes est tenue par les dames du Bon-Pasteur.
Parmi ces institutions, il en est sans doute qui ont besoin de réformes et d'améliorations. Dans quelques-unes, de vieux règlements, calculés pour l'époque où ils ont été faits, devront être modifiés, pour se trouver parfaitement en rapport avec les
changements survenus dans la société ; quelques autres ont subi l'influence de causes diverses qui ont affaibli leur action. Voyez les fontaines de Rome, si nombreuses et si belles : s'il arrive que de temps en temps quelques-uns des tuyaux qui les alimentent soient engorgés, si d'autres ont des fissures par lesquelles une certaine quantité d'eau se perd, cela sera réparé : en attendant, nous n'en dirons pas moins que Rome est très-riche en belles fontaines et en beaux établissements de charité. Les réformes se font ici lentement, mais, en général, à coup sûr, soit que Rome réalise ses propres idées, soit qu'elle profite des perfectionnements qui s'opèrent dans d'autres pays. Cette ville, obligée, par son essence même, à inspecter le monde, est un grand observatoire. Elle assiste aux discussions et aux essais dont d'autres contrées sont le théâtre ; elle sait que beaucoup de systèmes d'économie sociale passeront comme des nuées sans eau, que l'utilité réelle de quelques autres pourra être constatée par la double épreuve de l'examen et de l'expérience. Lorsqu'une idée a reçu cette sanction, elle l'adopte, elle se l'assimile au degré oià cette idée est applicable à ses propres besoins. Il est bon sans doute que quelques pays se lancent plus hardiment dans la carrière des perfectionnements, au risque de bien des mécomptes ; mais il est en même temps nécessaire que cette tendance ait un contre-poids, et, si cette force de stabilité doit avoir quelque part dans le monde chrétien son principal foyer, c'est assurément dans le centre. Du reste, tout annonce que, sous l'impulsion de celui qui préside aujourd'hui à ses destinées, la ville
éternelle fera un de ces pas sûrs et puissants dont elle a tant de fois donné l'exemple.
Les faits que nous avons passés en revue se rattachent à un certain nombre de monuments qui sont contemporains de ces faits, ou qui ont succédé, souvent dans le même endroit, aux monuments originaires. Nous en signalerons les principaux :
Les cimetières des catacombes, cette grande œuvre de la charité chrétienne envers les morts, substituée au système inhumain des sépultures païennes ;
Les anciennes églises diaconales, qui présidaient à l'administration de la charité, et notamment l'archidiaconie de Saint-Laurent, aujourd'hui Sainte- Marie m Dominica, au mont Cœlius;
L'église de Saint-Jérôme de la Charité, autrefois maison de sainte Paule, et demeure de saint Jérôme : nous avons vu par quel genre de relation elle se trouve liée à la fondation du premier hôpital de Rome, au iv^ siècle;
L'emplacement de l'hôpital de Saint-Symmaque : il est renfermé dans ce qui forme aujourd'hui l'enceinte de l'hôpital du Saint-Esprit, construit au xiii« siècle, lequel, ayant remplacé la fondation antique, se trouve, par cette succession, le patriarche de tous les hôpitaux du monde ;
Le palais de Latran, antique siég-e de l'aumônerie apostolique : cette institution, que saint Grégoire le Grand a organisée, ou dont il a du moins posé la oase, a été le type d'une foule d'institutions analogues qui ont surgi dans tous les pays chrétiens.
Dans le viii° et le ix'^ siècle, les Papes eurent à réparer d'immenses ruines, accumulées par les dé-
sastres des siècles précédents. Un grand nombre ae basiliques, de diaconies, d'hospices, furent reconstruits. La diaconie de Sainte-Marie in Cosmedin, rebâtie par Adrien P"", est un beau monument de cette époque réparatrice. Rome dut aussi ouvrir des asiles à d'autres infortunes que les siennes. Une foule de Grecs et d'Orientaux, fuyant la persécution des Iconoclastes ou celle des Sarrasins, se réfugièrent à l'ombre de ses monastères. Le couvent de Saint- Alexis sur le mont Aventin est un des édifices existant encore aujourd'hui, auxquels se rattache le souvenir de cette hospitalité. Dans le xi® siècle, Rome, saccagée et incendiée par les troupes de Robert Guiscard et par les armées impériales, dut se remettre encore à l'œuvre des réparations. Rientôt après une grande partie des ressources qui auraient pu servir à ses besoins particuliers furent consacrées à une entreprise d'une utilité générale pour la chrétienté, les Croisades. Toutefois, au commencement du XIII® siècle, nous voyons recommencer une série de monuments et d'institutions de charité dont les plus remarquables sont encore debout;
L'hospice fondé par Innocent III pour les enfants abandonnés. Pendant longtemps ils avaient été recueillis par les églises, à la porte desquelles on les déposait. Quelques petits essais de maisons de refuge , consacrées particulièrement à cette bonne œuvre, avaient eu lieu. Mais l'établissement que ce Pontife forma dans le chef-lieu de la chrétienté, et qu'il entoura d'une bienveillance solennelle, fut un exemple proposé à tous les pays ;
L'église de Sainte-Lucie del Gonfalone est aujour-
d'hui le plus vieux monument de ces confréries de charité, dont Innocent III avait donné le signal. Celte église a été concédée, en 1264, à la confrérie dont elle a pris plus tard le surnom. L'écusson des croisades, la croix roug-e et bleue , figure encore maintenant sur l'étendard de cette association de bienfaisance, en mémoire de son zèle pour le rachat des captifs. La plupart des autres confréries charitables ont aussi chacune son monument, son oratoire particulier ;
L'édifice où se trouve actuellement le Mont-de- Piété, qui a succédé à un autre édifice conservant le nom de Monte Vecchio, nous fait remonter par ses inscriptions à l'origine de ce genre d'établissements, né à l'ombre de la Papauté, et activement propagé par elle ;
Dans le xvi« siècle, saint Philippe de Néri ouvre aux pèlerins de toutes les nations cet hospice de la Trinité que tous les étrangers visitent ; Sixte-Quint fonde en faveur des pauvres cette grande institution dont l'hospice apostolique de Saint-Michel est devenu le principal foyer ; saint Joseph de Calasanzio établit l'instruction primaire gratuite ; le siège de son institut à Saint-Pantaléon avait été originairement installé dans une maison située à l'endroit oii se trouve maintenant l'entrée du monastère de Saint- André délia Valle ;
Dans le siècle suivant, les prisons Innocentiennes donnent à l'Europe un exemple d'améliorations matérielles dans ces tristes demeures ;
La maison correctionnelle, fondée par Clément XI
au commencement du dernier siècle, inaug-ure le système pénitentiaire ;
De nos jours, enfin, l'œuvre admirable de Léon XH pour la distribution générale des secours signale, dans l'administration de la charité, un progrès qui n'a encore de monument que dans la reconnaissance des pauvres.
Etudiez ces monuments, ces institutions, autour desquelles se groupent une foule d'autres établissements moins connus; remontez à leur origine, suivez leurs développements, consultez leurs inscriptions, leurs tableaux, et, s'il y a lieu, leurs archives, la belle histoire qui se déroulera sous vos yeux vous fera reconnaître cette vérité : dans la plupart des grandes mesures de bienfaisance, Rome ■ a eu l'initiative pour les inventer ou pour les propager. Au dernier siècle, l'histoire, telle qu'on nous la fabriquait alors, avait calomnié de mille manières l'action du clergé catholique en faveur des classes souffrantes : les travaux de notre époque ont commencé à faire justice de ce g-rand mensonge. Mais il y a un point qu'on doit particulièrement mettre en lumière : c'est la place éminente que la Papauté occupe dans les annales de la charité. Je n'ai pu vous en offrir qu'une faible esquisse : d'autres en feront le tableau.
Je regrette de terminer ce volume : je voudrais ne l'écrire que dix ans plus tard, pour y ajouter quelques pages sur les institutions de bienfaisance que le souffle de Pie IX aura fait éclore ou revivre. Depuis les IV'' et v'^ siècles, oi^i la charité chrétienne
commence à s'organiser librement, Rome a eu, pour les créations de ce genre, quatre époques principales qui sont, du reste, liées entre elles par une chaîne continue de bienfaits : l'époque de saint Grégoire, au vi« siècle ; celle d'Adrien P'', de Léon III et de Pascal P'-, aux viii« et ixe; celle d'Innocent III, au xni« ; et enfin, celle de Sixte-Quint. Tout annonce qu une autre époque est arrivée, que la charité romaine va avoir comme une végétation nouvelle, si les passions humaines n'en arrêtent pas le développement. Ne pouvant en retracer l'histoire, je veux du moins en recueillir ici les présages et les prémices, comme un trait qui achève ce que j'ai eu à dire de Rome. J'emprunterai à ses monuments euxmêmes des paroles meilleures que celles qui viendraient de moi. Les inscriptions que la poésie du moyen âge a gravées sur les vieilles tombes des Papes, renferment des mots qu'on dirait choisis tout exprès pour peindre l'âme du nouveau Pontife. C'est avec des couleurs antiques que j'essaye d'esquisser ce que nous voyons, à peu près comme on a fait, à Rome, tant de monuments nouveaux avec des fragments du passé.
Lorsque le nouveau Pape a été proclamé, le monde entier a reconnu à l'instant que jamais une élection n'a été plus pure de toute autre influence que celle du mérite :
QVI GRATVS POPVLIS ET CELSO DIGNVS HONORE SVMPSISTI MERITI3 PONTIFICALE DECVS.
[Epitaph. Joamiis I, ann. 535.) Agréable aux peuples et digne du rang suprême, Ce sont tes mérites qui ont pris possession du trône pontifir^ai.
Chacun se souvient de la première parole qui est tombée de son cœur : « Pendant les jours où la po- « pulation tout entière, émue jusqu'au fond de « l'âme, faisait éclater son allégresse pour notre (( exaltation au Pontificat, nous n'avons pu nous « défendre d'un sentiment de douleur en pensant « que beaucoup de familles parmi nos sujets étaient « retenues en arrière de la joie commune. »
ALTERIVS GEMITVS CREDIDIT ESSE SVOS.
{Ep. Pelagii I, ann. 559.) Les gémissements d'autrui, il les prenait pour les siens.
Il espérait que sa clémence ne tomberait par sur des cœurs ingrats, qu'elle produirait les effets qu'il avait droit d'en attendre et qui sont si bien exprimés par ce distique d'un monument du vn"^ siècle :
HIC HOMINVM VITIA BLANDO SERMONE REMOVIT, NEC CVLPIS JVDEX, SED MEDECINA FVIT.
(Ep. Sabiani, ann. 605.) Il repoussait les vices des hommes par le charme de ses
douces paroles ; Les fautes trouvaient en lui, non un juge, mais un remède.
Quelque temps après son âme fut percée d'une douleur inattendue ; un hiver calamiteux pesa sur sa ville chérie. Les moyens de subsistance diminuaient à mesure que les inondations du Tibre s'étendaient. Il leva les yeux vers le ciel, et étendit sa main sur son peuple :
EfilTNE STERILIS ROMAM CONSVMERET ANNVS, NVNC ORANDO FUGANS, NVNC MISERANDO FAMEXI.
(Ep. Bonifacii I, ann. 423.)
. ESVRIEM DAPIBVS SVPERAVIT, PRIGORA VESTE, ATQVE ANIMAS MONtTIS TEXIT AB HOSTE SACRIS.
(Ep. S. Gregorii I, apud Joann. diacon.) Il protégea Rome contre les désastres d'une année stérile en ressources, et il chassa la faim par ses largesses comme par ses prières.
Il vainquit la disette par les aliments qu'il distribua, et le froid par les vêtements, en même temps que, pour défendre les âmes contre un autre ennemi, il les couvrit de ses avertissements sacrés.
Mais sa charité médite d'autres œuvres que celles qui ont pour but de soulager des malheurs accidentels. Ce qu'il a déjà pu faire pour le plus vaste étahhssement de bienfaisance à Rome laisse entrevoir sa résolution de remédier, par de grandes mesures mûrement préparées, aux maux des classes souffrantes :
EGENTVM SEMPER STVDVIT RECREARE CATERVAM.
{Ep. SerguII^ aan.Sil.)
NAM VIDVALIS APEX, PVPILLORVMQUE PHALANGES CAECORVMQVE CHORVS DVX TIBI LVCIS ERIT. '
(Ep. Botiifacii V, ann. 625.)
Il fait son étude constante des moyens de relever la classe pauvre.
La troupe de veuves, les phalanges des orphelins Je chœur des aveugles, le conduiront au séjour de la lumière.
Plusieurs de ses anciens prédécesseurs avaient repare les murailles de Rome pour la protéger contre les mcursions des barbares ; mais il sait que cette grande cité a besoin d'autres fortifications et que les meilleurs remparts contre eux sont de bonnes mstitutions. La ville, qui avait conservé le ré-
gime municipal, à une époque oii il avait succombé en tous lieux sous les coups de la féodalité, aspirait à voir renaître son institution antique, appropriée aux besoins des temps modernes. Il lui a redonné ce boulevard du bien public :
EXTVLIT ATQVE ALTAE RENOVAVIT MOENIA ROMAE.
{Ep. Nicolai V, ann. 1455.) Il a relevé et rajeuni les remparts de la grande Rome.
PROPRIA LUCRA PUTANS PUBLICA SUBSIDIA.
(Ep. Bonifacii V.) Il regarde comme son gain propre tout ce qui profite aux intérêts généraux.
Fasse le ciel que son temps ne méconnaisse pas le don de Dieu, et qu'au nom d'une liberté qui n'aurait pas la religion pour [base, qui n'aurait que les passions pour guides, on ne cherche pas à ravir au libérateur lui-même la liberté la plus haute, la liberté d'accomplir toute la mission que Dieu lui a donnée !
Yoilà ce que nous écrivions à une époque où le cœur du saint Pontife n'avait pas encore bu la coupe amère que l'impiété et l'ingratitude lui préparaient. Nous avions dès lors un triste pressentiment. Le monde sait le reste. Pie IX a vu se vérifier pour lui ce qu'un de ses prédécesseurs, saint Damase, a dit dans Vépitaphe qu'il a composée pour le pape saint Marcel, au iv" siècle :
VERIDICVS RECTOR, LAPSOS QVIA CRiMINA FLERE
PRvEDIXIT MISERIS, FVIT OMNIBVS HOSTIS AMARVS.
HINC FUROR, HINC ODIVM SEQVITVR, DlSCOl DIA LITES,
SEDITIO, CiEDES, SOLVVNTVR FŒDERA PACIS.