‹ Esquisse de Rome chretienne (volume 2)Chapitre 64 sur 70 · II · texte numérisé non relu

II

494 CHAPITRE XVe

mômes scènes recommencent : duels, combats par groupes, mêlées générales se succèdent comme des tourbillons sous les yeux de la foule insatiable, dont les émotions sont errantes avec les chances incertaines de chaque lutte. Les applaudissements, les acclamations sinistres, les rires sauvages bouillonnent comme une écume ardente, 'et pendant plusieurs heures le Colisée est comme une fournaise de cruautés et de plaisirs*.

Vous seriez tenté de croire qu'une assemblée qui fait ses délices de pareils jeux est une troupe de cannibales. C'est l'éhte des peuples, c'est la fleur de la civilisation. Les bonnes gens y abondent: ce gros sénateur, à la mine fleurie, qui ne manque pas un de ces spectacles, qui s'y pâme de joie, c'est un bon père de famille qui pleurera ce soir de tendresse en embrassant ses petits enfants sur ses genoux ; ce poète écrira demain , sur des tablettes parfumées,, des vers à Lydie, de la main dont il vient d'applaudir à ces assassinats ; cette femme que vous avez vue tout à l'heure tourner le pouce, pour donner le signal d'achever un blessé, c'est une chaste vestale-.

Les jeux se terminent par la distribution des ré

1 Quid ? non in omnem libidinem ebullis?... Quid non fréquentas tam solemnes voluptates Circi furentis, caveje stevientis, et scenge lascivientis? (Tertull., in Marr.lon., lib. I,] c. XXVII.) — Quidquid immoderationis in circis, quidquid furoris in caveis. (Salvian., de Gîibernat. Dei, lib. Vî, c. xi.)

Ac vilis gladiator ense dure Percussus cadit, et frémit voluptas.

(Prudent., Htjtn. vi, v, 65, m Marhjr.\ Tarragonens.)

2 Vide Buling., de Venat. cire.

compenses aux gladiateurs qui ont survécu. Cependant la nuit est venue ; quelques hommes, marchant avec précaution, rôdent comme des ombres autour du Colisée désert. Ils s'arrêtent dans un coin et se baissent vers la terre ; l'un d'eux étend un petit linceul blanc, dans lequel ils ramassent quelques ossements ; ils les emportent avec eux et disparaissent. Nous ignorons vers quel endroit ils se dirigent; mais nous savons qu'il y a tout près du Colisée une habitation vénérée des Chrétiens, c'est la maison de Clément, disciple de saint Pierre et son second successeur. Réunis dans le lieu qu'ils ont choisi pour retraite, ces hommes font quelques préparatifs. Que va-t-il se passer pendant cette nuit? Les usages primitifs nous le laissent entrevoir. Les flambeaux sont allumés dans la chambre la plus spacieuse, quelques chrétiens romains viennent se joindre à Carus, Philon, Agatophe * et autres disciples d'Ignace qui l'ont accompagné d'Antioche à Rome^. Ils passent la nuit en prières, pleurant, agenouillés ; et, s'étant un peu assoupis, les uns voient le martyr apparaître et les embrasser^, d'autres le voient prier sur eux *, à d'autres il apparaît

* S. Ignat., Epistol. ad Smyrnens., et Epistol. ad Philadelph.

2 Horum nos ipsius spectatores facti, cum lacrymis domi vigilem noctem duximus, et genibus flexis multis precibua Dominum orabamus, ut nos infirmos de iis quee factae fuerant certiores faceret. (Act. sincera ex grœc. manuscript. versa.)

3 Cum paulum obdormissemus alii quidem subito adstantem nosque complectentem... (Ibid.)

* Alii rursus nobis orantem... (Ibid.)

tout couvert de sueur comme un homme qui sort d'un long travail, et se tenant près de Dieu dans une gloire ineffable *.

Depuis le supplice de saint Ignace, disciple des apôtres, bien des scènes de martyre, plus ou moins analogues par leurs circonstances, se sont succédé dans le Colisée jusqu'à la fin des persécutions. On a recueilli les noms d'un certain nombre de ces martyrs : on sait aussi que deux cent soixante chrétiens, condamnés aux carrières hors de la porte Salare, furent ensuite amenés dans l'amphithéâtre, et tués comme des bêtes fauves à coups de flèches, sous le règne de Claude le Gothique. Quoique le Colisée ne soit pas désigné sous son nom propre d'amphithéâtre Flavien, c'est vraisemblablement dans son enceinte que la plupart de ces supplices ont eu lieu, parce qu'il était le foyer habituel des chasses aux hommes et des expositions aux bêtes.

Lorsque la Croix parut sur le fronton du palais impérial de Constantin, aux environs du Colisée, le vieil amphithéâtre ne renonça pas subitement à ses horribles habitudes. Il fallut du temps pour l'exorciser; il n'avait plus de martyrs, mais il avait toujours des victimes. En vain Constantin, et après lui Constance, avaient prohibé les jeux des gladiateurs ; en vain le sentiment chrétien s'écriait, par la bouche de Prudence : Que désormais nul ne tombe, dont le supplice soit un plaisir^. Les lois de l'empire,

* Sudore stillantem, taiiquam ex multolabore advenientem. (Ibid.) — In inefFabili gloria. (Act. sine. Latin.)

2 Nullus in Urbe cadat cujus sit pœna voluptas, Nec sua viii^initas oblectet csedibus ora.

les lois de l'humanité restaient impuissantes contre la fascination que ces spectacles exerçaient toujours sur la société romaine, qui était encore en partie païenne. Ils furent à la fois défendus et tolérés. Quel était le coup de grâce que Dieu tenait en réserve pour opérer la conversion de l'amphithéâtre ? Voici quel fut le secret de la Providence. Du fond de l'Asie, un pieux anachorète, Almachius, était venu à Rome pour visiter les lieux saints ; il s'y trouvait aux calendes de janvier, époque des spectacles. Le peuple était rassemblé dans l'amphithéâtre : voilà qu' Almachius a l'idée de le sermonner. Mais que fera-t-il, lui pauvre moine, lui inconnu? Sera-t-il plus puissant que la puissance des empereurs? Sera-t-il plus éloquent que tous les docteurs chrétiens qui ont tonné contre ces spectacles? Peutil espérer de toucher le cœur de ce peuple au moment oii il est dans l'ivresse de ses cruels plaisirs ? Sera-t-il même écouté? Gagnera-t-il autre chose que d'être honni et chassé à coups de pied? Une voix intérieure lui parle plus haut que toute cette prudence. Poussé par une sainte folie, il pénètre dans l'amphithéâtre, il monte sur les gradins, il s'en fait une chaire, il prêche le peuple, il lui reproche le crime de ses fêtes. Cette étrange apparition excite quelque tumulte. Le préfet Alypius, qui est présent, ordonne qu'on le mette à mort sur-le-champ, comme coupable de sédition. Il y avait eu jusqu'alors des martyrs dans le Colisée, il y eut à ce moment un

Jam solis contenta fevis infamis arena, NuUa cruentatis homicidia ludat in armis.

(Prudent., in Symmach., lib. II, v. 1125.)

martyr du Colisée même. Almachius tomba, mais les gladiateurs ne se relevèrent plus. L'indignation qu'excita cette mort provoqua une loi implacable. Les flots de sang qu'avaient répandus dans l'amphithéâtre les martyrs de la foi n'avaient pas encore comblé la mesure, il lui manquait quelques gouttes du sang que devait y ajouter un martyr de la charité.

Le Colisée continua pendant quelque temps de servir pour les combats avec les animaux. C'est pendant l'occupation de Rome, sous Théodoric, que ce spectacle y apparaît pour la dernière fois. Le roi des Visigoths termina cette chaîne pompeusi^. de fêtes, dont le premier anneau se rattachait au berceau de l'empire. Dans le siècle suivant, le Colisée est oublié ; Rome avec sa campagne devient ellemême un amphithéâtre terrible, oii les armées des empereurs, celle des Goths, celle des Lombards, se livrent, pendant le vi^ siècle, une lutte que tous les peuples regardent. Bélisaire, Narsès, Vitigès, Tolila, Agilulphe furent des gladiateurs qui ne permettaient guère de songer aux éléphants de l'Inde et aux lions de l'Afrique. Depuis cette époque jusqu'à la lin du xi^ siècle, il n'est presque plus question du Colisée. Autant il avait eu de renom pendant sa période de fêtes, autant on se tait sur lui dans son délaissement : le silence n'est interrompu que par un mot de Bède, qui répète ce proverbe alors populaire ; « Tant que le Colisée sera debout, Rome sera « debout ; quand tombera le Colisée, Rome tom- « bera, et le monde aussi *. » Réduit à l'oisiveté, le

1 Quandiu stat Golisaeus, stat et Roma : quando cadet Coli-

vieux géant impose à l'imagination des peuples par le prestige dont il a été entouré. Il est mort comme amphithéâtre, il ne reprendra pas de longtemps une vie nouvelle pour d'autres usages ; mais en attendant, sa fonction est de rester là comme un emblème de l'éternité de Rome. A la fin de cette époque, il recommence à s'agiter. Il débute par être une forteresse : les Frangipani s'y retranchent ; les Annibaldi, autre famille puissante, les y attaquent. Quelques années s'écoulent, la scène change complètement. Le sénat romain, devenu le propriétaire du Colisée, y donne un tournoi en 1332, pendant le séjour des Papes à Avignon*. Ces jeux des chevaliers revêtus d'une noble armure, portant sur leurs écussons des devises poétiques, dans cette même enceinte 011 s' entre-tuaient les gladiateurs pour amuser les Romains, sont une espèce de jalon historique pour mesurer la distance qui sépare les mœurs de l'antiquité et celles du moyen âge.

Au xiv^ siècle, le sénat cède au chapitre et à la confrérie du Saint-Sauveur une partie du Cotisée, avec la charge de faire la police contre les malfaiteurs qui s'y retiraient. Une maladie contagieuse survient : cette confrérie se transforme en hôpital ; des lits de malades garnissent les vastes corridors des portiques. Mais voici Sixte-Quint qui lui prépare une autre métamorphose : une des idées favo-

sseus, cadet et Roma : quando cadet Roma, cadet et mundus. (Vaticinium Vener. Bed., in Collectan., c. i.)

1 Ce tournoi est raconté dans la Chronique de Lûdovico Monaldesco. (Murât., Rer. Italie. Script.^ t. XII, p. 535 et uuiv.)

rites de ce grand Pape est de faire servir les ruines de l'ancienne Rome soit à la décoration de Rome chrétienne, soit à l'utilité publique. Il veut faire du Colisée un dépôt de mendicité et un établissement de travail : les plans sont dressés. L'amphithéâtre deviendra une manufacture d'étoffes de laine ; les arceaux seront des ateliers : chaque ouvrier aura deux chambres; des canaux souterrains conduiront l'eau à une fontaine aux larges bassins qui sera construite sur l'arène pour le service de rétablissement. On commence à déblayer les abords du monument, oii le sol s'est exhaussé. La mort de Sixte-Quint arrête l'exécution de ce projet. Sous Clément XI, le Colisée étant redevenu pendant la nuit un repaire de voleurs qui menaçaient la sûreté publique, le Pape fait murer les ouvertures des arceaux d'en bas, puis il établit dans l'intérieur une fabrique de salpêtre. Voilà la dernière phase des destinées profanes du Colisée.

Cependant, à travers ses destinées mondaines, il a rempli des fonctions religieuses, bien longtemps avant d'être consacré tout entier à la Croix, comme ill'est aujourd'hui. On n'a, il est vrai, aucun indice qu'une partie du CoHsée ait servi au culte dans la période qui a suivi la cessation des combats d'animaux après le règne de Théodoric ; mais nous savons que la ruine de beaucoup d'églises avait été la suite des calamités accumulées sur Rome par les invasions des barbares. Un certain nombre étaient dans un tel état de dégradation, qu'on ne pouvait plus guère y célébrer le culte. Est-il probable que dans cette pénurie on n'ait pas abrité quelques cha-

pelles sous les vastes et solides arceaux de cet édifice? Nous savons qu'aune époque ancienne plusieurs églises étaient établies à côté de lui. La notice de Cencius Camerarius nomme celle de Saint-Sauveur de Rota Colisei, celle de Saint-Sauveur de Insula et Coliseo, et celle des Quadraginta Martyrum ColLsei. On a conservé le vague souvenir d'un monastère antique, perché dans un de ses étages*. De pauvres religieuses s'y étaient logées, comme des colombes qui font leur nid dans l'ancienne aire d'un vautour : elles chantaient des cantiques dans ces mêmes arcades d'oii étaient parties tant d'acclamations au supplice des chrétiens. Le Colisée a aussi servi pour un pieux spectacle très-populaire auprès de nos ancêtres. On jouait les mystères de la Passion le vendredi saint; les acteurs se plaçaient sur une plate-forme située près de la porte qui regarde le Ccelius^. La foule, toujours très-nombreuse, occi^. pait l'arène et les gradins. La représentation des souffrances du Christ n'a jamais eu un théâtre plus expressif que ce calvaire de ses disciples.

C'est ainsi qu'il a préludé à sa consécration actuelle. Le théâtre pieux, le Colisée, est devenu presque un temple ; il est tout entier à la Croix ; il en a la confrérie, il en a les processions et les can-

IMarangon., Amph. Flav.

2 Si estendeva più anticamente un piano aperto molto spazioso a guisa di teatro o tribuna, sopra quello si rappresentava ogni anuo nel venerdi santo la Passione di G. G., dagli uomini esperti, clie fignravano personaggi tutti. — Ces représentations ont diu^é jusque sous le règne de Paul III. (Marang., Ibld.)

tiques ; le vendredi, il en a les stations, il l'a au centre de son arène, il l'a au cœur. Les stations de douleurs, disposées de distance en distance sur ce même terrain où tant de chrétiens ont été traînés devant le prétoire, dépouillés de leurs vêtements, flagellés, livrés aux dérisions du peuple, abreuvés d'ig-nominie, attachés à des poteaux, sont, de tous les chemins de la Croix établis dans les différentes parties du monde catholique, celui qui reproduit le mieux la voie douloureuse, du Prétoire au Calvaire. Récapitulons maintenant son histoire, qui fait de lui un emblème de toutes les vicissitudes humaines. Romain par son origine, oriental par sa masse, grec par son architecture, juif par les ouvriers qui l'ont bâti, chrétien par le sang qui l'a consacré, cosmopolite par ses spectateurs de tous les pays et ses animaux de tous les climats; pendant trois siècles, théâtre des plus cruels plaisirs, temple des plus héroïques vertus, à l'époque des barbares, colosse en quelque sorte grandissant parmi les palais qui tombent, et, au milieu de toutes ces ruines, symbole populaire de l'éternité de Rome ; puis, quand il reprend un peu de vie, tour à tour forteresse et monastère, arène d'un tournoi, hôpital de pestiférés, carrière qui fournit des matériaux à des édifices somptueux, salle de spectacle et atelier préparé pour des manufactures, repaire de voleurs et fabrique de salpêtre, il a passé par toutes les conditions, depuis les plus hautes jusqu'aux plus infimes, il est devenu la personnification matérielle de l'Ecclésiaste, qui a tout vu et qui s'est dégoûté de tout, et alors il a fini par se faire pénitent. R s'est mis à

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prêcher le néant des choses humaines, le sacrifice et l'expiation. Le vieux Titan de Fai-chitecture s'en est fait le trappiste ; mais il est resté beau dans son austérité, comme l'anachorète, courbé par l'âge, estbeau avec sa tète chenue, ses rides et ses joues creusées par la pénitence. Les blessures qu'a reçues le Colisée lui ont rendu service : les maçons qui en ont démoli une partie ont été des artistes malgré eux. Il doit aux crevasses qu'ils lui ont faites des effets de lumière, les plus beaux peut-être après ceux qu'on voit de temps en temps dans la basilique de Saint-Pierre, lorsqu'un nimbe lumineux se forme dans l'intérieur de la coupole. Les rayons du soleil, favorables à tous les monuments qui mettent en relief l'idée de sa glorification, n'ont, dans aucun édifice, plus de magie que dans cette basilique, expression terrestre de la gloire future. Dans l'ombre de la nuit, le Colisée a sa revanche, quand la lune, le soleil des ruines, lui distribue ce demi-jour inanimé qui est la décadence et comme la ruine d'une autre lumière.

Je ressens, autant que beaucoup d'autres, toutes ces impressions; mais lorsque je retourne au Colisée, comme lorsque je l'ai vu pour la première fois, ce qu'il a pour moi de plus présent, c'est son plus antique passé. Je voudrais y recueillir, un à un, tous les souvenirs qu'y .^nt laissés les aînés de la grande famille, qui est la nôtre. Je voudrais y suivre tous les pas, et retrouver sur le sable l'empreinte de leurs pieds. Nous pouvons du moins rattacher ces traces^ disparues à quelques points déterminés de l'enceinte. Yoyez cette porte dans

l'intérieur de laquelle la piété de nos ancêtres a tracé une fresque à demi effacée : elle représente avec Jérusalem le Calvaire et quelques scènes des temps de persécution. Les martyrs ont passé souvent par cette porte. Quand ils attendaient que les lions fussent sortis de leurs loges souterraines, ou qu'ils fussent arrivés jusqu'à eux de l'autre bout de l'amphithéâtre, ils devaient se tenir pendant quelques instants dans l'espace compris aujourd'hui entre la porte d'entrée et les deux premières stations de droite et de gauche. Quelquefois l'empereur ou le président de l'assemblée voulait leur adresser quelques mots, pour leur offrir, dans l'apostasie, un refuge contre le supplice. Ils étaient alors conduits devant la loge impériale. Pendant ces allocutions, ils restaient dejDOut entre cette loge et le centre de l'arène, dans lequel la Croix s'élève maintenant. A la place de cette Croix, il y avait alors, suivant quelques auteurs, l'autel de Jupiter infernal*. Si, en l'absence de l'empereur, ils comparaissaient devant le préteur, ils devaient faire quelques pas plus loin, car la loge de ce magistrat se trouvait, ainsi que celle des vestales, à gauche de la loge impériale.

lAra situata nel mozzo dell' anfiteatro come consegrata a Giove Latiale. (Marang., Mem. deW anf. Flav., p. 29.) Funditur humanis Latiali in munere sanguis, Coucessusque ille spectantum solvit ad arain Plutonis fera vota sui: quid sanctius ara Qute bibit egestum per mj^stica tela cruorem?

(Prudent., iu. Symmach., lib. I, v. 39G.) Respice terrifici scelerata sacraria Ditis, Cui cadit infausta fusus Gladiator areiia.

(Prudent., ibid., v. 379.)

Le sol sur lequel nous avons marché recouvre les trappes par lesquelles les bêtes féroces s'élançaient de leurs tanières. Les stations du chemin de la Croix, qui font tout le tour de l'arène, marquent à peu près le cours de l'Euripe, du ruisseau qu'ils ont teint de leur sang'. La porte Libitine, par laquelle on emportait les morts, était à l'extrémité de l'amphithéâtre, vers le Cœlius ; elle a aujourd'hui à côté d'elle la station de Jésus mis au sépulcre.

Jetez à présent un dernier coup d'oeil sur les quatre monuments dont nous avons parlé dans ce chapitre et ceux qui précèdent.

Le Panthéon, centre de toutes les aberrations du Paganisme, devenu le temple de toutes les vertus du Christianisme ;

Puis le temple de Jupiter Capitolin, point culminant de l'orgueilleuse domination de Rome sur le monde, remplacé par l'église d'Ara-Cœli, l'église de la Crèche, de l'abaissement de l'Homme-Dieu, du mépris de toutes les grandeurs du monde ;

Le palais des Césars, qui dévorait toutes les richesses de la terre, réduit à quelques débris que garde le couvent de la pauvreté volontaire ;

Le Colisée, le réceptacle de toutes les fureurs et des plaisirs, nous offrant le monument de l'expiation et de la pénitence.

Voilà les idées que ces édifices représentent comme emblèmes de la corruption humaine et de la régénération. Ils font ressortir un des beaux caractères de la ville éternelle, un caractère qui offre l'emblème d'un des plus beaux mystères de l'âme. Voyez cet homme oui a abnsé de tous les dons de Il -i\t

Dieu, qui a fait servir au vice les plus nobles facultés : il va s'agenouiller au tribunal de la réconciliation, il porte avec son repentir l'humble aveu de 1 ses péchés, le sang du Rédempteur est mystiquement versé sur son âme par l'absolution, et ce grand criminel se relève purifié, et ce qui fut la matière de ses crimes ne servira plus qu'à faire éclater en lui le triomphe de la grâce. Voilà le mystère magnifiquement figuré par les monuments de Rome. Quiconque l'étudié dans ce point de vue y trouve une source, intarissable de méditations.

DISSERTATION SUPPLÈMENTAIUE

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