‹ Esquisse de Rome chretienne (volume 3)Chapitre 16 sur 24 · C. XIV · texte numérisé non relu

C. XIV

se composent de grains taillés en forme de grenades. Les larges boucles de sa chevelure, à la nazaréenne, soignée sans apprêt, s'encadrent dans un voile dont les longs plis descendent jusque près des genoux. Il est fixé au sommet de la tête par une petite bande d'étoffe ou par une lame, qui se rabat par devant, et sur laquelle brillent deux ornements pareils à ceux du collier. Ce voile est ouvert, comme celui de toutes les orantes : dans la physionomie de celle-ci, dans ses grands yeux, sont exprimées, non pas, il est vrai, les émotions de la prière, mais du moins la dignité, la sérénité sérieuse, la préoccupation calme, qui conviennent à la femme forte de l'Evangile. Cette figure est debout près de trois tombes placées les unes au-dessus des autres, et creusées dans le mur. De l'autre côté de ces tombes est une seconde orante, dont l'habillement, très-ordinaire, semble annoncer qu'elle a été la suivante de la première pendant la vie, comme elle est sa compagne dans le tombeau. Parmi les ornements des sépulcres on voit une tête de femme avec des oiseaux et des fleurs. Suivant d'Agincourt, il y a lieu de croire que la figure dont nous venons de donner la description est le portrait ou delaPriscille qui a restauré ce cimetière et qui était aussi une grande dame romaine, ou de l'autre Priscille, femme du sénateur Pudens, qui l'a fondé dans le ier siècle. Il y a aussi d'autres peintures dans lesquelles on a cru la retrouver; mais ce ne sont toujours que des conjectures. Sans pouvoir attacher sa mémoire à quelques portraits certains, bornons-nous donc à l'honorer dans ses œuvres. Son image la plus sûre,

celle qui est la meilleure expression de son âme, c'est le cimetière même qu'elle a créé. Pendant trois siècles, les corps des martyrs y sont arrivés en foule : Priscille, qui avait donné aux confesseurs de la foi un asile dans sa maison, a préparé et fourni, dans ses catacombes, la dernière demeure à leurs générations successives, comme si la charité hospitalière, qui avait fait palpiter son cœur, était venue animer sa tombe.

Les chemins qui aboutissaient dans les environs de ce souterrain furent, durant ce laps de temps, bien fréquemment sillonnés par ces chariots à deux roues, nommés pour cela birotes, sur lesquels les chrétiens conduisaient ordinairement les corps des martyrs aux cimetières1.

Ce moyen de transport favorisait le secret des convois, pendant les persécutions. C'était celui dont les gens de la campagne se servaient pour apporter à Rome toute espèce de denrée, et pour remporter chez eux des provisions. Il était bien aisé d'y cacher les corps et les linceuls sous des sacs, sous des couvertures, sous un peu de foin pour le cheval, sans éveiller de soupçons. La rencontre de ces charrettes dans les alentours de la ville, même à une heure avancéede lanuit, n'étonnaitpersonne. Les passants disaient peut-être : Voilà un paysan bien attardé, et le glorieux mort s'en allait tranquille. Dans les cas d'urgence, si l'on n'avait pas pu se procurer tout de suite le petit équipag-e, il fallait porter les

1 Sanctus autem Nicomedes presbyter ia spelunca degens, clam abstulit corpus ejus (Feliculre), noctu k'croto vehens illud ad casulam suam. (Act. SS. Nerei et Achillei.)

corps sur un brancard, à la faveur des ténèbres : assez souvent le trajet n'était pas long. Les catacombes de Sainte-Priscille , entre autres, sont à proximité de la ville. Lorsque des chrétiens allaient inhumer leurs morts dans ce cimetière, ils passaient près d'un temple païen, qui avait été consacré à l'Honneur, parce qu'on avait trouvé à cette même place une lame de métal sur laquelle ces mots : la maîtresse de l'Honneur avaient été gravés par une main inconnue. Plus d'une fois probablement les corps des martyrs furent déposés pendant quelques instants, dans l'obscurité de la nuit, sur le seuil de ce temple. Les porteurs fatigués s'y asseyaient pour s'essuyer le front, en pensant aux grands contrastes de ce monde. Ils disaient entre eux que les vrais temples de l'honneur étaient pourtant ces cadavres proscrits qu'ils allaient enterrer furtivement, et ils reprenaient avec une sainte fierté le chemin des catacombes.

L'intérêt qu'inspiraient à nos pères les souterrains de Sainte-Priscille, si souvent nommés dans les récits des premiers siècles, survit pour nous dans les monuments que les siècles modernes y ont retrouvés. Ce cimetière et ses dépendances doivent être comptés, avec ceux de Saint-Calixte, de Sainte- Agnès, des Saints Marcellin et Pierre, parmi les principaux musées primitifs de l'art chrétien, à raison de la quantité de peintures qu'il a fournies : il a été aussi comme un grand dépôt d'archives, par la multitude d'inscriptions funèbres qu'il a dû renfermer et dont on a recueilli un certain nombre. En attendant que nous considérions ces antiquités, et

particulièrement les épitaphes sous un point de vue dogmatique, c'est-à-dire par rapport aux croyances religieuses qu'elles énoncent ou supposent, nous ferons ici, en passant, une observation relative aux sentiments qu'elles expriment. Les épitaphes trouvées dans les catacombes réfutent ce rig-orisme d'origine janséniste, qui voudrait effacer dans les inscriptions tumulaires l'éloge des morts et la tendresse des vivants. Les mots douce âme, très-chéri, âme innocente, très-fidèle serviteur de Dieu, et d'autres expressions équivalentes, sont fréquemment répétés dans ces inscriptions. Nous en choisirons seulement sept ou huit qui ont quelque chose de plus caractéristique que les formules ordinaires.

/|[\ Le cinquième des calendes de novembre

ici a été posé

pour dormir Gorgonius

ami à tous et ennemi

de personne i.

A Claudius bien méritant et dévoué,

qui m'a aimé : il a vécu xxv ans environ :

qu'il soit en paix2.

A Januarius, doux et bon fils que tous honoraient beaucoup et

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OÏAENI EX0POC.

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