‹ Esquisse de Rome Chrétienne (volume 4)Chapitre 48 sur 79 · VI. INVOCATION DES SAINTS · texte numérisé non relu

VI. INVOCATION DES SAINTS

L'Église croyait alors, comme aujourd'hui, que les âmes justes reçues dans le ciel y continuent par leur intercession le ministère de charité qu’elles ont exercé par leurs prières en ce monde. Tout cœùr chrétien prie pour ses frères et désire qu’ils priént pour lui: les Apôtres nous ont appris à nous recommander à cet égard les uns aux autres. Ce don mutuel est, dans le monde des âmes, cette même loi de charité qui fait que nous nous entr’aidons pour les besoins matériels de cette vie. Les âmes d'élite sont les riches, dans cette communauté spirituelle ; ellés se répandent continuellement en prières pour le sa2 lut des autres, et leur aumône est grande de toute la grandeur de leur amour pour Dieu, Lorsqu'une deces

âmes quitte la terre pour le ciel, croyez-vous que sa charité soit glacée à jamais, parce que son cœur de chair et de sang est refroidi par la mort?croyez-vous qu'elleaitexhalé pour jamais tousses vœux pour vous dans le dernier souffle que vous avez recueilli sur ses lèvres? Le glaive qui faisait tomber latêtedes martyrs tranchait-il du même coup les liens deleur fraternité divine avec nous? Vous figurez-vous que le ciel soit quelque chose qui étouffe dans un éternel égoïsme la piété de l'amour fraternel ? ou bien vous sembletil qu’une âme est moins puissante parce qu'elle est transfigurée, que ses prières cessent d'être agréables à Dieu, du moment qu’elle est fixée à jamais dans son amitié ? Si la prière est la toute-puissance de la créaturé, suffit-il de monter au ciel pour perdre ce pouvoir ? Est-on destitué parce qu'on est couronné ? Je vous tourmente de ces questions, si votre cœur est étranger à cette consolante foi de la communication des âmes. J'oubliais que je dois me borner à vous faire lire cette foi sur les tombeaux du Christianisme naissant.

La première chose qui frappe dans les images des saints que nous voyons encore dans les Catacombes, c'est l'attitude qui leur est donnée. Nous avons déjà remarqué qu'en général, lorsqu'ils ne sont pas représentés dans quelque circonstance où action qui exige une autre position du corps, ils sont figurés les bras étendus et un peu soulevés: c'était, Comme on le disait, l'attitude de la prière *. On dira peut-être que

1 Saint Paul, dans sa Are épit. à Timothée , avait fait cette recommandation : « Volo ergà viros orare in omni loco, levan-

dans ces tableaux elle signifie seulement que Îles saints ont prié durant leur vie terrestre, sans marquer qu'ils prient encore dans le sein de l'éternelle vie. Mais, si l'Église eût cru que la foi à l'intercession des saints fait injure à l'efficacité de la Rédemption , n'aurait-elle pas eu soin d'écarter un genre de tableaux qui pouvait jeter quelque confusion dans l'esprit des néophytes? Nous avons vu précédemment quelles précautions elle a prises, à quelles réserves elle a assujetti la peinture sacrée, pour ne pas troubler leurs idées en matière de foi. Aurait-elle démenti ces règles de prudence dans le cas présent ? Au surplus, les inscriptions vont nous expliquer clairement le sens de ces tableaux.

Les deux épitaphes suivantes ont été trouvées dans les catacombes de Saint-Thrason, sur la voie Salare, parmi des tombeaux qui renfermaient des médailles antérieurés au 4° siècle :

Sut. I. prie À. pour nous afin que nous soyons sauvés ".

» tes puras manus » (c. 11, v. 8). — Tertullien, décrivant les usages des premiers chrétiens : « Non attollimus tantum sed et » expandimus ; » et plus bas : «Ne ipsis quidem manibus su- » blimiüs elatis, sed temperatè et probè, etc. De Oration., c. 11, n. 12.

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