IV. De la distribution des C'atacombes autour de la ville
Les chrétiens auraient désiré sans douté n'avoir qu'un seul cimetière, pour y être unis dans la mort comme ils l'avaient été pendant la vie, Mais cette unité n'était ni matériellement possible, ni opportune. La condition du sol ne le permettait pas. On creusait ces soutérrains sous les monticules de la campagne romaine, en évitant les bas lieux où le
terrain était pénétré à une certaine profondeur par l'humidité. Chaque cimetière avait donc ses limites obligées. D'un autre côté, la position même des chrétiens, tourmentés ou menacés par des persécutions, demandait qu'ils pussent transporter le plus vite possible les morts dans les Catacombes sans être obligés à un long trajet. En conséquence il fallait établir des cimetières sur les divers points de la campagne romaine, correspondant aux divisions ecclésiastiques de la ville, partagée d'abord en sept régions, dont le nombre a été ensuite augmenté. Cette corrélation a été vérifiée, à un certain degré du moins, par des données positives. Il ya quelques inscriptions qui indiquent dans quel quartier de Rome habitait le défunt, et l'on sait d'ailleurs dans quels cimetières elles ont été trouvées. Or ces cimetières correspondent aux quartiers signalés par ces épitaphes.
Mais ces catacombes, quoique multiples, ont entre elles une correspondance remarquable, à l’exception de celles qui sont trop isolées et situées trop loin pour pouvoir être rattachées à la Jigne que les cimetières chrétiens tracent autour de la ville. Lesuns forment un groupe et sont reliés entre eux par des voies de communication. Sur beaucoup d'autres points les catacombes sont très-rapprochées les unes des autres, et elles ont pu être unies par des voies aujourd'huidisparues. En d’autresendroits, on voitque le cimetière a été prolongé du côté par où il pouvait S'approcher du cimetière voisin. En un mot, ils forment, en général, non pas une circonvallation tout à fait continue, mais quelque chose de semblable à une
enceinte de forts détachés, qui tendraient, en s'agrandissant, à se mettre en communication, autant que le permettrait la nature du sol où ils seraient situés. Voici, en effet, l'espèce de concaténation qu'on peut observer dans un tableau topographique des Catacombes.
Elles peuvent se diviser en deux systèmes, lun trans-Tiberin, l'autre cis- Tiberin.
Les trois principaux points du premier sont le cimetière Vatican, celui de Calepodius sur le Janicule, et à l'autre extrémité, le cimetière Portuense, situé dans les flancs de la colline appelée Monte-F'erde.
Le cimetière du Fatican doit être pris pour point de départ. C'est là qu'ont été inhumés les premiers martyrs de Rome sous Néron, et après eux saint Pierre et'une série de ses premiérs successeurs. C'est le plus ancien des cimetières ‘. Il ne se prolonge ni vers l'Orient, ni vers le Septentrion, mais entre le Midi et le Couchant, dans la direction de celui de Calepodius. En outre, on a découvert une partie des Catacombes s'étendant du Nord au Midi, laquelle constitue un intermédiaire entre le cimetière Vatican, sur la voie Cornélienne, et le cimetière de Calepodius, sur la voie Aurélienne.
Dans les environs de celui-ci se trouvent ceux de:
Saint Jules, pape;
! Il est situé près de la voie Cornélienne. Il y a aussi près de la même voie les cimetières
Des saintes Rufine et Seconde, dans la forét Blanche ;
Des saints Marius, Marthe, Audifax et Abacun; mais ils sont trop avant dans la campagne pour être intercalés dans le {ableau que nous donnons ici.
Saint Félix, pape;
Saints Processus et Martinien, et Agata.
Ce groupe, combiné avec celui des cimetières de saint Abdon et Sennen, et de l'Ursus Pileatus, pouvait former aisément, eu égard à la situation des monticules, une ligne de communication qui aboutissait aux grandes Catacombes pontiennes de Monte-Ferde, près de la voie Portuense ‘, lesquelles terminent le système trans-T'iberin.
Le point de départ du système cis-T'iberin est le sépulcre de l’apôtre saint Paul, sur la voie d'Ostie. Le souterrain qui le renferme est, avec celui du Vatican, un des monuments originaires de l'Église romaine. Il forme le noyau d'un groupe de cimetières. Ceuxci ne s'étendent ni vers le Couchant, où ils auraient rencontré le Tibre, ni vers le Nord , où la plaine qui conduit à la ville est exposée aux déhordements du fleuve, mais vers les petites ‘collines qui s'élèvent au Midi. On compte, dans cette région de la campagne romaine, les souterrains chrétiens
-de sainte Lucine,
de saint Timothée,
de Commodille ou des saints Félix et Adauctus,
de saint Zénon et ses compagnons,
de saint Cyriaque.
Les mamelons sous lesquels est creusé le principal cimetière, celui de Lucine, vont se confondre avec les collines des eaux Salviennes, sanctifiées par le martyre de saint Paul, et percées par d'autres sou-
‘ Le cimetière de Generosa ad Sextum Philippt, qui dépend aussi de la voie Portuense, est un de ceux qui sont hors de la ligne.
terrains. Ce même cimetière s'élargisant sous le mont de Saint-Paul passe sous le chemin de traverse qui unit la voie Ostiense aux voies Ardéaline et Appienne.
Sur la voie Ardéatine se trouvent les cimetières
De sainte Balbine,
De saint Marc,
De saint Damase,
Des saints Marc et Marcellien,
Des saints Nérée et.Achillée, Domitille ‘ et Pétromille.
Les ramifications des collines, dans cette partie de la campagne, offraient de grandes facilités pour établir des communications entre les souterrains de Ja voie d'Ostiense et ceux de la voie Ardeatine, puis, entre ceux-ci et ceux de la voie 4ppienne.
Sur cette dernière voie les catacombes sont trèsnombreuses; elles portent les noms des saints personnages suivants :
Prétextat, Callixte, Gécile; Sébastien et Sixte,
Lucine,
Zephyrin,
Sotère,
Eusèbe et Marcel,
Urbain, Janvier, Félicissime, Agapitus, Tiburce, Valérien, Maxime et Cirin.
Un passage, extrait d'un ancien livre liturgique, signale un point de communication entre les souter-
* Le cimetière de saint Nicomède, qui appartient aussi à la voie Ardeatine, est situé à sept milles de Rome.
rains de la voie Appienne et de la voie Latine. Il indique une station sur la voie Latine, dans le cimetière de Calliste, qui appartient à la voie Appienne. Cela suppose qu'il se prolonpeait jusqu'à la première de ces routes. Cette prolongation résulte aussi d’une combinaison d'anciens textes relatifs aux Catacombes : les uns disent que saint Etienne, pape, fut inhumé dans le cimetière de Calliste; les autres placent sur la voie Latine le lieu de sa sépulture. On a découvert un autre point de jonction, c'est un souterrain chrétien, dans le monticule appelé le Montd'Or, situé près du tombeau des Scipions. Les anciens catalogues des cimetières ne l'ont pas noté. Cette omission peut s'expliquer facilement. Après le règne d'Aurélien, qui a considérablement élargi l'enceinte de Rome, ce lieu s'est trouvé renfermé dans l’intérieur des murs. Les chrétiens n'auraient pu le fréquenter sans s'exposer par là même, nonseulement aux perquisitions, mais encore à l'animosité des païens, qu'aurait irrités l'établissement d'un cimetière dans l'enceinte de la ville. Il est donc probablequ'ils l'ont abandonné et fermé pour cetteraison dans la seconde moitié du 3° siècle. Delà le silence des anciens catalogues. C'est dans les derniers temps qu’on a découvert par hasard ce monument du christianisme. Ce cimetière du Mont-d'Or, qui a aujourd'hui une entrée près de la voie 4ppienne, une autre près de la voie Latine, et qui est comme à cheval sur ces deux routes, forme un anneau pour la jonction de leurs souterrains.
Il ne parait pas que les souterrains de la voie La tine, qui portent les noms
d'Apronien,
d'Eugénie,
de Gordien et Epimaque,
de Simplicius et Servilien,
de Quartus et Quintus, ,
de Tertullin, aient pu être mis en communication avec ceux de la voie Labicane. La distance qui sépare ces deux voies est très-grande, et le sol y est trop pénétré par les pluies. |
Les souterrains chrétiens de cette dernière voie sont ainsi nommés:
de Tiburce,
de Marcellin et Pierre, des quatre Couronnés, de sainte Hélène,
des deux Lauriers.
Ils sont unisentre eux, et presque contigus à la voie Prénestine, où se trouve un cimetière que plusieurs savants croient être celui de saint Castulus. La voie Prénestine est très- proche de la voie T'iburtine, où les cimetières sont nombreux, bien qu'ils ne soient désignés dans les anciens documents que sous deux noms :
sainte Cyriaque,
saint Hippolyte.
Ces deux catacombes sont unies par un chemin souterrain.
Le cimetière de saint Hippolyte se dirige vers le côté de la voie Nomentane, où se trouve celui de saint Nicomède. C'est aussi sur cette voie qu'est situé le grand souterrain de sainte Agnès. Ces deux cimetières
SUR L’ARCHITECTURE DES CATACOMBES. 15 sinclinent l’un vers l’autre dans une certaine partie de leur extension :.
C'est surtout près les voies Salare, ancienne et nouvelle, que les souterrains sont accumulés. On ÿ compte, sur la voie nouvelle, ceux qui portent les noms
de sainte Félicité,
de saint Saturnin,
des saints Chrysanthe et Daria, . des sept Vierges, Saturnine, etc,,
de sainte Marie,
de Gordien,
de saint Silvestre.
Sur la voie ancienne, d’autres cimetières sont dé-
signés sous les noms des saints Pamphile et Quirinus, Hermès et Basille, Protus et Hyacinthe, Jean, Blastus et Maure.
Les grands souterrains de la voie Salare nouvelle sont réunis par les auteurs modernes sous le nom commun de cimetière de sainte Priscille, lequel formait un cimetière distinct, d’après les anciens documents. Les catacombes des deux voies Salare pouvaient avoir des communications faciles, parce qu'elles sont groupées très-près les unes des autres, et que le terrain traversé par ces deux routes offre généralement le même niveau.
Les monts sous lesquels se trouve la limite des ci-
1 D’autres cimetières, sur la voie Nomentane, sont à une assez grande distance des deux premiers, dont ils sont d’ailleurs séparés par l’Anio.
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