VI. Des Tombeaux
Les tombeaux présentent diverses catégories.
1° Les sépulcres destinés aux simples fidèles, et
les sépulcres des martyrs. Le signe auquel on reconnaît ordinairement ceux-ci est la petite fiole incrustée, comme nous l'avons dit, en dehors du sépulcre, dans une petite excavation : elle y est fixée avec de la chaux. Cette fiole, renfermant un peu de sang du martyr, est placée près la tête du cadavre. Cette règle semble souffrir quelques exceptions. Quelquefois la fiole est située vers le milieu de la ligne qui forme la longueur du tombeau. Mais cette exception n'est qu'apparente. Lorsqu'on ouvre les sépulcres où l'on remarque cette particularité, on voit qu'au lieu d’un sépulcre.il y a en deux réunis sous une même clôture; et qu'ils sont disposés de telle sorte que les deux cadavres, placés en sens inverse l'un de l'autre, se rejoignent par les têtes, et que la fiole correspond à ce point de jonction. Mais ce signe ne pouvait être employé pour caractériser les tombeaux des martyrs qui n'avaient pas versé leur sang, qui avaient été brûlés, ou étouffés, où noyés. Une autre marque était nécessaire pour leurs tombes, C'est la palme, placée aussi vers la tête. Il n'y a pas longtemps qu’en ouvrant un tombeau où la palme était gravée vers l'extrémité la plus large qui était destinée à la tête, on n’a trouvé dans l'intérieur que quelques restes d’ossements calcinés par la flamme.
2° On doit distinguer aussi la classe des tombeaux sans inscription, laquelle est de beaucoup la plus nombreuse, et celle des tombeaux à inscription. Il y a des épitaphes qui ont un caractère dogmatique; la plupartn'indiquent quele nom propredu défunt,son âge, le jour de sa déposition. Le plus grand nombre des épitaphes est en langue latine; mais il ÿ a aussi une
certainequantité d'inscriptions grecques. Quelquefois les mots appartiennent à une de ces langues, et les . caractères à l’autre. Beaucoup d'inscriptions sont purement alphabétiques ; d’autres renferment en outre des signes idéographiques, dont le symbolisme complète l'épitaphe.
3° On distingue aussi les tomheaux à un seul corps, et les tombeaux bisomes, trisomes, quadrisomes, renferment deux, trois ou quatre corps. Ordinairement les cadavres sont placés régulièrement dans ces sépulcres multiples; mais quelquefois ils renferment des membres séparés et mutilés.
4° La forme extérieure des sépulcres détermine aussi deux catégories très-visibles. Les uns sont de simples loculi creusés horizontalement dans les parois des murs : c'est Le plus grand nombre. Les autres sont comme de grandes châsses en tuf, surmontées d'un arc taillé dans l'épaisseur du mur. On avait longtemps ignoré le nom de ces arcs tumulaires : les antiquaires des derniers siècles s'étaient bornés à désigner sous le nom de monuments arqués (monumenta arcuata) les tombeaux qui présentaient cette particularité si remarquable. Il n’y a pas longtemps qu'une inscription a révélé son véritable nom, arcisolium. Cette dénomination appartient à la langue créée par l'Église. L'arc tumulaire dont il s'agit paraît être aussi d’origine chrétienne. Les tombeaux de Rome païenne, et les tombeaux Étrusques, découverts sur la rive droite du Tibre, n'ont pas offert cette forme architecturale.
4° Enfin, parmi les tombeaux arqués, les uns sont construits de telle sorteque la pierre qui les recouvre
n'est pas à hauteur d'appui, mais si élevée ou surmontée d'un arc si rétréci, qu ‘elle ne pourrait pas servir de table, mensa. Les autres, au contraire, sont adaptés à ce service : c'étaiént les tombeaux autels. Nous renvoyons à ce qui a été dit sur ce sujet dans un des chapitres de ce volume.
La plus grande partie des simples sépulcres, locul, est sec dans les voies sépulcrales ; mais les Catacombes renferment d’autres parties très-distinctes de ces galeries. Ce sont les chambres sépulcrales, les chapelles, les églises. Mais nous devons réserver nos observations sur ces sujets pour la partie de cet ouvrage où nous parlerons de l'architecture chrétienne,