TI QVI VIXIT ANNOS XXII DIES
X QVI EXIVIT VIKGO UE SAECVLV ET
NEOFITVS I> PAGE
PAREMTES FECEBV.NT
DEP . im . JiONAS AVG.
Maianj;.. Ibid.. p. 129.
TRADITION MOMME.NTAI.K. 127
Déposition de Cyriacète . le m des ides . laquelle a vécu
XX ans . I jour . est morte néophile
vierge . eu . paix (I).
Il est aisé de découvrir pourquoi ces épitaphcs ont fait allusion au baptême. Tous ces fidèles étaient morts peu de temps après avoir reçu ce sacrement. Aussi rinscr!j)tion funèbre , composée par Gennadius, contient sans addition le nom de sa femme et n'ajoute le titre de néophyte qu'au nom de son fils. On conçoit que les parents dun défunt aient tenu quelquefois à marquer en des termes compatibles avec la loi du secret le court intervalle qui avait séparé sa naissance spirituelle de sa naissance dans l'éternité : une pareille mention navait aucun genre d'inconvénient. De là ces exceptions au silence habituel des inscriptions funèbres sur le baptême. Mais il n'y avait pas lieu, relativement à l'Eucharistie, défaire dire à Tépitaphe (jue peu de temps s'était écoulé entre la réception de ce sacrement et la mort du fidèle. C'était le cas ordinaire, puisque les premiers chrétiens participaient fréquemment à l'Eucharistie. Quant à la pénilence, lorsqu'un fidèle s'était réconcilié avec Dieu, après avoir accompli une pénitence publique, il eût été peu conforme à la chariîé de consigner, même indirectement, sur sa tombe le souvenir de sa chute. S'il s'agissait, au contraire, d'une réconciliation secrète, elle ne prêtait pas à une mention monumentale. Nous voyons donc qu'il n'y a pas eu, par rapport à la pénitence et à l'Eucharistie, de motif suffisant pour déroger, comme ou l'a fait quelquefois à l'égard du Baptême, à Tusage qui prescrivait de ne pas rappeler la réception des sacrements dans les inscriptions funèbres.
Passons maintenant aux tableaux des cryptes et des églises souterraines. Pour bien comprendre ici les fonctions qu'ils ont remplies, nous devons d'abord nous former une juste idée de la marche que la peinture a dû suivre dans la carrière que lui ouvrait la théologie. On attribuerait à faux à l'Église des premiers siècles l'idéalisme de quelques sectes modernes , si l'on
(1) DP . CTRIACETIS . III IDVS . QVAE . VIMT A>:< . XX . DIES I . QVE NOFITA ÏORTVA EST Vinr.O . IN . P.
Boldctli. p. 419.
supposait qu'elle a considéré l'effusion des grâces divines, abstraction faite des rites sacramentels, qui, de laveu des protestants , en étaient au moins les signes. L'élément externe était le corps , Tenveloppe expressive de l'élément spirituel. Le divorce entre ces deux principes constitutifs napparait point dans la pratique ni dans renseignement de la primitive Église. Elle fixait lattention des fidèles sur Tune de ces choses, pour leur expliquer l'autre. La peinture sacrée devait suivre, à cet égard, l'impulsion générale. Lorsqu'elle voulait figurer chaque espèce de grâce correspondant à chaque rit sacramentel, elle n'essayait pas de la saisir dans son essence abstraite et idéale, elle la prenait dans ce qui en formait comme l'organe spécial. Il était, en effet, bien convenable que les peintures des chapelles offrissent quelques tableaux propres à entretenir la dévotion des fidèles pour ces sacrements, qui leur étaient administrés dans ces mômes lieux, et dont la réception exigeait des dispositions si saintes. Mais ces rites sacrés étaient particulièrement soumis, comme nous l'avons vu, à la loi du secret. Les artistes étaient donc obligés de se renfermer,^ à cet égard, dans le système des tableaux symboliques, à moins que les textes de l'Évangile ne leur fournissent des sujets qui auraient exprimé d'une manière plus directe l'institution de ces sacrements , sans trahir toutefois les secrets de la liturgie.
Cette exception aux tableaux symboliques ne pouvait avoir lieu pour le premier de ces sacrements. Le baptême de Jésus- Christ par saint Jean-Baptiste avait, il est vrai, tant d'analogie matérielle avec le baptême chrétien , qu'il en aurait offert l'image bien plus que le symbole. Mais, pour cette raison même, il aurait révélé le rit que ni la peinture , ni l'écriture ne devaient exprimer. Ce tableau, d'ailleurs, aurait montré le Sauveur dans un état d'abaissement, et nous avons vu jjrécédemment que les peintres des premiers siècles se sont abstenus de le représenter ainsi. Le IJaptème du Christ, peint dans les grottes ponticnnes , parait d'après le style qui le caractérise, ne pas appartenir à l'époque où les aris chrétiens étaient encore astreints aune très-grande réserve. On ne pouvait pas non plus , mais par un autre motif, retracer le moment où Jésus- Christ a institué le sacrement de la régénération spirituelle.
Ce tableau sans doule naiirait commis aucune indiscrétion. Ce n'est pas raltitude du Sauveur et des Apôtres en cette circonstance, c'est la parole prononcée par le Sauveur qui détermine la relation de ce sujet avec le baptême. Or comment peindre une |)arole? On l'a fait dans le moyen âge par des inscriptions entourant les tal)leau\ ou sortant de la bouche même dea personnages. Mais l'r.sage de ces insci'iptions explicatives a été constamment étranger aux peintres des Cataconjbes. Celle don! il s'agit aurait été spécialement exclue, puisqu'elle aurait révélé la formule propre du baptême, alors si secrète. Dès lors il n'y avait pas moyen de figurer le baptême par ee tableau, qui n'aurait eu, cette inscription mise à part, rien de caractéristique, qui se serait confondu avec tout autre tableau du Christ parlant aux Apôtres : il aurait entièrement manqué son but.
Les deux sujets évangéliques directement relatifs à ce saciement, le baptême par saint Jean-Baptiste et l'institution du baptême par le Christ, ne pouvaient donc être traités. Le premier aurait été trop significatif, et le second trop peu. De là résultait la nécessité de recourir au symbolisme. Le procédé le plus simple était de chercher s'il n'y avait pas dans la Bible quelque fait qu'elle présentât elle-même comme une figure de ce sacrement. Il y en a un auquel elle attribue expressément ce caractère. Saint Paul a dit dans sa P^ Épitre aux Curinihicns : «i Je ne veux pas que vous ignoriez, mes frères, que > tous nos pères ont été sous la nuée , et qu'ils ont tous passé ■ la mer. Et ils ont tous été baptisés en Mo'ïse, daus la nuée et i< dans la nier (1). » Les anciens Pères, en commentant ce passage (5), ont exprimé sous une forme ou sous une autre l'idée que saint Augustin et saint Jean Chrysostome ont énoncée en ces termes : " La mer Rouge, a dit le premier, était un bap- • tême : le peuple qui passait, était baj)tisé ("). • <; Nous pou-
(i) Nolo enim vos ignoraïc, fratrcs, qiioniam paires nosti'i omiie» sub iiiil)>; fiicrunt. et omnes mare ti-gnsierunt : et. omnes in Moyse bapiizati siint, in mibe et in mari. C. x. v. 1 el 2.
(â) S. Gregor. Nazianz., Qrat. 59. — S. Gveg. Nyss., /font. 3 incarit. — S. ? lospcv., (le Promus., itarl. 1, c.38.— S. Isidor. Sevilj. Quœsl. inGen.,c. \\K
(ô) MareRiibrum baptismiis erat, pgpulus Iransiens haptizabaltir. Augiiil.. Serm. -"32, al. 27, n. -j.
> VOUS VOUS enseigner, dit le second, la connexion de l'Ancien )> Testament avec le Nouveau, et le rappport du passage de ia » mer avec notre baptême. Là il y avait de leau , et ici nous >' retrouvons leau ; ici le bain, là les flots : comme tous les '< Israélites , nous entrons tous aussi dans Teau. Voilà déjà ;> une similitude. Mais voulez-vous voir, en outre , dans cette ;> ressemblance, la variété des couleurs? Les Israélites ont
> été délivrés par la mer du joug de lÉgypte : dans le bap-
> téme on est délivré de lidolàtrie. Là c'est Pharaon qui a été • submergé; ici c'est le démon. Là les Égyptiens ont été en-
> gloutis; ici le vieil homme est tiré de l'abîme des péchés (l).» Telle était donc la doctrine sacrée , fondée sur un oracle de la fîible. Une indication aussi saillante invitait, ou plutôt obligeait, en quelque sorte, les artistes chrétiens à prendre le passage de la mer Rouge pour emblème du sacrement qui purifie par l'eau. Voyez, entre autres, le beau sarcophage du Vatican, où ce sujet est très-bien rendu.
Le baptèiue pouvait aussi être figuré dune autre manière. Il était désiffné sous un nom qui siffnifîe l'action de rendre la lumière ; fin l'appelait VHIuminalion. Suivant la doctrine chréfienne, l'homme naît dans un état de cécité par rapport aux vérités surnaturelles du salut. » Le genre humain , dit saint
> Auerustin , est cet aveugle : cette cécité lui est survenue dans ^ le premier homme par le péché (i2). )> Ceux qui n'avaient pas reçu le baptême étaient considérés comme des aveugles : " Que les catéchumènes , poursuit le même docteur, se hâtent :> d'arriver au bain sacré, s'ils veulent la lumière (3). » Le bap-
(4) Polcriiniis le clocere qiiomodo votus ad novum Testamenluni habcat oognationem , et ille transitiis a.i iiostiuin baplisma. Natn ibi aqiia , et hic aqua : lavacrum liic et ibi pelaijus. Omnes hic in aquam ingiediuiitur, et ibi nnines. Jiixia hoc similitudo est. Postea vis cotfnoscere coloium vartetatcm .* Ibidem libciali siiiit ab yEjjypto per niaie, liic auleiii ab idololatria. — Et ibi quidem Pbaïao submersus est, hic auteiii diabolus : ibi ^ïfjyplii subrneisi, hic aiilem velus homo peccatis defoditur. Joan. Chrys., in vers. 1, c. v, epist. J ad Corinth.
(1) Genus hunianum est iste caecus; hœc enim caecitas contigit in primo homine per peccatum. Aiigust., Tract. 44, in Joan., n. 1.
(2) Catcchumenis non sufticit quod inuncti sutil : fcstinenl ad lavacrum, si lumen inquiriml. Thid., n. 2.
fème était la giirrison de l'aveuglement spirituel, dans lequel naissent les enfants d'Adam. De toutes les guérisons corporelles opérées par le Christ, celle de l'aveugle-né offrait donc îe type matériel le plus frappant que les arts du dessin pussent choisir pour symbole de ce sacrement. Ils l'ont très-souvent retracée sur les murs des Catacombes.
Le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, confié par Jésus-Christ à ses Apôtres , devait aussi avoir une place dans les pieuses peintures des ]>remiers siècles. Mais le moment où le Sauveur leur a conféré ce pouvoir par une simple parole, en souillant sur eux, ne fournissait pas un sujet de tableau qui rentrât dans le système suivi à cette époque. Les artistes choisissaient des traits saillants : ils reproduisaient des attitudes , des actions que l'œil du spectateur pouvait saisir. On ne voit pas (]u'ils aient jamais essayé de retracer certains détails aussi peu marquants, par exemple, que le mouvement des lèvres dans l'insufflation. Mais un fait de l'Évangile, qui convenait parfaitement à leur manière de peindre, leur offrait un emblème (rès-significatif de la vérité dont il s'agit en ce moment. Avant de communiquer à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés, le Christ avait déjà prouvé, dans une autre circonstance , qu'il pos-^édait ce pouvoir , et il l'avait prouvé par un miracle. Il avait dit aux Juifs en leur montrant le paralytique : « Lequel est le plus facile de dire : Tes péchés te sont » remis, ou de dire : Lève-loi et marche? Afin donc que vous )' sachiez que le Fils de l'Homme a le pouvoir de remettre les >) péchés, je te le dis, ajouta-t-il, en s'adressant au paralytique, ' lève-toi , prends ton lit, et retourne dans ta maison (1). > Non-seulement Jésus-Christ avait présenté ce miracle comme le signe de son pouvoir , mais en outre cette guérison avait opéré dans le corps du paralytique ce que la rémission des péchés opère dans l'àme. Le péché est une paralysie spirituelle qui empêche l'âme de marcher dans la voie du salut. Enfin , une particularité relatée dans le récit évangélique ajoutait à
(1) Quid est facilius dicere : Dimittuntur tibi peccata; an dicere : Surge et ambulaPUl aiitem sciatis quia filius hominis habet potcstatem in terra dimiltendi peccata (ait paralyiico). tibi dico, surje. toile lectum tuum, et vade io domum tuam. S. Luc, c. v. v. 23 et M.
iii jiislosse de cet emblème. Le paralytique, en retournant dans sa maison, avait emporté avec lui un fardeau : il était chargé de son grabat (1), suivant Tordre qu'il en avait reçu. On pouvait y voir une image du fardeau que les pécheurs repentants avaient à porter , des oeuvres de pénitence que lÉglise leur prescrivait. La guérison du paralytique se trouvait liée de trois manières au pouvoir de remettre les péchés : chronologiquement dabord, puisqu'elle avait eu lieu dans l'occasion même où ce pouvoir s'était produit; logiquement, puisqu'elle avait avait été 1^ preuve de ce pouvoir; symboliquement, puisqu'elle en offrait une ligure très-expressive. Telle est donc la signification la plus naturelle de ces tableaux très-nombreux qui représentent {e paralytique guéri par le Christ et emportant son grabat. Il n'y a aucune vérité religieuse à laquelle ces tableaux soient aussi parfaitement adaptés, comme il n'y a, sous les voûtes des Catacombes , aucun autre tableau qui corresponde aussi bien à cette vérité. A l'aspect de ces peintures, les chrétiens se rappelaient que le Christ a contié à son Église , dans la personne de ses Apôtres, le pouvoir miséricordieux dont elles retraçaient le symbole, et ils bénissaient le Sauveur d'avoir rendu ce bienfait aussi perpétuel que les niaux aux- (juels il devait remédier.
Nous avons vu que les deux moments où Jésus-Christ a établi le rit du baptême , et laissé à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés , ne devaient pas être choisis par la peinture primitive. Mais en est-il de même du moment où il a institué la cène eucharistique? Se rencontre-t-il ici une des raisons qui pouvaient faire omettre un sujetde tableau? Ces raisons étaient de plusieurs sortes ; d'abord , celle que nous avons remarquée par rapport à l'institution des deux autres sacrements. Les particularités de cette institution ne présentaient pas ces traits saillants que les artistes des Catacombes s'attachaient à reproduire. La cène eucharistique leur offrait, au contraire, un sujet sensible et frappant qui s'adaptait parfaitement à leur système de peinture. Un second motif, qui pouvait déterminer l'omission d'un tableau , a déjà été signalé. Les artistes de cette,
',!) lil sunexil ille. et. sub!a(o grabatc». abijt. S. Marc, si, 12.
TRADITION MONlIlrtENTALE. 133
époque ont toujours évité de figurer le Christ dans un état dhuniiliation. Cotte règle ne pouvait exclure un tableau qui l'aurait représenté levant les yeux au ciel et bénissant le pain et le vin, ces purs et pacifiques symboles des l'antique oblation. En quoi un pareil sujet aurait-il eu plus d'inconvénient que la figure si souvent reproduite du Christ sous l'humble costume de bon Pasteur? On conçoit encore un autre motif d'omission : les faits qui n'avaient pas une utilité spéciale pour l'édification des fidèles pouvaient être laissés à l'écart, pour faire place à ceux qu'il était plus important de retracer. Il est évident que cette raison ne tombait pas sur la cène eucharistique, qui était la base du culte chrétien. Enfin on devait écarter les sujets qui auraient indiqué trop clairement la doctrine secrète du Christianisme. Mais un tableau historique de la cène ne rentrait point dans celle catégorie. Il aurait eu une signification dogmatique pour les initiés seulement, sans rien révéler aux autres. Eùt-il été exposé en public, il n'y aurait rien eu de plus qu'un fait de l'histoire sainte, un des repas auquel le Christ avait assisté.
Nous venons d'indiquer les raisons générales qui pouvaient faire omettre un sujet de tableau. Aucune d'elles ne s'applique à la représentation historique de la Cène et pourtant, quelque intérêt quelle inspirât à la piété, aucun tableau n'en a reproduit les traits caractéristiques. Cette exclusion a donc dû être déterminée par quelque motif tout spécial. Qu'on cherche tant ]u'on voudra , on n'en trouvera, je crois, qu'un seul. Il falait que le dogme impliqué dans ce fait évangélique fût consiléré comme le plus grand arcane de la foi, comme le mystère les mystères, pour qu'on s'imposât à son égard une réserve exessive, pour qu'on interdit la simple représentation du fait , lors même quelle ne compromettait pas le secret du dogme. Mais, en excluant les sujets histori([nes, la peinture avait oujours la ressource du symbolisme. Nous indi(pierons tout à heure plusieurs tableaux qui renferment une figure de lEuharistie. Si quelques adversaires de la foi catholique refuîient de leur attribuer ce caractère, je leur dirais que cette énégation conduirait tout droit à une conséquence diamétraînient opposée à leurs propres idées. Supposons un instant
avec eux que toute représentation symbolique de la Cène ait été exclue du domaine de la peinture religieuse : cette omission systématique serait inexplicable, dans le cas où la communion eucharistique n'aurait été dans lacioyance des premiers siècles quun rit commémoratif. Nous avons vu, en effet, que les chrétiens ont souvent consigné sur leurs monuments l'expression voilée des vérités et des rites sur lesquels planait pourtant la loi du secret. Si donc ils avaient fait une exception relativement à l'Eucharistie, s'il étaient allés jusqu'à s'abstenir, sur ce sujet, de ces peintures symboliques qu'ils se permettaient sur les autres , cela ne prouverait-il pas qu'ils y voyaient quelque chose de plus mystérieux encore , quelque fait divin , supérieur à la simple communication de la grâce, symbolisée si fréquemment dans leurs tableaux ? Et que peut-il y avoir de plus grand que la communication de la grâce divine, si ce n'est la réception du Christ, de lauteur même de la grâce?
Si, au contraire, on admet avec nous que lEucharistie, qui occupait une si grande place dans le culte , a eu quelque place dans les peintures symboliques des Catacombes, examinons quels peuvent être les tableaux qui lui correspondent, et quelle est leur signilication. Arrélons-nous d'abord devant un sujet plusieurs fois répété. Un personnage a une verge à la main : il l'étend sur des paniers remplis des certains objets destinés à la nourriture de Ihomme, puisqu'ils ont la forme de pains. Les antiquaires se sont rangés au sentiment de Bosio, qui a cru reconnaître dans ce tableau Moïse et la manne miraculeuse. D'abord il ne s'adapte à aucun autre trait biJ)lique. £n second lieu, il fait souvent le pendant d'un autre tableau représentant aussi quelque signe surnaturel de la mission duj législateur des Hébreux. La verge est un symbole d'autorité : cet attribut convient particulièrement à Moïse. Le Seigneur lui avait dit : «i Prends dans ta main celle verge, avec laquelle tu » opéreras des prodiges (1). > Nous voyons, en effet, par plu sieurs passages de l'Exode , qu'il s'en sert dans les occasions les plus solennelles. Quant à la forme de pain donnée aux ob-
(I) Virgam quoque hanc sume in tuanu lii'i , in qiiâ factunis es signa Exod. ir,\7.
TliADiriON MONUMENTALE. 1 . ").*")
jets ooiilenus dans las corbeilles, elle avait pour but de niacqucr (juils devaient servir daliiuciits : dailleiirs, la iiianiHî est plusieurs fois désignée sous le nom de pain dans le récit de Moïse (I). Laissons maintenant l'Exode et prenons TEvangile. Lors(iue le Christ annonce qu'il donnera sa chair pour nouriiture, il ajoute : > Vos i)ères ont mangé la manne, et ils sont )> morts; mais celui qui mange ce pain vivra éterneliemenl(2).'> La n)anne et la chose jiroiiiise i)ar le Christ ont pour caractère commun dèlre une nourriture ; mais Tune na pas donné la vraie vie que la seconde seule peut cojumuniquer. 11 y avait jnu' conséquent entre la manne e( le don aurioncé par le Christ le rapport qui doit exister entre la ligure et la chose figurée; car il est essentiel à un emblème d'être tout à la fois analogue e( inférieur à l'objet qu'il représente. I! en est de même dun autre genre de tableau, qui retrace le miracle delà multiplication des pains (ô), destinés à la nourriture du corps, comme le pain consacré parle Chiist , dans la Cène, se rapporte aux besoins de l'àme. Dans ces deux circonstances , le Christ prend le pain, lève les yeux au ciel, rend grâces en le bénissant, et ie roinpt avant de le donner à ses disciples. Dans le premier cas, il les chaigc de le distribuer à la fouie; dans le second, il leur fait une recommandation analogue, puisqu'il leur ordonne de perpétuer le rit du pain consacré, et par là de l'enseigner aux fidèles, pour lesquels ce pain sera aussi multiplié. Tous les traits, tous les détails de ces deux événements se correspondent avec précision, et il n'y a aucun fait avec lequel les miracles de la multiplicalion des pains ait plus d'analogie avec celui de la Cène, dont il offre l'emblèiiie le plus frappant. Les Pères de l'Église ont saisi les rapports des miracles de la manne et de la multiplication des pains avec l'Eucharistie. Nest-il pas dès lors très-vraisemblable que les artistes ont traduit dans
(1) Moïse, en montrant la manne aux Uél)ieux, leur dit : « Voici le |)aiii '< que le Seigneur vous a donné pour nourri Uire. » Iste est panis qitem Dnniinxts dédit vohis ad Kescendum. Exod., c. X\ I, v. 15. Voyez aussi v. 8 et o'I.
(2) Non sicul manducaveiiint |>atres vestri manna. et mortui sunt : qjii maniiucat hune paneni , vivet m aelei-niim. .loan. , VI, 59.
(•3) Voyez S. Mallliieu . ch. XIV; S. Maïc, eh. VI; S. Li.c , ch. IX; S. Jean, cJi. \l.
leurs lableaux cette doctrine des Pères , lorsqu'ils ont retracé ces deux faits? N'était-il pas naturel dy attacher la signih'cation symbolique avec laquelle les fidèles devaient être le plus familiarisés? Nous sommes donc fondés à croire que ces fableaux ont été des emblèmes de l'Eucharistie, comme nourriture de l'àme. Les lois du langage symbolique nous autorisent à leur attribuer une intention encore plus précise. Ils ont dû signifier que la nourriture, donnée aux fidèles dans l'Eucharistie, était le produit d'une opération surnaturelle. C'est, ru effet, une des règles le plus simples et les plus fondamenfa- Jes du symbolisme , qu'un fait employé comme figuie ne soi! pas d'un ordre supérieur au fait qu'il réprésente. Cette règle aurait été violée, si le miracle de la manne et ile la multiplication des pains , ces deux manifestations surnaturelles de la puissance divine et de la charité du Sauveur , avaient été prises pour emblèmes d'une formalité religieuse qui n'aurait rien eu de miraculeux.
En résumé, ou les lableaux dont nous venons de parler ont trait à l'Eucharistie, ou elle n'a pas été figurée sous les voûtes de nos antiques sanctuaires. Dans le piemier cas, on doit convenir que la signification de ces tableaux s'adapte à la croyance catholique. Dans le second cas, il faut dire que la loi du secret a pesé, avec une rigueur exceptionnelle, sur cette partie du culte. La discipline du secret, telle qu'elle est constatée par les documents écrits, fournit déjà un argument très-solide pour prouver le véritable caj'actère du l'it eucharistique : à (juoi bon tant de voiles, si ce rit n'était qu'un pur symbole? Mais celt(^ j)reuve serait encore plus forte, si la peinture avait renchéri, par son silence, sur la prudence de la parole, si elle avait craint d'imiter, à sa manière, ces expressions voilées (jui avaient cours dans le langage.
Du reste , dans l'un et l'autre cas, la discipline du secret se réfléchit dans les aMivres des artistes contemporains comme dans les témoignages des Pères de l'Église. Il y a un manifeste accord entre les monuments de l'histoire et les monuments de de l'art. Le voile mystérieux que le caractère surnaturel du rit eucharistique faisait étendre sur lui, a laissé son empreinte dans les peintures des catacombes. On peut dire que la sul)li-
mité de ce dogme y est d'autant plus apparente qu'elle y est uioins visible : en i/iso pva'fiilgelxiitt (/itod non vtscbanltir {\).
Nous devons parler aussi des monuments d'arcliiteclure qui sont ou peuvent être relatifs aux trois sacrements dont nous venons de nous occuper. On n"a encore découvert dans les antiques souterrains de Rome chrétienne que deux baptistères. L'un se trouve dans les grottes pontiennes , à côté du sépulcre d'Abdon et Sennen, martjrs persans. C'est une cuve de forme carrée, creusée dans le sol et située au-dessous du niveau des galeries sépulcrales : on y descend par un escalier qui a dix degrés. En face de cet escalier est ce tableau du baptême du Christ, dont nous avons dit un mot tout à l'heure, et, au-dessous , une croix diamantée d'où sortent des roses. L'antique source de l'eau baptismale, qui continue de se répandre dans le bassin, baigne le pied de la croix fleurie. Cette grotte était encore fréquentée dans le ix' siècle. Lautre baptistère a été trouvé, l'année dernière, par le P. Marchi dans la basilique du cimetière souterrain de Saint-Hermès : cette découverte en présage d'autres. Les baptistères des catacombes avaient été construits dans les endroits où l'on rencontrait quelques veines d'eau. Cette eau, devenue stagnante dans le bassin qui la renfermait, n'était pas sans inconvénient; il est donc vraisemblable qu'à l'époque où l'usage d'administrer le baptême dans les souterrains a cessé, beaucoup de baptistères ont été comblés. Des fouilles bien dirigées nous rendront sans doute quelques-uns de ces monuments disparus.
Les baptistères étaient des monuments fixes, inhérents à l'endroit dans lequel ils étaient situés, affectés à un seul usage et faciles à reconnaître à raison de leur forme caractéristique. Jl n'en est pas ainsi des sièges sur lesquels les prêtres se seraient assis pour recevoir les confessions des fidèles. D'abord on pouvait employer des sièges mobiles en bois, dont les débris ont dû être depuis longtemps réduits en poussière. En second lieu, plusieurs de ces fauteuils en tuf qui existent encore dans quelques chapelles, pouvaiejit servir pour des fonctions diverses. Enfin , s'il y en a eu (jui aient été particulièrement destinés
(1) Tacite.
à l'usage des confesseurs, quel moyen certain aurions-nous de les reconnaître? Tout ce qu'il est pei'niis d'espérer, c'est de rencontrer peut-être quelques sièges dont on puisse croire, avec quelque vraisemblance, qu'ils ont eu, en effet, celte destination. Les archéologues des trois derniers siècles ne nous ont laissé dans leurs écrits aucune lumière sur ce jioint. Mais de nos jours l'illustre explorateur de Rome souterraine y a signalé une particularité bien digne d'attention. Le P. Marchi avait remarqué dans certaines cryptes des catacombes de Sainte-Agnès cinq sièges en tuf, tous placés dans les angles. Il s'est demandé à quel usage ils avaient servi. Plusieurs hypothèses se présentaient. On pouvait supposer qu'ils avaient été destinés soit aux ministres chargèsdïnslruirelescatéchumèiies,soitau président de l'assemblée religieuse, soit au diacre et à la diaconesse pendant la célébration des saints mystères. Aucune de ces explications ne lui a paru satisfaisante. Que ces sièges aient été placés là pour les instructions des catéchumènes , cette supposition est dénuée de vraisemblance aux yeux de quiconque a senti la force des raisons alléguées par le P. Marchi pour prouver que les catéchumènes n'étaient pas admis dans les chapelles souterraines où se réunissaient les fidèles. Qu'il nous suffise de dire qu'on voit dans ces mêmes catacombes de Sainte-Agnès des cryptes qui n'ont ni peintures, ni autels, tandis que ces signes caractéristiques du culte existent dans des chapelles voisines. A quoi pouvaient servir ces cryptes , si ce n'est à l'instruction des catéchumènes? Il parait donc qu'il y avait, du moins dans ces catacombes, quelques chambres qui devaient les recevoir. Or les sièges dont nous parlons se trouvent, au contraire, précisément dans les lieux réservés pour la célébration du culte. Il n'est donc pas raisonnable de supposer que ces sièges aient rapport à l'instruction de catéchumènes. Peut-on supposer que les pontifes y prenaient place lorsqu'ils présidaient les assemblées religieuses, lorsqu'ils prononçaient des homélies ou faisaient des ordinations? Non. Les chaires pontificales étaient situées au fond des églises souterraines; c'est l'endroit qui correspond à la place (ju'elles ont occupée un peu plus tard dans les basiliques du iv" siècle où elles sont fixées au fond de labside. Il fallait, en effet, que le Pontife sur son siège fût en rap-
TRADITIO.N MOMMI-Ni ALE. 159
port avec tonte rassemblée , cette situation le lui periiioltait- Les sièges dont nous parlons sont, au contraire, relègues dans les coins. Ajoutez à cela que deux de ces cryptes en ont chacune deux , tandis que la chaire de la présidence était nécessairement unique.
Reste la troisième hypothèse qui les attribuerait au diacre et à la diaconesse pendant la célébration des saints mystères. Examinons d'abord l'église qui renferme trois de ces sièges. Elle est divisée en deux cryptes, l'une ])our les hommes , l'autre pour les femmes. Dans la première , il y en a deux très-près de l'autel, quoiqu'ilssoient chacun dans un coin, car les dimensions de cette église sont très-petites, surtout en largeur. La partie destinée aux femmes n'en offre qu'un seul, également voisin de l'autel. Or le diacre et la diaconesse ne devaient pas avoir des sièges, là où le Pontife n'aurait pas eu le sien. Il faudrait donc dire que le Pontife et le diacre auraient occupé les deux sièges situés dans la première crypte , et la diaconesse , celui <|a! se trouve dans la seconde. Cette disposition aurait entraîné plusieurs irrégularités. Le siège du Pontife et celui du diacre auraient eu la môme élévalion, ce qui n'aurait pas été conforme aux règles de la hiérarchie. Celui du diacre aurait été aussi voisin de l'autel que le siège pontifical, autre irrégularité. Enfin, le siège de la diaconesse aurait été plus près de l'autel que ne le comportaient les prescriptions de la liturgie. Passons maintenant dans l'autre église plus petite , qui ne renferme que deux sièges. S'ils avaient été destinés au Pontife et au diacre, la diaconesse n'aurait pas eu le sien : donnez-les au diacre et à la diaconesse , celui du Pontife manque. Du reste , comme la liturgie était plus courte qu'elle ne l'est aujourd'hui, il est à croire que ni le Pontife, ni le diacre, ni la diaconesse ne s'asseyaient jjendant une partie du temps consacré à la célébration de la messe : ces deux derniers d'ailleurs devaient plutôt se tenir debout pour exercer leur office de surveillants.
L'existence de ces monuments rc'^terait donc une énigme, si l'on en demandait l'explication aux hypothèses que nous avons discutées. Quelques chaises ne sont pourtant pas des sphinx d'un genre très-mystérieux, et ce serait une chose bien étonnante qu'avec tous les renseignements acquis sur les pratiques
religieuses des premiers chrétiens, on rencontrât dans leurs anti(iues chapelles des objets très-simples qui ne s'adapteraient à aucun usage connu.
Mais si ces monuments ne cadrent pas avec des fonctions pupliques auxciuelles toute une assemblée aurait pris part, ne peut-on pas soupçonner qu'ils ont dû se rapporter à quelque rit en quelque sorte individuel et solitaire, à quelque fonction isolée, en dehors de celles qui s'adressaient à la foule ? Tertullien qui appartient par plusieurs de ses écrits au ii" siècle, nous dit dans son livre sur la PéiiUence chrétienne, que les pénitents en confessant leurs péchés se plaçaient dans la posture la plus humble devant les prêtres (1). Un texte de Minucius Félix, écrivain de la môme époque, fournit une indication plus précise encore sur l'attitude qu'ils prenaient dans cet acte religieux. Nous apprenons par ce passage (2) ce qui se disait parmi les païens d'un rit observé par les fidèles et transformé par les préjugés haineux de leurs ennemis en une pratique abominable.
L'origine d'une pareille calomnie se trouve dans la pratique dont parle le premier des écrivains que nous venons de citer. Quelques faux frères, qui s'étaient introduits dans les assemblées secrètes des catacombes, auront rapporté aux pa'iens qu'ils avaient vu les chrétiens s'agenouiller un à nn, avec un air recueilli, devant un prêtre assis, et incliner la tête \qt?^ ses genoux : ce qui cadre, d'une part, av(;c la posture signalée par Tertullien, et, d'autre part, avec la disposition des sièges «jui nous occupent. Situés, enelïet, de telle sorte que le personnage qui y prenait place ne se serait pas trouvé en face d'un auditoire qui aurait rempli la chapelle, ils convenaient, non pour des harangues, mais pour des colloques particuliers, et tout individu agenouillé et incliné vers les genoux de ce per-
(1) Exomolofjcsis prostcrnoiidi et humilificaixii hominis disciplina est... De ipso qiioque hal)itii atquc; vicUi mandat..., jejuniis pièces alere, in{;eraiscere, lacrymari... prcsbyteris advolvi, et caris Dei adî;enicuiari. Lib. de Pcenit., c. ix.
(2) Alii eos ferunt (dit le païen Cécilius), ipsius antistitis ac sacerdotis colère genitalia, et quasi parentis sui adoiare naturam. Minucius Félix, in Octav., c. IX.
TKADITIO.N MOMMENTALE. 1 il
jsuunage présentait laltitude qui a servi de prétexte à la calomnie des païens.
Admettez à cette époque la pratique de la confession, lénignie de ces sièges se dévoile: c'était, suivant toute apparence, ilea confessionnaux, non pas semblables aux nôtres par leur forme matérielle, mais analogues par leur destination. Si l'on essaie de leur en attribuer une autre, de tout côté , nous l'avons vu, l'explication va se heurter contre des invraisemblances.
Les observations qu'on vient de lire ne j)rétendent point à la certitude; mais c'est déjà quelque chose d assez notable que de retrouver avec probabilité, au xix"" siècle de l'ère chrétienne, des confessionnaux du m" siècle ou du n". Si j'étais protestant , cette probabilité m'inquiéterait.
Les monuments relatifs à \' Eucharistie ont un caractère bien plus marqué. Lorsque nous parcourons aujourd'hui les catacombes, nous y observons deux classes de sépultures. Il y a d'abord les tombes étroites et oblongues, qui sont creusées horizontalement dans les murs des galeries et des cryptes : cette classe est de beaucoup la plus nombreuse. Mais, de dislance en distance, surtout dans les cryptes, l'œil du spectateur est frappé par des tombeaux d'un autre genre; ils se distinguent par leur grandeur et leur configuration. Ce second ordre de sépulcres se divise lui-même en deux catégories. Les uns ont une telle hauteur, qu'évidemment on ne pouvait avoir l'habilude d'accomplir quelque rit sacré sur le plateau qui en recouvre la partie supérieure : il aurait fallu pour cela une échelle , sans parler d'autres inconvénients. Ils n'étaient donc pas destiiiés à un pareil usage. Les autres, au contraire, ont été construits de telle sorte que la pierre qui leur servait de couvercle, était à la hauteur d'une table ordinaire, elle en avait aussi la forme et la dimension.
Ces particularités caractéristiques, confrontées avec les témoignages de l'histoire, révèlent clairement la destination de ces monuments. D'une part, nous savons que l'Église primitive avait coutume de célébrer les saints mystères sur les tombeaux des martyrs; d'autre part, la configuration de ces tombeaux ^"adapte parfaitement à cet usage , et ils sont les seuls qui aient
pu s'y prêter. On voit encore, auprès de plusieurs d'entre eux, de petites crédences, taillées dans le tuf , analogues à celles de nos églises modernes , où l'on place les burettes préparées pour la célébration de la messe.
Assurément il n'est pas indifférent de rechercher les idées que l'antiquité chrétienne attachait à ces monuments, investis d'un double caractère, marqués de deux sceauxmystérieux, celui de la liturgie et celui de la mort. Écoutons d'abord riiymnographe des premiers siècles. Prudence dit en parlant du corps de saint Vincent :
L'autel donne à ces bienheureux ossements Le repos qui leur est dû :
Placés sous la table sacrée, Renfermés dans les profondeurs de l'autel, Ils aspirent d'en bas les émanations Du don céleste qui se répandent sur eux ' I ).
Vous voudrez peut-être ne voir qu'une métaphore dans la propriété attractive attribuée à ces reliques; mais le langage figuré a toujours sa racine dans les idées reçues. Prudence aurait-il pu songer à caractériser ainsi les émanations du don céleste, superposé à l'autel, si, de son lemps, les chrétiens n'avaient vu, dans le rit eucharistique accompli sur cet autel, qu'une cérémonie symbolique, vide de toute réalité surnaturelle? Ce langage a dû être greffé sur une tout autre croyance. C'est ce que nous font voir deux Pères du même siècle. Saint Ambroise s'exprime en ces termes, au sujet des reli(pies de deux martyrs , Gervais et Protais : 'i Que ces victimes triom- » phales viennent se placer dans l'endroit où le Christ est une 1» hostie : sur l'autel est le Christ qui est mort pour tous; sous '> l'autel reposent ceux qui ont été rachetés par sa Pas- Ci) Altar quietem débitant
Praestat beatis ossibus j
Subjecta nam sacrario
Imamqiie sub aram condita,
Cœlestis auram muneris
Perfusa sublùs hauriunt.
Hymn. v, perisleph. S. rincent.
Tri.vrrrio «om'iheatai k. 145
)• sion (I). 1» SainlMaxinie de Turin disait, à la mêftio époque : <i Qu'y a-t-il (le plus honorable que de reposer sous l'autel 11 même où le Sacrifice est présenté à Dieu , où solTre la vic- >« tinie, pour laquelle le Seigneur est le prêtre, selon ce qui it est écrit : Tu es prêtre éternellement selon Tordre de Melî> chisedech. Il est donc juste que les martyrs soient placés i> sous laulel , parce que le Christ est déposé dessus. Il est » juste que les âmes des saints reposent sous l'autel, parce )> que, sur ce même aulel, le corps du Seigneur est offert. ■' C'est par convenance, c'est par une sorte d'association in- '> time que la sépulture des martyrs a été établie là où chaque « jour la mort du Seigneur est célébrée, suivant ce qu'il a dit '• lui-même : Chaque fois que vous ferez ceci, vous annoncerez )' ))ia mort jusqu'à ce que je vienne, afin que ceux qui sont • morts pour sa mort reposent dans le mystère du sacrement. i> C'est, je le répète, par l'effet d'une intime communauté, que '» la tombe de ceux qui ont souffert la mort est située là où sont i> posés les membres de la mort sanglante du Sauveur (2). »
Telle était donc la signification reconnue de ces monuments. On donnait à ces tombeaux le nom d'autel. En bas, des ossements, en haut, un don céleste et vivifiant; en bas, les corps des justes, en haut, le corps du Sauveur, et cette jonction avait lieu, parce que les martyrs, en s'immolant pour le Christ, avaient mérité une place là où se renouvelait l'immolation de la suprême victime. Telles sont les idées que nous trouvons incorporées dans ces tombeaux-autels , au moment même où TÉglise put les honorer en paix. Comment croire qu'en sortant des catacombes elle leur ait attribué un carae-
; tère t(uit différent de celui qu'elle avait été jusqu'alors accoutumée à leur donner? Les idées étaient donc préexistantes;
^ elles dérivaient d'un enseignement traditionnel ûcy'x établi
(1) Sitcredanl ergô victimœ U'inmphairs in locuni iihi Chiislns liostia psi; sed ille super altaie qui pro omnibus passus est; isli sub ailari qui illiu.s redempli sunt passions. Epist. XXII, n. !;'>.
(2) Rectè ergù sul) arâ marljrcs collorantur. quia super arani Chrislus imponiluT. Rectè sub altare juslorum animaî requiescunt, quia super altarn Domini coipus offertur. etc. Serm. L\U\ de Natnl. Sanct. (I>o lixte tout entier sera dans V./ppendicc.)
I i4 CHAPITRE IX.
dans les chapelles souterraines. Ces monuments, qui apiiaitiennent aux trois premiers siècles, emportent avec eux, dans cette période des origines, cette même croyance que de nos jours encore l'Église catholique continue de professer. Les pierres sacrées des catacombes sont, par leur signification, comme par leur usage, les sœurs aînées de nos autels daujourd'hui.
Les autels-tombeaux constituèrent wn genre de monument tout nouveau dans le monde. L'Église avait trouvé le modèle supérieur, l'archétype de cette création sépulcrale dans ce passage de l'Apocalypse : 't Après que l'Agneau eut ouvert le i> cinquième sceau , je vis sous l'autel les âmes de ceux qui i> ont été mis à mort à cause de la parole de Dieu , et pour le » témoignage qu'ils portaient, et ils criaient à haute voix : « Quand donc, quand, Seigneur, qui êtes saint et vrai, ferez- » vous justice et vengerez-vous notre sang sur ceux qui hai> bitent la terre? > Et il fut donné à chacun d'eux une étoile » blanche, et il leur fut dit de se reposer encore un peu de » temps, jusqu'au moment où serait complété le nombre des i> serviteurs de Dieu, leurs frères, qui devaient être mis à )> mort comme eux (1)?"
Ces paroles ont dû singulièrement frapper l'Eglise primitive, tout occupée de recueillir les restes sanglants de ses martyrs, (juand elle s'est demandé à quelle place d'honneur ils devaient se reposer un peu en attendant le joui* de la justice (2). Le prophète de Pathmos, lui montrant leurs âmes sous l'autel qui est dans le temple éternel devant le trône de Dieu , semblait lui indiquer que leurs corps devaient être déposés sous un autel aussi dans les temples de la terre. Elle a continué de donner cette place à tous les autres saints qui ont été martyrs par la charité. Lorsqu'après la fin des persécutions
(1) Et cùm apcruisset sijjillum quinUim, vidi subtiis allare animas interfectoiiiin pi"0|)ter veibum Dei , et propter testimoniiim qiiod lia!)el>ant„ etc. Âpocal., VI, 9 et seq.
(2) Presizo motivi i maygiori «l'introvar qiiesto rito degli allari soprà le Memorie de ' Martiri dà ciù che vide iicll' Apocalisse l'Apost. S. Giovanni : Fidi subtùs altare, etc..., pei'lochè S. Anibi-o{jio disse : Succédant viotimcs Irium phaleS; etc. Boldett. : Osserv. sopr. le' cimit. sayr., lib. I, c. ViJl.
rllo a rpinplacé la pierre nue des Catacombes par des matières rcspltMidissantes; cette transformation a donné à ses autels un (lernit'r trait de ressemblance avec Vuutel d'or que saint Jean avait décrit (1).
Tel est donc Tindice qui paraît avoir supri^éré la merveilleuse invention de ces m()num(>nts, où le tombeau et l'autel ne font qu'un. Ils rentrent dans le caractère profondément figuratif empreint, à plusieurs égards, sur les sépultures. De même (|ue les tombes chrétiennes en général ont été originairement, ainsi quil sera dit bientôt, une imitation même matérielle du sépulcre où Jésus crucifié a été déposé dans une grotte de Jérusalem; de même les tombes des saints ont été en outre les images de l'autel qui est devant le trône de Jésus glorilié, et l'Église est allée chercher, jusque dans les plus hauts mystères des cieux, un type d'architecture pour les mystères de la mort.
Ces monuments ont fourni encore un autie sujet d'observation. Les tombeaux, destinés à servir d'autels, ne devaient pas être confondus avec ceux qui n'avaient pas ce privilège; ils devaient donc avoir une forme caractéristiiiue. Mais, comme nous l'avons dit, les sépulcres, dont la partie supérieure offre une table, ne se divisent qu'en deux classes. Les uns sont, par leur élévation, évidemment impropres au service dont il s'agit; les autres s'y adaptent par toutes leurs dimensions, qui sont celles d'une table ordinaire. C'était donc là le signe distinctif, et l'on doit par conséquent reconnaître des autels dans tous les tombeaux qui ont cette forme. Or, ils sont trèsnombreux : on en voit souvent plusieurs dans une même chapelle. Une église des catacombes de Sainte-Agnès en renferme onze à eJle seule. Cette multiplicité d'autels j)ermeltait de dire la messe sur chacun d'eux, au moins le jour anniversaire de la mort du martyr, dont il conservait le corps.
Ces monuments sont la réfutation [lalpable d'un futile reproche adressé à 1 Église catholique. On a prétendu qu'en autorisant l'éreotion de plusiems autels dans un même temple, elle s'est écartée de l'usage primitif. Cette assertion est
(1) Allaie aiHPum qiioil est antè throniim Dei. Apqc. , VIII, ô.
lif» CHAPITRE IX.
précisément l'anlipodo de la vérité historique, car les nionuinents sont l'histoire en permanence. C'est la multiplicité des autels qui est l'tisage le plus ancien. On y a dérogé au iv" siècle, par une raison qu'il est aisé de concevoir. En général, presque toutes les basiliijues de c-ette époque furent construites sur le tombeau d'un martyr. Le^ ossements des autres confesseurs de la foi restaient dans les galeries des Catacombes, où ils avaient été primitivement déposés. La plai^art des églises n'avaieat donc chacune que la dépouille sacrée dont elles gardaient la tombe, et comme chaque aiatel devait être superposé à des reliques, on fut conduit à se conteiiter babitaellement d'un seul autel. Mais, pendant les invasions des Barba'res ^ plusieurs des cimetières souterrains, situés dans les campsgnes, furent ravagés. La même profanation pouvait se renouveler. Ou voulut dés lors pourvoir, autant que possible, à la sûreté dcà saintes reliques, en les transportant dans l'intérieur delà ville. Il y eut un giand nombre d'églises qui reçurent chacune plusieurs de ces dépôts sacrés. La piété se fit un devoir de les renfermer dans les autels , afin que leurs nouvelles, louibes servissent,: comme leurs premiers- sépulcres , à la célébration des saints mystères. Il s'opéra ainsi graduellement un retour à l'usage ancien, qui fournissiut d'ailleurs plus de facilité pour les fonctioji.s du culte.
Outre cet avantage, le système suivi par l'Eglistî catholique complète, beaucoup mieux que toute autre, le symbolisme de l'architecture sacrée. Dans tout édilice religieux, pourvu de plusieurs autels, l'autei principal représente éminemment le (>hiist immolé pour nous : les; autres, (jui sont des copies du premier, concourent, jiar cette reproduction d'un mémo type, à iigurer l'identité du sacrifice. Mais, s'ils sont tous semblables couime autels à raison de leur rapport à l'unique Auteur du salut, ils sont diversifiés comme tombeaux, par leur corrélation aux saints multiples dont ils gardent les reliques; de sorte qu'ils exi)rimenl tout à la fois et l'unité du corps dont le Christ est le chef et la pluralité des membres de ce corps mystique.
Telle est en effet la i)ensée fondamentale de toute théologie vraiment chrétienne. Elle ne doit sé{>arcr ni le Christ des
TUADiTION MONUMENTALE. (47
saints, parce qu'il csl essentilleniont Sauveur, ni les saints du Christ, parce qu'ils ne sont sanctifiés que par lui. Plus Tarchiteoture exprime cette union, plus elle se rapproche de son type, qui se trouve dans cette architecture invisible, que lApôtre nous signale par ces mots : Vous êtes Uédifke de Dieu (1). ■ 'i-iM- lî!» -i.n
Du reste, en fait de symbolisme plus ou moins parfait, comme dans toutes les matières où rien d'essentiel n'est compromis, l'Eglijse catholique n'est pas pointilleuse. L'autel unique ne TelTarouche pas. Dépositaire de lusage antique, elle ne trouble point, là où ils sont établis, les usages qui ne sont qu'anciens. Ce bon sens pratique n'est point imité partout. Je parie qu'il y a encore des archimandrites de Moscou et des moines du mont Alhos , qui répètent contre les autels multiples le>i murmures des jansénistes du siècle dernier. La science de ces hommes est comme le calendrier russe ; elle retarde. Elle s'arrête, tout éblouie, à nos basiliques du temps de Constantin, sans se douter que les archéologues romains ont creusé plus bas dans le sol, et plus loin dans le temps. Sous la terre , qui porte ces églises de marbre , ils ont retrouvé ru>age primitif dans les chapelles en tuf des Catacombes.
us.M.Es i>F. l'église. — 2° Pratiques de Pénitence.
L'Kglise impose aux fidèles des pratiques de pénitence comme remède au péché , à ses causes et à ses suites. La principale est le jeûne. 11 contient la substance des autres privations : elles ne sont bonnes et utiles qu'au même titre qu'il l'est lui-même. Il suffît donc de constater son adoption par l'Eglise primitive pour faire remonter par là même, jusqu'au berceau du Christianisme, la doctrine catholique sur les œuvres pénitentiaires.
Rome souterraine a fourni un monument qui nous montre de la manière la plus positive, dans la première période de 1 Eglise, non-seulement l'usage du jeûne, mais encore la loi du jeùnesolennel, qui servait déjàde préparation àla fête de Pâques.
(I) D(;i a-dificalio estis. S. Panlus, / od Corintli., III, 9.
Des fouilles, praliquées près de la basilique de Saint-Laurent hors des murs, ont fait découvrir, en ISfil , une antique statue assise de saint Hippolyte , évêque de Porto, sous le régne de lenipereur Alexandre-Sévère. Cet évêque avait été célèbre par ses écrits. On en a retrouvé une liste sur les parois du siège de cette statue, Nous en noierons deux en passant. L'un est intitulé : de Dieu et de la résurrection de la chair. L'autre titre porte ces mots : la Tradition apostolique : ce qui indique que la règle de la tradition était suivie. Mais ce registre en marbre nous a conservé un autre document. On savait par saint Jérôme qu'un évèiiue Hippolyte avait inventé un tableau ou canon pascal (i), pour déterminer le jour où devait tomber chaque année la fêle de Pà(jues , et que ce travail avait suggéré plus tard à Eusèbe l'idée de faire une table du même genre. Le cycle Pascal de saint Hippolyte est gravé sur ce même siège , et Ton y lit ces niots :
// en sera pour les années suivantes comme cela est ci-dessous marqué dans la tçible, et pour les années précédentes ce jour est revenu conformément à ce cjui a été indi(jué. Oa a faut que le