‹ Esquisse de Rome chrétienne (volume 5)Chapitre 24 sur 52 · PATER FECIT · texte numérisé non relu

PATER FECIT

E. Cœmet. S. Jgn. Boldet., p. 467.

TnADITION JIONIMENTAI.E. i 55

de suinte Agnès , très-voisine de la basilique. La religieuse, dont les restes y reposaient, a fait partie vraiseniblaMenienl du monastère que Constance, la fille de lempcreur Constantin, a fondé en cet endroit. Plusieurs vierges, appartenant à la haute classe de la société romaine, y prirent le voile. La famille de cette Aurélia occupait, suivant toute apparence, un rang élevé, à en juger par l'élégance de son sarcophage construit, suivant lépitaphe, aux frais de son père. On distingue parmi les sculptures, à droite et à gauche de l'inscription, deux bustes de femme. Leur ressemblance parait indiquer que c'est un double portrait de la défunte. Ils donnent quelque idée du costume des religieuses à cette époque : une tunique large, un voile ouvert tombant sur les épaules, les cheveux à la nazaréenne : entre le sommet du front et le voile passe une bande qui est sans doute le bord de la iniirelle , espèce de petit bonnet à l'usasre des dames romaines. Celles-ci en faisaient une parure de luxe : elles l'ornaient de pierreries. Les religieuses la portaient très-simple, en laine : quelquefois leur mitrelle était de couleur pourpre (I). Cette coiffure n'était pour elles que le complément du voile. Saint Jérôme dit, en parlant de Blesille : avant qu'elle se donnât à Dieu, «■ des ser- « vantes arrangeaient sa chevelure : sa tète était serrée par « des mitrelles artistement travaillées : maintenant cette tète ' négligée sait qu'il lui suffit d'être voilée (2). ■>

La dénouiination de servante de Dieu comprenait aussi les veuves qui avaient renoncé au monde. Elles étaient quelquefois désignées par un titre plus spécial , comme on le voit par cette épifaphe :

A Octavie matrone, tjoure de Dieu (3).

Mais, outre les portraits et les épilaphes des vierges consa-

(1) Nec ulla sunt piœcepta coiijiincta, v«,l de qiià lanà mitrella fieiet, aut de quâ pui puiâ pingerelur : uon enim hoc pauiio polesl virgiiiilas adjiivari. Oi)lat. Milevit., de Schism. Douât., 1. VI, c. 4.

(2) Tune ciincs anciilula; disponehant, et mitrellis crispanlibus verlex arclabaUir : niinc nfglectum caput scit sibi tanlùm stifficeie quod velalur. Epist. 2ô ad Marcellam.

(■>) OCTAVlAi; ÏATnOSAE VIDVAE I)EI.

In f'atkan.

1?)4 CHAPITHE IX.

crues, la cérémonie même de leur consécration est tracée dans un monument. C"est un tableau des catacombes de sainte Priscille. Au centre est une femme debout, les bras étendus (1) : de ses épaules jusqu'au bas de sa robe d(îs('end,de chaque côté, une bordure ou bande , comme on en voit sur les vêtements de plusieurs orantes : mais ici cet ornement , au lieu dêlre tout simple, est en broderie. Le sommet de la tête est couvert par un voile , qui touibe en plis du côté gauche jusqu'à la région du cœur, et dont l'extrémilé est garnie d'une frange.

A la droite de cet(e femme on distingue un groupe composé de trois personnages. Un Pontife, en robe longue, est assis sur une chaire,, semblable par sa forme à celles qui existent encore dans les catacombes. Il porte la tonsure ecclésiastique. Son manteau paraît avoir une espèce d'amphiballe ou ca[)uchoi) tombant derrière la tète. Près de lui une jeune fille se tient debout. L'attifude du Pontife indique qu'il lui parle. 11 dirige vers elle son bras et sa main : les trois doigts inférieurs sont ployés, l'index seul est étendu, comme pour montrer quelque chose. La jeune fille lient en effet un voile, anli(pie attribut des femmes consacrées à Dieu. A côte d'elle un autre pej'sonnage est aussi debout : c'est probablement le diacre du Pontife.

A l'autre e-xtrémité du tableau, à gauche du personnage central, est une femme assise, tenant un petit enfant dans ses bras. Arringhi suppose que ce pourrait être la Sainte-Vierge, mais cette conjecture n'est pas admissible. On n'aurait pas donné à la Vierge une place inférieure, subordonnée à celle qu'occupe l'oiante du milieu, qui semble prier pour les personnes placées à ses cotés. La femme assise est simplenumt une mère; elle fait le pendant du groupe opposé. Ici la vie religieuse, là le mariage. Quel(]ues détails du tableau semi)lent caractériser ce contraste. La jeune vierge a les pieds couverts d'une chaussure, ceux de la femme assise sont nus. Le siège de celle-ci ne regarde pas du côté où se fait la prise de voile : il est tourné en sens contraire.

Reste à déterminer quelle est la femme en prières dans le

(1) A oit- les figures (Jans Arringhi, f{om. suhL, lii). IV, c. o", t. II, p. 305.

TRADITION MOM'MKNTAI.E. 155

centre du lubleau. Boldelti croit que ccst une mère entre ses <leux filles, dont Tune s'est mariée, tandis que l'autre a embrassé la vie religieuse. Peut-être aussi c'est sainte Priscille, fondatrice et patronne de ce cimetière, sous la protection de bquelle on a mis les deux autres femmes. Si cette orante , qui est des plus belles qu'on ait trouvées dans les peintures des catacombes, était la Sainte-Vierge, comme cela est très-possible, ce tableau serait encore plus remarquable. Ce serait une heureuse idée que d'avoir placé en regard l'une de l'autre la virginité et la maternité sous la bénédiction de la Vierge-Mère. Quoi qu'il en soit, la consécration, qui constitue la vie religieuse, est très-clairement figurée dans le groupe des trois personnages.

Ce tableau, dont le style offre les caractères de la peinture du II' siècle, est, je crois, le plus ancien monument connu qui représente cette cérémonie. Il mériterait bien, à ce titre du moins, d'être reproduit quelquefois dans les églises de nos couvents. Je voudrais aussi en voir figurer une bonne copie dans quelques musées de Paris. Parmi la foule, qui passe et repasse dans leurs galeries, il y a bien des gens qui s'imaginent, sur la foi de quelques journaux ou de quelques discours parlementaires, que létat religieux n'est pas une production originaire du Christianisme, mais une excroissance survenue dans lemoyen-àge. La vue de ce tableau suffirait pour exorciser cette ignorance.

Page 1