VII. VIE FUTURE. — Résurrection des morts
Nous avons déjà remarqué, dans une autre partie de ce livre , que ces dogmes sont empreints dans le nom môme de cimetière, qui signifie dortoir. Cette dénomination est une des merveilles du langage. C'est Jésus-Christ lui-même qui l'avait suggérée aux premiers chrétiens, lorsqu'il avait dit: «Notre » ami Lazare dort (1). » Ce mot de sommeil , comme synonyme de la jHort, a passé de la bouche du Sauveur dans les écrits de saint Paul; puis il a imprimé sa propre signification aux premières réunions de tombes chrétiennes, et il a produit l'admirable mot de Ci//!efjtTe. Lazare n'était resté, il est vrai, que quatre jours dans le tombeau, les corps des fidèles s'y couchaient pour des siècles ; mais aux yeux de la foi mille ans ne sont qu'un jour , et les catacombes n'en étaient pas moins des dortoirs, puisqu'on y attendait au bout de leur longue nuit le réveil de la résurrection.
La même foi était aussi exprimée par un mot que les épîtaphes chrétiennes ont souvent employé pour signifier Tinhumation. « Les païens, qui croyaient que les corps étaient enfouis » dans la tombe pour n'en jamais sortir, se servaient de ces n mots : sitiis, positus, composttus, situé, posé, composé (placé » dans ou arec). Les chrétiens , qui croyaient fermement que le » séjour dans le tombeau était temporaire, avaient adopté un !» terme parfaitement exact : ils disaient : déposé , déposition. * Le jeune chevalier de llossi m'a fait observer que les person- » nés, qui ont cru voir dans celte locution un barbarisme, » avaient oublié leur Cicéron : ce grand maître en fait de pro- » priété d'expression appelait dépaséen les choses qui étaient » confiées pour un temps à la garde de quelqu'un : la loi roa maine désignait sous le nom de déposition l'action même de » consigner une chose. Avec celte acception , les deux mots » dont il s'agit étaient tout autre chose qu'un barbarisme , une » expression impropre {"2). •
C'était en effet une admirable innovation dans la langue funèbre. En parcourant les épitaphes païennes et chrétiennes, en
(1) Lazarus amicus nosler dormit. Joan , XI , 11.
(2) Monum. primit. part, dell' archit., p. 19, du P. Marchf.
lisant sur les unes le mol pimtus ^ sur les autres le mot depositus^ on ne songe guères à remarquer cette différence. Que le premier de ces mots soit ou ne soit pas précédé d'une particule, cela semble peu de chose. Cette particule exprima pourtant limraense intervalle qui séparait les deux croyances : elle proclama que le sépulcre n'est pas le propriétaire avare , mais seulement le gardien fidèle de ce qu'il reçoit. Le zèle apostolique, parlant à Timothée par la bouche de saint Paul , lui disait : «1 Gardez le dépôt de la foi : » la piété chrétienne dit à son tour à la tombe : Depositnin custodL
La forme et le mode des sépultures se rattachaient aussi à cette cro5'ance. Les tombeaux des fidèles furent modelés sur le sépulcre de Jésus-Christ. Le corps du Sauveur avait été déposé dans un monument creusé dans le roc : les chrétiens creusèrent leurs tombeaux dans une matière plus ou moins rocheuse. Le sépulcre du Christ était neuf, nul cadavre n'y avait été placé auparavant : il en était de même de chaque tombeau chrétien. L'entrée du sépulcre divin avait été fermée au moyen d'une pierre : les chrétiens fermèrent les leurs avec des briques, des pierres , des morceaux de marbre. Un linceul avait enveloppé le corps du Sauveur : on a retrouvé dans les catacombes des indices non équivoques du même usage. Les sépultures des fidèles furent donc une copie, un fac-siinUe du grand monument de la résurrection (1).
Les épitaphes aimaient à faire le même acte de foi. Elles recueillirent le mot de saint Paul sur les endormla , qui avait passé dans la langue populaire :
Victoire dort (2).
Salurnina dort en paix (ô).
( Avec la fiole de sang. }
Domitien
(1) Monuni. primit. part. delV archit., p. 19, du P. Marchi.
(2) VICTOIUA UOHMIT.
E cœmet. Callist.
(3) SATVRNl.NA DORMIT IN PAGE.
Ibid.
ame siinj)!e dort en paix (1).
Zoticus ici pour dormir (2),
Sabbatia s'est retirée dans le sommeil de paix (ayant environ) xxvim (ans) (5).
1^ La fiole de sang, i
Ces expressions prophétisaient le réveil des corps. Lorsqu'il s'agit (les ànies, d'autres locutions apparaissent : les âmes veillent, suivant le langage d'une épitaphe; mais le mot le plus fréquemment employé est celui de vie :
Maezia-,
tu ri.s
en Dieu (i).
)P^ Prima. <» iv'sdansla gloire de Dieu et dans la paix ile noli'e seigneur /K^(3)-
Dioscore vis éternellement ((>).
Vis en Dieu Rusticiana
(•) DOMITIANVS