‹ Esquisse de Rome chrétienne (volume 5)Chapitre 39 sur 52 · PANTHÉON · texte numérisé non relu

PANTHÉON

Restaurer tout dans le Christ.

S. Paul.

On contemple avec une émotion particulière les portraits des grands saints qui ont commencé par être de grands pécheurs. C'est que la déchéance et la réhabilitation dont ils nous offrent les types frappants forment le fond de notre destinée. Les mêmes idées peuvent être représentées aussi par une réunion de monuments, dans lesquels sont retracées, non pas les phî\ses de la vie de quelques hommes, mais les phases de l'humanité elle-même. La Providence, qui peint avec les choses comme nous avec les couleurs, qui scul])te ses pensées avec les matériaux des siècles, a >oulu nous offrir remblèine

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le plus imposant dans la transformation de Rome païenne en Rome chrétienne, que nous devons maintenant étudier. Nous n'avons plus à considérer, dans la cité monumentale , le reflet des caractères généraux et des attributsde la sociétéspirituelle dont Rome est le centre. Nous allons y remarquer spécialement limage de l'action régénératrice par laquelle l'Église, ministre permanent de la grâce divine, travaille à substituer à l'homme ancien, déchu en Adam, l'homme nouveau régénéré dans le Christ,

Rome antique a été, à l'époque même de sa plus haute puissance, le plus grand signe de la déchéance humaine. L'être le plus dégradé e-t celui qui a fait tourner au mal les qualités les plus magnifiques. Rome avait reçu de Dieu des dons sublimes; elle a eu des grandeurs que nulle société humaine n"a égalées. Il ne faut pas l'oublier, il faut se le rappeler, au contraire , pour mesurer la profondeur de la chute et bien comprendre sa réhabilitation chrétienne.

Ce changement, ou plutôt cette conversion monumentale, se présente sous deux aspects principaux, correspondant à la double opération de la grâce divine dans les âmes. La grâce piu'ifie du mal en y substituant le bien ; elle s'empare aussi des éléments du bien, que le mal a épargnés, pour les élever à un état supérieur. De là, deux classes de monuments : leur uns reproduisent la sainteté chrétienne remplaçant la corruption pa'ienne; les autres nous font voir la glorification des vertus surnaturelles du christianisme dans les lieux mêmes où Rome antique avait honoré les vertus naturelles que le paganisme n'avait pas détruites.

Si l'on voulait concevoir complètement cette transformation, il faudrait constater ici le caractère et la situation d'un certain nombre d'édifices chrétiens, que le cours des âges a fait disparaître, qui oui été remplacés par d'autres. Ce coup d'oeil rétrospectif ajouterait plusieurs des points de vue à ceux que nous offre la Rome d'aujourd'hui. Mais, outre qu'il enhainerait de Irop longues recherches, il nous parait suffisant, pouile but ([ue nous nous proposons, de rapporter aux faits monumentaux placés sous nos yeux les idées que nous \oulons faire ressortir.

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>'ous avons dit qu'une première classe de monuments reproduit spécialement le souvenir de la corruption anti(|ue effacée par le christianisme. Celui qui représente le mieux cette corruption d'une manière générale est l'édifice central de l'idolâtrie, le Panthéon.

Mais le mal a trois principales sources : l'orgueil, la soif des richesses, la passion des plaisirs.

Le monument qui retrace l'orgueil sous la forme la plus caractéristique, l'amour égoïste de la domination, c'est l'ancien Capitole.

Le vieux palais des Césars nous retrace aussi le même désordre fondamental, mais sous un autre aspect. Il nous le montre particulièrement sous les traits d une cupidité immense, d'un amour dévorant des biens de ce monde, qui, comme un gouffre sans fond, aurait voulu engloutir toute la terre au profit d'un seul.

Enfin, le monument le plus gigan(es([ue de l'amour offrent^ des plaisirs est le Colysée.

Parlons d abord de l'édifice qui retrace, d'une manière générale, les désordres de l'idolâtrie dont Rome était la métropole. Le polythéisme y avait multiplié ses temples; nuiis il n'y en a guère que quarante qu'on puisse faire figurer aujourd'hui dans une topograj)hie de cette ville. On ne connaît de plusieurs d'entre eux que leur place; elle est marquée, soit dans des descriptions rédigées au iv" siècle, soit dans cet ancien plan delà ville gravé sur des pierres, qu'on a retrouvé, et (jui est incrusté dans les murs de l'escalier du musée Capitolin. Les fondations souterraines de plusieurs de ces édifices ont été reconnues. Des pans de murailles, des colonnes s'élèvent encore , derniers restes de quelques autres. Enfin , il y en a cinq ou six qui ont été transformés en églises; mais ils sont de petite dimension. Il ne reste debout qu'un seul grand temple qui représente avec éclat les pompes religieuses de l'ancienne Rome. Les ravages des siècles ont, par bonheur, épargné le monument le plus imposant par ses formes, le plus remarquable par l'époque de sa fondation , le plus significatif par l'idée qu'il figure. C'est le Panthéon d'Agrippa, le temple de tous les dieux.

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