TRANSFORMATION DE ROME
Je laisse aux artistes le soin de justifier ladiniration classique pour cette œuvre d'architecture. Le plus bel éloge (juelle ait reçu est, à mon avis, la conception de Michel-Ange, qui porta le Panthéon en l'air pour en faire la coupole de la basilique vaticaue. Avec sa forme circulaire, sa voûte senii-sphérique arrondie comme celle du ciel , et au centre de sa voûte le symbole du soleil dans lonverfure ronde qui répand la lumière, le Panthéon offrait une image du monde, que les anciens se représentaient sous une forme analogue. Le génie de Tempire, plus pompeux que celui de la république, se manifesta bien vite dans cette œuvre qui sortit de terre au inoînent où Auguste venait de se couronner du titre d'empereur. Si Auguste, ou son gendre Agrippa , n'avait pas eu la pensée de ce monument, un autre l'aurait eue: elle n'était pas un accident , un caprice, mais le produit naturel de l'idée que Rome avait de Rome. La cité reine n'avait subjugué toutes les nations qu'en adoptant tous les Dieux. Après avoir enlevé à tant de peuples leur indépendance politique , elle leur enlevait ce qu'il y avait de plus haut dans leur nationalité , en glorifiant comme ses protecteurs propres les dieux qui les avaient livrés à sa domination. Il était naturel , surtout au moment où toutes les forces politiiiues se rencontraient dans un seul palais , de concentrer à Rome tous les cultes dans un seul temple : le palais des Césars avait besoin du Panthéon. Le i)remier de ces monuments, qui représentait principalement la force, a péri. Mais l'autre monument, qui figurait l'empire romain sous sa forme la plus élevée, sous la forme religieuse , qui montrait dans Rome, non l'arsenal de toutes les victoires, mais le forum de tous les cultes , est resté debout pour recevoir du culte vraiment universel une régénération sublime.
Toutefois, malgré sa destination future, il y eut une épo- <]i]e où , n'étant plus pa'ien , il ne fut pas chrétien encore. Au V siècle , il fut fermé, comme tant d'autres temples de la vieille Rome. Le grand autel, qui se trouvait en avant des gradins de l'escalier, fut renversé. Rientôt après la main rapace des Goths et des Vandales n'épargna pas les ornements de bronze et d'or qu'Auguste, Septime-Sévère et Caracalla } avaient prodigués. Les hymnes , les couronnes de fleurs, la
foule, semblaient avoir abandonné sans retour son enceinte désolée. Entre les marbres de lescalier, Iherbe croissait. Les colonnes de la façade semblaient pleurer la magnifique inutilité du vestibule désert. La porte dairain , close nuit et jour , était plus immobile que celle dun tombeau. Semblable à un grand pécheur qui passe quelque temps dans la retraite et la pénitence, avant d'aspirer au sacerdoce auquel Dieu ladistiné, le Panthéon demeura, pendant deux siècles dépouillé, solitaire, plein de deuil et de silence. Il attendit ainsi le moment où sa porte, s'ouvrant aux acclamations du peuple chrétien rassemblé sous le vestibule, laissa voir au fond du temple, à lancienne place de la statue du Jupiter Vengeur, une Croix sur un autel.
Le Panthéon fut consacré à la sainte Mère de Dieu et à tous les Martyrs (1). L'époque de cette conversion monumentale nous a été signalée par une inscription funèbre de l'ancienne basilique vaticane. On lit dans lépilaplie du pape Boniface IV: « Du temps de l'empereur Phocas, ce pontife, fixant ses reî> gards sur un teniple de Rome qui avait été dédié à tous les ;> démons, le consacra à tous les saints. )>
Les édifices publics de l'ancienne Rome appartenaient aux empereurs : le Pape fut donc obligé de demander à Tignoble souverain, qui résidait à Bysance, la permission de faire une chose sublime. La date de celte consécration, qui eut lieu en 607, coïncide avec lérection de la colonne dédiée à Phocas, que nous voyons encore au pied du Capitole. Ce monument ne fut qu'une flatterie de courtisan, imaginée par Smaragdus , l'exarque d'Italie; mais il est très-possible qu'elle ait disposé Phocas à faire le magnique présent du Panthéon à Rojne chrétienne. Peut-être le souvenir de ce bienfait a i)rotégé à son
(1) Ipse (Honif. IV);Pliminatâ oniiii spiiiciliâ, fccil occlesiam sanctse Dei genitricis alque omnium mailyiiim Christi. Beda, Martyrolog. ac eliam in histor.
Fecil ecclesiam sancl?e Maiiœ scnipcM- Virginis et omnium marlyrum. A.nast.. in Bonif.
Bonifacius Papa ecclesiam iu honore semper Virginis Maiiœ et omnium maityrum dedicavit. Usuaid., Martyrolog.
Sanctœ Mariae ad martyres dedicalionis dies agilur. Àntiq. Martyrolog. Roman, dict. parvum.
TRANSFOUMATION- DIC HOME. 297
tour la colonne de Phocas. Celles de Trajan, de Marc-Aurèle et celle-ci sont les trois seules colonnes noniinativeinent dédiées qui aient eu le privilège de demeurer debout à travers les bouleversements de Rome.
La consécration du temple de tous les dieux à tous les martyrs fit une impression profonde. Les fidèles, accoutumés, dès les premiers temps , à se réunir dans les églises des martyrs, aux anniveisaires de leur mort, accouraient en foule dans cette église le jour où Ion célébrait celte fête universelle (1). On sy rendait, disent les auteurs, comme on vient pour Tannée sainte du Jubilé.
La dédicace, faite par Bonifaee IV, fut complétée lorsque Grégoire IV, consacrant le Panthéon à tous les saints, en fit le centre de la solennité qu'il établit pour toute lÉglise. Un ancien Ordo romain dit qu'à la Toussaint tout le peuple doit assister à la messe, comme à Noël, soit à Rome, soit dans tout Lunivers (2). Le jour de Noël célèbre la naissance temporelle de Dieu dans les misères de notre nature ; le jour de la Toussaint célèbre la naissance éternelle des hommes dans les splendeurs de lessencc divine. Le mystère du salut est glorifié par l'une de ces fêtes, dans son principe; par l'autre dans sa consommation. C'est pour cela que la Toussaint est la dernière des grandes solennités de Tannée liturgique, parce quelle figure la fête qui ne sera suivie d'aucune autre.
Si Ton veut bien comprendre la signification du monument, dans lequel la glorification de tous les saints a été substituée au culte de tous les démons, il est bon , je crois, de relire ces paroles de saint Augustin : < Nous savons qu'il y a deux cités : ' Tune jouit de Dieu, l'autre est gonflée par le mal; Tune ' brûle du saint amour de Dieu, l'autre a été toute fumante
(1) Et allora tanla gente conoorrcva à Roina , clie paieva l'anno saiilo. Panci roli , Tesor.. p. 589.
(2) lu calendis Novembris Roma; et por toUim oil)cm plcbs universa siciit in die Natalis Doinini ad ecclcsiam in honoiem omnium sancloruni ad missarum solemnia convenire sludcat : illnd atlendcntcs, ul (niidquid humana fiagililas |K!r ignoraiiliam aut negligcntiam in soleninitatil)ns ac vigiliis sancloruni minus plenè pei egeiinl , in hàc obseivalione sanctà soivalur. f'et. Ont. Rom. V. Baron., in Notisnd Marlyrolog. die primd Novemb.
« de rarnour impur de sa propre grandeur; et comme il a été ' dit : Dieu résiste aux superbes, mais il donne sa grâce aux > humbles, lune réside dans les cieux des cieux, lautre sa- >• gite dans le monde infime; lune se repose dans la hunière » que la piété répand , l'autre se remue en désordre tlans la >. cupidité, mère des ténèbres. (1). .. Que le même édifice ait été successivement, autant qu"un ouvrage humain peut létre, le monument central de l'une et de lautre de ces deux cités, c est une des plus admirables révolutions que présente Ihistoire monumentale. On pourrait trouver une assez belle allégorie de cette révolution sur le frontispice môme de l'ancien temple, si le temps n'avait pas déU'uit le grand bas-relief de bronze doré qui s'y trouvait primitivement. Les Titans, à ce cpi'il parait, y représentaient les ennemis qu'Auguste avait vaincus; il y était lui-même synibolisé sous les traits de Jupiter armé de la foudre. C'était de l'idolâtrie impériale sous le masque de lidolàtrie théologique. Mais celte fable des Titans, qui n'a été, dans le principe, qu'un récit altéré du combat de Satan et de ses anges contre Dieu, se trouverait maintenant ramenée à un sens plus conforme à son origine. Les esprits rebelles, chassés du Panthéon, où ils avaient tenté d'escalader le ciel en usurpant les honneurs suprêmes, nous seraient figurés sous la forme des Titans foudroyés, et le bas-relief païen du frontispice redeviendrait, en quelquesorte, chrétien comme le temple lui-même.
J'essaierais de faire ressortir les idées que renferme la double destinée du Panthéon , si un grand écrivain n'avait pas épuisé ce sujet en quelques pages, que je ne puis ici ni remplacer ni omettre : 'Toutes les erreurs de l'univers, dit M. de )• Maistre, convergeaient vers Rome, et le premier de ses em- » pereurs les y rassemblant en un seul point resplendissant , n les consacra toutes dans le Painthéon. Le temple de tous les » DIEUX s'éleva dans ses murs, et seul de tous ces grands mo- » numents, il subsiste dans son intégrité. Toute la puissance
(1) Unam fiuenleni Deo, etc. De civilalc Dei , \\h. xi. c. ôô. — Ce cini est dit ici des anges s'applique également à leurs frères terrestres les saints, (jui ne forment avec eux qu'une même société.
TRANSFORMATION DE ROME. 29t)
M des empereurs chrétiens, tout le zèle, tout lenthousiasme ,
» et, si l'on veut même, tout le ressentiment des chrétiens,
• se déchaînèrent contre les temples. Théodose ayant donné le
• signal, tous ces magnifiques édifices disparurent. En vain » les plus sublimes beautés de l'architecture semblaient de- ■' mander grâce pour ees étonnantes constructions ; en vain
> leur solidité lassait les bras des destructeurs; pour détruire ■■> les temples d'Apamée et d'Alexandrie, il fallut appeler les
• moyens que la guerre employait dans les sièges. Mais rien ' ne put résister à la proscription générale. Le Panthéon seul
> fut préservé. Un grand ennemi de la foi , en rapportant ces
• faits, déclare qu'il ignore par quel concours de circonstances :> heureuses le Panthéon fut conservé jusqu'au moment où , dans ' les premières années du 1" siècle, un Souverain Pontife le ' consacra a tous les saints (1). Ah! sans doute il l'ignorait-, ' mais nous, comment pourrions-noas l'ignorer? La capitale j du Paganisme était destinée à devenir celle du Christia-
> nisme; et le temple qui, dans cette capitale, concentrait ' toutes les forces de l'idolâtrie, devait réunir toutes les lumiè- " res de la foi. Tous les saints à la place de tous les dieux ! ' quel sujet intarissable de profondes méditations philosophi- ' ques et religieuses! C'est dans le Panthéon que le Paganisme ' est rectifié et ramené au système primitif dont il n'était
> qu'une corruption visible. Le nom de Dieu sans doute est » exclusif et incommunicable; ce pendant il y a plusieurs » DIEUX flans le ciel et sur la terre (2). Il y a des intelligen- ' ces , des natures weilleurcs, des hommes divinisés. Les Dieux
> du christianisme sont les saints. Autour de Dieu se rassem- » blent tous les dieux , pour le servir à la place et dans l'ordre )« qui leur sont assignés.
" 0 spectacle merveilleux, digne de celui qui nous l'a » préparé, et fait seulement pour ceux qui savent le com- )' tem[)ler !
» Pierre, avec ses clés expressives, éclipse celles du vieux
(1) Gibhon, Histoire de la Décadence , etc., in 8% t. VM , cl), xxviii n. Ô4% p. Ô08.
{i) S. Paul aux Thessalon. , II, ii, 4.
Janus (1). Il est le premier partout, et tous les saints n'entrent qirà sa suite. Le Dieu de l'iniquité (!2) , Plutus cède la place au plus grand des Thaumaturges, à Ihumble Francoi^^ dont l'ascendant inouï créa la pauvreté volontaire, pour faire équilibre aux crimes de la richesse. Le miraculeux Xavier chasse devant lui le fabuleux conquérant de llnde. Pour se faire suivre par des millions dhommes, il nappela point à son aide livresse et la licence; il ne s'entoura point de bacchantes impures : il ne montra qu'une croix; il ne prêcha que la vertu, la pénitence, le martyre des sens. Jean DE Dieu, Jeax de Matha, Vincent de Paul ( que toute langue, que tout âge les bénissent ! ) reçoivent l'encens qui fumait en l'honneur de l'homicide Mars , de la vindicative Ju.\o>. La Vierge immaculée ^ la plus excellente de toutes les créatures dans l'ordre de la grâce et de la sainteté (5); discernée entre tous les suints, comine le soleil entre tous les astres (4), la première de la nature humaine, (jui prononça le nom de SALUT (••)) ; celle qui connut dans ce monde la félicité des anges et les 1-avissements du ciel sur la route du tombeau {C)) ; celle dont l Eternel bénit les entrailles en soufflant soti esprit en elle^ et lui donnant un Fils (jui est le miracle de iiinivers (7) ; celle à qui il fut donné d'enfanter son Créateur (8);
(1) Prœsideo foribus... cœleslis Janitor aulœ...
Et clavcm ostendens, haec. ait, aima gero.
Ovid., Fast., I. 125, lô9. 254.
(2) Jlammoiia iniquitatis. Luc, xvi. 9.
(3) Giatiâ plena, Uoniinus tecum. Luc, i, 28.
(4) S. Franr. de Sales. Traite de l'Jmour de Dieu, m . 8.
(o) Le m&me. Lettres , liv. vtii, ép. xvii. — Et exuUavit spiiitus meus in Deo SALiTARi meo.
(G) Die WonnederEngel erlebt,
Die Eutzllckung der Himmel auf dem Wege zum Grahe. kiopstocks, Messias, xii.
(7) Jlcorati . cli. xxi , v. 91, des Prophètes.
(8) Tu sei colei ciie l'umaua nalura Nobilitaste si , clie'l tuo faUore \on si sdegno di farsi tua fattura.
Dante, Paradiso , xxiii, 4, scq.
Du hast
Sinen ewigen zohn (ihu schuf keiii Schœpfer) Geboreii. Rlopstocks , Messias , xi , 36.
Tn.WSFORMATlON DE ROME. 501
>' qui ne voit que Dieu ;ui-dessus d'elle (I), et que tous les
» siècles proclauierout heureuse (2); la divine 3Iarie monte
)' sur l'autel de Vénus pandémique. Je vois le Christ entrer dans
" le Pa^fAeo/j , suivi de ses évangélistes, de ses apôtres, de
>• ses docteurs , de ses martyrs , de ses confesseurs, comme
' un roi triomphateur entre, suivi des grands de son empire,
'• dans la capitale de son ennemi vaincu et détruit. A son as-
;> pect , tous ces dienx-hoDunes disparaissent devant IHomme-
> DiEc. Il sanctifie le Panthéon par sa présence, et l'inonde 1' de sa majesté. C'en est fait : toutes les vertus ont pris la ' place de tans les vices. L'erreur aux cent tètes a fui devant 11 l'indivisible Vérité : Dieu règne dans le Panthéon, comme il ;> règne dans le ciel, au milieu de tocs les saints.
<î Quinze siècles avaient passé sur la ville sainte, lorsque le )• génie chrétien , jusqu'à la fin vainqueur du paganisme, osa » porter le Panthéon dans les airs (5), pour nen faire que la » couronne de son temple fameux, le centre de lunité catho-
> lique, le chef-d'œuvre de l'art humain, et la plus belle de- " meure terrestre de celui qui a bien voulu demeurer avec )' nous (4), plein d'amour et de vérité (o). :>
Si ces grandes idées sont représentées par la conversion monumentale de cet édifice, elles ne sont pourtant pas encore figurées comme elles devraient l'être par sa décoration intérieure. Lorsque Boniface IV fit du Panthéon une église, les calamités du temps et l'état de l'art à cette époque ne permettaient pas de lui donner une ornementation digne de lui. Depuis lors, il a traversé une longue suite de revers. Moins de soixante ans après sa dédicace, l'empereur de Bysance, Constantin III, passant douze jours à Rome, enlève les tuiles de bronze doré qui formaient sa toiture. Le Panthéon est pendant sept siècles exposé à l'intempérie des saisons. Le sol de la
(1) Cunclis cœlilibus celsior iina ,
Solo facla minorViifjo Tonante.
Hymne de l'église de Paris. Assomption, (i) Ecceenim ex hoc beatam me dicenl omnes generationes, Luc, i, 48. (ô) Allusion au mot de Michel-Ange: Je le mettrai en l'air, (■'i) Ethabitavit in nobis plénum giatiœ et veritatis. Jean., i, 11. (o) De .Maislre; fin de l'ouvrage ; Du Pape.
302 CHAPITRE xir.
ville, en s'exhaussant, recouvre lescalier par lequel on y montait (1). Durant cet espace de temps, des masures encombrent son portique. Les Papes ont plusieurs fois repoussé cette ignoble invasion d'échoppes , qui est revenue à plusieurs reprises battre les piédestaux de ses colonnes et masquer leurs chapiteaux.
Le mouvement imprimé aux arts dans les xv*" et xvi" siècles semblait promettre au Panthéon une destinée plus tijlorieuse. Il fut, à la vérité, débarrassé de son triste entourage; mais sa décoration intérieure n'eut aucun éclat. Les Papes avaient à bâtir le nouveau Saint-Pierre et d'autres églises. Les artistes de l'époque suivante, occupés ailleurs, eurent bien vite oublié le temple où Raphaël pourtant avait son tond)eau. Cet oubli a été un bonheur. Si, avec le goût paien qui dominait la plupart d'entre eux dans les œuvres mêmes destinées à de* églises originairement chrétiennes, ils eussent été chargés de décorer le chef-d'œuvre de l'architecture pa'ienne, s'ils eussent élé libres de prendre leurs ébats tout à leur aise dans un édifice, dont le nom, la forme circulaire, l'ordonnance eussent transporté leur imagination en plein paganisme , et leur en eût fait, en quelque sorte, respirer l'air, la tête leur eût tourné; ils y eussent rêvé la gloire des Scopas, des Zénodore, des Amulius, statuaires ou peintres du siècle qui a vu naître le Panthéon. L'édifice qui se trouve être, comme église, le monument le plus significatif de la conversion du paganisme au christianisme, fût (le\enu probablement le principal théâtre de l'aberration artistique, qui tendait à faire disparaître l'idéal chrétien de l'art sous un style faussement pa'ien.
Nous n'avons donc j)as à regretter que le Panthéon ait échappé aux tristes chefs-d'œuvre dont il était menacé. Grâce au ciel, il offre une sublime place presque toute vide pour les travaux futurs. Il a niarqué jadis, par sa dédicace, une grande rénovation morale. Il est destiné, nous l'espérons, à glorifier
(1) In qiiod (lemplum) lot gradibus niinc dcscenditur, quoi olim ascendehalur, ulcolumnarum basis in portico ipsius existenti ostendil, siniul et arca e.\ quadralo lapide superioribus annis détecta, ex quo apprehendi polest quantum ruinis creverit urbis soluni. Bailb. iMarliani , Jntiquœ Romœ topograph., p. 132.
TRANSFORMATION Dr: ROME. 50"
lîiio sainte légém'iation do Tart, le jour où l'idéo, dont ce temple est Texpression, y sera exprimée aussi par les monuments qui viendront s'y placer. Il ne suffirait pas pour cela de le peiijjler d'images et de sculptures religieuses, choisies daprès des vues particulières de dévotion, sans liaison directe avec la destination de cette église; elles doiventtoutes se coordonner à l'idée fondamentale de cet édifice. Supposez que les principaux ordres qui composent la cour céleste, les anges, les patriarches, les prophètes, les apôtres, les martyrs, les docteurs , les vierges , y soient représentés sous la présidence de la Reine des cieux, par un personnage de chaque ordre. Placez aussi sous la voûte, ou entreles colonnes de ce temple , les tableaux, les statues, les bustes des saints qui ont porté la lumière de rÉvaiigile dans les diverse régions de la terre. Figurez sous le vestibule où la chute des Titans avait été retracée autrefois, l'archange Michel foudroyant les anges rebelles, qui seraient reproduits sous les traits et avec les attributs des divinités pa'ïennes. Ce système de décoration, ou tout autre conçu dans un point de vue analogue, ne semble-t-il pas être attendu par le vieux Panthéon? Toutes les nations chrétiennes pourraient être invitées à contribuer à la splendeur de ce temple à la fois universel et national. Chacune d'elles pourrait offrir la statue du saint qui l'a évangélisée. 11 seiait beau, ce concours de toutes les parties de l'Église militante apportant leur tributau monument del'Église triomphante. Ce serait un phénomène tout nouveau dans l'histoire de la piété et de l'art; mais ce n'est pas une raison pour ne pas le provoquer, pour ne pas l'espérer. Pourquoi l'esprit d'association, qui se développe sous tant de formes et avec tant d'activité , ne pourrait-il pas produire dans la double sphère de la sainteté et du beau , des onivres inconnues aux âges précédents, comme il en fait naître dans le domaine de l'utilité matérielle? Aucune œuvre d'art ne mériterait mieux d'exciter dans le monde chrétien un intérêt général, que celle qui aurait pour objet de glorifier un temple, qui est lui-mên)e le monument central de la glorification de l'humanité régénérée dans le Christ.