‹ Esquisse de Rome chretienneChapitre 18 sur 96 · ÉGLISE DE SAINT-PIERRE-ÈS-LIO · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINT-PIERRE-ÈS-LIO

fane et a produit plusieurs inscriptions anciennes qui donnent des témoignages nombreux des principales assertions contenues dans ces actes, tout en ayant soin de signaler les quelques interpolations qui se trouvent dans des copies postérieures1. Blanchini en fait une analyse dans son édition des Vies des Papes d'Ànastase le Bibliothécaire 2, et a composé sur le martyre et les reliques de Ste Blandine et de son père Quirinus une dissertation 3 qui ne laisse aucun doute sur la réalité de leur vie et de leur martyre, tels qu'ils sont racontés dans les actes. Il dit à propos des chaînes de S. Pierre : « On comprend aussi comment il se fit s que les chaînes qui avaient lié pour le Christ » le prince des apôtres, et que les actes disent » avoir été données par Baibine à Thcodora, sœur » du préfet, ont été si soigneusement gardées par » les chrétiens que, trois siècles après, lorsqu'on » construisit l'église d'Eudoxie, elle ait reçu une » dénomination nouvelle, d'après ces chaînes k. » E( maintenant que nous avons fixé cette première origine des chaînes que S. Pierre por-

1 Scheel. Antiquitates Ecclesix, diss. n, c. 30, t. i, p. 155,

iG9, in-folio, 1692.

2 Voir cette éditioD d'Anastase dans Pat. la t., t. 127, p. 1153.

3 Francisci Blanchini de reliquiis S. Tialbinœ, dissert., citée dans son édit. d'Anastase, t. 127, p. 115.

4 Dans Anastase, ib.t p. 115^.

tail à Home, il nous resie à connaître comment arriveront à Rome celles qu'il portait à Jérusalem. Ici nous avons une version nouvelle de la guérison de Balbine, laquelle ne contredit pas celle que nous avons donnée, mais qui, selon nous, la complète, et explique clairement un grand nombre de difficultés, qui seraient à peu près inexpliquables dans la suite de cette partie de l'histoire ecclésiastique.

Bède, qui, au 7e siècle, par son immense érudition, nous a conservé tant de monuments de l'histoire ecclésiastique, donne le document suivant sur le miracle opéré en faveur de la jeune tille du tribun romain :

« 11 faut savoir, chers frères, à quelle occasion » on célèbre, le 1er août, la fête de Sl-Pierre-cs- » liens. Voici ce qui est raconté par quelques h auteurs [a quibusdam asseritur) :

» Un chef des Romains, nommé Quirinus, avait h une fille nommée Balbine affligée d'un mal de n gorge [gutturosa), et ce chef gardait le B. pape » Alexandre, enfermé en prison, pour la confesn sion de la foi chrétienne. La jeune fille en- » trait souvent dans la prison où le bienheureux » Alexandre était retenu, et baisait tous les jours h ses chaînes, pour recouvrer la santé. Le bien- >> heureux Alexandre lui dit : «Ma fille, ne baise » pas mes chaînes, mais cherche les chaînes, dont » le bienheureux Pierre fut enchaîné à Jérusalem

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)> par Hérode, baise-les et tu recevras la sa nié. d La jeune Bile raconta à sou père ce qu'elle d venait d'entendre de la bouche du Pape. Le » père, appréciant cela, envoya des gens à Jéru-

» salem, pour rechercher la prison où l'apôtre > avait été enchaîné, el en rapporter les chaînes. d Ce gui fut fait. La jeune fille les baisa, et recouvra aussitôt la santé.

» C'est alors que le bienheureux Alexandre, » sortant de prison, ordonna de célébrer cette » fêle le let août, en l'honneur de saint Pierre, i el lui consacra l'église qui est appelée Avmcola, » où les chaînes de saint Pierre sont baisées par )> le peuple croyant \ »

Que le tribun Quirinus ait pu trouver à Jérusalem les chaînes de Pierre, cela se comprend. Jérusalem était en ce moment captive ; et les Romains seuls y dominaient. Quirinus a pu adresser ses émissaires à celui de ses collègues qui y commandait, et celui-ci a dû lui prêter son ministère. D'ailleurs le pape Alexandre dut les recommander à Juste ou Judas I, évoque de la \ille. Ces deux pouvoirs réunis ont pu facilement retrouver les chaînes que les soldats, gardiens de saint Pierre, avaient conservées et qui sans aucun doute étaient déjà vénérées des fidèles.

Tous ces faits, qui n'ont rien que de probable,

1 Bède, Homilia 96, de vinculis Pétri, dans Pat. lat., t. 01, p. 408.

expliquent la présence de ces chaînes à Rome, et t'ont comprendre eommenl aucun historien n'a rapporté que ce fut Eudocie qui les ait apportées à Consiantinople et puis envoyées à Rome. Nous en donnerons les preuves.

Si les éditeurs de Bède ont mis cet<e homélie parmi les Subdititia, c'est qu'ils croyaient, sans preuves, que c'était Eudocie qui les avait trouvées.

Sur ce discours les Bollandistes pensent que c'est sans aucun texte que Bède a émis cette conjecture, mais ne donnent eux-mêmes aucune preuve de leur assertion. Ils disent seulement qu'il a été plus facile à Bal bine de trouver celles de la prison Mamerline, ou avait été enfermé cet apôtre oO ans auparavant, ce qui n'est nié par personne. Ils assurent pourtant que Bède avait trouvé ces faits dans les livres de son église \

Donnons maintenant quelques détails sur la raison pour laquelle cette fête a été fixée an 1er août.

£. — Fêtes consacrées à Rome à célébrer la divinité des deux Césars.

Les auteurs latins nous apprennent qu'Auguste fut honoré comme Dieu d'abord pendant sa vie, et

1 Bollandistes, fête de S. Pierre et de S. Paul, 29 juin, t. vu, p. 114.

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puis mis authentiquemenl au rang des Dieux par une apothéose solennelle après sa mort1. On lui rlcva des temples, on lui donna un Collège de prêtres, donl sa femme, Livie, fut déclarée Pontife, bien qu'on la soupçonnât de l'avoir empoisonné. Aussi un grand nombre de jours lui étaient consacrés, ainsi qu'à son oncle fait Dieu comme lui, dans le calendrier romain.

Le 5 février on célébrait ie souvenir du jour où le Sénat et le Peuple romain lui avaient donné le nom de Vrrc de la Patrie.

« Saint Père de la pairie. lui dit Ovide, le Peu- » pie et le Sénal t'ont donné ce nom... depuis » longtemps tu étais le père de l'univers. Tu as sur » la terre le même nom que Jupiter dans l'Olympe, » tu es le père des Hommes, et Jupiter le père » des Dieux2. »

Le 6 mars, on célébrait le souvenir du jour où Jules César avait été nommé Grand Pontife.

Le 7, la prise d'Alexandrie par Auguste.

Le 12 juillet, la naissance de Jules César.

ce Un décret du Sénat contraignit tous les ci- » toyens à célébrer son jour natal, des couronnes » de laurier sur la tète, et la joie sur le visage,

1 Voir Tacite, Annales r, 11, ir, 41, et les détails de l'apothéose des empereurs dans Hérodien, 1. iv, n. 2, et dans les Annales de philosophie, t. v, p. 462 (6e série).

2 Ovide, Fastes, u, 127.

» sous peine pour ceux qui négligeraient ce de- » voir, d'être, de par la loi, dévoués à Jupiter et » à César lui-même, et si les coupables étaient se- » nateurs, ou fils de sénateurs, de payer 250 » drachmes environ 200,000 francs/.»

Le 20. une de ses victoires.

Le 1er août. Ce mois devait perpétuer à jamais la vénération d'Auguste. On sait, en effet, que ce mois s'appelait d'abord sextilis. Mais de même qu'on avait censacré le mois quintilu à Jules César en l'appelant Julius, on consacra le moxssea,tilis à Auguste en l'appelant Augustus. Ce mois a perpétué., en effet, sa mémoire, car c'est le nom que nous lui donnons encore.

Le 2, souvenir de la victoire de Jules César en Espagne.

Le 0, souvenir de sa victoire à Hispala.

Le 13,, fête pour sa victoire de Pharsale, instituée à Rome par Auguste.

Le mois de septembre était tout rempli de fêtes destinées à célébrer sa mémoire.

Le 4, en souvenir de la victoire d'Actium sur Antoine, les prêtres des différents Dieux les descendaient de leurs piédestaux ou de leurs niches, les couchaient dans des lits magnifiques dressés dans leurs temples, et les Romains, accompagnes

' Dion, Hist. Rom., 1. xlvii, c. 18.

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de leurs femmes et de leurs enfants, allaient visiter ces reposoirs.

C si à l'occasion de celte même victoire que

((•us les 5 ans étaient célébrés les jeux actiaques,

donnes à tour de rôle par les 4 ordres des Pontifes.

Le o, on répétait les mêmes cérémonies en souvenir de sa victoire sur Lépide en Sicile '.

Le 17, était un jour férié par ordre du Sénat, et

mds jeux an Cirque, en souvenir des honneurs divins que le Sénat avait accordes à Auguste de Sun vivant 2.

Le 1\. c'était le jour de la naissance d'Auguste, a Les chevaliers romains, spontanément et unani- » mement, célébraient l'anniversaire de cette nais- » sauce, pendant deux jours3, en donnant les » grands jeux du Cirque. »

Le 12 octobre, fêtes des Àug us taies établies en 735 pour perpétuer le souvenir du retour d'Auguste à Rome après avoir pacifié les provinces de L'Asie, et où par décret du Sénat avait été élevé l'autel à la Fortunœ reduci*. Le matin était un

1 Voir la traduction des Fastes d'Ovide, par Baveux, qui y a réuni les fragments des divers Calendriers Romains, t. i, p. xlv, et t. iv, p. 382; Rouen, 178S. — Ouvrage très-savant, malheureusement gâté par les systèmes allégoriques de Dupuy et de Court de Gébelin.

J Voir Baveux, t. i, p. xlvi.

3 Suétone, Auguste, c. 57 et Dion, 1. lv.

* Dion, Hist. Rom., 1. liv, c. lu.

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