‹ Esquisse de Rome chretienneChapitre 17 sur 96 · ÉGLISE DE BA1NT-PIERRE-J · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE BA1NT-PIERRE-J

règne, cl dont les successeurs devaient être maîtres de Rome, et commander au monde entier. Si Néron avail connu ce fait, on no sait quelle commotion aurait pu frapper son âme, qui avait eu des élevés; peut-être aurait-il écouté avec quelque attention ce Juif, quand il plaida sa cause devant lui, et aurait-il refusé de le faire crucifier l'année suivante; mais ce miracle de la Providence ne doit pas être perdu pour nous, qui savons que ce prodige est vraiment arrivé, et nous devons facilement en conclure l'origine divine de notre Église.

Cependant cette maison-ville ne dura, on peut dire, que peu de jours. Yespasien (vers 7 1 commença le premiei à la morceller; il dessécha tnd lac et y bâtit, par la main des captifs juifs, le célèbre amphithéâtre nommé tout de suite colossal (Colysée), et peu après son Temple de la pair, où furent déposées les dépouilles du temple de Jérusalem1, que plus tard on croit avoir été transportées à Carcassonne2.

À cette occasion, Yespasien enleva la statue colossale de Néron, la plaça au bout de la Rue sacrée, près de son amphithéâtre. Elle fut alors consacrée au Soleil, et pour cela il tit mettre sur sa tète 7 rayons de bronze longs de 22 pieds.

1 Josèphe. Guerre des Juifs, ]. vu, c. 5, n. 7.

2 Voir Procope, Guerre des Goths 1. 1, c. 1*2 p. 343, in-folio, Paris, — et une dissertation sur cette question dans les Annales de philosopJùe Chrétienne, t. xvni, p. 188(5 e série).

Mais tout ce qui avait été l'ait par Néron ne devait pas subsister, car, peu de temps après, Commode fit couper la tête de cette statue et y fit mettre la sienne. Vain préservatif! Les barbares arrivèrent et le colosse disparut on ne sait quand ni comment. Probablement que les débris en sont couchés sous la terre à la place qu'il occupait.

Après Vespasion vint Titus qui d'abord à côté de l'amphithéâtre fit construire son Arc de triomphe qui existe encore, et montre sur ses bas-reliefs les ustensiles sacrés qui étaient cachés à tous les yeux dans le temple de Jérusalem, et qui alors mis au grand jour furent une preuve vivante, on peut dire, que le voile, qui enveloppait Tancienne Loi, avait été véritablement déchiré, et que la Bonne Nouvelle allait être manifestée au monde.

Mais c'est surtout la partie de la maison Néronienne. située au dessus de l'amphithéâtre, que Titus rasa, quand il eut inauguré le grand amphithéâtre commencé par son père, et remplaça, avec une célérité que les historiens ont notée, par ses célèbres thermes \ Enfin, Domitien, son frère, acheva la destruction, et alors Martial put dire que Home avait été rendue à elle-même:

Reddita Roma sibi est 2.

1 Suétone, Titus, c. 7, et Martial, Spcctacula u, 7, et Dion l.Lxvi, c. 25.

.Martial, Ibid, n, il.

il existe encore quelques rcsies des thermes de

Tilus, entre autres les souterrains qu'on appelle les sept salles ou réservoirs d'eau pour le service «les bains ; on y remarque surlout le long canal qui servait à l'aire écouler l'eau qui devait changer Je grand amphithéâtre en Naumachie pour y livrer des batailles navales. Une chose à noter, c'est qu'on a trouvé incrustée dans la muraille une grande tuile portant un bas-relief avec l'inscription Judœa capta*, que Vespasien et Titus avaient fait mettre sur leurs médailles. Non contents de montrer au monde entier qu'ils avaient dompté le peuple choisi de Dieu, ils voulurent que les entrailles même de la terre en portassent le témoignage. Vains efforts ! Presque en même temps, un chrétien, esclave juif probablement, gravait, comme un défi à la Judœa capta, une Croix sur une des briques qui entraient dans la construction des thermes de Dioclétien, frère de Titus2. Les puissants empereurs ne savaient pas, qu'en ce moment même, depuis 5 ans, régnait au milieu de Rome, un prêtre nommé Clet3 dont les successeurs devaient régner plus que les rois, les consuls et les empereurs, et étendre

1 Voir Ficoroni, le Vcsligia e rarita di Roma ant.ica p. 103, iu-4°, Rome 1744.

2 Voir Ariaghi, Roma Subterranca, t. ir, p. 384.

% Voir Blanchira, Prolegomena ad Anastasium, dans Pal. ht. t. 1-27, p. 470.

4S CHAPITEE XX.

leur pouvoir au delà des bornes de l'empire. Nous disons de Titus ce que nous avons dit de Néron : Qu'aurait -il pensé s'il eût prévu ce nouvel empire, et que devons-nous penser nous-mêmes de cette révolution, qu'une main divine conduisait en ce moment ?

Tous ces palais, ces portiques, ces thermes, ont disparu. LTn petit coin a été préservé de la destruction universelle, c'est celui où se trouvait la maison de Pudens, habitée par Pierre, et qui en ce moment porte le titre d'église Sainte-Pudenticnne.Qt non loin de là l'autre église surnommée de Saint-Pierre-ès-Liens, parce que c'est là qu'ont été placées les chaînes qui ont lié S. Pierre à Jérusalem et à Rome, et que l'on y vénère

encore V

Tout porte à croire que ce fut aussi sur l'emplacement de cette dernière église qu'a habité S. Pierre, car on sait qu'il vint plusieurs fois à Rome, et les actes de S. Martial nous apprennent qu'il avait habité chez JlarcelluSj son disciple 2.

On a en effet une lettre de ce ÎMarcellus

1 Sur ces mêmes ruines ont été bâtis l'église de Saint- François-de-Paul, et le couvent des religieux qui occupent une arcade de ces bains (voir Ficoroni, Vestigia ai Roma antica, p. 101, in-4°, Roma 1744).

2 Voir sur ces actes la belle dissertation de M. l'abbé Arbellot, sur l'Apostolat de S. Martial, in-8°, LecoflVe, 1855.

ÉGLISE DE SAINT-PIERRE-ÈS-LIEKS. -li»

racontant la mort de Sic Pélronille, la fille de S.

Pierre, mort à laquelle il avait assisté1.

Dans une Homélie attribuée à Bède, il est dit :

« Marcellus, un des disciples de S. Pierre, reçut le

corpsde l'apôtre, le lava d'un tel parfum qu'il ne

» pul jamais se corrompre, et le déposa dans son

p tombeau 2. »

Cherchons maintenant ce que l'histoire et les traditions nous enseignent sur ces chaînes.

2. — Première mention des chaînes de saint Pierre à Jérusalem.

Nous lisons dans les Actes des apôtres ;

« En ce temps-là le roi Hérode (Agrippa) fit » mourir par le glaive Jacques, frère de Jean, et • voyant que cela plaisait aux Juifs, il tit aussi pren- » dre Pierre. Celaient les jours des Azymes. Quand » il l'eut pris il le jeta en prison, le confiant à la » garde de quatre bandes de quatre soldats chacune » voulant le faire mourir publiquement après Pà- » ques... Or la nuit même d'avant le jour où » Hérode voulait le faire mourir, Pierre dormait, » entre deux soldats, lié de deux chaînes, et des » gardes devant la porte gardaient la prison 3. »

1 Voir les Actes de S. Xérée et Achillée dans Surius, et les notes de Bivarius surDexter, Pat. la t. t. 31, p. Su. -' Bède, Hom. 94, dans Pat. la t. t. 94, p. 497, 3 Actes, c. xii, 2-6.

On sait comment un ange vint et le délivra. Voila les chaînes de Jérusalem au nombre de deux1.

S. Pierre vint à Rome vers l'an 61, selon toutes les probabilités, lorsque la cohorte italique, que commandait le centurion Corneille, qu'il avait converti, fut appelée à Rome. C'est alors qu'il alla louer chez le sénateur Piulens, dont la maison, au bas du Viminal près de l'Esquilin, était bien placée pour prêcher aux Chevaliers romains et à tous les fidèles.

Car il faui noter qu'à l'arrivée de S. Pierre et de S. Paul à Rome, la prédication de l'Évangile était libre. C'est sous Néron qu'elle fut défendue, et que les églises furent brûlées ou fermées.

Il est probable que Corneille mit S. Pierre en rapport avec ces Chevaliers dont parle Clément d'Alexandrie dans le lexle suivant:

« Marc, disciple de Pierre, à l'occasion des ■ paroles que cet apôtre adressa à Rome à quel- » qiK'S Chevaliers césariens, et des nombreux té- » moignages qu'il donnait sur le Christ, fut prié » par ces Chevaliers, pour se souvenir de ce qui » leur avait été prêché, d'écrire, d'après les dis- » cours de Pierre, l'évangile qu'on appelle selon •> .S'

' Vinctus catenis <iuabu? Actes xn, G).

2 CléaienL Alex, à la un du Corn, sur la lre épitre de S.

ÉGLISE DE SAINT-PIERBE-ES-LiENS. 51

On infère de ce texte que c'était près de leur caserne que Pierre dut demeurer. Or, comme nous savons, par Publius Vider, que la 7e cohorte des vigiles était sur l'Esquflin f, c'est près

de là aussi que Pierre dut demeurer 2, dans la :V région, dans la partie dite des Carrières en l'ace du palais des Césars.

Or c'est là précisément que Ton place la demeure du sénateur Pudens, dont la maison forme en ce moment V église de Sain te-Puden tienne.

Le séjour de Pierre à Rome, ses divers voyages en Orient et en Occident, enfin son dernier séjour et son martyre à Rome ont été souvent prouvés et, on peut dire, mis hors de discussion pour les personnes non prévenues 3.

C'est à l'an 67 que Néron lui fit subir le martyre ainsi qu'a Paul, après les avoir tenus pendant neuf mois dans la prison Mamertine. Que S. Paul y ait été chargé de chaînes, nous l'apprenons de lui-même *, S. Pierre dut être également en-

Picrrc, dans Pat. Grecq., t. ix, p. 749etEusèbe, Hist. Ecc, 1. vi, c 14. dans /M/, t. xx, p. 551.

1 P. Victor, de Regionibus urbis, Regio. V, dans Paiivinius. Repub. Rom. p. -243, Pari-, 1>V.

2 Voir Fiorentinus Nota in mariy. velus, p. 699.

s Voir en particulier une dissertation publiée dans les Annales de philosophie chrétienne, t. xx, p. 405 4e sériej et t. i, p. 4"2 (5e série).

4 Paul, a, Tioi. i, 16.

chaîné, et c'est en effet ce qu'attestent la tradition et lus actes les plus anciens.

Que les fidèles, soit à Jérusalem soit à Rome, aient voulu conserver ces précieuses chaînes, on ue peut en douter, eux qui savaienl que l'ombre même de Pierre guérissait les malades \ Ils durent donc les acheter des gardiens, ou plutôt ce furent les gardiens mêmes, surtout ceux de Rome que Pierre avait convertis, qui les conservèrent précieusement. ?sous en donnerons les textes ciaprès. Mais comment ont-elles été gardées et retrouvées?

Ici on ne saurait demander des documents authentiques, mais les conjectures probables, les traditions et les légendes ne manquent pas.

3. — Première mention des chaînes de saint Pierre à Rome et à Jérusalem.

La plus ancienne mention des chaînes de S. Pierre à Rome se trouve dans les Actes de S, Alexandre, 6e pape, de l'an 109 a l'an 119.

Ce pape, ayant converti le préfet de Rome Hermès et un grand nombre de sénateurs et d'hommes du peuple, était retenu en prison à la garde du tribun Quirinus. Comme Alexandre le pressait de croire au Christ, Quirinus répondit:

1 Actes, c. y. 15.

i ' ' 5E DE SAINT-PIERRE-ES-L7.E Od

« Que le Christ gagne mon àme par vos mains, n mais de celte manière. J'ai une fille adulte omimée Balbine), et que je veux donner à » un époux ; elle est d'une beauté remarquable, » niais des éerouelles [Siruma) entourent son » cou. guérissez-la, et je lui donnerai tous mes ■ li. qf, et je confesserai le Christ avec vous. — i Alexandre lui dit : Amène-la auprès de moi a dans la prison, oie les chaînes [boxas l) de mon d cou, et mets-les sur elle ; qu'elles demeurent ii- elle, et le malin tu la trouveras guérie. »

C'est ce qui fut fait, et Balbine fut guérie. Quirinus, et tous ceux qui étaient en prison crurent au Chii>t, furent baptisés, et, cites devant le juge Aurélien, ils confessèrent le Christ et furent martyrisés. Les actes continuent:

« Mais sa fille Balbine vécut dans une sainte » virginité, et comme elle baisait souvent les » chaines de S. Alexandre par lesquelles elle » avait été guérie, Alexandre lui dit : « Cesse de » baiser ces chaines, mais cherche plutôt les >y chaînes du bienheureux Pierre, et baise ces » chaînes, et cesse de baiser ma chaîne. Balbine, b ayant entendu ces paroles, avec un grand soin » et un grand désir, arriva enfin d ces chairtes, h et elle les confia à Théodora, femme Irès-

1 Boia, sorte de lien de buis ou de fer, carcan collier (Festus).

» illustre sœur de S. Hermès^ le préfet de la ville, d dont elle avait recueilli le corps décollé par > Tordre d'Aurélien et qu'elle avait enseveli non •-> loin de la ville de Rome dans l'ancienne voie » Salaria, le 5 des calendes de septembre *. »

Telle est la première mention des chaînes de S. Pierre à Rome.

Elle est tirée, comme nous l'avons dit, des Actes du martyre du pape S. Alexandre. Mais ces actes sont déclarés suspects. Baronius s'en défie par une singulière raison.ee Ils sont men- » leurs, dit-il, à cause de leur trop grande antin (j m te2, b Mais il n'en donne aucune raison. Noël Alexandre en produit six preuves, tirées de l'histoire contemporaine 3, et pense que ces actes n'ont été écrits que 200 ans après. Pagi ajoute des preuves nouvelles, en se bornant pourtant à dire qu'il ne les croit pas exacts en toutes les assertion* s.

Mais Scheelstrafe a pris leur défense, a prouvé leur accord avec l'histoire ecclésiastique et pro-

1 Les Bollandistes, au 3 mai, fête de S. Alexandre, pape, t. i, 378.

2 Extant acta S. Alexandri papas et sociorum (sed quod in niultis aliis accidit) nimia antiquitate mendosa Bar. ad annuiii 132, t. ir, p. 78, in-fol., Romœ, 1590.

A . '.?., t. ir, p. 182, in-folio; Paris,

;ta in omnibus esse genuioa, quod non existimo (Pagi, Grit. in Daronium, t. i, p. 50, in-folio; Antuerpiœ, 1727).

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