SE DE SAINT-PIERRE-ES-I
h Palestine, il est hou d'en connaître la
cause.
Tel est le récit qu'eu fait la Chronique pas-
chale.
« Un individu donna à Théodose une orange b «Tune beauté extraordinaire, celui-ci l'envoya n à Eudocie, Eudocie la donna à Paulin ami » de l'empereur, Paulin en lit présent de nou- » veau à Théodose. Celui-ci étonné appela Eudob cie et lui dit: Ouest l'orange que je t'ai donnée? » — Je l'ai mangée, répond-elle. L'empereur la » fait jurer de dire la vérité et lui demande de » nouveau si elle Ta mangée ou donnée à un » autre. Et elle jure qu'elle l'a mangée \ »
L'emp2reur lui montre alors l'orange, et lui reproche son impudent mensonge. Eudocie. [erriûée de la colère de l'empereur, demande 11 permission ou plutôt reçoit l'ordre d'aller en Palestine.
Théophane, après avoir raconté la scène de l'orange et quelques autres reproches que lui avait faits Théodose, ajoule:
« Eudocie, voyant ses affaires désespérées, pria » Théodose d'è're envoyée à Jérusalem ; ayant ). reçu pour compagnons de son voyage, le piètre » Sévère et le diacre Jean, elle se rendit à Jérusar> 1cm. L'empereur apprenant qu'ils avaient eu
1 Ghron. pasch. à Tan 444, t. 92. p. 803.
7C CUAP1TKE XX.
» auparavanl de fréquents rapports avec elleàConslantinople, qu'ils étaient avec elle à Jérusalem,
> et qu'ils recevaient d'elle plusieurs présents, or-
donna par lettres de les mettre à mort l. »
Marcellia dit à ce sujet :
ce Sévère le prêtre et Jean le diacre, officiers de » la reine Eudoxie Eudocie) dan& la ville d'Elia
Jérusalem] sont mis à mort par Saturnin » (cornes domesticus) envoyé par l'empereur o Theodose. Eudoxie, emportée par je ne sais » quelle douleur, fait massacrer Saturnin, et aus- ) sitôt, d'après l'ordre de l'empereur son époux, d privée de Ions les ministres royaux, elle de- » meura dans la ville d'Elia jusqu'à sa mort \»
C'est la qu'elle répara ou fonda plusieurs églises ; mais c'est là encore qu'elle troubla l'Eglise, par la protection qu'elle accorda aux Eutychieus, souleva les moines en leur faveur, et persécuta encore les orthodoxes. Sa conduite même ne parait pas avoir été à l'abri de soupçon, d'après ce que viennent de dire Théophane et Marcellin sur la mort du prêtre et du diacre qui lui avaient été donnés pour compagnons ou surveillants de son voyage.
À la fin cependant elle fut convertie par les
' Théophane, Ghronographie à l'an 442 ; Pat. grecque^
- Marcellin, Ghronicon ad annum 444, Pal. lat. t. 51
EGLISE DE SAINT-PIERRE-ES -LIENS. i <
efforts réunis do Sle Mélanie, deS Siméon Stylite, ef, réconciliée par S. Huthymius, elle mourut dans la communion de l'Eglise. Il faut ajouter qu'en mourant elle jura être innocente des rapports qu'on lui avait supposés avec Paulin \
Nous avons vu que, jusqu'en 593, aucun historien ne fait mention de chaînes de S. Pierre apportées à Rome de Jérusalem et de Constantinople, cependant il est bien certain qu'Eudoxie fit reconstruire la Basilique que l'on a appelée Eadoxienne et de Saint- Pierre-cs-Hoi*. Mais ce n'est pas elle qui l'a bâtie d'abord. Monsaerati en donne la généalogie suivante 2:
Fondée: par S. Alexandre (100-110)
Itéparée ou reconstruite:
ParS. Sylvestre (314-335)
Par Innocent 1 (40-2-417)
Par Sixte III (432-440)
Par Eudoxie (439- )
Consacrée : par Pelage I (555-500)
Par Adrien I (772-795)
Telle est la généalogie de cette église d'après
1 Gedrenus, Hist. dans Pat. grecque, t. 121, p. 612, 659.
2 Monsaerati, de Gatenis S. Pétri dissertât io c. iv, n. 5, p. xxx et p. 408, qui cite confusément à ce propos les auteurs suivants : S. Jérôme, — Polydorus Virg., — Bréviaire du 15e siècle, — Andréas Ratisbonensis, — Sigebert, — Balaeus, — Gcnebr, — Gerv.Tilbur., — Martyr. Hagenonense, — Alcuin, — Belethus, — Honoré d'Autun, — Martiuus. Polonnus, — Bre\i. Palat Vat. de 1516.
les divers auteurs. Eudoxie répara ou reconstruisit L'église ; mais rien n'indique que, à cette époque, le pape Sixte III, ni le pape S. Léon qui le remplaça l'année suivante, y aient renfermé les chaînes envoyées par Eudocie. Ce ne serait que plus de cent ans après que Je pape Pelage Ier en aurait fait la dédicace, d'après une inscription, qui ne porte aucune date, et que nous citerons plus loin.
7. — Preuves très-certaines que les chaînes de saint Pierre n'ont pas été portées par Eudocie à Constantinople.
Juslinien, (527-565), alors simple vir clarissimuset qui devint empereur après la mort de Justin Pr [51 8-527), fait demander par les Légats du Pape comme récompense du zèle qu'il avait mis à réconcilier l'Eglise grecque à l'Eglise romaine quelque chose des sanctuaria des B. apôtres Pierre et Paul,, et, si cela est possible, quelque chose des chaînes des SS. apôtres. Il les demande lui-même dans une lettre à Hormisdas '514-523), pour les mettre dans la basilique qu'il a fait bâtir dans sa maison, et le Pape les lui envoie1.
Celte demande est faite parce que dès lors la
1 Hormisdas, Epist. Légat. Justiniani et laGGe d'Hormisdas
Pat. lai. t. G3, p. 474, 475, 477.
É ÏLISE DE BAINT-PIEBBE-E8-LIENS. 7CJ
réputation des chaînes de S. Pierre à Rome est répandue partout.
Le poète Arator, diacre de l'Église romaine, mort en 555, dans son poème des Actes des apôtres. les célèbre ainsi :
c Cette grande peur qui avait saisi les memi bres fut la mesure de la joie. Un gage éter- >• nel nous en reste, brillant comme un astre,
que Pierre a consacré de son corps et l'Ange
desa bouche. C'est parées chaînes, Borne, que » ta foi est assurée, et ton salut perpétué. Enlou-
rée de ces liens tu seras toujours libre. Car » que ne peuvent pas faire ces chaînes, qui furent » touchées par celui qui peut délier toutes choses? d Par cette main invincible et religieuse dans son o triomphe, ces murs ne seront jamais plus )) ébranlés par l'ennemi. Il ferme tout chemin » aux guerres, celui qui ouvre un port dans les d astres l. »
On voit qu'il s'agit bien là des chaînes de Jérusalem et pas seulement de celles de Rome.
Le pape Vigile (537-555) ordonne de réciter ces
i Maximus ille pavor, gelidos qui strinxerat artus,
Lœtitiœ mensura fuit; manet onine per aevum
Pignoris hujus apex, et sideris obtinet instar,
Corpore quod Petrus sacravit, et Angélus ore.
His solidata fides, lii.s est tibi, Roma, catenis
Perpétua salus ; harum circumdata nexu
Libéra seinper eris. Quid enim non vincula prœstent
vers dans l'office divin et Arator les récite lui-même l'an 514, dans l'église de Saint-Pierre-ès-Liens, au milieu de l'afflueace générale1.
En 560, nous trouvons Cassiodore qui dit seulement :
ce L'empereur Théodose, pour les bienfaits que * Dieu lui avait accordés, était très-reconnaisj) sant, exprimant ses vœux au Christ par plusieurs a honneurs, et il envoya à Jérusalem sa femme
Eudoxie (Eudocie). C'est un vœu qu'elle avait » l'ait elle-même, si elle voyait sa tille mariée. b Eudoxie honora non-seulement les églises pla- » cées à Jérusalem, mais encore ceiles qui étaient » dans les diverses villes, non-seulement dans son d ailer, mais encore dans son retour2. »
Quae tetigit qui cuncta potest absoivere vincla? Koc, invictamanu vel religiosa tiiumpho, Maenia non ullo penitus quatientur ab hoste ; Claudit iter bellis, qui portam pandit in astris. Arator, de Actibus apostolorum, 1. i, v. 1066 ; Pat. lat.
Le Baronius, édit. de Luques, cite plusieurs de ces vers
comme tirés des inscriptions de Gruter, sans avertir qu'ils
sont du diacre Arator. Il y ajoute ces deux vers qui ne sont
pas dans Arator :
Theodosius pater, Eudocia cum conjuge, votum Gumque suo supplex Eudoxia nomine solvit.
1 Ibid. Prxfatio p. 55.
- G&ssïod, Hist. Tripartita. 1. xii, c. 15; Pat lat. t. o9, p. 1204
EGLISE DE SÀINT-MERRE-ES-LTENS. 81
On voit comment le sénateur Cassiodore, si sa- \anl et si près des temps où il écrit, se (rompe en donnant à Eudocie le nom de sa fille Eudoxie, et
en ne faisant mention que d'un seul voyage. On voit aussi qu'il ne fait aucune mention des chaînes de S. Pierre. Si Eudocie les avait trouvées à Jérusalem, Cassiodore n'aurait pas manqué de le mentionner.
S. Grégoire (590-604 écrit à l'infortunée Constantine, femme de l'empereur Maurice, qui lui avait demandé de lui envoyer « la tête de S. Paul » ou quelque portion de son corps, pour les placer » dans l'église de cet apôtre qu'elle faisait bâtir n dans son palais. Le Pontife répond qu'il ne peut » ni n'ose faire ce qu'elle demande. »
Et, à cette occasion, il nous apprend ce qu'étaient en réalité ces sortes de reliques :
« Que votre Seigneurie très-placide connaisse
» que ce n'est pas la coutume aux Romains, quand
» ils donnent les reliques des saints, de se per-
» mettre de toucher en rien de leur corps, mais
» seulement ils envoient dans une boîte un voile
» qu'ils placent sur (ad) les corps des saints. Oté
h de là, ce voile est placé avec la vénération vou-
» lue dans l'église que l'on doit dédier, et il s'y
i t'ait des guérisons aussi nombreuses que si leurs
» corps y avaient été spécialement renfermés1. »
S. Grégoire, Epist. 1. iv, Epist. 30; dans Pat. lat. t. 77, p. 701,702.
On voit bien par là que le corps de S. Paul n'était pas à Conslantinople. Quant à ses chaînes, elles n'y étaient pas non plus, car S. Grégoire ajoute :
« Mais parce que le désir si religieux de votre b sérénissime Seigneurie ne doit pas être vain, je » me hâterai de vous envoyer quelque partie des « chaînes que S. Paul, apôtre, a portées sur le cou d et autour des mains, lesquelles produisent plu- » sieurs miracles parmi le peuple, si toutefois je m puis en prendre quelque chose avec la lime1, b
C'est ainsi que se trouvent confirmées les paroles de S. Jean Chryscstome, qui,, parlant des chaînes de S. Paul, s'exprime ainsi :
« Je voudrais être dans les lieux où l'on dit que » ces chaînes existent, les voir et admirer les » hommes (qui les gardent) pour l'amour du
» Christ Si j'étais libre de mes devoirs ecclé-
u siastiques, et si mon corps était sain et valide, je >; ne refuserais pas d'entreprendre ce pèlerinage, : pour voir ces chaînes et la prison où il fut en- •ù chaîné \ »
Quant aux chaînes de S. Pierre^ce n'est jamais à Conslantinople que s'adressent, de l'Orient et de l'Occident, tous ceux qui en désirent des reliques, mais à Piome. Ces reliques étaient envoyées ren-
1 Greg. Epîst. 1. iv, Epist. 30 ; dans Pat. lai t. 77, ! . 70!
1 S. J. Chryscstome. Homélie vin, n. 1 et 2, sur les Ep/iôsiens c. iv, dans Pat. grecque, t. C2, p. 50.