ÉGLISE DE SAINT-PIEBRE-ES-L
Bèdo, mort en 735, répète dans son martyrologe le texte de S. Jérôme. « A Rome, dédi-
» cace (le la première Eglise construite et con- » sacrée par le B. apôtre Pierre, » édition de Cologne. L'édition des Bollandistes ajoute: « la— » (juelle basilique est appelée de Saint- Pierre-ès- » Liens \ »
Dans les Ephémérides en vers qui lui sont attribuées on lit :
t On célèbre à Rome Pierre délivré de sa » prison et de ses chaînes 2. »
En 856, Raban-Maur se contente de cette formule de S. Jérôme et de Bède : « A Rome, » dédicace de la première Eglise construite et )) consacrée par S. Pierre 3. »
Adon, en 870. dit simplement : « Fête à Rome » à Saint- P ierre-ès-licm 4. »
Wandalbert, en 875, dans son Martyrologe en vers, écrit : « Rome célèbre Pierre délivré de sa » prison et de ses chaînes5. »
l'suard, mort vers 877, répète la formule d'Acîon. On sait qu'on en a fait diverses éditions
• Bède, dans Pat. la t. t. 94, p. 903.
1 Carcere Roma Petrum célébrant vinclisqne reductura Ib. t. 90, p. 773).
;;Raban, Martyr, dans Pat. lai. t. 110, p. HGO.
« Adon, dans Pat. lat. t. 123, p. 165 et 313.
' Wandalbert, dans Pat. lat. t. 121, p. Cl)6 ; texte déjà attribué à Bède.
auxquelles on a successivement ajouté plusieurs
notes. Dans celle de Bruxelles (en 1572) on lit:
« Avec les deux chaînes, avec lesquelles Hé-
> rode avait lié Pierre, et celle avec laquelle il avait été enchaîné sous Néron, il fut constitué
> une triade, que le Pape posa dans l'église qu'il » dédia lui-même, le 1er août en l'honneur et » sous le nom de S. Pierre-ès-liens*. »
Il faut noter qu'il s'agit ici non d'une seule chaîne mais de trois chaînes auxquelles il donne le nom de triade.
Tous les autres Martyrologes du 0e siècle : le Stabulense, le Vadinense, le Antissiodorense, le Manticanum, le Brixianum, le Valhimbrosanum, se bornent a mentionner à Rome la fête de S.' Pierre-ès-liens. — Le Floriûcence et le Laurenter.se n'en parlent pas 2.
Nous donnerons un peu plus loin le texte du codex Hagenoyense.
En 911, Notker ajoute une note plus longue
qui dit :
« A Rome station à Saint-Pierre-ès-Liens. Le > premier en Europe cet apôtre construisit et a consacra cette Eglise, dans laquelle, par la suite, ■ les chaînes, dont il avait été lié à Jérusalem et dé-
» livre par la visite de lange, furent déposées parle
Usuard, dans Pat. lot. t. 124, p. 321, 32-^
! 7™ lesf <°teS j0intes au m^yroIoge'd'Us'uard, Pat. lai M24, p. li88jTsqu'à 12
ÉGLISE DE >AiNT-rn:i;Ki>i:s-Lii:Ns. \)l
» soin des fidèles; elles sont visitées et honorées » par la vénération de Funivers quadripartite o ainsi que l'atteste un très-ancien distique (qu'il » ne donne pas \ »
Le Ménologe «1rs Grecs, recueilli par ordre do l'empereur Basile, non pas le Macédonien comme le dit Batonius, mais le Porphyrogénète (976-10*28) s'exprime ainsi :
a Le iftljanvier, adoration de la sainte chaîne » du saint apôtre Pierre avec laquelle il lut lié » par Herodeà cause du Christ et jeté en pri- » son. »
C'est ce que dit le titre du chapitre, où il n'est parlé «pie d'une seule chaîne, mais dans le texte on parle de deux chaînes.
En effet, après avoir raconté sa délivrance d'après les Actes, le Ménologe ajoute :
« Ces chaînes, trouvées par quelques fidèles et » honorées à cause de S. Pierre, furent conser- » vées de main en main jusqu'à nous et, à la o fin, apportées à Constantinople\Mv les religieux h empereurs, elles furent déposées dans le temo pie de S. Pierre auprès de l'église de Sainte- » Sophie, où jusqu'à ce jour elles sont vénérées •> par les chrétiens en honneur de l'apôtre Pierre » avec la plus grande dévotion 2. »
: Xotker, Martyr, clans Pat. lat. t. 131, p. 1129.
2 Ménologe des Grecs dans Pat. grecque t. 117, p. 260, 2CJ ;
92 CHAPITKE XX.
On remarquera que ce n'est qu'au iOe siècle que les Grecs assurent que les chaînes de S. Pierre sont à Constantinople, contre les assertions de tous les empereurs que nous avons données et qui tous demandent des reliques des chaînes de S. Pierre aux papes de Rome, et, de plus, qu'ils ne disent pas un seul mot sur l'envoi qu'en aurait fait Eudocie ; ils confondent, comme le moine que nous avons cite, la parcelle des chaînes obtenue de Piome avec la chaîne entière. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce texte.
Le Bréviaire, ou office grec de ce jour, que l'on attribue au moine Bysas ou Bysantius et l'hymno- ^raphe Joseph de Syracuse, moine de S. Basile en 802. célèbrent cette chaîne, mais ne disent pas un mot d*Eudocie. Voici labçon de ce Bréviaire:
« En ce jour nous faisons l'adoration de la « chaîne de S. Pierre que lui imposa le tétrarque n Ilérode, comme l'apolre Luc le rapporte dans » ses Actes. Quelques-uns des fidèles la trouvant, » après qu'elle fut déliée par l'apparition de i'An- » ge, la conservèrent par tradition. Dans la suite » transportée à Constantinople, elle fut déposée » dans l'oratoire de S. Pierre, qui est dans l'c- » glise majeure, où on célèbre sa fête1, o
voiries remarques (TAllatius sur Métaphraste t. 114, p. 117 et 121.
1 Pat. grecque t. 105, p. L050 et dans les Bollandistes au *29 juin, t. mi, p. 410.
ÉGLISE DE SÀINT-riERRE-ES LIENS.
On le voit encore, aucune mention de l'apporl des chaînes par Eudocie, dans les offices sacr l'Eglise grecque.
9 — Altération de la tradition sur l'origine et la conservation des chaînes de saint Pierre.
1! faut arriver au 12e siècle pour trouver dans un moine du Brabant des détails, tous nouveaux, sur ce qui s'était passé en 439 à Jérusalem, à Constantinople et à Rome sur les chaînes de S. Pierre.
Sigebert, mort en 1112, était un moine de l'abbaye de Gembours près de Liège, fort savant pour son époque, mais connu d'abord par son opposition aux papes Grégoire Vif, Urbain II et Pascal 11 ; il s'était constitué le défenseur de l'empereur Henri IV, et il s'en vante lui-même dans la notice qu'il a laissée de ses écrits :
a C'est sur les conseils d'Henri, archidiacre » et doyen de l'église deLandbert, que j'ai répon- » du par les valides arguments des Pères à la
lettre que le pape Hildebrand a écrite à Her- ■ manu, évêque de Metz, en calomnie de la puis- )> sance royale. J'ai écrit au même Henri une apof logie contre ceux qui calomnient les messes df s => prêtres maries '. »
1 Sigebertus, de Scripioribus ecclesiasticis, c. 171, dans Pat. l.i: t. 160, p. 587.
l-i CHAPITRE XX.
Cette lettre donnerait droit de suspecter un peu les mœurs de Sigebert. Quant à sa critique comme historien,, elle est généralement regardée comme nulle. Nous ne citerons que l'opinion de son dernier éditeur et apologiste Conrad Bethmann :
« En chronologie, dit-il. on no peut nier qu'il o n'ait commis un grand nombre d'erreurs sur » les choses et sur les époques... Il a mis beau- » coup de choses arbitraires, dont il n'a pu con- » naître l'époque par les sources, sur les mira- » clés, les vies des hommes illustres, et choses » semblables... Sur ces choses, sa volonté louable, ;) son autorité presque nulle. Ce qu'il faut dire » surtout du catalogue des Papes... Sur cela Tauto- » rite et l'utilité de Sigebert et de tous ses écrits » est tout-à-fait nulle \ »
Or voici ce que cet auteur du 12e siècle nous révèle tout de nouveau sur l'an 439.
« Eudoxie Auguste, épouse de Théodose, alla » à Jérusalem à la suite d'un vœu, et en apporta, » par L'inspiration de Dieu, les reliques d'Etienne : premier martyr, et les deux chaînes qu'un auge » fit tomber des mains de Pierre, et, y ayant joint a la chaîne dont Pierre avait été aussi enchaîné à
1 Ibid. Prolégomènes p. 24. — La Biogr. Michaud dans un article signé Beuchot, ne dit pas un mot de son peu d autorité historique, ou se borne à le louer pour avoir, en sujet fidèle, résisté aux Papes.
ÉGLISE m: SÀINT-PIERBE-ES-LIENB. 95
n Borne, cela lit une triade^ et, en suite de cela, )) elle établit à Rome, le 1er août, suivant le conseil
)> du pontife romain, la solennité de S. Pierre dit » cs-liens, dans le but surtout de détourner le » peuple d'une fête de superstition païenne, » parce que la ville solennisait ce jour, d'après un » rite païen à cause de la victoire remportée par o Octavien Auguste, sur Antoine et Cléopâtre, et » qui était fixée au 1er août (Hist. miscell.) \ »
Ce récit de Sigebert fourmille d'erreurs :
1° L'épouse de Théodose ne s'appelle pas Eudoxie, mais Eudocie ;
2° Aucun historien ne dit que de Jérusalem elle apporta les chaînes de S. Pierre;
3° Elle n'avait pas la chaîne dont S. Pierre avait été lié à Rome, elle ne put la joindre avec deux autres, n'y former la triade;
4° Elle ne vint jamais à Rome, et y fût-elle venue ce n'est pas elle qui aurait établi au 1er août la fête de S. Pierre-ès-liens.
Celte "histoire est indiquée comme prise de Paul Diacre, qui dit simplement vers la date de 799 :
ce L'Empereur Théoclose envoya Eudoxie, son s) épouse, à Jémcalem, pour offrir à Dieu des » hvmnes d'actions de grâces. Elle fit arand
1 Sigebertus, Chronica ad ann. 438 ; Pat. lai. t. 160, p. 80.
» nombre de présents aux églises, et ayant adoré » la croix sainte et les lieux saints, retourna à la » demeure royale \ e
Paul Diacre confond ainsi la mère avec la fille, suppose qu'il n'y eut qu'un seul voyage, et attribue au premier, qui ne dura qu'à peu près un an, ce qu'Eudocie fit pendant les 11 ans de son second voyage. Tout le reste est inventé par Sigeberl.
Sigebert parle encore des chaînes de S. Pierre à l'an 009 de sa chronique.
a Un certain comte, dit-il, officier de l'empe- 9 reur Otton, fut saisi par le diable à Piome devant » les yeux de tous, de telle manière qu'il se dé- » chirait lui-même avec ses dents. Par l'ordre de » l'empereur il fut conduit au pape Jean Jean III s de 965 à 972), afin qu'on mit autour de son » cou la chaîne de S. Pierre. Des clercs trompeurs » lui appliquèrent deux fois une autre chaîne, » laquelle ne produisit aucun remède, parce qu'il % n'y avait en elle aucune vertu. A la fin la véri- » table chaîne de S. Pierre ayant été apportée et >) mise autour de son cou, le diable écumantet » hurlant se retira. Alors Deoderic 'évêque) de » Metz, ayant saisi cette chaîne, assura qu'on lui » couperait la main plutôt que de s'en dessaisir2.
1 Paul Diacre, Hist. Miscell., dans Pat. lat, t. 95, p. 960 •
2 D'après Widdikindus de Corbeil de l'an SÎQjPat. lat .t.
LISE DE SAINT-I", i'<
» Alors l'empereur, pour le satisfaire, obtinl du s pape Jeau que cet cvêquc aurait un anneau défai ché de la chaîne \ »
Sigeberl ajoute :
u L'année suivante, le même évêque Déoderic, n mililanl en Italie avec Ollcn, rapporta à Metz » un grand nombre de reliques, avec une partie de > /./ chaîne de S. Pierre, ses cheveux, le sang de
• S. Etienne, martyr, et une partie du gril de
* S. Laurent2. »
On voit que de reliques nouvelles et minutieuses sont constatées par le seul récit de Sigeberl !
10 — Sur le miracle de la réunion des chaînes do Jérusalem à celles de Rome.
Nous avons vu que Sigeberl ne dit pas encore un mot du miracle opéré par la réunion miraculeuse n'es chaînes de Jérusalem avec celle de Rome. Il parle seulement d'une triade, c'est-à-dire de trois citai nés.
Peu de temps après Sigeberl, e:i 1102. existait à Paris le nommé Jean Beleth. docteur en théologie et recteur de l'Université, grand adversaire de l'Immaculée Conception3, qui composa un ouvrage
; Sigebertus, Ghronica a«l ann 069; dans Pat. lat. t. 160, p. 191.
*Ibid. p. 10-2.
3 Voir Crevier, Histoire de l'Université, t. m, p. 60. tome m. 6
ayant pour titre : Divinorum officiorum ac eorumdem ratiomim brevis explicatio1, que rlom Gue-
ranger appelle un traité liturgique très-important*. C'est laque l'on trouve encore des détails,
inconnus jusqu'alors, sur les chaînes deS. Pierre.
Voici son récit3:
a Théosebie, épouse de l'empereur Théodose, , passant par Alexandrie en allant à Jérusalem, y » trouva des hommes qui, en ce moment, celév braient une fête en l'honneur d'Auguste César, d pour son triomphe sur Cléopâtre et sur Antoine. » Ce que remarquant, Théosebie vit avec peine
qu'un si grand honneur fût accorde à un païen )) et à un damné. Etant arrivée à Jérusalem, elle » reçut, de la bienveillance de quelqu'un, les p chaînes dont S. Pierre avait été lié par Hérode. 9 Etant retournée à Home, elle consulta le Souve- » rain-Pontife sur ce qu'elle avait vu à Alexandrie, s el lui montra les chaînes qu'on lui avait données à )> Jérusalem. Le Pape ordonna qu'on lui apportât )j les chaînes dont Pierre avait été enchaîné sous n Néron, lesquelles, aussitôt quelles touchèrent les s. autres, furent aussi bien unies et entrelacées que ~ si elles avaient toujours été les mêmes.
d Ayant vu cela, Théosebie ordonna, sur le con-
i On trouve ce traité dans le lîaticnale de Durand, édd. in-ï», Vènetiis (600.
i Dom Gaer.Inst. Litur. t. i. p. 325.
" Bêle tb us, c. 141, p. 367.