‹ Esquisse de Rome chretienneChapitre 50 sur 96 · TOME UI · texte numérisé non relu

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;. j'en choisis un que je prends dans lessfas des Papes. En générai, il y a d attitudes pour les statues des morts, placées sur leurs propres tombeaux : elles sont ou couchées, ou I out. Suivant la pensée de l'art chrétien, la pren' exprime pas seulement le fait de la mort. Elle rappelle que .la mort est un sommeil, que - défunts dorment, comme dit S. Paul. "Scanmoins ce qu'elle représente directement, c'est l'état de prostration et d'impuissance ou se trouve 1 homme sous le coup de la mort. L'autre attitude rime particulièrement la délivrance, le triomphe sur la mort. On sait en effet que, dans la litur- . elle signifie la résurrection. Entre ces deux attitudes, il y en a d'intermédiaires. Dans Jes statues agenouillées, ce n'est plus l'idée de rabattement de l'homme. Mais ce n'est pas encore celle de la délivrance : elles correspondent particulièrement à l'état d'expiation, au purgatoire. Les statues, eroi soulevées, figurentle moment du passage de la mort à la résurrection. Ces dernières attitudes ment comme la transition des statues couchées aux statues debout; mais les idées, que celles-ci i iment, restent ie^ deux idées fondamentales.

is il y a encore une autre altitude, celle de

tues assises. Comme tous les justes, suivant les

oies de l'Ecriture, régneront avec le Christ, le

symbole du siège ou du trône convient, en un sens,

à tous ceux qui se sont endormis dans le Seigneur,

Toutefois il semble devoir èlre particulièrement réservé pour les Pontifes, suivanl ce mol de Jésus- Christ à ses apôtres: « El moi, je vous prépart » royaume, comme mon Père me l'a préparé, » afin que vous mangiez et vous buviez à ma table » dans mon royaume, et que vous soyiez as » sur des Irônes pour juger les douze tribus d'is- » raël l. »

Sur la terre, les Pontifes occupent la (maire pastorale ; après leur mort, cette chaire, donnée à leur statue, ne rappelle pas seulement leur puissance passée, elle figure aussi leur puissance future ; elle est le symbole du (roue éternel que le Christ leur a préparé, s'ils ont accompli les devoirs attachés à leur chaire terrestre.

Les statues des tombeaux des Papes fjui appartenaient à l'ancienne Basilique, et qui se trouvent aujourd'hui dans la basilique souterraine sont couchées sur la pierre sépulcrale. C'était le sys'eme généralement adopté dans le moyen âge : on n'a pas eu la pensée d'y déroger pour les mausolées des Papes. Mais l'autre attitude, avec l'idée qu'elle exprime, devait aussi se produire. L'art chrétien attendait donc un nouveau développement dans la décoration des tombeaux. Ce dévelop-

1 Et egodispono v ibis sicut disposuit mihi Pater meus repjnumut edatis et bibatis super mensam meam in regno meo, et sedeatis super thronos, judicaates duodecim tribus Isj (Luc. xxu, 29).

li 2 CHAPITRE XXIII.

pemenl était en quelque sorte appelé par le caractère même de la nouvelle basilique. Nous verrons bientôt que son système d'architecture a pour but de mettre en relief l'idée de la délivrance, de la joie, du triomphe. Il fallait que la statuaire funèbre s'harmonisa! avec cette pensée. La simple station verticale y correspondait déjà, maison lui a généralement préféré l'attitude assise, à raison de son rapport particulier avec l'attribut terrestre du Pontificat, la Chaire pastorale, et avec le trône céleste dont parle l'Evangile. Toutefois elle n'a pas été adoptée exclusivement dans la nouvelle Basilique. On y a laissé le sépulcre d'Innocent VIII, qui nous offre sa statue couchée. Il y en a d'autres agenouillées ou debout : de sorte que la statuaire lu nèbre de St- Pierre présente, dans des proportions différentes, les quatre faces de la théologie des tombeaux, le sommeil de la mort, l'expiation dernière, la résurrection et le trône éternel.

Après avoir considéré, dans les premières pages de ce 2e volume, l'idée de la Papauté réalisée dans ses attributs et ses emblèmes, nous avons étudié Rome chrétienne sous un autre aspect, comme dépositaire, dans ses monuments même, de la tradition de vérités qui remonte au premier cage du Christianisme. Le Vatican résume aussi ce point de vue. Ses grottes souterraines ont été un Cimetière antique, qui a fourni son contingent ù Larchéologie sacrée. Lue immense collection d'épi-

i^piLocur;. 173

laphesdes premiers siècles tapisse un des eûtes de la plus grande galerie du Vatican. Le Musée chrétien renferme des peintures tirées des Catacombes, et une multitude d'objets qui ont servi au culte primitif. Tous ces monuments forment une partie notable des premières archives de la foi. Mais ces archives ont eu leur continuation, sous d'autres formes, dans un établissement qui avait commencé à la même époque, et qui a grandi avec le temps : cette continuation, c'est la Bibliothèque Pontificale.

Dans sa notice sur cette bibliothèque, Assemani en fait remonter l'origine à l'époque où S.Pierre, arrivé à Rome, y déposa un exemplaire de l'Evangile. 11 peut sembler d'abord qu'une pareille assertion n'est qu'une hyperbole historique. On dira peut-être qu'on pourrait, avec autant de raison, faire dater les grandes bibliothèques des nations modernes de l'époque où un manuscrit, renfermant queques-unes de leurs lois, a été recueilli dans la demeure de leurs souverains. Cette comparaison ne serait pas juste. Premièrement, les sociétés politiques, en général, n'ont pas été fondées avec un livre, mais avec le glaive. En second lieu, on ne voit pas, dans le premier âge de chaque nation, les monarques occupés à réunir des manuscrits. Tel a été au contraire le soin des premiers Papes. L'histoire nous apprend que S. Clément, disciple de S. Pierre et son second

successeur, divisa Rome en sept régions ecclésiastiques et qu'il institua, dans chacune d'elles, un Notaire chargé de rédiger les Actes des martyrs. Après les Livres saints, tel fut le premier fonds de la bibliothèque Pontificale. Les premiers Papes y ajoutèrent successivement les Lettres qu'ils adressaient aux églises, celles qu'ils en recevaient, les Actes des conciles, et aussi les actes toujours croissants des martyrs, et les écrits des Pères. Au 5e siècle, cette Bibliothèque était déjà si considérable que le Pape tit construire pour elle, dans le palais de Latran, un édifice particulier, qu'on croit avoir été situé près de l'endroit où nous voyons maintenant l'obélisque* Elle est restée dans ce palais, tant qu'il a été la résidence habituelle des Papes. Transportée au Vatican, elle y reçut des accroissements considérables, notamment sous Nicolas. Il envoyait des savants par toute l'Europe pour recueillir des manuscrits. On lui doit la conservation d'un bon nombre de livres grecs, qui auraient péri sous la barbarie musulmane. Sixte IV fut animé du même zèle. Toutefois le local dans lequel était située la bibliothèque Pontificale laissait beaucoup à désirer. Sixte A' lui donna une demeure digne d'elle. L'inscription qu'il a placée dans la nouvelle grande salle, et dans laquelle il a résumé l'histoire de cette bibliothèque, donne une idée de ee qu'il a fait pour sa restauration.

En voici la traduction:

ÉPILi GUE. 175

Sixte V, Souverain Pontife.

«La Bibliothèque Valicane, commencée, d< v. commencemenls de l'Eglise naissante, par les d très-saints premiers Pontifes, qui ont enten !:i ia » voix du bienheureux Pierre établie à Latran, » quand la paix fut rendue à l'Eglise, transportée ï> ensuite par les pontifes suivants au Vatican, afin )> qu'elle fût plus à portée des usages pontificaux, • augmentée en ce lieu par Nicolas V, et notabli - )» ment ornée par Sixte IV, fut établie afin que les )> documents de notre foi et des anciens rites de la - discipline ecclésiastique composés dans lotîtes les j> langues et que l'abondance multiple des autres » livres sacrés, fussent conservés pour que la vérité » pure et incorruptible de la foi et de la doctrine )> arrivât jusqu'à nous par une succession perpé- )> tuelle. Or. comme cette Bibliothèque, célèbre b dans tout l'univers, était placée dans un lieu » étroit, obscur et insalubre. Sixte V la pourvut & d'une cour spacieuse, d'un vestibule, de cham- : bres tout autour et au-dessous, d'escaliers et » de portiques, en refaisant l'édifice jusque dans » ses fondements, et après l'avoir orné de sièges, » de rayons, disposé les livres, il la plaça dans cet d édifice élevé, éclairé, salubre et beaucoup plus » commode, puis il la décora de belles peintures et » la dédia aux doctrines libérales et à l'utilité nui> blique des études.

t> L'an 1 08S, et la 4e de son por.lificat1.» Nous devons y joindre encore l'inscription sui- \ antc placée à la gauche de la porte, el qui prouve le grand soin que le Pape a pris pour la conservation des livres de la célèbre Bibliothèque.

« Sixte V, Souverain Pontife.

•• Par ce perpétuel décret pour la conservation » des livres de la Bibliothèque Yaticane, il est ordonné que les régies ci-dessous transcrites soient o définies et inviolablement observées.

» Que personne n'ait la faculté d'enlever, d'éx- » traire, ou de porter ailleurs, les livres, manus- » crits, volumes de cette bibliothèque Vaticane,, ni 9 le bibliothécaire, ni les gardiens, ni les scribes, » ou quelques autres personnes que ce soit, de » quelque ordre ou dignité, si ce n'est avec » une permission écrite de la main du Souverainb Pontife romain.

» Si quelqu'un contrevenait à cette règle, et ved uait à enlever, extraire, voler, ravir, déchirer, b corrompre méchamment les livres ou partie de > ces livres, qu'immédiatement il soit rejeté de b la communion des fidèles, maudit et frappé «lu :» lien d'anathème, et qu'il ne puisse être absous d par personne, si ce n'est par le Pontife romain 2.^

' Voir le texte latin de l'inscription dans V Appendice, :.j XVI, à la fin du volume.

2 Voir le texte dans l'Appendice XVII.

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