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Sur un portrait miraculeux de la Sainte Vierge

Avant d'entrer dans quelques détails à ce sujet, nous devons faire mention d'un portrait de Marie aussi ancien que ceux que l'on attribue à S. Luc, et qui n'aurait point été exécuté par lui, mais bien par la puissance divine, imago non manu fada, et qui s'est trouvé, dit-on, peint d'une manière miraculeuse et indélébile sur une colonne de l'Église que les saints apôtres Pierre et Jean ont bâtie à

1 Lucas autem Antiochiœ, quaa in Cœlesyria est, ortus, arte quidein medicus, sed et pingenni peritissimus, Tbebis,

quae urbs septem habuit portas, ad Paulum veuit;

Fertur is quoque primus, Ghristi et quae eum ita ut Deum decebat genuit, matris, atque principum apostolorum effigiem pingendi arte adumbrasse : unde in omnem deinde hnbitabilem orbem tam venerandum et pretiosum opus es: illatum (Xiceph. Call., Hist. Eccl , 1. u, c. 43. Pat. grec, t. 145, p. 875).

Lidda ou Diospolis, en l'honneur de la S,e Vierge.

Nous ne dissimulons point que cette relation qui

provient des Grecs, et qui est marquée au coin de cette imagination orientale si vive et si amie du merveilleux, n'inspirera pas maintenant toute la contiance que son auteur a sans doute trouvée chez ses contemporains: mais nous nous reprocherions de l'omettre dans un opuscule desiiné à faire connaître tout ce qui regarde les portraits delà sainte Vierge. Voici noire autorité.

Dans le vme volume de Lambecius, renfermant la Xotice des manuscrits grecs de la Bibliothèque impériale de Vienne, on trouve (col. 682) la notice du 31e manuscrit, contenant ditférents traités dont le 13e, [col. 691), composé de 15 feuilles à deux colonnes, est ainsi annoncé et analysé par Lambecius :

« Commentaire historique d'un auteur anoo nyme sur un porlrait de la l>. Vierge, mère de * Dieu, que S. Germain, patriarche de Constanti- » nople1, lors de son saint voyage a Jérusalem, fit i peindre, d'après le tableau original, rendu avec ); les plus vives couleurs sans qu'aucun peintre y h eut mis la moin2, sur une colonne de l'église

' Saint Germain passade 1 evêchédeCyzique au patriarchat de Cjnstantinople l'an 714. Ayant soutenu le culte des î. il abdiqua vers 730, et en outre fut déposé par l'impie Léon Tlsaurique. Il mourut en 7 i .

s II faudrait donc que ce portrait eût été imprimé miracu-

bâtie par 1rs SS. apôtres Pierre el Jean, à .. Lydda ou Diospolis, en l'honneur de la Sainte >» Vierge qui vivait encore \ Ledit S. Germain, » peu avant sa mort, ayant porté ce portrait (la

leusement sur celte colonne, car l'expression non manufacla signifie bien a Deo picta. On prétend, et ce sont toujours les Grecs, que Julien l'Apostat fit tout son possible pour effacer cette image et la détruire, mais qu'il ne put en venir à bout. Toutes ces relations miraculeuses ne seraient-elles pas la suite de la terrible guerre qui eut lieu entre les partisans des images et les Iconomaques?

te érection d'une église en l'honneur de la Vierge et de son vivant par les Apôtres saint Pierre et saint Jean, nous paraît un fait plus qu'apocryphe. Les Apôtres pouvaient bien fonder des églises, c'est à-dire établir et constituer des réunions de Chrétiens; mais bâtir un temple en l'honneur de la "Vierge encore vivante, cela eût trop ressemblé à ce que les Païens faisaient pour leurs empereurs et impératrices. On peut donc ne pas croire à cette érection d'un temple matériel de la part des Apôtres. Il en est sans doute de même d'une autre église qu'une ancienne tradition dit avoir été bâtie tout près de Lydda par Enée, ce paralytique guéri par saint Pierre (Act. Âpost. ix). On rapporte qu'une contestation s'étant élevée entre les Chrétiens , les Juifs et Ethniques qui voulaient s'emparer de ce saint lieu, tout à coup l'image de la Vierge y apparut et donna gain de cause aux Chrétiens. Quelle confiance méritent de pareils récits!

Nous pensons qu'il n'y a guère eu d'autres églises fondées en Asie du temps des Apôtres, que les sept primitives dont parle saint Jean dans son Apocalypse i, n, et qui sont celles , d'Ephèse, de Smyrne, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie, et de Laodicée ; et encore ajouterons-nous que ces églises étaient sans doute plutôt des réunions de Chrétiens, sous des pasteurs qui leur étaient particuliers, que des édifices pour les contenir.

5) copie) en pleine mer pour le mettre à l'abri » de la persécution des Iconomaques vers la fin » du règne de Léon l'Isaurique l, il arriva que » cette image se confia d'elle-même aux flots par » un miracle étonnant, et se rendit en nageant » de Constantinople à Rome, auprès du pape » Grégoire 111 \ Puis, après cent ans révolus3, a lorsque la persécution des Iconomaques cessa » sous l'impératrice Théodora, veuve de l'empe- ■ reur Théophile, cette même image revint toujours miraculeusement sur les flots, de Rome à d Constantinople. C'est pourquoi l'on célèbre

1 Léon l'Isaurique parvint à l'empire le 25 mars 717. 11 fut très-cruel. N'ayant pu faire partager sa fureur contre les images, aux gens de lettres chargés du soin de la bibliothèque publique à Constantinople, il les lit enfermer dans cette bibliothèque entourée de bois sec et de matières combustibles, et y ht mettre le feu. Des médailles, des tableaux saus nombre, et plus de 30,000 volumes, périrent dans cet \ncendie. Le barbare fut excommunié par Grégoire II et

■ • ire III. Il équipa une flotte pour se venger du Pape. Mais elle fit naufrage dans la mer Adriatique, et il mourut peu de temps après, le '.S juin 741.

: Grégoire III fut élu le 16 février 731; il est mort le 28 novembre 741.

3 C'est-à-dire depuis l'an 74 0 jusqu'à l'an 842 ; l'empereur Théophile mourut le 20 ou le 30 janvier de cette dernière année. L'empereurMichel, surnommé Méthyste ou le Buveur, succéda à son père, sous la tutèle de Théodora sa mère, qui, avec Méthodus, patriarche de Constantinople, remplaçant le patriarche Jean hérétique, rétablit le culte des images qui dès lors a toujours subsisté.

d très-solennellement, le 8 septembre de chaque

9 année, le retour de celte imago surnommée la » Roméia ou la Romaine, et qui est placée dans » la superbe église de Marie, dite la Chalcopra- .> Sienne f. »

Ou voit. (|ue l'original de cette image, qui lient tant du merveilleux, n'a point été fait par S. Luc, et que la copie exécutée par ordre de S. Germain, et dont les voyages maritimes ne sont pas moins merveilleux, date d'à peu près 720. Il est présumable que parla suite des temps elle aura été transportée de nouveau de Constantinople à Rome.

1 Anonymi alicujusincertiauctoris Commentarius historiens oe imagine beatissimae Virginis Deiparae, quam S. Germanus patriarcha constantinopolitanus in sacro suo itinere bierosolymitano ex ejusdem Sanctissimeo Virginis archetypa imagine non manuiacîa, columnœ templi, a sanctis apostolis Petro et Joanne Lyddae sise Diospoli in Palœstina in honorem ipsius adhuc superstitis extructi, vivis coloribus divinitus impressa, curavit in tabula quadam depingi ; qua?que circa tinem imperii Leonis Isaurici, cum a supra laudato S. Germano, jam morti vicino, ob persecutionem iconomacbicam alto mari imposita esset, miraculo prorsus stupendo Gonstantinopoli Romam transnatans, pervenit ad papam Gregorium terlium; et similiter post integros centum annos, cum supra memorata persecutio cessasset, sub impératrice Tbeodora, imp. Tbeopbili vidua, eodem miraculoso transnatationis modo ultro ac sponte sua remigravit Roma Gonstantinopolim ; ideoque ibi, in celeberrimo Cbalcopratiano collocata, et Romc'ia sive Romana cognominata, summam venerationem et solemnem mémorise reditus sui celebrationem quotanois aie ojtavo septembris promeruit (Lambecius). »

Sur le portrait de la Vierge de Notre-Dajie d'Edesse.

On a beaucoup parlé du fameux portrait de la sainte Vierge, connu sous le nom de Notre-Dame (fEdesse, si renomme dans l'antiquité ecclésiastique, et ainsi nommé parce qu'il était d'abord dans l'église de cette ville en Mésopotamie. 11 n'a point été fait par S. Luc. Quoiqu'on lui donne une origine miraculeuse, n'étant pas peint, assure-t-on. de main d'homme, il ne doit pas être confondu avec le précédent. Si cela est, ce poi trait de Marie sei ait le plus ancien de tous. Quoi qu'il en soit, celte Notre-Dame a' Edesse est ce portrait que Codin soutient avoir élé transporté à Constantinople par ordre de Comtantin.-le-Grand. pour être déposé dans une église qu'il avait bâtie. Mais on croit bien que ce Codin, historien du 15e siècle, aura confondu, dans son récit hasardé, Constantin le Grand du ie siècle, avec Constantin Porphyrogenète du 10e. Au reste, on a vu plusieurs autr< s portraits, ayant des prétentions à une origine aussi ancienne: l'un dan- une église près de Cyzique, l'autre à Thessalonique, et d'autres encore ailleurs. 11 y a même des écrivains qui soutiennent que le véritable a été transporté, non pas à Constant i nople, mais directement d'Edesse a Rome, où il est encore aujourd'hui et ou on l'honore le 2 juin,

4PPENDICB IV. 227

anniversaire de sa translation. On yoit combien

toutes <• s narrations doivent inspirer peu de confiance, surtout si l'on y ajoute un prétendu colloque entre S. Alexis et cette image que l'on fait parler.

5. — Sur les portraits de la Sainte Vierge peints par Saint Luc.

Revenons aux portraits de la sainte Vierge faits par S. Luc1. L'auteur anonyme du Commentaire historique que nous venons de citer n'a pas manqué d'en parler. Il est aussi prolixe que crédule.

; Il est très-présumable que S. Luc a connu particulièrement la Sainte Vierge. Voici ce qu'en dit l'auteur de la Préface sur l'Evangile de S. Luc, dans la Bible de Vence, édit. de 1822 :

« Les particularités de la vie de la Sainte Vierge et de » l'enfance de Jésus-Christ, que S. Luc nous a conservées; ■ le cantique de Marie, et les réponses qu'elle fit à l'Ange ; » le détail de son voyage vers Elisabeth et Zacharie, et ce » que TEvangéliste remarque qu'à mesure qu'il arrivait » quelque chose de nouveau au Sauveur, elle conservait tout » cela dans son cœur; toutes ces choses ont fait croire que •» S. Luc avait connu particulièrement la Sainte Vierge et » appris de sa bouche plusieurs circonstances de sa vie et de » celle de Jésus-Christ. Il rapporte beaucoup de faits déjà » mentionnés dans S. Matthieu et dans S. Marc; mais il en « ajoute aussi beaucoup d'autres dont ces évangélistes n'a- » vaient point parlé. Si l'on excepte dans son Evangile le » seul verset 18 du chapitre xvi, tout ce qui se trouve :en- » fermé depuis le verset 51 du chapitre ix jusqu'au verset 14 » du chap. xvm, n'est rapporté que par lui. »

Disons de plus que S. Luc a beaucoup \écu avec les

Il commence par raconter qu'après l'ascension du Sauveur, la Vierge Marie se retira chez les apôlres S. Pierre et S. Jean, chez l'un, comme étant la base, le fondement de l'Eglise de son Fils Jésus- Christ, tanquam fundamentum Fi/iî sui Christi Ecclesiœ ; et chez L'autre, comme étant son iils selon la grâce, et celui auquel Jésus-Christ sur la croix l'avait particulièrement recommandée, tanquam filium tsuum secundum graliam et eut specialiteraChristo moribundo commendata esset. Ensuite il annonce que, peu de temps après, S. Luc, l'Evangéliste, fit le portrait de la B. Vierge mère de Dieu, et que le lui ayant montré après l'avoir fini, elle lui dit : Ma grâce est attachée à ce portrait, gratia mea cum ipsâ (imagine). Nous allons voir qu'il est question de ce même tableau dans plusieurs ouvrages.

L'auteur d'une Epître synodale1 , adressée, en

Apôtres, particulièrement avec S. Paul ; que la Sainte Vierge, aussitôt après la passion de son Fils, s*est retirée chez les Apôtres, soit à Jérusalem, soit à Ephèse ; et qu'elle y est restée jusqu'à sa mort; rien ne répugne donc à croire que S. Luc a été admis dans cette sainte société, et qu'il a s ju vent eu le bonheur de voir la Mère du Sauveur et de converser avec elle.

1 Le P. Fr. Combeûs, dominicain, a donné cette épître tout entière, en grec, dans son Originum rerumque Constantinopolitanarum manipulus. Parisiis, 1664, in-4°; il va ajouté une traduction latine de sa façon, que Lambecius traite fort ma!, cum versione sua, dit-il, more solito passim inepla et

APPBNI ICE IV. 229

faveur du culte des images à l'empereur Théophile, par les trois patriarches (Job, celui d'Alexandrie, Christophe, celui d'Antioche ' et Basile, celui de Jérusalem) s'exprime ainsi :

« Le saint apùtre et évangéliste Luc a fait avec » la matière mélangée dont se servent les peintres » (la cire fondue avec les couleurs) le divin et » vénérable portrait de la très-chaste Marie, mère » de Dieu, pendant qu'elle était encore à Jérusa- ■ lem, demeurant dans la sainte Sion. Et il a fait » ce polirait, afin que la postérité y pût contem- <> pler les traits de Marie, comme dans un miroir. d Et lorsque S. Luc eut montré son travail à la » sainte Vierge elle-même, elle Jui dit : Ma grâce » sera toujours avec cette image2. »

S. Jean Damascène, édition de Lequien, dit:

vitiosa, edidit. Constantin Porphyrogénète a fait mention de cette épître dans son Oratio historien de imagine Christî Edessena, non manufacta. (Voir Pat. G>\, t. 113, p. 44? .

1 II est question de cette Epilrc synodale, et de ces trois patriarches dans le Commentarius historiens cité plus haut; mais l'auteur anonyme fait Christophe, patriarche d'Alexandrie, et Job, patriarche d'Antioche. Quoi qu'il en soit, saint Germain, comme nous l'avons vu précédemment, était patriarche de Constantinople. Ainsi, Alexandrie, Antioche, Jérusalem et Constantinople formaient les quatre grands patriarcats de l'Orient; il y avait encore celui d'Aquilée.

2 Etenim divinus Apostolus ac Evangelista Lucas divinam et venerandam castissimae Dei genitricis Marias, adhuc in carne Hierosolymis viventis, atque in sancta Sione commorantis, imaginem pictoriis (colorum et cera?; mixturis in tabula

« Le saint évangéliste et apôtre Luc n'a-t-il » pas fait le précieux portrait de la très-pure et >• toujours vierge Marie, et ne l'a-t-il pas envoyé » à Théophile \ »

Nicéphore Calliste nous apprend que l'impératrice Pulchérie fit construire à Constantinople trois églises en l'honneur de la sainle Vierge, dont Tune est in Chalcopratiis, sacri loculi nomen habens ; elle y déposa comme un trésor la ceinture de la sainte Vierge, m hoc veluti thesaurttrn Dei genitricis deposuit zonam. La seconde église, située in via ducum, est célèbre parle portrait delà sainte Vierge, que cette impératrice y plaça. Ce portrait est celui qui lui fut envoyé d'Antioche. S. Luc l'avait peint lui-môme du vivant de Marie et en sa présence ; la sainte Vierge y attacha des grâces2.

La troisième église (celle de Blaquernes), beaucoup plus riche et plus 1 j elle que les deux autres,

formaviij.velut in speculo eam relinquens coiituendam postons. Cumque hanc ipsi ostendisset, ipsa ei dixit : Gratia mea cum iila erit.

1 S. Jean Damasc. Contra Constantinum Cabalinum, en faveur des saintes images, n. G, dans Pat. Gr., t. 95, p. 322.

2 Secundum templum Vite ducum est ubiAntiochia missiun Verbimatris imaginera dedicavit, quamdivusapostolus Lucas suis ip=e manibus depinxit, illa adhuc vivente, et tabulant

vidente gratiamque adeo il î i forma* sua3 i m mit tente. Ha3C imago primum in loco, qui Tribunal dicitur, fuit, ubi ea quae nunc quoque tiunt, miracula peracta sunt. (Hist. EccL, i. xv, c. 14, dans Pat. Gr., t. 147, p. 13).

APPENDICE iv. 231

n'ayant aucun rapport à notre objet, nous n'en dirons rien, sinon que c'était celle où l'impératrice fil déposer la robe fie la sainte Vierge1.

Siméon Métaphrasfe, clans son Commentaire sur la vie de S. Lue. dit : «Ce qu'il y a de plus ■■■■ précieux parmi tout le reste, c'est que S. Luc,

- ayant peint, ave delà cire et des couleurs, le » Ivpe même rie l'humanité qu'avait prise le Christ » et le portrait de CeDe qui l'avait enfanté et lui m avait donne son humanité, les a conservés pour » qu'ils fussent honorés dans leurs portraits jusqu'à u ces jours; comme pensant n'avoir pas assez fait

- s'il ne conversait pas par images et portraits » avec ceux qu'il aimait, ce qui est la preuve d'un a très-grand amour2. »

• Baillet, dans sa Vie des Saints, au 15 août, c. 213, loc. cit., parleaussi de ces trois - - 3 si «le l'image en question. «Cette » religieuse princesse (Pulchérie). dit-il, bien avertie sans » doute que jusqu'alors ce n'était point la coutume de bâtir » des églises sous le nom des Saints, à moins que ce ne fût

■ sur leur tombeau, ou que Ton n'y fit mettre leur corps en- » suite, avait espéré d'abord pouvoir enriebir ces trois belles

■ églises des reliques de la Sainte Vierge. N'ayant pu réussir » (puisque le corps de Marie était au ciel), elle tâcha d'y » suppléer, dit-on, en y faisant venir ses habits ou d'autres >» choses qui avaient eu rapport à son corps. L'église de

■ Blaquernes eut donc sa robe; celle de Ghalcopratée eut sa » ceinture; mais on donna à celle d'Hodégétrie ou des » Hodegues, c'est-à-dire des guides), son image que l'on .. prétendait être la première qui eut été tirée, et qu'on » disait même être de la main de saint Luc. »

8 Hoc autem inter caetera, gratissimum est quod (idem

Oa voit que ce n'est pas sans motifs que Ton a donne le surnom rie Métaphraste à ce Siméon, car combien de mots pour nous dire que S. Luc a fait les portraits de Jésus-Christ et de la S'e Vierge. Si du moins il s'était contenté de paraphraser les récits dans son recueil des Vies des Saints, mais il les a remplis de fables ridicules et de détails merveilleux qui en font plutôt un roman qu'une histoire. Il est vrai que l'auteur est né au 10e siècle, époque où la saine critique n'existait pas, et ne pouvait mettre un frein m à la crédulité, ni à l'enthousiasme, deux excès assez communs chez les Grecs.

Le Ménolorje de l'empereur Basile, compilé en 980, parle de S. Luc au 10 octobre, et l'appelle professione médiats et pictor ; mais XeSynaœarium grœcum in Menœis, qui n'est pas toujours d'accord avec ce Ménologe de Basile, sur les particularités relatives à S. Luc, s'étend d'avantage sur la profession de cet apôtre qu'il dit, arte medieus, et pictoriam scienîiam apprime callensj puis plus loin il ajoute:

« On rapporte que S. Luc est le premier qui

S. Lucasj ipsum cuoque typum assumpUe humanitttis Christi mei, ac signum ejus, quœ illum pepererat, et assumptam humanitatem dederat, primus cera ac euloribus pingens, ut ad h#c usque tempora in imagine honorarentur, tradidit ; tanquam non satis exislimans, nisi etiam (quod ferventis amoris indicium est] per imaginem ac typum versaretur cum iis quos diligit. (Voir Métaphra>te, Vie de & Luc, c. m, au 18 octobre; dans Pat. gr. t. 115,, p. 1135).

» ait peint à la cire la très -sainte Mère de Dieu,

:. portant sur son bras l'enfant Jésus; et qu'en-

» suite il tic deux aulres tableaux semblables ;

» et lorsqu'il les eut présentés à la sainte Vierge,

)) pour voir si ce travail lui plaisait, elle lui dit :

» Que la grâce de mon Fils, par men inter-

» cession, accompagne ces tableaux, il peignit

» également les apôtres et les principaux d'en-

» tre eux (sans doute S. Pierre et S. Paul).

» C'est de là que s'est répandu sur toute la

» terre cet excellent, pieux et précieux tra-

» vail1. »

L'auteur qui nous fournit ces extraits (Assemani),

dit après ces citations :

« Ces détails paraissent avoir été pris partie » dans Théodore le Lecteur, partie dans Nice- » phore, comme je le dirai plus au long quand je » parlerai des portraits de la Mère de Dieu. En » attendant, il faut noter l'autorité du Ménoloçc » de Basile, où S. Luc est appelé médecin et

1 Aiunt autem, ipsum primum imaginem sanctœ Dci genitricis in ulnis ferentem Dominum nostrum Jesum- Christum, pictoria arte do cera depinxisse, et alias item duas. Quumque eas Apostolus Matri Domini obtulisset, num gratum hoc ei esset, ipsam dixisse : Gratia ejus qui ex me genitus est, per me sit cum illis. Similiter et sanctorurn Apostolorum principumque eorum sane.tas imagines. EximJo vern in univ«»*suin terrarum nrbem fuisse invectum bon uni, pium, ac pretiosum istud opus.

b peintre. Il est certain que c'était l'opinion reçue a communément dans l'année 080, où ce Ménop loge a été compilé '. »

Théophane Cerameus ou le Potier, archevêque de Tauromine en Sicile (au 12e siècle), fait aussi mention en ces termes du portrait de la Vierge peint par S. Luc :

« Bien plus, dit-il, S. Luc, cet élégant évangé- » liste, a fait, en cire et en couleurs, le portrait de

la Mère de Dieu, portant Notre-Seigneur dans » ses bras sacrés; et l'on conserve encore auh jourd'hui cette image à Constantinople 2. »

Le P. Jacq. Gretzer, jésuite, n'a pas l'ait preuve d'érudition, quand il a cru, d'après les passages du Ménologe et de Théophane, rapportés ci-dessus, que S. Luc avait fait avec de la cire des portraits de la Vierge en relief; et il ajoute : « Jamais d on n'a dit que S. Luc ait été sculpteur, on lui a

1 Haec videntur parcim ex Théodore lectore, partim ex Nicephoro desumta, quemadmodum fusius sermo erit, ubi . is Doiparae ima rinibus. Intérim notanda est Basiliani MenoLogii aucforitas. in quo sanctus Lucas et medicus et pictor dicitur : id enim circa ann. 080, quo MenoloL'ium ipsum est depictum, communiter ab omnibus pro certo habitum fuisse, constat.

8 Quin etiam Lucas, i . • is ille evangelista, Deiparrc imaginem cera et coloribus depinxit, sacris ulnis Dominum ^estantis, quae usque ad hodiernum diem ConstantiDopoii auservatur Tnéophane, 20e Itomélie: dans Put. yr. t. iàJ..

APPENDICE IV. L'oD

• toujours donné la qualité de peintre1. » Cela est très-vrai ; el les expressions employées dans le Ménologe, et par Théophane, sur lesquelles le P. Grelzer fonde ?on observation, ne peuvent donnera entendre que S. Luc a travaillé en relief : Imaginem pictoriâ arte ex cerâ formasse, etimaqinem cerâ et colorions phuit. signifiaient chez les anciens, peindre à la cire, comme riiez les modernes on dit peindre à l'huile. Si le P. Grelzer avait été plus instruit de la pratique des arts du temps des Romains, il aurait su que, ne connaissant point l'usage de l'huile, les artistes peignaient à l'encaustique, c'est-à-dire avec des couleurs dans la préparation desquelles il entrait de la cire très-liquéfiée par le moyen de la combustion 2. S. Jean Chrysoslome, dans son homélie

1 Dans son Syntagma de imaginions n>n manufaclis, deque alii.s à S. Lucapictis, c. 18.

2 -Mais comment les anciens opéraient-ils ce mélange des couleurs avec la cire? Voilà ce que l'on ignore; car réduire la cire à un état de fluidité comme l'huile, et la maintenir dans cet état, ne parait pas une chose facile. Cependant il n'y a pas de doute que les anciens en venaient à bout ; mais c'était probablement en employant le feu pour étendre, fondre et fixer les couleurs au moyen de la cire.

On croit que l'origine de ia peinture à l'encaustique remonte aux Egyptiens; du moins on en juge par les bandelettes et les enveloppes de leurs momies, peintes de cette manière. Il est présumable que cet art aura passé de l'Egypte dans la Grèce où il a été cultivé par les Praxytèle, les Po!ygnote, les Nicanor de Paros, les Lysippe, etc. On voit par les foésies J'Anacréon que cette peinture était la seule en usage

Quod veicris et novi Testamenti sii unus legis/atoi\ appelle très-bien celle peinture picturam cerâ perfusam, c'est-à-dire « couleurs étendues par le » moyen de la cire. » Le P. Fr. Scorsus, dans ses

de son temps. Les Grecs l'auront communiquée aux Romains. Vairon, Vitruve et Pline nous ont transmis quelques détails à cet égard. Pline, surtout, dit que l'on employait la cire et le feu ; mais il se tait sur la manière dont on opérait : cela donnerait à penser qu'elle était si simple qu'il n'a pas jugé à propos d'en faire mention, et qu'elle était très répandue chez les peuples soumis aux Romains ; les tableaux attribués à saint Luc en font foi. Elle a été en usage jusqu'au 0e siècle; dès lors elle s'est perdue.

Il serait bien à désirer qu'il nous fut resté quelques tableaux des anciens, exécutés à l'encaustique. Cela eût pu jeter quelque lumière sur les procédés qu'ils employaient ; mais on croit qu'il ne nous en est parvenu aucun. « Cepenn dant on a découvert, il y a quelques années, dit M. Cham- » pollion-Figeac, (Résumé d'archéologie, Paris, 1825, 2 vol. n m-32, flg., t. i, p. 174 , dans les environs de Rome, un » portrait de Cléopàtre, peint en buste à l'encaustique, de » grandeur naturelle, et sur une ardoise. Cet ouvrage a été

■ aoporté à Paris; et les opinions des savants ont été très- » partagées sur son époque. Les uns le considéraient comme » un tableau réellement antique, et un exemple précieux de » la peinture à l'encaustique, ce que la fidélité du costume u égypto-grec semblait confirmer ; d'autres n'hésitaient pas à b l'attribuer à un artiste du siècle de la renaissance des arts » en Europe. Enfin, un Allemand a prétendu tout récemment » que ce portrait est l'ouvrage de Timomachus de Byzance,

■ contemporain de la reine d'Egypte. De ces sentiments si » opposé.--, la critique tirera peut-être un jour d'autres luit mières et quelque certitude. »

En attendant, on peut consulter, sur la peinture des anciens, R. P. Jul. G«s. Bulengeri, S. J.f opusculum de Pictura

APPENDICE IV. 2o7

Notes surThéophanc, dit que sans doute S. Luc a l'ait «les porlraits de la Vierge m relief avec de la cire, et des portraits en couleur sur toile ; erreur semblable à celle du P. Gretzer.

Nous venons de voir que beaucoup d'auteurs ont fait mention d'un portrait de la sainte Vierge, qu'ils attribuent à S. Luc, comme peintre : résumons en peu de mots l'histoire de ce portrait.

On prétend qu'il avait d'abord été gardé dans la ville d'Antioche, et que c'est de là que l'impératrice Eudocie. femme de Théodose le jeune, étant en Palestine auprès de Ju vénal, patriarche de Jérusalem, l'envoya auprès de sa belle-sœur Pulchérie, à Conslantinople, avec d'autres raretés. Il fut dans une telle vénération pendant tout le règne des empereurs de Constantinople,

et plastice, sive, statuaria lib. 1, cap. 6 et 7. — Cl. Salmazii exercitationes plinianœ in Caii Julii Solini pohjhistoriam, t. r, p. 231-Î32. MM. de Caylus et Majault ont donné en 1755 un Mémoire sur la peinture à l'encaustique et sur la peinture à la cire II y en a une édition de Genève, 1780, in-8°. Après lui, l'abbé Requino, Lorgna, Bachelier, Muntz, Astori, etc., ont fait beaucoup de recherches pour retrouver les procédés des anciens. La difficulté était de rendre la cire assez fluide pour être mêlée avec les couleurs. Les uns ont voulu ajouter du mastic et des gommes pour la rendre plussoluble dans l'eau; les autres de l'alkali qui en formait un savon. Mais il est douteux que ces procédés approchent de celui des anciens. Fabroni s'est flatté d'avoir résolu ce problème dans un Mémoire publié en 1707, sous le titre de Antidata, vantaggi s mclodo de'.la pi'.tura incausta.

qu'on le portait en triomphe dans les grandes pompes, et môme quelquefois dans les armées pour encourager les soldats et intéresser la Sainte Vierge à la vicloire. Il resta, dit-on, à Constantinople au-delà même de la prise de cette ville par les Français (en 1204); mais ou doute si c'esl celui qu'ils prirent dans le combat, que Baudouin de Flandres voulait envoyer à Citeaux, et que le doge Henri Dandelo fit néanmoins transporter à Venise, où l'on dit qu'il est resté jusqu'à nos jours. La raison de ce doute est que ce portrait se trouva encore à Constantinople lorsque la ville fut prise par les Turcs (le 29 mai 1453). On l'avait seulement transporté de l'église Notre- Dame-des-Guides dans celle du Tout-Puissant, et de là dans le monastère de Chora. D'ailleurs, pour empêcher qu'on ne l'emportât ou à Venise, ou en France, comme on l'avait essayé plusieurs fois, il avait été souvent mis secrètement dans le palais même des empereurs.

On ne peut pas se dissimuler qu'il y avait une espèce de superstition chez les Grecs à regarder ce portrait comme le palladium de la ville; de même que leurs ancêtres, pendant le paganisme, regardaient l'image de Pallas comme le palladium de Troie; aussi le pape Innocent III (! 198-1216) fut obligé de déclarer publiquement qu'il ne pouvait approuver l'opinion des Grecs qui pensaient que « V esprit de la Sainte Vierge résidait dans ce

>. portrait qu'on disait peint de la niant de saint » Luc1. »

Lutin le sort de ce fameux portrait l'ut, api ruine de l'empire grec (en 1453), tel qu'on devait s'y attendre de la part des Turcs. Dans le saccageaient de Gonstantinople il fut pillé avec les ornements et les richesses dont il était accompagné. On arracha de la bordure for, les diamants et les autres joyaux qui l'enrichissaient; puis on le traîna ignominieusement par les rues, le foulant aux pieds, et on finit par le mettre en pièces. Telle est l'histoire de ce portrait objet d'une si grande vénération chez les Grecs.

Jusqu'ici nous avons vu les auteurs dont nous avons ci-devant rapporté des passages, ne citer qu'un tableau de la sainte Vierge exécuté par S. Luc, excepté cependant le Ménologe grec qui annonce que cet évangéliste a fait deux copies de son tableau original. Nous allons voir maintenant que ces divines peintures se sont multipliées chez les modernes, ou du moins qu'on en connaît plus que les écrivains des siècles antérieurs n'en ont mentionné.

Paul Aringhi, dans sa traduction latine et ses commentaires de la Ronm sotteranea de Jac. Bosio 2, assure que l'on a trouvé à Home, dans un

1 innoc, liv. ix, ep. -291.

- Homœ, 1651. 2 vol. in-ful., iib. ni, c. 41.

souterrain, près de l'église Sainte-Marie, dite in via lata, une ancienne inscription où il est dit d'un portrait de la sainte Vierge, que c'est un des sept qui ont été peints par S. Luc, una e septem a Luca depiciis. On connaît encore Irois ou quatre autres, portraits semblables, dont le principal a été placé par le pape Paul V (1605-1621), dans l'église de Sainte-Marie-Majeure. La sainte Vierge y est représentée portant l'enfant J>Jsus sur son bras \ »

Telle est la dissertation de M. Peignot.

Voir en outre dans les Annales de Philosophie chrétienne l'article intitulé : Recherches sur la vie et la personne de la Sainte Vierge et sur les plus anciens portraits qui la représentent 2, dans lequel se trouve une gravure reproduisant trois portraits de la Vierge :

1° Celui qui se trouve parmi les peintures que

1 M. Yasi, auteur de l'Itinéraire de Rome, dont nous venons de parler, n'a pas oublié cette image, à l'article de L'église de Sainte-Marie-Majeure. « Le bel au'.el de Notre-

■ Dame dans la somptueuse chapelle Borghesienne), dit-il, » est décoré de quatre colonnes cannelées de jaspe oriental, » avec des bases et des chapiteaux de bronze doré qui sou-

* tiennent un entablement dont la frise est d"agate, ainsi )•• que les bases des colonnes. Au milieu d'un champ de

• lapis-lazuli est placée l'image de la Sainte Vierge, que »• l'on dit peinte par saint Luc ; elle est entourée de

■ pierres précieuses, et soutenue par quatre Anges de » bronze doré. »

- Annales, t. ix. p. 53 (lre série;.

l'on voil encore dans le cimetière de Saint- Calliste, à Rome.

±' Le type de la Vierge que l'empereur Romain Dio^ène fit graver le premier, sur ses monnaies, en 10(>8.

3° Et celui que l'empereur Nicéphore Boloniate fit graver sur un jaspe en 1083.

G — La Sainte Vierge Marie, type de la femme chrétienne.

Nous venons de donner la nomenclature Irèsfroide et très-sèche de ce que les Pères de l'Eglise et la tradition nous ont conservé sur les portraits de la Sainte Vierge. Le fonds et la forme de ce travail, nous le savons, otTrent une opposition très-marquée avec la manière toute mystique et toute intellectuelle de Mgr Gerbet. Nous ne voulons pas laisser les lecteurs de Y Estasse de Rome chrétienne sous cette impression toute positive et en quelque sorte matérielle sur la Sainte Vierge, aussi avons-nous pensé de terminer cet appendice en reproduisant une Dissertation que Mgr Gerdet publia en 1834, sur la Vierge Marie, dans un volume intitulé Keepsake religieux et que les Annales de Philosophie reproduisirent dans leur tome îx , p. 449 (lro série) f.

» Voir en outre la Dissertation ayant pour titre : Doaments historiques sur la mort et Vassomption de la B. Vierge.

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