‹ Esquisse de Rome chretienneChapitre 76 sur 96 · V. — « Pour ce qui regarde la sainteté de ces · texte numérisé non relu

V. — « Pour ce qui regarde la sainteté de ces

» mêmes basiliques et la vénération dont elles fu-

» rent entourées, je dirai hardiment, avec Moïse,

» nous en avons pour garants et pour juges nos

» ennemis eux-mêmes ; car, quoiqu'elles fussent

» situées en dehors de l'enceinte des murs de la

» ville, néanmoins des hommes hostiles à la foi

» et ennemis jurés du peuple romain, les Goths

1 Ipse restitutionem Capitolii aggressus, ruderibus purgandis manus pnmus admovit, ac suo collo quaedam extulit. (Suet. Vespas. c. 8.)

» les respectèrent-elles ainsi que leurs ministres, » les regardant comme un asile inviolable et que

» la Divinité elle-même avait déclaré sacré ; bien )> plus, tous ceux qui y cherchèrent un refuse s furent épargnés, comme l'écrivent Orose \ saint i Augustin 2, et Procope du temps de Justinien3. o En outre, l'impératrice Théodora, hérétique o acharnée, n'écrivait-elle pas a Anthème Scribon, lorsqu'elle lui ordonna de s'emparer du Pape Vigile : « Abstiens-toi de lui faire violence dans la Basilique de S. Pierre ; mais si tu irouves Vigile ou dans le palais, ou dans les églises de Latran ou autres, embarque-le sur n un navire et amène-le chez nous \ etc.. » » Quant aux seuils des Apôtres, limina aposto- » lorum, un ancien usage a prévalu que, par >; respect et à cause d'une coutume religieuse, les ), basiliques elles-mêmes fussent appelées Seuils ); des dpôlres. C'est pourquoi Ciaudien s'exprime » ainsi en s'adressant à Jacques, général de la « cavalerie :

» Par les cendres de Paul, par les seuils du chaste

» Pierre.

Per cineres Pauli, per casti limina Pétri 5.

1 Orose, Bist. I. vu, c. 39; Pat. lai., t. 3i, p. 1103.

2 S. Augustin, de la cité de Dieu, l.i, cl; Pat. tof.t. 41, p. 14. * Procope, de la Guerre Gothique, 1. u, c. 4.

4 Tueodora; dans Anastase le Bibl., t. u, p. 57

Ladiea, Epigr. lxxyii, 1. Les dernières éditions portent €

APPBNDICE V. 205

i Ce n'est pas seulement après la construction \ des Basiliques des apôtres, mais longtemps au-

* paravant, que cette manière de parler fut en p vigueur.

VI. — Ainsi dans les Actes du Pape S.Alexandre » oti lit ces paroles : — <i Si tu l'eusses conduit d aux .sew7s de saint Pierre etc. » Nous avons plu- » sieurs exemples de cette appellation dans Fortuv nat, et en particulier dans ces vers tirés de son s poème sur l'Enfantement de la Vierge :

cv La porte sacrée de Pierre reçoit les uns, la

* porte, de Paul les autres ; des Achéens demandent les seuils de la maison d'André ;

s celle de Matthieu, les Ethyopiens ; celle de » Jean, les Ephésiens; chaque porte attire ceux j> qui l'aiment *.»

« Car c'était l'usage de ceux qui allaient à la j> Basilique, avant d'y entrer, de s'y prosterner t sur le seuil, de baiser les portes, de faire des j> prières. C'est ce qui fait dire au même Ford tunat à propos de la basilique de Ravenne :

« Suppliant, prosterné, sur la terre, baise de nouveau les seuils d'Apollinaire 2. »

1 Quos recipit sacra porta Pétri, quosjanua Pauli,

Postis ad Andreœ limen Achaia petit, Matthaeus .Ethiopes, Ephesinos val va Joannis;

Et quem quisquis amat, hune sua porta rogat. (Fortunat, Miscellanea, 1. vin, c. 7 ; Pat. lat., t. 88, p. 2S2). 2 Rursus Apollinaris pretiosi limina Ïambe, Fusus humi supplex.

(De vila S. Martini, 1. iv, v.6S4; Pat. lat.f t. 83, p. 425).

■296 APFENDICE V.

Voilà ce que dit Baronius, qui ajoute beaucoup d'autres choses qui regardent l'antique vénération que l'on avait pour les seuils sacrés, et enfin parlant de l'Eglise du Vatican il dit entr'autres choses ceci, qui convient admirablement à notre sujet :

« A propos de la Basilique du Vatican, Sidoine Apollinaire écrit en ces termes à Héronias : ( Avant même d'atteindre le lieu réservé, dès que » je fus prosterné sur les seuils vainqueurs des » Apôtres, je sentis sur-le-champ toute langueur ;> quitter mes membres affaiblis1. »

Vif. — C'était un usage reçu, comme nous l'apprenons d'Ennodius dans sa défense du Pape Symmaque, que ceux qui venaient à Rome commençaient d'abord avant tout de se rendre auprès des « Seuils » de l'apôtre Pierre. Franchir les seuils des apôtres, et y célébrer les sacrés mystères était la même chose que communiquer avec l'Eglise catholique 2, comme l'observe très-bien Optât de Mi lève, quand il dit : — «Il ne s'est point b approché de la. Mémoire de Pierre, comme schis-

1 l'bi priusquam vel pomaria contingerem triumphalibus Apostolorum liminibus affusus, omnem protinus sensi membrismale fortibus explosum esse lançuorem. (Sidon. Apollin. Epist. 1. i, n. 5 ; dans Pat. lat., t. 58, p. 454.

2 Ingredi ipsa limina apostolorum, ibique sacra facere idem erat quod communicare catholicae Ecclesiœ. Voir Ennodius Libellus apologet.; dans, Pat. Lat. t. 63, p. 199.

APfrKNDICE V. 7

» raatique, et il n'a pu dire avec vérité, avec l'Apô- » tre: Communiquant aux Mémoires des Saints. Ici i sont présentes les Mémoires des deux apôtres. » Dites s'il a pu y pénétrer, en sorte qu'il ait )> offert les sacrés mystères là où il est in cou testa- » ble qu'existent les Mémoires des saints !. » Ainsi s'exprime Optât. Ajoutons encore que Prudence, dans les vers suivants, nous apprend que les chrétiens avaient coutume de baiser « les seuils sacrés » des apôtres et des martyrs :

« Le Sénat lui-même et les hommes les plus éclairés du Sénat, autrefois Luperques et Flamines, baisent les seuils des apôtres et des martyrs. »

Ipsa et Senatus lamina, Quondam luperci, et flamines, Apostolorum, ac Martyrum Exosculantur limina '-.

Nous avons voulu rapporter ici ces nombreux passages de Baronius, et en quelque sorte graver sur les murs de la basilique du Vatican les nobles tro-

1 Ad Pétri Memoriam non accedit, quasi schismaticus, contra Apostolum faciens, qui ait : Memoriis sanctorum communicantes (Rom. xn, 13). Ecce présentes sunt ibi duorum Mémorise apostoloram. Dicite si ad bas ingredi potuitt aut obtulerit illic, ubi sanctorum Memorias esse constat. Uptatus, contra Parmenianum 1. n, c. 4; Pat. lai., t. xi, p. 951.)

2 Prud. in Peristephanis ; hymnus 2, de S. Laurentio, y. 517; Pat. lat., t. 60, p. 329.

21 il APPENDICE Y.

phées de sa gloire et les monuments impérissable? du culte sacré qui lui a été rendu, afin que celui qui lira ces pages et qui connaîtra à fond avec quelle piété et quel respect religieux celle Basilique a été vénérée dans les siècles les plus reculés cesse de s'étonner si, parmi tous les lieux dans l'univers qui méritent ajuste titre le respect et la vénération, l'église dont il s'agit, ennoblit- par les mérites et le tombeau des Apùtres, occupe le premier rang.

VIII. — Mais nous ne devons pas passer sous silence que cette même Basilique du Vatican fut consacrée par le Souverain Pontife Sylvestre, le 14 des calend. de décembre (18 nov.), sous le vocable du Prince des apôtres, comme en fait foi le jour à jamais célèbre de cette dédicace, qui est rappelée solennellement chaque année dans les sacrés martyrologes. Alors le même Pape S. Sylvestre consacra avec la plus grande pompe l'autel principal sous lequel avait été placé le corps du B. Pierre, qu'il oignit du saint chrême pour accomplir le rite de sa consécration, employant pour la première fois l'effusion de l'huile sainte dans celte circonstance, et voulant qu'elle le fût également dans les cérémonies analogues. Or, nous trouvons relatée cette consécration, soit de la Basilique, soit de l'Autel, faite par la main du B. Pontife dans un discours très-ancien Sur la dédicace de V Eglise de Latran. que l'on a coutume de lire

APPENDICE V. -^Qf)

chaque année le jour de cette môme solennité, et

dans un manuscrit, conservé dans les archives de cette basilique, on lit les paroles suivantes : —

■ Le même vénérable Ripe Sylvestre consacra » le 14 des calend. de déc, l'Eglise du Prince

<U>> apôlres que le Irès-pieux empereur érigea » depuis sa base, et à l'ouverture de saconstruc- » tlon, il porta lui-même en l'honneur des » douze apôtres douze corbeilles remplies de la » terre creusée de ses propres mains pour les fon- 0 dations. Dans cette église et sur le corps de » l'Apôtre il plaça un autel de pierre, et après

■ Tavoir oint du saint chrême, selon l'usage qu'il » voulut être observé à l'avenir, il le bénit et le » consacra \ »

IX. — Ce môme autel, après une longue suite d'années, ayant été détérioré par le temps, le pape Callixte II le restaura et le consacra de nouveau avec la plus grande solennité selon le rit prescrit par les canons ecclésiastiques, le 8S des cal. d'avril (25 mars), le jour de la fête de l'Annonciation delà sainte Vierge, en présence des cardinaux, des cvêques et des premiers dignitaires de l'Eglise, qu'il avait appelés à Rome de diverses contrées pour la tenue d'un concile, et aux applaudissements de la foule et de la ville entière qui

1 D'après un codex conservé à St-Jean de Latran, 2e discours pour la dédicace de cette basilique.

faisait éclater sa joie par des chants de fête Le souverain Pontife, puisant dans le trésor des mériles de l'Eglise, accorda, pour le temps présent et pour l'avenir, trois ans d'indulgence à tous ceux qui, à chaque anniversaire de ce même jour, visiteraient pieusement et dévotement ce lieu sacrosu'nt, ce que nous apprenons de Pierre Manlius, qui s'exprime en ces termes : — ce Le pape Cal- » lixte II de bienheureuse mémoire, parce qu'il d aima beaucoup comme le prophète la gloire de » la maison du Seigneur, revêtit de très-beaux » marbres et décora l'autel du B. Pierre, qui pa- » raissait en quelque sorte ruiné par sa grande )» vétusté et les percussions des pierres. Et pour la )> fêle de l'Annonciation de la B. Vierge Marie, il » consacra avec grande pompe et dévotion l'autel » de Pierre, assisté de tous les membres du Cond cile 1. »

X. — Or, pour ne rien laisser ignorer au lecteur, pour ce qui regarde ces percussions des pierres, dont parle Manlius, et qu'il soupçonne avoir été faites à l'autel antique du temple sacré du B. Apôtre, nous pensons comme lui; car il est très-croyable que la pieuse main des pèlerins, qui accouraient fréquemment dans ces lieux de toutes les parties du monde, par dévotion, aura détaché quelques

1 Petrus Manlius ou Mallius, de Romanis poniificibus in opusculo Historix sacras.

fragmenls de ce monument sacré, et qu'ils auront désiré vivement emporter avec eux ces saintes reliques dans des contrées lointaines, après avoir payé leur tribut de vénération au tombeau du Prince des Apôtres. Cette consécration faite par le pape Callixte est relatée presque mot à mot par Mafl'œus Regiits \ Ou la lit également dans un très-ancien martyrologe manuscrit, conservé jusqu'à ce jour dans les archives de Saint-Pierre, où sont notées quelques fêtes particulières de la même basilique, et où se trouve décrite la cérémonie sacrée que nous avons mentionnée, comme Jetant accomplie la 5e année du pontificat de Callixte, la 5' indiction, Tan 1122 de l'enfantement de la Vierge.

XI. — Mais de notre temps, comme le pavé du nouveau temple avait besoin d'être exhaussé et nivelé, et qu'à cause de cela l'autel lui-même de Callixte devait être également exhaussé, Clément VIII de glorieuse mémoire ne voulut pas qu'on y touchât, le laissa intact, et Gt ériger par dessus "avec une grande magnificence un autel plus grand et plus riche ; et en présence de 38 cardinaux, de toute la cour romaine et d'un concours innombrable de peuple, le Souverain-Pontife lui-même le consacra solennellement un dimanche, le 2G juillet 1594, et le même Pontife

1 Maffœus, Marlyrologium M S. Eœlesia sancli Pétri.

ensuite y offrit le premier le saint sacrifice de la messe.

Dernièrement enfin, le Pape Urbain VIII consacra très-solennellement ce même autel, placé dans une position plus élevée, ainsi que toute la nouvelle Basilique du Vatican que les Souverains-Pontifes avaient construite, restaurant successivement les parties qui tombaient de vétusté; cérémonie imposante qui eut lieu un des jours anniversaires de la dédicace faite par le Pape S. Sylvestre, savoir le 14 des calendes de décembre de l'an de la nativité de Notre-Seigneur 1626, comme l'atteste le Bréviaire Romain1 en ces termes : — « Ur- >> bain VIII consacra avec solennité, au jour anni- » versaire de la Dédicace, l'an 1026, la même >■ Basilique qui tombait depuis longtemps de

vétusté, et que la piété de plusieurs Souverains- » Pontifes avaient érigée depuis sa base avec plus » d'ampleur et de magnificence 2. »

XII. — Nous avons assez parlé, lecteur, de la gloire de la basilique du Vatican, que nous t'avons fait admirer dans ces pages de notre Rome souterraine, et nous y avons décrit assez longuement la foi et la piété des chrétiens, qui de toutes les parties du monde y venaient porter en foule le tribut de leur vénération. Il nous reste maintenant à dire ici quelques mots, en passant, quoique nous

1 Bréviaire Romain, le 18 novembre.

2 Voir Baronius, notes au Mail, romain du 29 juin.

paraissions nous écarter un peu du but que nous nous sommes proposé, du respect religieux el de la dévotion profonde qu'ont eus pour la Basilique des apôtres, les Souverains-Pontifes, le clergé tout entier et la ville de Rome elle-même. Pour nous faire une idée du culte d'honneur rendu par tous les fidèles disciples de Jésus-Christ et principalement par ceux qui habitaient la Ville, non-seulement à la Basilique des apôtres, mais encore à leur Mémoire, nous n'avons qu'à ouvrir les poëmes de Prudence, qui nous apprend que iejour de la mort des mêmes Apôtres a toujours été à Rome un jour de fête solennelle, célébrée parles Souverains- Pontifes avec les plus éclatantes démonstrations de la piété chrétienne. Mais voici un passage qui sera lu avec plaisir, emprunté à Baronius qui parle tout à la fois et du culte d'honneur rendu à la basilique du Vatican et de la fête célébrée le jour de la mort des apôtres.

« Ce jour est deux fois appelé fête par Prudence et il assure que le Pontife romain avait coutume ce jour-là de célébrer deux fois les fonctions sacrées, voici ses propres paroles :

« Le pontife vigilant célèbre d'abord le sacri- » fice au-delà du Tibre, puis il y vient de nouveau » et répète ses vo*ux l. »

Transtiberina prius solvit Sacra pervigil sacerdos*.

Le môme auteur dans la même hymne assure que le peuple lui-môme en très-grand nombre a coulume ce jour-là de visiter l'une et l'autre basilique, soit de Pierre au Vatican, soit de Paul sur la voie d'Ostie. S. Ambroise dans V hymne de ce jour ne dit pas, comme Prudence, qu'on avait coutume de célébrer ce jour de fête à Rome sur les deux voies, mais sur trois, donnant à entendre que le peuple ce jour-là vi-itait trois endroits; ce qu'il exprime dans ces vers :

Tanta per TJrbis ambituni Stipata tenclunt agmina, Trinis celebratur viis Festum Sanctorum Martyram1.

Une si grande foule de peuple se répand dans la ville, que la fête des SS. martyrs est célébrée en trois endroits ».

Car nous pensons que la foule nombreuse fréquentait ce jour là non-seulement les Basiliques, mais soit le lieu où Pierre fut crucifié, soit celui où Paul fut décapité, ou la prison même, devenue sacrée, où ils furent enfermés l'un et l'autre, comme nous voyons aujourd'hui ces lieux antiques et glorieux, visités avec une

Mox hue recurrit, duplicatque vota.

(Prudence, hymnus 12, v. 63; Pat. lot., t. 60, p. 568) 1 (S. Ambr., Injmnusde Pctro et Paulo, n. 71, v 25; Pat. lat.,t. 17, p. 1-215).

APPENDICE V. dUD

foi vive et une ardente piété par un grand concours de fidèles, non-seulement le jour môme où se célèbre la fête de la mort des Apôtres, mais encore pendant l'octave.

XIII. — Il est encore cerlain qu'une foule innombrable d'hommes, animés de sentiments religieux, avaient coutume de se rendre a Rome de diverses contrées du monde pour assister à la fête de ce jour mémorable. Ainsi Galla Placidia écrivant à l'impératrice Pulchérie, et expliquant la cause de son arrivée à Rome, lui dit : « C'est par esprit de religion que j'ai désiré 9 avec tant d'ardeur d'être témoin du concours •> nombreux des fidèles qui se rendent à Rome, et » que j'ai voulu faire acte de présence aux tom- > beaux des saints, car il est hors de doute que, ù admis dans la cour céleste par leur vertu, ils » daignent abaisser leurs regards sur ce qui se » passe sur la terre. C'est pourquoi je pense » que ce serait un sacrilège de négliger ces » solennités \ » Les éveques aussi avaient coutume autrefois de se transporter dans la ville éternelle pour assister à cette même fêle, comme le constate Paulin dans sa 20,n8 épître à Delphinus, et dans sa 27me à Severus, où il appelle cette coutume solennelle \ Les papes Anaclet et

' Dans Pat. lat , t 54, p. 863.

2 Paulinus, Epist. 20 (alias 16) ad Delphinum ; et 27 (alias. 14); Pat. lat., t. 61, p. 216 et 306.)

oOG APPENDICE V.

Zacharie établirent par des décrets que tous les évoques se rendraient une fois par an ad limina aposlolorum \ C'est ce que parait avoir exigé des évêques de Sicile S. Grégoire, dans sa lettre au sous-diacre Pierre2. »

Voilà ce que dit Baronius.

XIV. — Chacun peut se convaincre, en lisant les vies des saints, que c'était, pour les chrétiens et surtout pour les évôquesune antique et louahle coutume d'aller à Rome pour célébrer, avec la pompe qu'elle mérite, la fêle solennelle de la Naissance (mort) des apôtres. C'est ce que faisait cnlrautres Cassius, évèque de Narni, tous les ans, sans y manquer jamais, en l'honneur des apôtres, comme l'atteste le Martyrologe romain", d'après le livre des dialogues de S. Grégoire, par ces paroles : — « A Narni s'endormit dans le Seigneur, Cassius, 5 évoque de la ville dont parle S. Grégoire qui )> nous apprend, qu'il n'a presque passé aucun » jour où il n'offrit à Dieu tout puissant la vic- » lime de propi liât ion ; enfin qui avait coutume î» chaque année de venir à Rome le jour de la >; Naissance des apôtres etc *. » Cet homme si

1 .1 is canonicum, distinct. 93, cap. Juxta sanctorum. - Greg-, Epis. 30 et 72, lib. î, Ilcgistorum; dans Pat. lot., t. 77, p. 489 et 526.

3 Martyr, romain, au 29 juillet.

S ' -.r. Dialogorum, lib. iv, c. 50; Pat. lot,, t. 77, p. 421.

plein de vénération pour les apôtres avait reçu auparavant un avertissement du Ciel sm sa mort

prochaine : — « Songez à ce que vous laites, » songez à ce que vous devez faire. Vous viendrez » chez moi le jour delà naissance des apôtres ib).n Dans la suite l'événement justifia l'oracle divin. S. Paulin se rendait très-souvent à Rome pour fêter ce jour solennel ; il nous l'apprend lui-même dans une lettre écrite à Delphi nus où il lui dit : — « Etant venu, selon l'usage so- » lennel, pour célébrer le martyre des bienheu- » reu\ apôtres, il nous reçut avec autant de > boulé que d'honneur \ »

W. — Les Souverains-Pontifes exigeaient rigoureusement que les évèques payassent exactement chaque année le tribut accoutumé de leur dévotion à la basilique des Apôtres, sans s'en dispenser jamais, ce que démontrent clairement les lettres du pape Grégoire qui reprend vivement l'évêque de Rouen, lettres où il loue l'admirable ferveur des fidèles, sur ce point. Il lui dit donc :

« Quelle occupation ou quel obstacle entr'au- » très vous a fait négliger le B. Pierre pendant si » longtemps, tandis que des extrémités du monde

1 Cum solemni consiietudiiïe ad B. Apostolorum Xatalcm venissemus, tam blande quam booorifice excepit. (Paulin. Epist. 20; ubi supra, p. 247.)

» même parmi les nations nouvellement conver- » ties à li foi, des hommes et des femmes mon- » trent tant d'ardeur pour venir chaque an- » née lui porter le tribut de leur vénéra- » lion l. »

Le même Pontife, dont nous venons de parler, blâma encore vivement un évèque Lanfranc dans une lettre, où il affirme que des chrétiens même d'une mauvaise santé avaient coutume de venir se prosterner sur les tombeaux des saints Apôtres.

« Non, le travail et la difficulté du voyage ne » sont pas une excuse suffisante, puisqu'il est » avéré que plusieurs, qui habitent des paysloin- » tains, quoique faibles de corps et infirmes, pou- » vant à peine sortir de leurs lits, cependant em- » brasés d'amour pour le B. Pierre, se sont hâtés n de se faire transporter auprès de ces restes

» sacrés 2. »

Terminons ici noire récit sur le culte d'honneur

1 Qui vero laLor, aut quee difficultas prœ aliis dissuasit vobis per tantum spatii B. Petrum negligere, ubi et ab ipsiug mundi finibus, eliam gentes noviter ad fidem conversœ student annue , tam mulieres quam viri, ad eum venire. (S. Greg. Epist. 0, 1. i, Regist.

Non enim labor aut difficultas itiueris te sui'ficienter excusât, cum satis notum sit, muîto longe remotos, licet corpore invalidos et infirmes, et a lectulis vix valentes surgere, tamen B. Pétri amore flagrantes ad ejus limiua vehiculis properare. (S. Greg. Epist. 20, t. ix, Regist.)

AITENDICE V.

pendu à la basilique du Vatican et sur la fête solennelle de la Naissance des Apùtres, et allons fouiller les trésors cachés du cimetière de la sainte colline1.

» Traduit du latin d'Aringbi par M. l'abbé BLANC, curé de Domazan [Gard.)

Page 1