TOME III
Dès le 1er siècle il est dit du pape S. Clément, 3e successeur de S. Pierre :
« Il divisa Home en 7 régions, qu'il confia à » des notaires fidèles de L'Eglise, qui furent charb gés, chacun dans sa région, de rechercher avec » sollicitude et curiosité les actes des martyrs1. »
Eu 237, le pape S. Antère, craignant que ces actes ne se perdissent. « rechercha avec une plus » grande diligence les actes des martyrs recueil- » lis par les notaires et les déposa dans son » Eglise 2. »
En 238, le pape Fabien ce divisa les régions à » des diacres et constitua 7 sous-diacres, qui sur- » veillaient les 7 notaires et qui devaient recueil- » lir en entier les gestes des martyrs 3. »
Et ce n'est pas seulement à Rome que furent recueillis avec soin les actes des martyrs, mais dans toutes les églises. C'est ce que constate Pontius, l'ami et le notaire de S. Cyprien, qui écrivant sa vie. vers 259, nous dit : ce Nos ancêtres accordèrent
1 Hic fecit septem regiones dividi notariis fidelibus Ecclesia?, qui gesta martyrum sollicite et curiose unusquisque per re t:ioDem suam diligënter perquireret. (Anast. Clemens, c. iv, Pat lot., t. 127, p. 1079).
« Hic gesta martyrum diligënter a notariis exquisivit et in Ecclesiarecondidit. (Idem, Anterus, ib., p. 1331 .
3 Hic regiones divisit diaconibus, et fecit septem subdiaconos, qui septem notariis imminerent, qui gesta martyrum ia integrum colligerent. (Idem, Fabianus, ib., p. 1341).
APPEKDICB x. :;l7
un tel honneur, à cause de leur vénération pour b le martyre, à tous ceux qui avaient été marri lyrisés, lussent— ils hommes du peuple et caté- 7) chumènes, qu'ils ont écrit la plupart deschoses,
> et je dirais presque tout ce qui regarde leurs » souffrances. C'est ainsi que la connaissance de d toutes ces choses nous est parvenue à nous qui » n'étions pas encore nés1. »
Et en effet l'histoire nous a conservé un grand nombre de monuments qui prouvent que dans toutes les églises il y avait, comme à Rome, des notaires chargés spécialement du soin de recueillir les actes des martys 2.
Quand l'ère des martyrs fut terminée, ces notaires eurent une aulre destination: celle de conserver tous les actes, tous les faits mémorables qui avaient rapport aux églises. C'est le pape Jules (336-352) qui fit une constitution, par laquelle.... «les » notaires devaient recueillir la notice de tout » ce qui concernait la foi ecclésiastique, et tous » les monuments, revus par le premier des no-
1 Majores nostri plebeiis et cateehumenis martyrium consentis,, tantam honoris pro martyrii ipsius veneratione dederunt, ut de passionibus eorum multa, aut, prope dixerim, pêne cuncta conscripserint, ut ad nostram quoque notitiam, qui nondum nati fuimus, pervertirent. (Pontius, Vita S. Cypriani, c. i; dans Pat. lai., t. m, p. 1482).
- Voir ces preuves dans le Martyr, de Baronius, chapitre r.
) taires, devaient être conservés dans les trésors o de l'Eglise \ »
On voit donc avec quel soin les actes des martyrs ef la vie des saints ont été conservés dans les Eglises, et il ne faut pas s'étonner des nombreux monuments qui nous en restent, malgré le grand nombre de ceux qui se sont perdus2.
Paulin qui a écrit la vie de S. Ambroise était an de ces notaires, et il nous a conservé le nom de Castus le diacre, sous lequel il écrivait3.
Tels sont les soins pris par l'Eglise pour conserver les actes sincères des martyrs4; mais elle n'a pas veillé avec moins de sollicitude à repousser toujours les actes apocryphes.
Dès le 2e siècle, Tertullien repousse en ces
' Hic constitutum fuit ut... noiitia, quse omnibus pro fide ecclcsiastica est per notariés colligeretur, et omnia monumenta in Ecclesiam per primicerium notariorum confecta celebrareDtur. (Anast. Julius, dans Pat. lai., t. 128, p. 1. .
2 Voir sur la perte immense des actes des martyrs le Martyr Aoge de Baronius, c. ni.
3 Ego vero id quod a me visum fuerat, honorabili viroGasto diacono, sub cujus cura dejebam, statim retuli. (Paulinus, Vita S. Âmbrosii, n° 42; dans Pat. lat., t. xiv, p. 42).
4 Voir les Acta sincera martyrum de dom Ruinard et surtout l'immense collection des DAlandistes ; collections malheureusement à peu près inconnues. C'est ce qui n'arriverait pas si l'on mettait au nombre des livres classiques les Sekcta martyrum acta de la collection de Mgr Gaume. C'est là que l'on verrait, dans un latin bien supérieur à celui des Siret et des Lhomond, la curieuse et on peut dire la fière histoire des nommes illustres, nos ancêtres dans notre croyance.
fermes un écrit apocryphe de S. Paul : « Qu'ils o sachent que c'est un prêtre d'Asie qui, ajoud tant du sien aux écrits de Paul, fut convaincu » el avoua lavoir composé à cause de son amour ï> pour Paul, et qui aussi fut déposé \ »
Au 4e siècle, S. Athanase, (326-372), en Orient, » veut empêcher que les fidèles lisent les livres » étrangers, qu'on nomme apocryphes, trompés ») par la similitude de noms avec les véritables, » et donne la liste complète du canon des livres « sacrés2. »
A celte même époque (390y, S. Philastre, en Occident, compte parmi les hérétiques les Apocryphiens, et donne une liste complète des livres canoniques et des livres apocryphes qu'il défend de lire ou dont il ne permet la lecture qu'aux parfaits, sans doute pour les réfuter 3.
A cette même époque (350-381), S. Cyrille de Jérusalem disait à ses tidèles : « Apprenez de » l'Eglise quels sont les livres de l'ancien et du )> nouveau Testament et ne lisez rien des livres » apocryphes. Tandis que vous ignorez ces livres
1 Sciant in Asia presbyterum qui eam scripturam construit, quasi titulo Pauli de suo cumulans, convinctum atque confessum id se amore Pauli fecisse, loco decessisse. (Tert. de Baptismo c. xvir, Pat. lat., t. i, p. 1-219).
2 S. Athanase, 39e lettre festale; dans Pat. gr., t. xxvi, p. 1175.
3 S. Philastre, llœresis §§; Pat. lat., t. xu,p. 1199.
ÔÔU APPENDICE X.
» qui sont connus et confesses de tous . pourquoi, » malheureux, perdez-vous votre temps autour de » livres douteux et controversés? » — Et après avoir donné la liste des livres canoniques, il ajoute: « Que tous les autres soient mis au dernier rang, x> et ne lisez pas,, en particulier, ceux qui ne sont » pas lus dans les églises \ »
Dans le même siècle (378-402), S. Epiphane signale un grand nombre de livres composés par les Gnosliques, les Ebionites et lesEncratites "2.
Voilà pour l'Eglise grecque ; dans l'Eglise latine,
Au même 4e siècle (378-420;, S. Jérôme rejette certains apocryphes attribués à S. Paul3.
Vers la même époque (391-431), S. Augustin signale plusieurs livres comme ayant été écrits par les Manichéens sous le nom des Apôtres et en éloigne les fidèles *.
Et dans un autre livre :
o Laissons de côté les fables de ces écritures î) iju'on appelle apocryphes, parce qua leur ori-
■ S. Cyrille, catéchèse ix, c. 33, 36; dans Pat. g/\, t. 3:-!, p. 495, 499.
2 6. Epiphane, hérésies 26, 30 et 47 ; dans Pat. gr., t. 41, p. 330, 406 et 850.
3 S. Jérôme, de viris illust., c. vu; dans Pat. lat., t. 23, p. 019.
4 S. August-, de fuie contra Manichœos, Liber î . c. 2% 23; dans Pat. lat., t. 42, p. 1145. Voir en outre contra Faustum, 1. xi, c. 3; ib, p. 245.
s giné secrète n'a pas été connue de nos pères, » par lesquels est arrivée jusqu'à nous la trèso certaine et très-connue succession des Eerilui res véritables. Or dans ces apocryphes, quoi- » qu'il s'y rencontre quelque vérité, cependant » ils n'ont aucune autorité canonique à cause •> du grand nombre de faussetés qui s'y troub vent1. »
Dans le célèbre Concile romain tenu sous le pape Gélase,en 494, nous voyons l'important décret sur les livres apocryphes. Dans le chap. iv après avoir cité les écrits des Pères que l'Eglise romaine approuve, le Concile donne en ces termes la preuve du grand soin que prenait cette Eglise dans la lecture de la vie des saints. :
« Selon l'ancienne coutume, les actes des saints » martyrs ne sont pas lus, par un singulier scru- » pule dans l'Eglise romaine, parce qu'on ignore b le nom de ceux qui les ont écrits ou parce » qu'ils sont regardés comme écrits par des inti- » dèles ou des idiots, qui vont inséré des choses » vaines ou peu convenables, tels que les passions
1 Omiltamus igitur earum scripturarum tabulas, quai apocryphe nuncupantur, eoquod earum occulta origo non claruit patribus, a quibus usque ad nos auctoritas veracium scripturarum certissima et notissima successione pervenit. In his autem apocryphis, etsiinvenituraliquaveritas, tamen propter multa falsa nulla est canonica auctoritas. (S. Aug. de Civ. Dci, 1. xv, c. -23, n. 4; Pat. lot., t. 41, p. 470).
»> d'un certain Quiricus et Julite, de George et » de quelques autres qui ont été composés par » des hérétiques \ »
Mais en même temps ce môme décret cite nommément les Vies des plus illustres saints composées par les plus célèbres écrivains ecclésiastiques et déclare les recevoiret les lire avec honneur; puis dans le chap. v il donne la liste à peu près complète des apocryphes que nous connaissons, et le nom de tous les hérésiarques qui les ont composés.
Ce décret seul montre avec quel soin l'Eglise romaine n'a reçu que les actes qui étaient reconnus comme complètement authentiques, et rejètc ceux dont l'origine était douteuse.
Mais il y avait déjà des recueils d'actes des saints authentiques et c'est sur un de ces recueils que le Concile de Carlhage de 401 porta le canon 13 : « 11 est permis de lire les passions des martyrs » quand on célèbre leur anniversaire \ »
i Ideo secundum antiquam consuetudinem, singulari cautela in sancta romana Ecclesia non leguntur (gesta sanctorum martyrum) quia et eorum qui conscripsere nomina penitus ignorantur, et ab intidelibus aut idiotis superflua, aut minus apta, quam rei ordo fuerit, scripta esse putantur, sicut cujusdam Quirici et Julitie, sicut Georgii, aliorumque ejusmodi passiones. quae ab hareticis perhibentur composita-. (Gelasius, Concil. Roman, i, dans Pat. lat., t. 49, p. 160. Voir les 3 variantes de ce décret, ib., p. 105).
« Liceat etiam legi passiones martyrum, cum anniversarii dies eorum celebrantur. (Concil. Carlh., canon 13).
Appendice s. 333
Un peu plus lard, le pape Adrien ('772-795 . écrivant à Charlemagne, l'ait la distinction entre
les '.ies suspectes et les vies sincères qu'il permet vie lire dans les églises en se servant des paroles mêmes du Concile de Carthage :
o Qu'on ne lise pas dans les églises les vies des » pères sans qu'elles soient écrites par des au- » teurs approuvés, celles qui sont authentiques )j sont reçues et lues parles orthodoxes ; les saints ï) canons recommandent surtout de lire les pas- » sions des saints martyrs, et permettent de les )) lire dans les églises, lorsque l'on célèbre les » jours de leur anniversaire \
En o73-505, on voit, par Grégoire de Tours, qu'on lisait dans les églises d'Auvergne la passion de S. Polycarpe 2.
En 681, le 6e Concile général formule un canon exprès, le 63e, contre les faux aclcs des martyrs :
« Quant aux histoires des martyrs qui ont été m faussement fabriquées par les ennemis de la i vérité, pour couvrir d'ignominie les martyrs de
1 Vitœ enim patrum sine probabilibus auctoribus minime inEcclesialeguntur; nam ab orthodoxis litulatae suscipiuntur et leguntur ; magis autem passiones sanctorum martyrum sancti canones censuerunt, ut liceat eas etiam in Ecclesia legi,cum anniversarii dies eorum celebrantur. (Adrian. Epist. ad Carolum regem; dans Martyr. Rom. c. 11).
- Greg. Tur. de Gloria martyrum , c. 86 ; dans Pat. l.i'., t. 71, p. 781.
» Dieu, et pousser à l'incrédulité ceux qui de-
b vaient les entendre, nous défendons de les lire y dans l'église, et ordonnons de les livrer au feu, » et nous anathematisons ceux qui les admettent i et y appliquent leur esprit comme à des choses » vraies l. »
C'est d'après cette injonction du Concile que nous voyons les Kvêques grecs dans leurs visites s'informer des vies de saints qui étaient lues dans les églises et en ordonner la correction 2.
On voit quel soin a pris de tout temps l'Eglise pour conserveries actes des martyrs et des saints, et avec quelle sollicitude elle a toujours rejeté les écrits apocryphes. On voit aussi avec quel respect on doit lire ceux qui nous restent.
Q isb a veritatis hosribus falsce confictas sunt martyrum historiée, ut Dei martyres ignominia afficerent et qui eas audiluri essent ad infidelitatem deducerentur, in Ecclesia non publicari juhemus, sed eas igni tradi. Eos autem qui eas admittunt, vel tamquam veris eis mentem adhibent, anathematisamus. [Conc. gen. vi, can. 63; dans Summa Concil. de Bail, t. i, p. 218).
i Voir le commentaire de Tbécd. Balsamon sur ce canon et la conduite de Nicolas Muzalon, patriarche d'Amyclée, dan= Pat. grec, t, 1375 p. 734.
AJPÏ*EI\TDICE XI.
(Tome II, p. il in-8», et p. 12, in-12.)
Mgr Gerbet s'exprime ainsi :
« Dans les premiers siècles le nom de Papa se y> donnait à tous les évoques et même à de simples » prêtres... Ce nom convenait à plus forle raison au » Père commun de la grande famille fondée par » le Christianisme. Mais le sens qu'il avait à son » égard était marqué,, soit par quelque chose de * distinclif, soit par d'autres titres qui en étaient » comme la paraphrase. » Et il ajoute en note : » Les preuves historiques des assertions contenues » dans ce paragraphe se trouveront dans Xappen- « dlce. »
Voici quelques-unes de ces preuves :
Le mot Pape, pour signifier père, n'est pas seulement chrétien, il était aussi employé par les païens. On le trouve déjà dans Homère : Pappa chéri, dit Nausicac à son père1.
\l-j.-.-x «piXe [Odys. vi, 57. Voir aussi Iliad. v, 408. '
oob APPENDICE XI.
D'après Suidas, c'était un mot qui viendrait des Syracusains1; du reste il était aussi admis à Athènes*.
Des Grecs il passa aux Latins, et on le trouve dans Juvénal 3; c'était un mot de fils à père et un mot de vénération.
Les chrétiens l'adoptèrent et le donnèrent dès le commencement aux prêtres, aux évêques et au Pape.
Tertullien, devenu monianiste vers 201, écrivant contre le Souverain-Pontife qu'il appelle déjà Vévéque des év<:q"cs, lui donne le nom de don pasteur et Pape béni'\ »
En 232, ou lit dans les Actes du martyre de Ste Cécile, si toutefois, dit Macri, ils ont été écrits à l'époque de son martyre : « Alors Yale- » rianus conduisit son frère au Pape Urbain5. »
Vers 250, les prêtres de l'église de Rome donnèrent ce titre à S. Cyprien : «À Cyprien, Pape,
1 Voir Suidas au mot itamca.
2 Philemon le Comique, £aïp£ TOMcct çiXtoctc; dans Athénée 1. vin, p. 340, et dans l'Aristophane deftidot, fragments, y. 111.
3 Timidus pra?:rustet pocuiapappas. (Juv. Sat. vi, 633).
4 Audio etiam edictum esse propositum et quidem peremptorium, Pontifex scilicet Maximus, quod est Episcopus
perum edicit, etc Bonus pastor et becedietus Papa
concionaris, etc. (de Pudicitw, c. 1 et 13; dans Pat. lai , t. n, p. 981 et 1003,.
5 Tune Valerianus perduxit fratrem suum ad papam Urbanum (dans Macri, HxeroUxicon),
APPENDICE xi. 337
a les prêlres et les diacres habitant à R >me,
lut *. »
Mais déjà^ dès 240, Hieroclas^ patriarche d'Alexandrie, prit le litre de Pape2. Bientôt après, ces patriarches se donnèrent cette fastueuse appellation qu'ils conservent encore : « Par la miséricorde » divine Pape et patriarche de la grande ville » d Alexandrie, et juge de l'univers entier3. »
En 398, Sirice prend le titre de Pape dans une lettre adressée « aux orthodoxes dans les diverses » provinces4. *
Au Y et au oe siècle, S. Jérôme, S. Augustin, Rufin, Prudence, Sulpice Sévère, Sidoine Apollinaire, etc., donnent communément ce titre aux évèques, auxquels ils écrivent3.
Nicéphore se trompe quand il assure qu'en 431 Célestin donna ce titre comme un privilège à Cyrille, évèque d'Alexandrie, en le nommant son légat au Concile d'Ephèse6. Théodore Balsamon nous apprend que ce fut seulement le droit de
1 Gypriano Papte presbyteri et diaconi Romœ consistentes, salutem. (S. Cyprianus, Epist-30] Pat. lat., t. iv, p. 303).
2 Hieroclas primus fuit qui Papa cognominatus est. (Hist. patriarcliarum Alexand., dans Chronicon orientale d'Abraham Echellensis in-fol. p. 94, Paris, 1685).
3 Mise:atione divina Papa et patriarcha magme Urbis Alexandme et judexorbis terrarum (daDs Macri. ib.).
4 Siricus papa Orthodoxis per diversas provincias (Pat. lat , t. xiu, p. 1164).
5 Baronius, Martyr, rom. au I1.» janvier.
c Xicepbore, 1. xiv, c. 34. {Pat. grec, t. 1 4 G , p. 1170).
porter, dans les cérémonies, le bonnet phrygien,
c'est-à-dire la mitre l.
\ers 516, un Concile d"Epire adresse ses actes au pape Hormisdas en ces termes : « A noire » Seigneur en tout très-saint et très- bienheureux » Père des pères com-ministre et prince des » Lvèques, Hormisdas. Pape2. »
Au commencement du 9e siècle, Grégoire IV (827-844) écrit ainsi aux évoques du royaume des Francs : « En écrivant au Pontife romain, vous ■ l'appelez dans vos suscriptions de nomscontra- 9 dictoires, c'est-à-dire frère et pape, tandis qu'il o serait plus convenable de lui exprimer seule- » ment un respect paternel 3. »
C'est à dater de cette époque que s'établit la coutume de réserver au seul Pontife romain le nom de pape. D'après quelques auteurs, Grégoire VJI aurait décidé dans un Concile romain en 1073, que le Pontife romain serait seul appelé Pape \
J Dans le Nom canon de Photius, lit. vin, c. 1 ; dans Pat. gr., t. 104, p. 1
- Domino nostro per cuncta sanetissimo et beatîssimo Patri Patrum, cornministro et principi Episcoporum Ilormisdae Papae (dans Macri Hierokxieon. Ce titre ne se trouve pas dans Pat. lat., t. 63, p. 389. Est-ce un oubli ?
s Romano Pontifici scribentes, contrariis eum in prafatione nominibus appellastis, fratrem videlicet et papam, dum coni'ruentius esset solum et paternam reverentiam ex'ibere. (Gre^. iv, Epist.; dans Pat. lat., t. 104, p. 2
4 Quod unieum est nomen in mundo(Dans Pat. lat., t. 1 18, p. 407, sous le nom de diclalus Papa;).
mais on convient généralement que celle dictéeesi
apocryphe l.
11 ressort de (ous ces textes que c'est par respect, comme le disait Grégoire IV, que peu à peu dans l'Eglise latine on a réservé au pontife de Rome le nom de Pape
Mais dans l'Eglise grecque, surtout depuis le schisme de Photius, a la fin du 9e siècle, tous les évoques grecs se sont appelés Papes, et cependant Nicétas Chômâtes, mort en 1216, nous apprend que les Grecs schismatiques conservent au Pontife romain une appellation honorifique : car c'est lui seul qu'ils appellent nâ-a; en accentuant la première syllabe, tandis qu'ils appellent leurs prêtres lla-à; en accentuant la der-
nière 2.
En 1049, Léon IX prend dans un décret le nom de Pape très-humble 3.
En parlant des noms que les différents auteurs ont donnés aux Papes nous ne devons pas omettre le plus glorieux, celui qu'ils se sont donné à euxmêmes. Lorsque, au 6e siècle, Jacob patriarche de Constanlinople, se donna le nom à'Evêque des
» Voir Pagi, Crit. in Annales Baronii, t. iv, p. 265.
- rfœfMV toi Tzocm tout court; Hist. Bysant. 1. vu; dans Pat. gr.l t. 139, p. 540; ibid. p. 568, 849, 921, et pour les ratfnc&ç ordinaires, p. 721.
» Ego, Dei clementia, Léo humillimus papa [Epistola xv, dans Pat. la t., t. 103, p. 613).
Evcques, ou Evêque universel, S. Grégoire se donna celui de :
Servus servorum Dei,
Serviteur des serviteurs de Lieu \ Ef c'est le titre qu'ils ont toujours conservé.
1 Voir la lre lettre du livre xm, datée de Tan 603, la 13e de son poatiûcat, dans Pat. lat., t. 77, p. 1213, et sa Vie, t. 75, i». 45; de plus le Liber diurnus, t. 10?, p. 23.
Al*I*EreOICE XII.
(Tome II, p. 187 in-8«, et p. 196 in- 12.)
Voici le texte entier du discours de S.Maxime que Mgr Gerbet renvoie dans les Appendices :
Quotiescumque, fratres, sanctorum martyria celebramus, toties laudes Salvatoris dir.imus; et quoties eorum asserimus passionein, loties Christi gloriani praedicamus. Non enim suspicimus quod passi sunt, sed propter quem passi surit admiramur. Igitur non pœna in laude, sed fides io honore. Magnificamus ergo martyres non quia gravibus subjacuere suppliciis, sed quia justitiae causa eaclem toleravere supplicia. Nam plurimos sceleratorum pejores pœnas vidimus esse perpessos, sed nihil eisprosunt, quia martyres causa justificat, sceleratos conscientia sua damnât. Summo igitur et praecipuo loco propter fidem habendi sunt beati martyres. Yidete autem quem iidem locum apud homines mereantur, qui apud Deum locum sub altare meruerunt. Dicit enim sacra Scriptura : Vidi sublus aram Dei animas occisorum propter verbum Dei et propter testimonium quod habebaat, et clamaverunt [Apoc. vi), etreliqua. Sub ara, inquit, Dei animas occisorum. Quid reverentius, quidhonorabilius dici potest quam sub illa ara requiescere in qua Deo sacrificium cekbratur, in qua offeruntur hostiae, in qua Dominus est sacerdos sicut scriptum est : Tu es sacerdos in sternum secundum ordinem Melchisedech (Psal. cix). Recte ergo sub ara martyres collocantur, quia super aram Christus imponitur. Recte sub altare justorum animae requiescunt, quia super altare Domini
corpus offertur. Nec immerito illic pro justis vindicta sanguinis postalatar, ubi etiam pro peccatoribus Christi sanguis effunditur. Convenienter igitur, et quasi pro quodam consortio ibi martyribus sepultura décréta est, ubi mors Domini quotidie celebratur, sicut ipse ait: QuotUscumque hac feceritis, mortem meam annuntiabitis, donec venlam (I Cor. xi). Scilieet ut qui propter mortem ejus mortui fuerunt, sacramenti ejus mysterio quiescant. Xon immerito, inquam, velut consortio quudam illic occisi est tumulus constata tas, ubi occisionis dominicœ membra pouuntur, ut quos cum Christo unius passionis causa devinxerat, unius etiam loci religio copolaret. Legimus plerosque justorum Abrahss sinibus refoveri, nonnullos paradisi amœnitate laetari; nemo tamenmelius preeter martyres meruit ; hoc est, requiescere ubi et hostia Christus est et sacerdos. Scilieet ut et propitiationem de oblatione hostia? consequantur, et benedictionem perfunctionemque sacerdotis excipiant. Inrer caeteros igitur mar:yres quos sub ara Dei consistere praedicamus etiam beatlls Cyprianus assistit, ut cunctorum vindictam iacundia uberiore presequitur. Xeque enim dubitandum esteum in martyrio plura prae caeteris exorare, qui in sacerdotio prœ caeteris plura conscripsit. Et licet cum omnibus stolam splendidœ remunerationis acceperit, tamen fortasse eloqui minus cessât, quo plus se intelligit promereri. Dicitur ergo illis \indictam postulantibus post datum munus, ut quiescant atque sustineant, donec impleatur numerus conservorum, et reliqca. Yidetis ergo quoniam propter nos martyrum xindicta differtur. Dum enim nos retavdamus, horum sanguis inultus est. Sed hoc contigit nostra desidia, qui non, sicut dignum est religiose vivimus, qui non pie sicut congruit operamur. Xam si bonorum operum ad Deum justifia nostra praecederet, jam conservorum numerus qui exspectatur esset impletus. Xulh autem dubium est vindictam post judicium martyres perce pturo?, qui etiam post judicium praemiis caelestibus honorantur. i Maxim i Taurinensis sermo 78; dans Patrol. lat. t. 57,