INTRODUCTION
mais les fables ellefr-mémes sont intéressantes comme études sur Tesprit humain.
Âmi passionné de mon pays , j^émets ici le yœu de voir imprimer dans leur entier nos plus anciennes chroniques , dont jene présente que de légers extraits. Pourquoi ne feraiton pas chez nous ce qu^a fait M. Guizot pour les chroniques des bénédictins; ce que fait aujourd'hui M. Lacroix pour les chroniques de Saint-Denis ? Après tout , n'est-il pas reconnu que c'est dans ces sources qu'il faut étudier l'histoire de la formation des sociétés modernes ? Les ouvrages de MM. Barante , Thierry , et de leurs émules n'ont-ils pas frayé des routes nouvelles? Leurs récits, animés par les traditions et les croyances, n'ont-ils pas laissé bien loin derrière eux cette science de chiffres et de noms propres que l'aridité philosophique du dernier siècle , si fécond en blasphèmes , osait appeler de l'histoire ? Enfin , n'est-il pas temps d'ouvrir à nos poètes , à nos peintres , à nos romanciers à venir, les trésors jusqu'ici
180 OmiODUCTION.
méconnus de nos richesses nationales? Tout le moyen âge est un vaste poème : dans notre pays , aussi bien que dans tout autre , il peut fournir à Tartiste de brillantes inspirations.
CorameRt Bérold de Saxe occit et mit à mort l'imp^trice ,
femme de son oncle Othon , parce qu'il la trouva en fait d'adultère.
Un jour advint que Pempereur allait , visitant les villes situées sur le Rhin ; quand il eut chevauche jusques à la nuit , au moment du coucher, il s^aperçut qu^il avait oublié Fanneau de Saint- Maurice et aucunes saintes reliques, qu^il avait bonne coutume de porter toujours avec lui. Alors il manda Bérold , et lui dit :
fi Beau neveu , monte à cheval , et va chercher » mes rçliques que j^ai oubliées sous le coussin » de mon lit. »
Bérold fit telle diligence qu^il arriva au palais vers minuit; il monta tout droit à la chambre de Fimpératrice ; la porte poussée , il s^approcha du
lit pour prendre les reliques ; maïs d^aventure il mit la main sur la barbe d W homme , de quoi il fat moult émerveillé , et dit à Fimpératrîce : a Dame, qui gît ici avec vous? » Toute ébahie , elle répondit : « C^est une de mes femmes, w — « Au nom de Dieu! dit Bérold, je ne vis oncques n femme qui portât telle ni si grande barbe. » Puis , tirant son épée du fourreau , il en iGrappa mortellement Timpératiice et son amoureux.
Gomment monseigneur Bérold prit le château de GuHe.
Berold , ayant quitté rÂUemagne , erra tant par ses journées qu^il arriva à Genève } de là il vint à Saissel sur le Rhône ; le seigheur dé ce pays le reçut moult honorablement, et le vint visiter dans son logis ; quand il eut appris;qu?il était neveu de Fempereur , il le pria de venirloger au château de Saissel , et là le fétoya avec la dame sa femme ^ et autant de dames et damoiselles et gentilles feAoaes qu^il put avoir. La nuit passa , le matin vint ; le seigneur de Saissel fit chanter la messe et préparer le diner du matin.
Après plusiemrs paroles , le seigneur de Saissel dit à monseigneur Bérold : «Monseigneur, appre-
M nez que dans ce pays toutes les seigneuries sont M divisées ; et il y a ici près un châtel nonimé » Culle de Mont-Véran , où habite un seigneur , >i lequel commande un ramassis de toutes maniè- >» res de gens , tous dressés au pillage et au vol ; » c''est pourquoi vous ne passerez pas de ce côté, » si ne voulez être détroussé ; il n Y a personne , ni » marchands ni autres , en sûreté avec ces gen&- )> là qui endoinmagent tout le pays. »
Sur ce , Bérold demanda au seigneur de Saissel :
<( Comment est-il possible qu^un seul seigneur w tienne ce châtel contre la volonté de tout le pays? » en est-il seigneur naturel ?» — « Nenny voir , )» monseigneur'^ - reprit le sèigpetar ^e 'Sàf »d^ \ ce h cfa&tel appartient dé droit au roi Bozon d^Arles, » mai^ les brigands et laiTons* qui le tiiennent Vont 1» pris de force ; désolons , ils nous thèn^t en t^e n pays dure et m^lrv^^ tous les Jours ils sont à 1» nos portes, et nbu&'n^osons m soitir ni al)er. )^ ^ Lors le mit monseigneur Bérold moult en sofi eorar/et dit en aUemaod à^ don annitre â^h6t^ : «c Faîtes arpprêter nos gens «n brdbnnaiicç/)>'Il Temercia le seign^n*' de Saiàsèl ea^hti ^ disante (( Dieu vous rende les services et honhetu^ ' que » vous m^avi» Êdtsl'» Pin» eipbraséa Isi tiâniè de Sa|spel , luii Ht doii d^uii > apnëau 'd^or ; p^it congé
BES CHftOIfIQUBS DE SAVCHB. 185
des dames , monta à cheval , et partit avec toute sa compagnie en moult noble arroy.
Quand le srîgneur de Salssel vit scm ordonnance et ^cc^doite ^ il fit armer son monde et T^cccnnpa^ gna^ dont monseigneisr Bérold fut moult ooptent. Ayaât passéles vign^p , et étant descendu en plaine sur le rivage 9 Bérold fit mettare ea avai^t ses chatliots et son baga^ Quand les gaines dû château les découvrirent isur le chemin i' ils l'annoncèrent à leur seigneur en lui disant : h II nous art^ivé » chars , chariots et chevaux de bagage à grande » foison ; que nous comimandez-vous ? » Dans ce moment, le châtelain avait envoyé fourrager le pays par bon nombre de ses gens , dont il pensa enrager; pourtant, poussé par la convoitise, il rassembla tant d^hommes qu^il put avoir , dévalla du châtel , et vint attaquer les bagages. Mais Bé^ rold , qui s^éCait placé en embuscade , saisit Theure convenable , et la lance au poing assaillit les pillards si fièrement, que ce fiit merveille. Eux se défendirent comme gens d^exécution qu^ils étaient; ains inutilement : ils fiirent mis en déroute , et fut occis le châtelain de Gulle. Le reste de sa bande voulut se retirer dans le château , mais ce valut peu ou rien : car monseigneur Bérold y entra en même temps.
Cela fait , Bérold dit au seigneur de Saissel ;
« Baron de Saissel, venez çà ; je loue Dieu de ce )> qui nous est advenu; et parce que vous êtes » prud^homme , je vous baille ce chatel en garde a et gouvernement au nom de qui il appartient et M appartiendra , sqit du roi d^Ârles ou d^autre ; et )> aussi je vous cpmmande que de ces gens soit if Êdte punition, m Le seigneur de Saissel obéit , et fit mener tous les brigands au château de Saisfiçl, sous bonne garde. Dè^ ççtte heure, le paysfiit en paûs;.
Bataille du Mont-Cenis.
Berold ayant appris que le marquis de Suze et les seigneurs piémontais s^ëtaient rassemblés à la Novalèse pour le chasser de Maurienne , œnvoqua son conseil et ses honunes d^armes ; puis leur dit : a Seigneurs , firères et compagnons ! nos ennemis » se sont vantés de me repousser jusqu^en Allé*h magne , par la peur qu'ils ont que je les sou-^ » mette à la domination du roi d^Arles : Dieu ai-<- » dant y j^espère qu^ainsi leur adviendra par le bon » droit du roi et notre bonne querelle. Dieu ne » nous a point abandonnés jusqu^à présent : aussi » nous irons au-devant d^eux, et ils ne nous >» rebouteront ni en Allemagne ni ailleurs, n
Cet avis fiit approuvé ; on fit sonner trompettes et clairons pour monter à cheval; on partit de Lanslebourg en bel appareil, et Ton arriva ainsi sur la plaine du Mont-Genis.
Passé FHôpital , Bérold , qui prenait plaisir à voir sa belle compagnie , la fit ranger en ordre de bataille. Sur ces entrefaites, ses espions et éclaireurs vinrent lui dire : « Monseigneur , si vous » ne chevauchez hâtivement, vos ennemis ga- » gneront le Pas-de-FEchelle , et s'ils le gagnent » vous êtes perdu : car ils sont trop plus de gens » que nous ne sonmies ; sachez que toute la puis- » sance piémontaise s'y trouve avec moult d'ar- » balétriers génois ; nous les avons vus à la Nova- » lèse avec nombre de gens d'armes , et ils ont )> tant chevauché qu'ils sont près de la Ferrière. )i
Lors loua Dieu monseigneur Bérold, et dit :
a Or, nous n'aurons tant de peine à les aller cher- » cher, puisqu'ils sont si près; or ça! messei- >i gîieurs , ami s et compagnons ! a jess auj ourd'hui, » comme toujours avez eu , cœur, et bonne volour » té, et à l'aide de Dieu ils seront nôtres. ))i
Bérold et sa compagnie vinrent jusqu'au-dessus du Pas-de-FEchelle ; ils découvrirent depuis là les bannières, étendarts et pcnnons des ennemis qui débouchaient dans laprairie du Colrd'Âinard, et s'apprêtaient à gravirle oôntremont. A cette vue,
Eérold ht si échauffé qu'ail voulut descendre le Pas-de-FEchelle et aller combattre dans la plaine ; mais plusieurs de ses bons et anciens chevaliers , qui avaient le sang un petit plus froid , Tarrêtèrent en disant : « Etes-vous hors de sens pour vouloir i> ainsi mettre en péril de perdition Thonneur du » royaume, et vous et nous? Pour vous exposer à » perdre en une heure tout ce que vous avez gagné » si longuement et à si grande peine; certaine- » ment vous ne voulez pas que vos ennemis vous » renvoient en Allemagne , mais vous voulez qu^ils )> tuent vous et nous dans ce lieu sauvage , où nous » serons dévorés par les loups et mangés par les » oiseaux ! Ne voyez-vous donc pas qu^ils sont dix w contre un ? w
Monseigneur Bérold répartit : <( Que voulez- »> vous faire ? fîdr ! • . . car il faut ftiir ou combat- )) tre , et pour moi j'aime mieux mourir avec » honneur, que friir et vivre comme un lâche. » — « Monseigneur , » répliqua le président de Viennois , <( peu avisez à ce que vous dites ; car » vous ne pourrez mourir tant chevalereusement » ni tant vaillamment qu'il ne vous tourne à » honte si vos ennemis passent la montagne. Mon )» avis est de descendre au Pas-de-PEchelle , et » d'y prendre position , car nous sommes assez )> pour garder ce passage ; et à l'aide de Dieu , )> gagnerons los et honneur. )>
Ace conseil se tint monseignear Bérold^ et tous descendirent jusqu^au Pas ; là ils se postèrent de roc en roc; Bérold se logea sur le Pas, et tous se tinrent cois en attendant bravement leurs ennemis.
Quand les Piémontais et leurs alliés les virent ainâ inmiobiles sur le Pas-de4Tchelle , ils comr nftencèrent à crier : « Aux armes ! aux armes ! à la > mort ! à la mort ! ils sont à nous! or , à mort ! » àmort! ils sont couards et cœurs fallis! » Lors, sans avis et sans ordonnance ils gravirent le contremont avec tant de vivacité, qu'ails paraissaient voler. Mais le preux et bon chevalier monseignear Bérold et ses gens les reboutèrent tellement et si lourdement, qu^à plusieurs ne prit Fenvie de monter davantage; il j eut grand tas de morts et de blessés , car le Pas était étroit , et Ton se battait corps à corps.
Les gens de monsdgneur Bérold poussaient les assaillants de leurs lances fortes et raides , leur jetaient de gros quartiers de roc du haut en bas, tellement qu^ils tombaient les uns sur les autres , et roulaient morts. Ainsi dura moult longuement.
Quand les seigneurs piémontais, qui étalent dans la prairie aurdessous , virent leurs trois escadres en desconfiture , ils en envoyèrent trois autres
de troupes fi^îches pour remplacer les premières : il y eut donc nouvelle mêlée ; moult de Piémontais çn moururent , et monseigneur Bérold et les siens furent moult lassés des grands feits d^armes quHls soutenaient. Le marquis s^apercevant de la fatigue de Bérold , se mit à le poursuivre durement , en sorte qu'il fut obligé de faire retraite sur le Mont- Cenis, toujours en combattant (1).
Mais Dieu voulut qu'un chevalier de Vienne , qui n'avait pu arriver pour le commencement de l'action , survint à cette heure avec quatre cents hommes, rejoignit la troupe des Savoisiens , et se mit à faire d'armes moult grandement. Monseigneur Bérold et les siens en furent si reconfortés , qu'il leur sembla qu'ils n'eussent combattu de tout le jour; ils firent tant, qu'à force d'armés ils regagnèrent le Pas-de-1'Echelle , et reboutèrent les ennemis dans le fond de la vallée.
La nuit survint; on dressa les tentes et les pavillons ; Bérold mit des gardes au Pas-de-1'Echelle, remonta sur le Mont-Cenis où il établit des baraques en bois pour s'y loger , fit panser les navrés ; et ainsi passa cette nuit, car de toutes parts étant moult lassés , leur prit bien envie de reposer.
Les jours suivants, jusqu'à l'hiver, il y eut di-
(4) Voyez la note I , à la fin de la 2* partie.
192 exteâtis nss CHRanQim de sayok.
rers engagements; il y eut de moolt belles armes Eûtes soit pooT la guerre , soit pour Tamour des dames : mais un beau jour il tomba grande neige, et chacun fiit forcé de retourner à son logis.
De la yenue de dame Katelline.
BloNSU^itUR Bérold avait envoyé quérir en Allemagne dame Katelline sa femme et son beaur-fils Hmnbert; informé qu^ils arriveraient à Âiguebelle , pour les fêtes de pentecote , il manda par tout pays, en Viennois, en Dauphiné, en Provence, à tous ses voisins, des messagers , poursuivants-et hérauts, pom* &ire savoir la venue de sa femme et de son fils, et annoncer qu^il y aurait tournoi au quatrième jour de pentecâte , où seraient donnés trois prix , savoir : à celui qui viendrait plus gentiment ; à celui qui firapperait le plus beaucoup de lance^ et à celui qui se comporterait le plus vaillamment tout le long de la journée.
n vint tant de monde que tous ne pouvaient avoir logis ; mais Ton construisit des loges en bois follius pour les chevaux ; on établit des tentes et pavillons à Tentour de la ville , et les fourriers firent telle provision de vivres que c^était merveilleux.
La vigile de pentecôte , les seigneurs , chevaliers, écuyers et nobles hommes se mirent en point au mieux que chacun put , et accompagnèrent monseigneur Bérold : sortis de la ville , ils rencontrèrent dame Katelline sur la plaine proche d^Aiguebelle ; quand la dame les aperçut , elle fut ébahie du grand concours de peuple.
> Or, tant s^approchèrent, que Bérold;>mit^sfibitementpied à terre efeviS^avaaça pour wnbteeaerat femme sur son palefinoi : mais ceUe#ict«siUitéBibéyB lestement, et courut , les bras tendus,? se jeternA eau de son seigjBeur , et le baisa, et loi .die ; maiB OS' fut sans mot dire , car la jôôe de tous ■ deux &fc grande-, qu'ils demeurèrent grande pièce sans parler, en -soupirant et larûMjaat de^bonhean Tous les mariés firent pareiUeiîieiiit.à;leitrS'dain0ib Etant revenu de la {première émotiott,.Bétol)ilfHrit sa femme^ la replaça sur soiupalèfiroi, mèo^ta siir sou coursier^ et ils vinrentr ea- cqusaaiU;. josqù^à Aigoebelle. Là,, diacan^prit^sa/chaisiipe'^ur se retirer en son logis; les seigneurs et lesdanes
DES CHRONiQUBS DE SAVOIE. 195
qoitlèteflJtletËt^ habits chetài^I]^ mirenl
à leur aise , et prirent repos dames et chevaliers éKtsètaâ^le«
L'iietûie du souper viik : alc^rs Vx>imnencèrent <à écnha&r méti^triets et trôn^ettes ydiaduxms et t^^es liiaâAàièrëd d^nstrùménts ; ohacilii^^ippi^ka ^Kmtl àà^fMl^'téur ; là ^ àurîé^ vu vtBfiir damés , ddtpoi'^ seBè^ i^ui^^îtési, et dé t6uteè;'>£sçoih6, lé^eEe» ^inblciëni àtiges dé beau4^^' là'V àurî^'va eùnt àtefUe , 'pMûiêj^ et om^riè \ ^^fmmm&ù(^ dëdoil; iiSàp6ssiMé d k(k>ilH:ei^.^^^^ nMtre^ d^h^el tiiiTtot e< fiMfifrt l^rd(5nMii(!^ de VàSÉfi^te'J ne 4àa«it fle- Boiàifdér si ÀireM j^^nris métë 'd<6 ' toiÊim tmeiiuérés* y éèlliMi^Àt^e^ôtLS fiShrei^t ]i>kits que ooiiteiitsl' ' > ' r>Ai[M^ sotiperygràtieë ditesv^^m fils ^«cth»sâ>at^ leUsà^sf 'de' "daÉtde k de jeùkyijpu}»' diadm -Çt «^trgilk. Mhéi'pMSa cett^ ta^t^^ ^nde^pteiMMe de «ëâx'étdef celles <{«à ^détftiis Ibng-teiiLfNi m 4^ tlî(^«'vii^ ;^;»,^i.w..; ^-i/ohjmi <i.i ; •>^:.?,;S «cJù/i
^!Le lendemain , jour de la pei¥^ôlRKv'ieii^^m« gtiéiir^ de régHse , chaubine^^et 'prélr^v^rdén- Â^eikl le sèfirvice déria auquel >Bërbld^ et^mte^ea It6btéâse rnssistèi^ent moùIt &bnorablenekt ;^/^3r viiit aussi diElime KâteHine^ ki^ir cie&datbesv^daiQaol^ seUèÀ^ et pucdles , en coiftpagiiie des: noble» dames è(tpa;f9ièt^du' Vieiliièisi^^^ étaient TeÉiu^B pour faire honneur à monseigneUîH'Béroldi-:' aAsei'là
cour était si belle j que ce serait chose trop longue à narrer.
Le service fini , chacun dina aisément ; tout ce jour passa sans faire. bombance ni autre fSte^ sauf le plaisir de jaser; sur le midi 9 chacun se retira jusqu^à rheure des vêpres ; après les vêpres ,iut le souper; et ainsi toute cette journée fiit employée en honnête et bonne dévotion ; car dame KatdUne , belle et vertueuse, était aussi moult dévote, de grande abstinence 9 aumâneuse en secret , douce et piteuse à toutes gens , aimant et redoutant Dieu.
Le lendemain , chacun sliabil^a oomplètementt et tous vinrent attendre , au-devant du château , Bérold et sa femme pour aller à la messe; quand ila furait sortis, auriez vu là belle ordono/anoe; après la messe chantiée, ils allèrent diaer; alors , auriez entendu trompettes et ménétriers «pp^er teOemenf que la.terre./in retentissait ; alors {ajf&k% faites danses de plusieurs manières ; &( la îqûi atnple et grande. !>>'
-^ Ji» dinerfini, grâces furent dites; chacuar»oenmieaça à danser et à faire liessef quand on eut assez dansé j et qu'ail fut le moment d^apporter le ¥in du coucher , Bérold prit sa fenmie par la main, et ordonna à tous les m^a d^w. faire dut^tj^en sorte qu^il j eut une danse toute de nn^riés 1 qui fut bdle chose à T^HT. ; . . . f;
Le troisième jour s^ouvrirent les joutes ; vinrent Gtiox qtii volonté avaient d^entrer en lice , et qtii mieux put le fit.
Or, il survint un chevalier tout arme , monté sur son destrier , tellement que personne ne le leoonnaissait; il fit si bien aux joutes, qa^il ren^ versa chevaux et chevaliers , et se comporta si bravement que tous et toutes lui donnèrent le pas; il voulut se retirer secrètement , mais pour ne pas perdre leurs droits, les rois d^armes et poursuivants suivirent de si près cet inconnu, qu^au sortir des lices ils Tarrêtèrent , lui levèrent Fheaume de la tête , et reconnurent alors Humbert de Saxe , le gentil écuyer , fils de Bérold.
Tout lé monde en fiit émerveillé à cause de sa jeunesse , et le prix lui fiit octroyé ; mais son père ne le souffirit pas, et il fit donner le prix à un autre chevalier; nonobstant, Humbert eut la voix des dames et damoiseUes ; chacun dit qu^il suivait Jlîenla nature de son père en prouesse et vaillance; il fîit fétoyé outre mesure , et celle qui pouvait le toucher en était bien aise ,' car il était blanc comme lys , et pour ce fiit nommé Humbert aux blanches mains.
Au quatrième jour de pentecôte fiit fait 1^ tournoi , qui fut nc^le et grande chose. Bérold y parut en personne , portant sur ses armes une aigle
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d^argent eouronnée de gueales en champ d^or; H^IIlbe^t y parut aussi ayecles armes de Saxç qm sont quatre faces de sable en écu dV)r, trayersées par un chapelet de sinople. Le père commandait d^un côté 9 le fils de Fantine; les seigneujcs , cheyar liers , ëcuyers et noldes lurent mi-pailiSt Wktai^t d^utt^ part qjotù d^une autre; les yiejo:^ francs cb^yalie^r&se tenaient auoûlîeu av^ les hérauts^ lescpiels taillant les cordes quand Fheure fot. Là auriez vu mainte épée rdiuire , mainte massue levée , maints coups donnés et reçus) là furait connus les blasphémants et mal-disaats des dames ; là Surent <ionnus les infâmes et vivants en reproche de noblesse ; il y en eut à qui fut remontré comr ment devaient vivre en gentillesse , mais non pas aussi rigoureusement que Tordre des tournois Saurait exigé, Bérold ayant prescrit des ménagements à cause de la venue de sa dame.
Humbert se comportait si doucement et si vaillamment, que lui et les siens firent plus d^une fois vider place à la troupe de son père.
Cela dura jusqu^à ce qu'ion eût apporté torches et falots ; alors tous vinrent au château ; les chevaliers s'étant désarmés , tables furent mises ; après souper Ton dansa , et le prix fiit donné ^u sénéchal de Provence , lequel était bon et vaillant chevalier.
Les fêtes ayant duré pendant toute la semaine , les seigneurs étrangers prirent congé de Bérold , qui les remercia moult grandement : il donna aux uns des chevaux , aux autres des harnais , aux autres des draps de soie et des robes, aux autres de belles paroles , si bien que tous partirent satisfaits.
Cosimeiit k comte Huinbert II eut à femme la fille du comte de Venecin , et oomroent il abaitta le péage de BriaaçoD.
Le comte Hnmbert , étant jeune , prenait sa plaisance à la diasse , et tenait grande foison de toutes manières d^oiseaux et de chiens courants- Un jour lui prit volonté d^aller s^â>attre jusqu^en Arles, et de fait il y alla en chassant et faisant voler ses Êtucons ; il arriva aind dans le comté de Venecin près Garpentras, et le seignetir de ce pays ayant appris comment le comte de Maurienne allait déduisant par ses marches, monta à cheval avec nombreuse compagnie , vint trouver le comte Humbert sur le» champs^ et lui dit : a Beau cou- )> sin , pour cette fois je vous aurai; je vous Êds i> mon prisonnier , et Êtut vous ren^ aux dames, n Puis, il emmena Humbert dans son château de
202 EXTUAITS
Carpentras , où il fat reçu moult grandement, et fétoyé pendant trois jours , tellement que la belle Laurence , fille du comte de \ enedn , plut moult à Humbert , et lui à elle.
Humbert s^en découvrit à un sien chevalier de ses amis; et ledit chevalier, qui sage était, fit tant que le mariage fut accompli au gré des deux parties (1 )•
i^rès avoir sqoiumé on mois, à Caipentras, Humbert enmiaia sa femme Latorence en Maurienne, oùilss^entr^aimèrent moult parfaitement.
Dans ce temps , il y avait un banneret , seigneur de Briançon , qui était moult avarideux , fier , Otttrageux, à qui semblait qae Mil ne^pùt loi nuirez il raoçonnait le paoum jcfmmmn ^ .«t. avait élevé .un péage merveilleux sor gêna et wardbandises. Les marchands s'en .plaignirent au .oomte Himibert, eu l«ii disant :
« Au temps de vos bcms pr^déoe^aeiu^ iiqus n pouvions passer et rep^tssw Wif^ êtv^ .Q^i^iwi» ^ mgrevés;mais.mainte!nan|;]^4QÎgneu«r4&JQi^ » çon nous traite si aigremiBnt^qijCîl,ij[|Qas;£i^ » forc6.de neplnsjfitsquenter ça di^marâ » nous vous suppjyk>nsdY(;(HiirKoi]:.i<^i:.i^ » doublé le péage 'pour vos hommes» »
(1) V^e» la noie II<
Weomtë deur ditic m MLex.1 àTnide déJXtàBLff h {lorteraiireinôde. jiFtols^ a^ràs; avoir' tena 80a o6nseil, iléqrivitau^sîre'ilejBriaBçoa^ ertlà priaatt de ne pljas girevcir les. uHurehands ni Md i bonim
Quând Jk ^sire d^ Briançon. eut ouvert la lettre, il se prit à rire et répondit aa messager : « Va dire » à ton maître que si lui-même vient passer ici , )> je lui ferai payer le péage comme à ses gens ; » dis-lui cela de bouche, car je ne daigne lui » écrire. »
Quand le comte entendit cette réponse , il fut courroucé, et jura par Dieu qu^il passerait et repasserait sans rien payer ; incontinent il mit sus son armée , chevaucha contre la roche de Briançon, et y mit le siège. — Il y demeura maints jours sans rien faire , car la place était forte , bien garnie de gens , et fournie d^artillerie.
Quand Humbert vit ce , il laissa un sien chevalier pour bloquer la place ; puis , avec une partie de ses gens , il marcha vers le mont de la colonne de Jou , près la source de Flsère , et soumit ainsi tout ce pays qui n'avait pas de seigneur temporel, carjusques là les nobles du pays avaient guerroyé les uns contre les autres , en sorte que le plus fort opprimait le plus faible.
Après cela , Humbert revint au siège avec les
204 EXTSAIT8 DBS CHRONIQIIBS DR ftàVOIB.
nobles du pays dont il avait reçu Thommage :
voyant ce, le sire de Briançon fut ébahi et chei^ cha à £adre la paix, tellement que par traité le péage fut supprimé ; iiem , pour Finjure qu^il avait £dte , le sire de Briançon devint homme , . et fit hommage de toute sa terre au comte Humbert.
Gommeiit le comte Amè fond* les tbbayet de Saint-Sdlpiee'
el de Tamië.
]jB conteAmë^ étaiil «ouebé avec la^eomtesse GmgoBBeyfsaieinflnav l^t<^it(Soiqnra* mouk àpreméRtf et lu dratanda-tr^tMa dame et ma miey »: qiâvoiisiÉieiit à](KH^>iit»ramsi? Vraimc^ » :à^on grafid dépUiait ; dâtef^HOMi bi .vous aves^ » itoi sar.ie ooeor? i> -<^ h Afcmad^ear i», lui T^pcmdk la €0i9t686e>^( certainement j'i»i sur le A cœur une eiMMe cpieiîe voita. ëiraî volontiéis : » mMiaaâveaoplèTaioaàvctffaiÉ.iwouéefo » eoayentiâe Taidhe i de^ SamtrBernaJrdyiai i Dieu n nous donnait lignée ; or , Dieu nous a donné , à » cause de ce vœu, notre cher fils Humbert; )> cependant , YOtts n^avez pas commence •encore à
208 £XTRAITS DES GHR0NIQUB8 DE SàVOIB.
couvent qu^il appela Tamis (1 ) 9 ce qui veut dire rançon drames ; puû, là, ordonna abbé et moines au service de Dieu et de Notre-Dame , lesquels il renta, fonda et dota , comme sVppert à la journée d^aujourd^hui.
(i) Vojrex la note IV.
' ' 'ïVJt" .
Coimnebt'le cotnte llumbert m foniià l*abbaye d'Avlps . apk-èsJa qnort^de i|« prcukiiidpe fenme (I).
Ek ce tempskf deux bans moines de Clairrana:
prirent congé déjèur abbé pour aQer tenir vk aolitain^dans un dévot eivmitage , o& ils panrr^eot servir Dieu plus contemplativement ; après avoir beauooupehemînéèontrerOrient, ils traversèrent le lac de Lausanne .'«lafTivèrenl dans les houtis Oftontagneades Alpes ^ dans^un lieu cpii leur sembla mouh4évotieux^ Là, ils firent dei^ petits ermin^ ^gessur le bord d^un. ruisselé t, IHm pour prier ^ l^aotvé irpoui; logeFfi 11^)^ > menèrent sii bonne et «ainte vie^ quelënr it^^ttatioti s^étenditde près d
.i: j'.rs-i i *'i'.î :*••►? .'.^jt ii'r> C> >^)r4'fr^i , ; »■.';.. •/''". .■;
de loin; ils firent même plusieurs miracles non douteux.
Or, révêque de Genève étant venu visiter le comte Humbert pour le ccmsoler du trépas de sa femme, Févéque apprit au comte comment fl avait dans son diocèse deux saints moines ermites dans les montagnes d^Âulps ; il ajouta : « Je M vous louerais d^y aller vous ébattre par passe- » temps ; s'il vous plait , je voqs accompagnerai , >» et vous recommanderai à Dieu par le moyen de » leurs bonnes prières. »
Le comte remercia Févéque , et lui dit qu'il y irait quelque jour.
Quelque temps après, dans son sommeil, le comte rêva qu'il était devenu miaçon,, el qu'il faisait une église de menues ; il lui semUait même qu'il travaillait teUement, que son corps était trempé 4e sueur.
Quand vint le matin, apanès avoir entendu la messe et diné assez l^èrement ^ le eomle ordonna d'apprêter sa monture , endisant qu'il voulait aller s'ébattre; de quoi ses gens fiareiU mouk^ joyeux, car Us l'avaient vu languemenit moiïie et piea$i£
Etant donc monté à chei^ ooi^me pocw chasser, le comte arrivft.au lieu où étaiemt les deux saints prud'hommes moines et ermites, lesqu^ il surprit Êdsant leurs oraisons. Leur prièrt finie t ils sorti-
rent de leur chapelette , et fiirent ébahis en voyant le seigneur et ses gens ; le comte les salua , et eux lui rendirent son salut moult humblement , en lui souhaitant la bien-venue au nom du Christ.
Le comte les écouta moult volontiers , puis se retira avec eux dans leur sainte demeure : là, assis tous les trois , un moine de çà , un moine de là , le comte au milieu , il leur raconta , en pleurant, plusieurs tribulations , mélancolies et regrets qui oppressaient son cœur , soit à cause de la mort de sa femme, soit à cause qu^il n^avait point d^enfant.
Quand les deux saints prud^hommes eurent ouï sa complainte , ils le reconfortèrent et consolèrent si bien que la grâce de Dieu opéra : le comte se prit moult à éjouir, et ne pouvait se saouler de cette société; aussi il commanda qu^on apportât son vin et son goûter , pensant bien que les deux prud^hommes en tâteraient ; mais ce fut pour néant , car ils ne mangeaient que racines et pain bis , et né buvaient que de Teau ; il n y avait chez eux que deux croûtes de gros pain sec , reçues en aumône. Ne tarda guères que le comte fit bâtir là une al)baye de Tordre de Giteaux, moult belle et notable , où il fdaça religieux de sainte vie , avec rentes et possessions, livres et vêtements d^^lise, et ce fut en 1143.
vm.
De la fondation d'Hâutecoiktbe ; et commèikt lek trois états dé Sayoié j fillèreRt pour en tirer h^ comte Hombevt \
et le forcer à se remarier.
ÂPRES ia mort de sa seconde femme ^ le com^ Hombert se mit en volonté de ne plus se marier et de quitter le monde. Un jour donc il se mit à aller par les champs ; parti dTenne en la compa^ gnle d^aucuns religieux^ il se trouva près du Mont-durClhat-d^Arthus (4 )9 en un lieu moult soU^ taire , où il n^y avait qu'un pauvre et /Saint ermite | lequel y était venu habiter par miracle ^ qui lui apparut d'une lumière ireq^ndissante qui s^y montrait de jour et de nuit»
(1) Voyei k nota VI.
Quand le comte eut là demeuré un temps, il prit ferme volonté d^y finir ses jours , et s^y adonna à mener une vie moult dévotieuse , en r^rettant de n^être prêtre pour y chanter messe ; puis il fit édifier une religion d^aucuns saints prudlionmies, pour y servir Dieu avec lui , en établissant abbé, moines et couvent , avec rentes et possessions.
Quandles prélats , les ecclésiastiques , les barons et nobles , et le reste du peiqple des pays et sei^ gneuries du comte Humbert virent cpi^il s^était décidé à quitter le monde sans laisser aucun successeur, ils furent mal contents; et ils firent une assemblée des trois états à Ghambéry.
Là , fut ordonné que Ton enverrait une députation au comte poiur lui remontrer, bon gré, malgré, son erreur : aussi , ceux qui iraient vers lui par les trois états furent élus , tant de relise comme des nobles et du commun, qui furent en assez grand nombre.
Les députés paridrait de Ghambéry , vinrent au Bourget , là se mirent smr le lac, et v<^èrent jusqu^à Hautecombe.
Le txHute les reçut moult doucement, et bien pensa la cause pourquoi ils étadent venuSi,. mais semblant n^en fit; il ordinma d^apporter la colla- . tion , et' ne fit aucune démontrance qu'ils voulussent lui dire aucune chose. Quand les ambassa-
denrs des trois états virent qu^il ne leur disait rien, le chef des ecclésiastiques commença par lui dire t n Très4iaut , très-^exceUent , très-'puis- )> sant , notre tr^redouté seigneur , nous , vos » sujets 9 sommes venus ici, de la part de tous n vos pays , pour vous esqposer aucunes dioses qui » touchent moult grandement à voms et à nous : )> c-est pourqiu)i , très4iautain et souverain sei-^ » gneur^ humblement vous supplions qu^il soit » de votre grâce de nous donner audience et de n nous ouïr sans aucunement encourir voti» maie » grâce. » -*- a Dites ce qu^il vmis plaira, » répartit le comte , qui bien pensait ce qu^ils. lui voulaient dire.
Alors le chef de Pambassade continua ainsi :
u Très-redouté et notre droiturier seigneur, ne » vous d^laise : nous sommes certains que vous » avez: plus de s^itiment et de connaissances que » remontrer ne vous saurions; mais ne vous dé^ » plaise : quelle chose Mtes-vous ici ? et qui. vous » a mis la fantaisie en tête de ne {dus vous ma- » rier ? Mieux vaudrait qu^il ne fiit jamais religion » que d)3 laisser votce terre sans hoir ni sucees- )> seur (1 ). Hélas ! si vous nWez lignée , qui nous » gardera? qui nous défendra? qui nous gouv^v
(1) Voyez la note VU.
21 6 SXTRAIXS
iKiiôra?Oh! pays désolé^ bien pourras-!» dire » 4pie œ seigoeur sera cause de ta destructioa !••• » Hélas! hautaia seigneur, ne soyez pas cause de I» si grand mal; ne laissez pas votre terre veuve , 1» seule et morne; partant v cher seigneur, vous » plaise remarier pour npus donner hoir et lignée » dont le pays soit restauré. »
Le comte, «près avoir écouté toutes ces paro* les, leur répondit: a Vous parlez en vain et battez » Peau; je suis où demeurerai et finirai mes » jours. »
Mais ceux des trois états lui répliquèrent en** semble : a Redputé seigneur, ainsi ne sera ;/ car » vous avez à sortir de céans et à vous remarier* M Vous pouvez aussi bien £sdre votre salut en Top- » dre de mariage comme en quelconquie religion; » pourquoi , ne vous veuiUe déplaire : car il vous » convient marier pour avoir lignée, pour que » votre pays soit maintenu en justice , et qu'ail ne » tombe pas en étranges mains; et pourrez aipsi » £dre beaucoup plus de bien qu^en restant miUe n ans avec ces moines, o
Le comte était moult ennuyé, les moines Vêtaient aussi ; il» firent dure et grande résistance; mais à la fin les prélats,, barons et nobles^ et le peuple prirent à part les moines et Fabbé , et leur jurèrent que s^ib ne déterminaient le comte à
sortir , ils bouteraient le feu en Pabbaye , et détruis raient leur religion en telle manière , que jamais Ton n^ chanterait messe. Alors, ils firent tant que le comte leur accorda de se marier, pourvu quHls lui trouvassent femme convenable.
Amours et mariage du comte Thomas avec Béatrix de Genève.
Apres avoir ordonné le gouvernement du pays pendant la minorité du comte Thomas, son grandpère le comte de Bourgogne se disposa à retourner dans ses propres états. Le comte Guy de Genève , apprenant son départ de Ghambéry , partit d^Ânnecy en toute hâte pour lui faire honneur à son passage à Genève , en sorte que sa femme et la belle Béatrix sa fille arrivèrent dans cette dernière ville en naême temps que les comtes de Bourgogne et de Savoie.
Le comte de Genète avait mandé dames et damoiseUes du pays en grand nombre ; aussi y eut-il fête plénière , triomphe Joutes, morisques , danses
et momeries (1); là furent veillées jusqu^au jour; là fiirent faits ébattements en abondance.
Or , il advint que le comte de Savoie , qui était frais et beau jeune prince , en dansant avec la belle Béatrix , sVnamoura d^eUe , voire tellement qu^fl en fiit féru tout oultre, et enivré du breuvage d^amour.
Dame Vénus , déesse des amants , lui étouppa les yeux si bien que , chassant toute timide pur deur , il requit d^amour sa belle danseuse : «( Ma » dame , lui dit-il , m^amour et tout mon bien , je » demande merci , et vous requiers de m^enten- )> dre sans déplaisir. Je vous veux certes autant )> de bien et d^honneur que j^en voudrais pour » moi ; mais il est «ùr que votre lieauté m-a épris M si fort, que je tie sais que faire.} . aussi ^e voa9 » supplie et requiers de me prendre à .merci ^car )> suis vôtre et sujet à conmiandemeot. n, ,
Us dansèrent ainsi plusieurs tours t et ., . au mo^ ment du poser, sVssirent loiut des : autres, pour causer plus à leur aise. Alors le comte "ConaDayenfa de plus belle à la prier d^amour , le^ plus hoimôtelaent que faire se peut, «t 1^ pressa si fort qu^iCils lui répondit : a Ah! monseigneur, moHiCmmii^ ^ taisez-vous ; si mon père «avait ce 4^0» vous
(i) Voye* la note VUI. ,,•
D£S GHRONIQUBS DE SAVOIE. 221
» me ditec^, je serais honnie : ainsi ne nr^en i> parlez jamais , car plutôt mourir qtt6HM>nsentir n À chose reprochable. Mais s^il est ainsi que vous )> mWmiez , faites-nM>i demander à mon seigneur h' pour votre épousée, et quand ainsi sera^ je vous )> promets'quejeraccorderaietle ferai volontiers.»
De cette. réponse Thomas fut plus joyeux que sHl eût gagné cent mille édus , et répartit : <( Ma )) dameet m^amour , ce que vous dites est-il sûr? »- me le promettez^ vous ? » — « : Oui , dit-elle , »' sûrement 9 car j>è' vous préfère à tousvn — «Or i> vçà^ fit le 6omte>9 ma dame et mon tout, je vous » promet dé n^v^rd^utreéjpMisée^^evb n £lle le remetdâ ^ et eH ces- j<yyeuàe» paroles y ils dansèi^nt, iMbdinèrent et fétd?^eiit quasi jusques au'jOttir^'', ^ •■■ • •'■■■■' •*■ .<; jiAM.--> '.
Le comte Thomas était souple ^«léga^ et'bîen dansant-^ il s^éflKMCf^^ïdB^fiiire.si Mil^ûique la piupaort s^^perçiiif»tt'qaïl^élaitamottreus die^éatriki > Danses'&[iies'f'Onpn&«eiigépour'laTe<Tâit64 et îsé donnèrent hoim^jMÈOimyuiÊÊt^^^ TOmte^eâtiMen^sôtil\aitéi^pMil«jà^ vtftéÊm^'iL i^httqbe^^ pasf ikj9e^*|!q]t^ «celle t'^iiii
tenakis<» ««Oâur^^^jslfô v/^'^M^«^gv6i^ mcAàk
^ëUrt^arf ¥4t 9^'f«0lli|Mltd4^ fkTtSÊ& jdé^-IA
l%tè; lètil$k;eÉilil9y^ljbMèÉytt^^^ -^'^ .f ^-^^ •''
224 MXTJiuaTB* •
Cependant, moiiral ki reine de France, et, après son deuil , le roi ajrantafqpris que le oemte de Genève avait la plus belle fille qui se pût voir, il envoya audit comte une grande ambassade pour demander Bëatrix en mariage; le comte* monta incontinent à cheval , et s^en vint droit à Paris à Faudience du roi, lequel lui dit : « Beau cousin , » nous a été rapporté que vous' avei une fiMe à » marier : die sera reine de France ai cela vous » plait. » Le comte Gui a^agenôuilla et répondit: « Si tel était votre vouloir t^j- aurais fart et moult » grandement à vous remercier, n^-^v Oui ^ dit le » toi , G^est notre bon plaisir si c^éatle vâtre. » <-*»•« Hé bienl monseigneur, je voua raneraie, M voua pouvex la prendie à votre volonté, w -* « Alors, repartit le roi, vous pouvez, beanrpère, n aller la quérir quand il vous plaira^ et je vous n donnerai'|>en6pour la conduire et l^unener.» *— « Que ivotre vouloir soit fidti » rqMmdit le comte de Genève. Celui-ci resta eneote quelques jours à Paris , et se fournit dTwihillemenis pour sa fiUe; de soa cAté^ le nri cn*Bt finie de ti è u ri che s , bveedemioult beaux joyaux. .1 ■ • - {' .
AppiÛKx qu^ly eut alots gfaiidl afpalul: k èomte de Cbdupague^ le oo— te iBiiuéoin> de Klandiftf et plusieura autres aeigusui» fismt -ii^ëtës pottr uU» chaichfi hrJwite l'pail n\ ,ii lila ernOw nt
tant par leurs journées , qu^ils airrivèren^ à Annecy,, où ils furent fêtés par la comtesse , par sa fille , par les dames , damoiselles et nobles du pays.
Instruit de tout cela , le comte Thomas fit préparer secrètement son armée ; il ne mit dans cette confidence quW moult sage dievalier bpuj^uignon , qui était son maître et s^appelait ]pionseigneur Jean.de Salins.
. Averti par ses espions du jour fixé pour le djér part de la belle , le comte fit niettre ses gens en em]^uscade> puis rassembiU soq conseil et dit :
:.« Vous âteâ< tous. féauxide la miuisan.de Savoie; )> aiissiy.jeveuxyousdécouyrir mon cas. Saeji^ » de vrai qu^il y a accord entre moi et la fille jdu i> comte de Genève; car je lui ai promis que ja- » mais je n^aurai autre femïne <{a'eUe ; ' de . ;SO|i « côté , elle y a coc^nti en • me disant que je Ifii )» étais plus ^agréable que tout autre ^ . cependant , ii.'eoa père veut la.mener au roi de .France; c-es^t I» < pourquoi . jlai résolu; qn^aioisi ne ; sera , (^r cç » serait pour moi éternel reproche devant DieUfef n: devant le monde. . . ; /" ,,
y .)t Partaut/jM aivisé^d^ U praidre et retenir., nihon.^iéj malgré,, VU; quWe est ma femme. >>
A ce langage y tou» les conseiller^ fiii*ent d'une opinion: coiltrûre , ^«gi^faisajQit observer au cpmtie qiue'don entn^pirise pouvait le sia^ttre en guerre
avec la couronne de France , et qu^il en pourr»! m'*escheoir à lui et à ses pays ; mais le comte leur répondit :
n Or çà ! je connais votre avis; donc-, si j^entre^ » jprends une chose dont mal vienne , vous n^en )> serez pas chargés ; mais si elle réussit , Thonneur » en sera mien : qui m^aimera , me suivra ! »
Sans plus attendre , il mit le pied à Tétrier et tira sa voie, accomp^^é de plusieurs qhevaUers, nobles et écuyers.
Après avoir chevauché toute la iiçit , il arriva dans un bois près de RoussilloH , où il avait Êdt |»Oster son armée , qui le reçut ww grande joie. ' Ile attendirent ainsi jusqu^au jour. Ses espions viiirént annoncer au ccvnte que Tépousée devait diner à Boussillon ; des chevaucheurs vinrent aussi lui dire i a Le comte de Genève et sa compagnie » sont à deiûi-lieue d^ici , en bon nombre ^ mais n sans armes. » Alors ^ le comte de Savoie déoou*^ trit devcmt tous le secret de son entreprise on ces tei!mes :
<( Messieurs et amis, ne croyez pas qu» je » veuille rien faire qui soit contre Diett ou les lois )> du monde; maissoyez certains que la-fille «du )i comte de Genève est ma^femme , et 'que je^ suis » son droit mari. Maintenant ^ son père k^miiie n auroideFrancejoTf iliti<seml|^éqaeje&ra|i
» iii»l de I^ laisser aller, vu qu^élle -est DÛenne; V t^^est' pourquoi je vous prie de ib^dder à mon n besoin* »
Ses gens Payant ainsi entendu parier , «t voyant bien qall avait pour lui Dieu et bon dïtnt , ils répondirent :
ce Très-redoutë seigneur , nous sommes à vous ; » soyez sur que nous vivrons et mourrons avec » VOÙ&, à votre commandement. »
Cela dit , tous se mii^nt en bel arroy ,- sortirent de la forêt , ^t rencontrèrent dans la vâll<ée BëatiTS avec soft escorte; le comte Hiomas mit la înain à ÉKfii ëpée, et viiit saisir le comte de Genève pât le gik^n, en lui disant': vRaidez-vôus-, comte de » Genève V vous êtes rtion-prfeoifinler. »
Tous< ses gensd- aiioies fiî«nt de même à ceux de l^seorie , sans tottcher ponrtaiit aux députes^ de France. '
Le comté de Genève, v<>yanttpié c'était sérieux, demadda: a Pourquoi înèprenei^vous? que voué * aî-je fait? j» — i Pltrs que voué ne fsroyett, lui linrépàrtitleprinee Hiomas ; 1*" vous voulez ma- » rier ma femme , votre fille , à uiraûtre que moi . n -^ <( -Voà^e femme ! estdama le comte dé C^enève , n^ je ne p^iise pa$ qu?elle le soit ; qtd vous Ps^ doA^ » *née?àéfbM quand ek^lle v6tït^? r> ^l^ a Depuis tf qih^âd^e'fttisënèrë Awèile oothte de^SourgbgM ,
» VOUS eussiez bien voulu me garder prisonnier ; )» vous dites alors que vous n^aviez pas oublié les n outrages de mes prédécesseurs; aussi, je prén tends avoir de nouveau querelle contre vcms. » Ne croyez pourtant pas que j^aie jamais: eu n vilaine pensée au sujet de votre fille : j'en devins n amoureux en la voyant; sans mal penser i» je la » requisd'amour en dansant avec elle Jelui promis » que je n'aurais jamais . d'autre fenuné qu'elle; » sa réponse fiit que cela lui plairait, si c'était le )» plaisir de Dieu et le vôtre ; enfin , après plusieurs n paroles , le résultat fut tel qu'elle est ma femme, ». que je l'ai et l'aurai; demandez-4ui si cdia n'est » pas? )» — « Fille, qu'en ditest^vtous?» demanda le comte de Genève. -^ « Monseigneur ^ si cela ^ vous plaisait^ je serais contentede l'avoir» m
' A cette réponse il ne sut qu^e ré|diqu/er , et 4on le donna en garde à monseigneur Jean de Salins; alors le comte Thomas prit' la main de. la belle Béatrix j et lui dit : <( Âh 1 tn.'aioaitf et .tout- ;moâ w , bien , grâce à Dieu ! à préaetl t je vous.ai ; ne Vous » ; tourmentez: en rien ^ ; car Je sui* v6$te \ i et tout i» votre ;vouloiir sera £*itii>\ w
Puis ils chevauchèrent > droit' à . Bouissillon ; là , fujcent, les. noces célébrées eti >t)réseaç6;df«(^mbâs^ sadeuTB de France v auxquels le^co^it^i'l^iiilpkas fit grande «t tonnes Ahëne ; i rkw/w^vkU Jiiêmei toir fiiire
des présents qu^ils remisèrent ; après leur départ , il fit bien garder le comte Gui ; puis , de haut mi^ jour^ il alla coucher avec sa femme , et ainsi fut le mariage consommé ab utraque parte.
Après ravoir gardé long-temps en prison , Thomas finit par délivrer le comte de Genève , à la requête de sa fille ; mais sous condition q[u^il deviendrait homme du comte de Savoie , et lui prêterait foi et hommage pour lui et les siens.
Comment Bonifece de Sayoie fîit arcfaeyèque de Gmtorbèry.
BoNiFAGB j septièoie fils du comte Thomas .j fui moult dévot , trè&-bon catholique , prudent j ai«« mant et craignant Dieu , lettré en la sacro-sainte théologie , et docteur in utroque; il fut vaillant homme , chariteux pour les pauvres , consolateur des veuves et des orphelins; il réunissait toutes les grâces de Dieu , car il était grand de corps , biea formé , de gente et moult belle &ce , doux j aimable * et gracieux, tellement quV)n rappelait le second Âbsalon.
Le siège de Cantorbéry étant venu à vaquer y Boniface fut nommé poiir Foecuper. Après avoir pris possessicm de son diocèse^ qu^il; gouverna et
r^it moult saintement ; et après quelques années de séjour en Angleterre , il lui prit £aaitaisie de retourner en Savoie , et de visiter ses firèrés ; il fit donc apprêter un baleinier , passa la mer avec un bon vent, et se mit à cheminer par terre , avec moult belle compagnie de nobles d^Ângleterre , presque tous montés sur des chevaux irlandais , quasi tous blancs comme cygnes.
Arrivé ea Savoie , ne faut demander comment BoniËice y fut reçu du comte Amé, de ses firèreset des dames; sa joyeuse venue dura longuement; ensuite , il se mit à parcourir le pays , car moult était puissant de finances. Un jour il s^en alla à Fabbaye de Saint-Rambert , où il fit ToAGlce divin ; un autre jour il vint à RousaiUon | où il>denieara un temps, car ce lieu lui fit plaisir, et.il. y,fit bâtir un fort au plus haut delà ville, jugeant que citait une def du pays booneàgarder en cas de guerre; il fit élever un autre château ji . Ugines^ et moult d^autres grands édifices dans les autres contrées de Savoie.
Pendant son séjour , il y maria plnsiears des anglais qui Pavaient accompagné entre antres monseigneur Henri de Helland , lequel eut grande et belle lignée , d^où sont issus ceux de Cieeherel, ceux du Saix et ceux de Monthoux^
Uarchevéque étant letoumé en Anglelene, il
y vécHt moult saintement j et moult a£Bigë par sa beauté, car plusieurs fois il fut sollicite et requis par folles amours des plus grandes dames du pays ; mais ce fot pour néant ; oncques il n^ voulut consentir , et vécut toute sa vie en chasteté.
En son grand &ge^ il lui survint une lùoult griève maladie de gravelle f laquelle le tourmenta si âpremeiit quHl en mourut. ^
Par son testament ^ il avait ordcmné d^apporter et ensevdir son corps à Tabbaye d^Hautecombe : ainsi fiit fait. Le comte Pierre de Savoie , son frère, alla le prendre , et le fit apporter dans une caisse de plomb bien soudée , qu'il fit recouvrir d'une grande lame de cuivre représentant Pimage de Parchevêque , et dont les angles étaient couronnés par quatre anges du même métal ; ce tombeau fiit déposé auprès du grand aut^l.
Il advint une nuit qu'un des moines de cette abbaye fut fort contraint delà maladie de gravelle, tellement qu'il courait haut et bas dans le monastère ; dans sa détresse , il s'assit et se coucha par hasard sur cette lame de cuivre de la tombe du bon , archevêque : or , incontinent il fut guéri ; de quoi moult émerveillé , ce moine alla de suite sonner toutes les cloches du couvent , fit lever tous les moines, leur dit son cas, et tous chantèrent Te Deum laudamtes.
Bientôt vinrent d'^autres malades qui fiureat aussi gaéris ; et Ton apprit qae Boiii£aK^ avait £gdt, durant sa vie , plusieurs miracles en Angleterre.
n fut un temps que beaucoup de patients allaient faire leurs dévotions sur sa tombe, et quand ils avaient un petii sommeillé sur elle , ils se levaient sains et guéris.
Ainsi vécut monseigneur Bonifiice de Cantorbéry, etfioit enterré à Hautecombe en 1260. Prions Dieu qu'ail nous âsse grâce par le mérite de ses saintes prières.
Commetit monseigneiir Pierre de Savoie eut raAneait
de MÎnt Maurice.
ÂPRES avoir soumis le» rebelles da Valais ^ mon- • seigneur Pierre vint à Saint*Maurice , où il fut reçu moult honorablement y plus par crainte que par amour ; Fabbé et les religieux ^ qui le redou^ taient, se réunirent tous dans la chapelle du glorieux martyr, et là se tenaient moult dévotement.
Le comte Pierre fut mécontent de les voir en si grande peur, et leur dit : u Messieurs et amis, je » veux que vous sachiez que je suis chrétien , que M j^aime et redoute le seigneur Dieu ; ainsi , n^ayez )> pas crainte , car plutôt mourir que de vous £ûre » contre raison et droiture j mais je vous prie de
236 EXTRAITS DES CURONIQUBS DB SAVCMB.
» me montrer les reliques et sanctuaires de n céans. i>
Voyant Tabbé et les moines son bon vouloir tout chrétien , ils lui montrèrent tout sans rien cacher, et, entre autres reliques , Fanneau du glorieux saint Maurice.
Le comte requit les religieux du couvent de loi donner cet anneau , pour lequel il avait une dévotion particulière ; notais ils refusèrent j en disant qu^un si précieux joyau ne devait pas sortir de relise; cependant, le comte insista; il leur sat tant dire et leur alloua tant de raisons, qu^ils furent à la fin bien contents de le lui donner , à condition qu^il passerait d^hoir en hoir au chef de la noble maison de Savoie.
En récompense dece cadeau, le comte Pierrefit construire le docher du couvent,, lool de grosse pierre de taille , bel et haut.
xn.
Coinmeiit le comte Pierre jouait avec les daines en la chambre de la reine , an jeu Qtte porteM^ous sur le dos?
Le comté de Genève eut grand déplaisir de la conquête du pays de Vaud, qui sMtait entièrement somnds à Pierre de Savoie , à Texception des deux châteaux des Clés et de Roue , o^ù le comte de Genève tenait garnison.
Aussi, en apprenant le dëpart de Pierre pour r Angleterre , ledit comte de Genève entra dans le pays. de Vâud, oi\ il s'eflTorça. d'exciter la rébellion, en promettant des firanchises aux; communes ; mais les seigneurs, les nobles et le conmiun ne voulur rent rien entendre à ses belles propositions; du petit jusquVu plui» grand , tous se tinrent comme ' bons et loyaux sujets^ Le comte de Genève pensa
répondit : Bel onde , laissez &dre à moi , f en par- » lerai au seigneur mon mari ; il vous aime , il H fera aussi quelque chose pour me plaire ; ainsi, » vivez joyeusement. »
Le soir de ce jour , le roi et la reine étant couchés dans leur lit , la reine se mit à soupirer , et le Toij qui Taimait beaucoup, lui dit : « Ma dame I» et ma mie , que vous faut-il ? et quWez-vous ? » Elle répondit : « Je voudrais bien qu^il vous plut I» donner renfort , conseil et assistance à mon oncle M de Savoie , pour qu'ail puisse s^emparer , dans le » pays de Vaud , des places que tient le comte de jj Genève, lequel lui porte fros et dommages en » toutes manières. » Le roi fit sourde oreille , et se contenta de dire : <( ma dame et ma mie , il nous » faut dormir. »
Le lendemain , le roi fit appel» le comte Pierre et lui dit : « Bel onde, pourquoi me faites-vous », parler d^affiiires par des femmes? Je ne suis » homme de femmes ; et je ne prise celles-d que » pour jouer ou s^ébattre; on ne doit pas leur n parler guerre ni gouvernement; grandes affaires » maniées par femmes ne succèdent eoulumière- » ment bien : pourtant, je vous jure, parole- de K roi, que je vous aiderai, servirai et soutiendrai , i> en toutes choses possibles. »
De fait, le roi fournit au comte Pierre hommes
d^armesy archers , écheleurs, et toutes manières de gens de guerre , avec lesquels il passa dans le pays de Vaud.
xm.
Siège de la Perrière pat les Dauphinois , et mort do Daupkinr.
Ceux du Dauphmé eurent grand dépit des forte^: rdssé^ que le coijite Ataé avait feît élever sur leurs frontière^ ; âui^^ allèrent-ils demander an daupUn ' lîcéhce de pi^ndre en Savoie le château de Id Perrière , où. ils "posaient que 1^ garnison £mai(^ pétitégaivfe, et dé Se doutait, de rien « >
Ayant apptêté plusieuï^s j échelle ■ de cordes et^ de bois , ils se mirent en chemin , tant nobles que gétïB de pied et autres gens de toute» sortes , et cfaëvam^hèrfeftt fusqu^anïllois proche de laPcarrière; là', ils atCaëhé^nt leurs cbevaii&; pujis ils «^en àllèmit il pied et sansi bruit V ][K>ser lews< engii» ua piëd< dé k irttfraille; Déjà ils se ^posaient 4 knon-'
ti44 EXTRAITS
ter , mais les chevaux qu^ils avaient laissés dans le bois se détachèrent et firent si grand brait avec si grande noise, que la sentinelle du château «^éveilla et se mit à crier : « Trahison ! trahison ! alarme ! alarme ! )» Alors , subitement les Savoisiensy tous vaillants hommes, vinrent sur les murs, jetèrent de grosses pierres sur les assail^ lants , dont plusieurs furent blessés et morts , et renversèrent ou mirent en pièces leurs échelles : ainsi , les Dauphinois échouèrent dans leur entreprise.
Kaube du jour ayant paru, ils se retirèrent dans le bois, où fut tenu conseil et délibéré de bloquer la place jusqu^à Farrivée du Dauphin , auquel ils dépéchèrent un messager.
n y avait dans le château le capitaine Jean de Verbon , seigneur de Ghastel ; le châtelain Aimon de la Motte; messire Parceval du Villard^ et jusqu^à cent trente combattants , tous gens de bien et nobles honmies , . qui se mirent en appareil de se bien défendre , et ({ai redoutaient peu les Dauphinois.
On fit plusieurs sorties et de moult belles armes, tant pour .le sérieux que pour Vamotir d0S' dames.
Le second jour du, siège, le bât^ deSajissel et le bâtard d'Âigremont envoyèrent demaader aux; Dauphinois si , parmi ; evUL^ ; 9e trowvftiefit deox
gentashommes , bâtards ou non , assez hardis pour se mesurer à fer ëmoulu contre eux deux bâtards et gentilshommes , sous la condition que le vainqueur tiendrait prisonnier son adversaire jusqu^à rançon de deux cents écus.
Le bâtard de Lers et le bâtard de Valentinois acceptèrent le défi, et s^adressèrent au seigneur d^Âlbanois , leur chef, pour lui demander champ Mbre et congé d^accomplir les armes : ce qui fut accordé ; une trêve fut criée pour ce jour.
On forma une enceinte dans laquelle les quatre bâtards se présentèrent tous en bon point, montés et armés; d'^abord, le bâtard de Saissel vint à rencontre du bâtard de Valentinois; ils s^atteignirent si rudement, que leurs destriers tombèrent à terre , et leurs lances rompirent ; sans être blessés , ils forent si étourdis tous les 4eux , qu^on fut obligé de les relever et emporter , Vxxn au siège, Fautre au château.
Ensuite combattirent le bâtard d'Âigremont et le bâtard de Lers; ce dernier, au second choc , atteignit son adversaire à la main qui tenait la bride, et la perça tout oultre; mais avec sa lance, le sire d^Âigremont frappa le sire de Lers au-dessus de la rotule de Fépaule , et la perça tellement que le troujpn passa demi-pied oultre ; il toniba avec son cheval , et on remporta tout pâmé , pendant
que le sire d^Aîgremont se retirait dans le diàteau.
Le quatrième jour , arriva le Dauphin en grande el belle compagnie ; de suite il demandaàses gens si la place était prenable d^assaut. Jlâ lui répondirent qu^ils n^en savaient ti&OL. ~- «c C<Hnment ^ » dit-il, ne Pavez-vous encore avisée? » — € Nous » étions trop peu de monde; mais pour vrai nous » y irons à présent , et vous, demeures ici. » — « Par saint Hugues ! s'écria le Dauphin, je ne le w ferai pas , mais j'^irai comme vous. »
n mit alors son casque en tète, une hache à sa main , et s^en alla sur le bord du JEbssé pour examiner la forteresse avec les sires d^Albanoia et de Glermont; ils cherchaient de quel côté ils poçrraient donner Passant , quand un trait , parti d^une fenêtre du château , vint firapper le Dauphin au nodlieu du front , et retendit mort à terre : les siens accoururent pour le^redresser , mais il ne donnait plus signe de vie, et on remporta sous sa tente (1).
Les Dauphinois fiirent à outrance mal contents de la mort de leur seigneur; après avoir délibéré sur ce qui était à Êdre, ils élurent le aire d^Âlbanois pour général en chef, et promirent de lui obéir comme au Dauphin. Puis, nobles et oomouones jurèrent de ne pas désemparer avant d^avoir
(i) Voyei la note X.
DES CHRONfQUBS DE SAVOIE. 24T
vei^é la moîM^^eleiiP 8e%neiàr et abattala Sttriàre; sucàe^sivwient i (ils&rënt /Chat^ Ifleanciètemeiit le corps du Dauphin, qui fiit pbrtë àGvèndblé^ et làenseT^li dans relise deJSaint-*ABdJr& '.
Deux jours après, les Dai2{Aiinois donnèrent Faasaut et combattirent si aigrement , cpi^ils «^^est^ parèrent delà basse^our ^«malgré la résistlauice de la garnison qui fiit finroée de se retirer dans la grosse tour. Les assiégés envoyèrent , pendant la nuit, un exprès au -comte de Savoie, pour lui demander du renfort : par malheur, ce messager fut pris par les ennemis.
Le lœdemain, le&assi^eapta s'approdièretrtifle la tour et la minèrent; mais ceux du^dedansviim rent à la contremine, et décote et d^autre il y^eut beaucoup de morts , notamment le bâtard de Saissel.
Cependant, la presse des Dauphinois fut ai grande, que la garnison fut obligée de se retirer dans le donjon de la tour. Ce voyant, les Daupl»^ nois prirent &gots , bûches et paille à grande tfii* son , y boutèrent le feu , et brûlèrent ainsi troiè étages du château , sans pouvoir atteindre Fétàge supérieur de la tour où les assises se défendirent encore avec les pierres mêmes du donjon, et eh causant de grands dommages aux assaillants, qui ne purent ce jour4à mettre fin à leur entreprise.
Le troisième jour , les Dmupkiiiois firent miner la tour, pour la fiiire tomber tout dHme pièoef alors , les assiégés parlementerait et finirent par se rendre leurs vies sauves ; œ qui leur fiit promis par le seigneur d^ Albanois et par toute la noblesse, vu qv^ms avaient agi comme vaillantes et bonnes gais, et quedœnmage serait de leur mort.
Les Savoisiens étant descendus par une corde, IHm apris Fautre , au nombre de cent trente environ, s^émurent les communes, et , comme chiens enragés, les vinrent tuer et couper par pièces, tellement que pas un n'^échsqppa, malgré tous les efiorts des gmtilsbommes; ensuite, les communes mirent le feu au château, le brûlèrent et dérochèrent, et applanirent la place jusqu^à fond de terre.
Quelque temps après ce massacre , sept gentilshommes de Savoie , parents des morts de la Perrière ^ à la tète desquels étalait Claude de Verbon et Mermet de la Motte, se présenterait à Avignon, où se trouvaient réunis le pape Benoit xii , le daujdiin Humbert , les sires d^Mhanois et de Qermont.
Là, devant toute la cour paqpale, les gentilshommes savoisiens dirent, en s^adressant aux sires d^Albanois et deClomont : « Vous avez traitreuse- » ment feit mourir nos fims, nos fils et nos « parents, à qui vous aviei promis la vie sauve ;
» VOUS les avez laissé couper par pièces comme » vilains; or, nous voulons les maintenir gentils- )> hommes : c^est pourquoi nous vous défions au )> combat à outrance j et voilà nos gages ! » Sur ce, ils jetèrent leurs gants.
Les sires deClermont et d^Âlbanois répondirent que ce qui était arrivé avait eu lieu contre leur gré et vouloir, que par conséquent ils n^étaient pas tenus de relever les gages ; il leur fut répliqué qu^ils auraient dû mourir pour défendre leurs prisonniers; mais après beaucoup de débats, le pape et le roi Philippe finirent par apaiser les deux partis à leur honneur.
Tournois de Ghambéry.
Le comte Âmé, après son expédition enVallais, étant de retour à Ghambéry, fit, crier joutes , et les fit annoncer de près et de loin ; les chapitres disaient ainsi :
(( Sachent , tous nobles et gentilshoumies , )) qu'eau premier jour de mai se trouveront douze » nouveaux chevaliers, lesquels, pendant trois )> jours, seront attendant tous venants, un chacun » par sept atteintes. Celui du dehors qui mieux )) fera le premier jour aura le baiser de quatre » dames , et de chacune une verge d^or (1 ) ; celui
(1) Voyez la note XI.
n qui mieux fera le second jour aura le baiser » d^autres quatre dames , et de chacune une veine » d^or ; celui qui mieux fera le troisième jour M aura le baiser dVutres quatre dames, et de » chacune une verge d^or; au quatrième jour se » fera le beordis à tous venants. >»
La notification des joutes fidte, le premier jour de mai étant venu, seigneurs et dames étant arrivés tant de loin conmie de près, le comte Âme vint sur les rangs avec ses onze compagnons, tous vêtus de sandal vert, et leurs chevaux couverts da même ; avec eux étaient douze dames aussi parées de vert , avec des selles , brides et harnais de même couleur ; chacune de ces dames conduisait un chevalier avec un cordon vert attaché à la bride.
Les chevaliers attendants avec le comte de Savoie furent le comte de ViUars, le comte de Gruyères , le seigneur d^ntremont , messires de Courgeron, d^Aix, deVarabom, deVanlephin, de Cossonay , de la Tour , de Chevron et dIUrtières.
A leur encontre, vinrent le comte de Valentinois, le comte de Nydoe, messire Jean de Salins, le seigneur d^Aumanges, bailli de Bourgogne, le marquis de Rotty , le baron de Blonaj, le seigneur de Granges, Pettermann de la Rogne, Antoine de Saint-German ^ et plusieurs autres seigneurs et nobles sans nombre^ lesquels vinrent tous sur 1^
rangs, parés , montés, armés si hautement, si honorablement et si gentiment , que mieux ne se peut dire.
Les douze attendants verts étant venus sur les rangs , les douze dames délièrent chacune son chevalier, sortirent des lices et montèrent sur les écha&uds} alors la joute conunença. Le combat fut moult fort et fier; il dura depuis Theure de tierce jusqu'à Fembrunir de la nuit, tellement qa^il fidlut apporter torches à grande quantité.
; La joute finie pour ce jour, les douze dames ipÊprent reprendre leurs chevaliers qu^elles attachèrent de nouveau, et les menèrent désarmer au chàtel. Lors fiit la cour tenue à tous venants ; chacun soupa; ménétriers, trompettes et clairon» commencèrent à sonner , et monieries fiirent faites de toutes £aiçons.
Le banquet fini , les quatre premières dames. Vinrent.rune après Fautre baiser mesare Antoine de Gramont , qui a^était; le mieux comporté de ceux du dehors , et chacune lui donna une vjerge^ dV>r< pour prix f il se montra honteux , et les remeiN ciaj'-r^Puis, de rechef , soignèrent màiétriers idiA toutes* &çons , et dura la fête ^usqiles bi^fi tardât après '^.mi-^uit. ...> > - jj
Le;8éaHidl joiir.,;;leè douze daniesYamenèffW leur8<cbevaliiri*sswurflbs rangs., ^ux et Jl^urs chevaiiX
couverts de samis vert ; les dames et leurs haqpienées étaient parées moult riGhement de semHaWe étoffe, et tenaient leurs cavaliers enlacés d^un uouvieau cordon vert; puis, elles les dâièrent, montèrent sur les loges des lîces^ et les joutes recommencèrent.
•Elles fîutent dures et âpres, ei.doràrait jusque 1» nuk serrée, tellement quVm en partit avec tordes et £dots.
Après le souper Ton dansa; saco^anviaiient les baisers des quatre dames et les quatre venges d^or furent donnés k messire Peter, comte d^Arben^; morisques, dai^es^et momenes dnèeent Ju8C|uV prèkmiiniit; alors*, duMnui alla cducker en soti logis jusqu^aulendMflMdln. . .
lae'troifiièmejourdemai, de gmnd. matia , les douze dames amenèrent leurs doue cheralieis.
eidacés comme c|-devant.
Les dicft'aliers et leurs destrier», .les dames et leurs hiiqQenées étaient toos couverts de dnqp Vert et de fienilks vertes. Les dames étant! vemcmtées sur les loges», lamiâéë*GMBmeBçuçtrâi|ru.toptJe jiJer. Lkv seeoAqpertèMDt joibolt graBdéinttit^ Men les Bom^uigMést; ••';:'•:-).- • ^ ^t".^
La joute finie, fut fait comme lest jennrs ^réo^ dims; s|Mrès ladaftseet le faânqiMÉi le>priKelIes baisers^ des quatre ésniàKS'éÊûÊÊÊ»fanat donnés
à messire Thiebault , comte de Neuchàtel , près du lac d^verdun.
Ce fait, les douze dames ensemble firent sonner instruments de toutes manières , et , chacune portant une verge d^or à la main , elles allèrent près du comte de Savoie et lui dirent : a Monsei- )> gneur , sans flatterie , c^est vous qui avez le )> mieux combattu j et pour ce , nous vous donnons » le prix. » Le comte leur répondit : « Mesdames, » je vous remercie et j^accepte vos baisers. »
Après les avoir embrassées , il ajouta: « Gela me » suffit, je vous prie de ne pas me plaisanter , car » je sais trop bien que je n^ai pas été le mieux fai- )> sant: aussi, je vous prie déporter les verges w dW aux sires de Villars, d^Entremont et de )> Courgeron qui les ont mieux gagnées que moi. »
Les dames portèrent alors 141 verges à ces trois seigneurs , mais non pas les baisers ; aussi furentils assez mécontents , et ils vinrent se plaindre au comte en lui disant qu^il avait eu tort de leur enlever les baisers des dames ; qu^ils les auraient préférés aux verges dW. La risée en fiit grande ; la fête recommença en grand triomphe, et dura jusqu^au jour du matin.
Depuis ce temps , le comte Âmé fut appelé le comte vert.
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Suivant Paradin » le combat aurait fini parce qu'il se leva une tant épaisse fumée de poudre , portée par un grand vent dans la bouche et les yeux des Piémontais , quils perdirent quasi le voir et le courage de plus combattre.
Artillerie signifie ici instruments de défense.
Besson y Lullin et M. de Costa attribuent la fondation de Tamié aux seigneurs de Villette, en 1132.
Presque tous nos historiens y entre autres Guichenon
et Besson , traitent de fable le récit d'une bataille sur le col de Tamié , entre Amé et le comte de Genëye ; cependant y on m'a fait voir sur les lieux un pré que les paysans appellent encore le Pré de la guerre: on montre également à côté de Faverges un monticule oà aurait existé le fort de CuriUon , que le comte Amé aurait détruit après sa victoire , au dire des histmiens de la bataille.
Or y ces traditions locales y conformes aux chroniques, ne doivent-elles pas avoir plus de poids que les assertions des historiens modernes, toujours si tranchantes, lorsqu'ils sont embarrassés pour concilier des dates ou des noms propres? Pour mon compte, je partage entièrement à cet égard le sentiment de monseigneur Billet , dans sa lettre adressée à l'académie de Savoie, au sujet de la chapelle de Saint-Laurent et de la tour de Bérold..
rr.
Besson fait dériver le nom de Tamié de stam^ium , à cause de sa situation.
▼ et TI.
Les historiens modernes attribuent à Humbert II la fondation de Fabbaye d'Aulps, et à Amé m celle de Hautecombe ; il est pourtant certain qu'Humbert III a passé plusieurs jours dans ces deux solitudes.
Religion signifie ici une institution monaatiqfne.
Mameries, pour mascarades, dégmsements.
Peut-être échecs; Champier a écrit eschetz.
<r Le Dauphin était en mauvaise réputation pour être B coutumier de solliciter à paillardise les femmes d'au- B trui. Or, était pour lors le roi Jean de Bohème eu » Italie , avec une armée , y étant appelé au secours , par B les partialités et factions des Lombards. Celui, désirant » venir secourir le Dauphin, son ami et confédéré, se A mit en chemin ; et cette nuit son fils Charles vit une D vision , et lui semblait qu'il voyait un jeune adolescent » d'excellente beauté , enlevé en un lieu haut et éminent, j» par le commandement d'un personnage qui avait forme D et apparence de divinité ; lequel jeune adolescent, D après avoir été dépouillé , avait été chastré ; et Charles » demandant qui était ce beau jeune fils que Ton traitait D aussi cruellement, fut répondu que c'était le Dauphin, B qui, par le commandement de Dieu, était justement B puni pour avoir été coutumier d'exercer adultère avec B les femmes d'autrui. Le père, sur l'heure, se moqua B de la vision de son fils Charles ; mais ayant cheminé JD deux journées , reçut certaines nouvelles que le Daujo phin avait reçu un coup , au siège d'une ville , dont il