CHAPITRE I Introduction
Dans les pages qui vont suivre, la description géologique du Canada est uniquement faite à un point de vue général.
On n'a pas essayé d'entrer dans les détails, ce qui eût augmenté le volume du livre et l'eût transformé en un ouvrage d'un intérêt limité à un petit nombre de lecteurs. La méthode de description suivant les grandes lignes que nous avons adoptée nous a malheureusement obligé à condenser en peu de mots des descriptions portant sur des régions considérables et offrant une complication géologique très grande. On y trouvera, peut-être, une tendance à exposer les faits comme si l'histoire de la plus grande partie du Canada était maintenant définitivement connue; en réalité on trouverait difficilement un district où tous les problèmes géologiques importants ont été résolus.
Le programme que nous nous sommes tracé nous a rarement permis de toucher aux sujets paléontologiques; à cet égard nous n'aurions guère pu présenter autre chose que des listes relativement peu intéressantes de fossiles.
En ce qui concerne les divers gisements minéraux des différents districts, nous n'avons pas tenté de mentionner ou de décrire tous les dépôts qui présentent actuellement une importance économique ou qui sont susceptibles d'en acquérir une.
Nous avons plutôt cherché à indiquer autant que possible la nature et le mode de gisement des minéraux les plus caractéristiques de chaque région. Cette manière de faire a conduit, comme on le verra, à consacrer à certaines catégories de dépôts ou à des gîtes isolés, une place plus grande que ne le réclame leur importance économique. C'est ainsi qu'on ne peut pas en toute rigueur classer les tourbières sous le titre de dépôts minéraux.
Pour la géologie, nous avons suivi dans son ensemble le plan adopté par feu le Dr G. M. Dawson, dans son admirable esquisse de Géographie physique et de Géologie du Canada préparée pour le Manuel du Canada, édité à l'occasion de la réunion de l'Association Britannique pour l'Avancement des Sciences, qui eut lieu en 1897 à Toronto. Nous devons aussi une reconnaissance particulière à M. R. W. Brock, directeur de la Commission géologique, ainsi qu'à Messieurs W. Mclnnes et R. A. A. Johnston, pour l'aide qu'ils nous ont donnée et les retouches qu'ils nous ont suggérées lors de la préparation de cet ouvrage.
Dans la description des gîtes plusieurs phrases ont été empruntées presque mot pour mot à des articles de divers auteurs et comme il nous a paru préférable de ne pas donner chaque fois les autorités que nous consultions, nous tenons à exprimer ici d'une façon générale, notre reconnaissance aux divers géologues et savants qui ont contribué par leurs travaux à oe que nous connaissons de la géologie du Canada
Le Canada embrasse la moitié de l'Amérique du Nord en y comprenant les îles voisines qu'on rencontre dans l'Océan Arctique, entre le 141ième méridien et le Groenland.
Il en faut retrancher cependant l'Alaska à l'extrême nordouest et l'île de Terre-Neuve qui constitue toujours une colonie anglaise s' administrant pour son propre compte et les petites îles de St-Pierre et Miquelon appartenant à la France. La superficie totale du Canada est d'environ 3,729,665 milles carrés, soit un peu plus grande que celle des Etats-Unis y compris l'Alaska, et à peine moindre que celle de l'Europe entière.
La forme du continent nord-américain peut se représenter par un triangle isocèle: un sommet se dirigeant vers le Sud constitue le Mexique, une large ceinture médiane figure les Etats-LTnis; la base la plus allongée forme la Puissance du Canada. La limite nord des terres continentales se trouve à peu près au niveau du 77ième parallèle, mais à l'Est, les terres se continuent par les
grandes îles de l'archipel arctique. Au sud de ces îles, les terres continentales disparaissent et font place à une grande mer peu profonde, mesurant 800 milles du nord au sud et 600 milles de large environ: c'est la baie d'Hudson.
Autour de cette baie s'étend le Plateau Laurentien ou Bouclier Canadien; c'est une région formée de roches anciennes pour la plupart ignées, présentant un certain relief mais ne s'élevant que parement à 2,000 pieds au-dessus du niveau de la mer excepté dans l'extrême nord-est. Ce plateau montagneux qui s'étale dans la péninsule de l'Ungava, contourne en se rétrécissant, l'extrémité sud de la Haie d'Hudson pour s'étendre à nouveau vers le nordouest jusqu'à l'océan Arctique. Le long de sa frontière méridionale coule la grande voie fluviale du St-Laurent qui pénétrant jusqu'au cœur du Continent se développe en une série de nappes intérieures, véritables mers d'eau douce connues sous le nom de ( Irands Lacs.
Sur un autre bord du plateau, vers l'ouest. Le système des lacs de Winnipeg, le lac Athabaska, le grand lac dv> Esclaves et le grand lac à l'Ours, se présentent dans des conditions identiques.
Parallèlement à chacune des lisières sud-est et sud-ouest du plateau Laurentien s'allongent les deux grands systèmes de montagnes du continent Nord Américain: les Appalaches à Test, les Cordillères à l'ouest. Ces deux chaînes convergent vers le sud et enferment entre elles au sud des (îrands Lacs la plaine centrale du Continent qui plus au nord et à l'ouest du plateau Laurentien s'étend à travers le Canada jusqu'à l'Océan Arctique. Mais à l'est dans le Canada, les Appalaches suivent de très près la bordure du Bouclier Canadien dont elles ne sont séparées que par la vallée du St-Laurent. Quoique ces deux systèmes de montagnes soient disposées -sur le continent d'une façon symétriques, leur importance et leur caractère sont nettement différents. La chaîne des Cordillères embrasse à l'ouest un territoire montagneux qui sur de grandes étendues se maintient à plus de 5000 pieds au-dessus du niveau de la mer et qui présente des sommets de plus de 10,000 pieds. D'un autre côté, les montagnes ou collines du système appalachien s'élèvent rarement au Canada au-dessus de 2,000 pieds, et pour la plus grande partie des provinces de l'Est, Nouveau- Brunswick, Nouvelle-Ecosse, Ile du Prince-Edouard, le pays se tient au-dessous du niveau de 1,000 pieds.
Une grande partie du Canada est essentiellement une région de lacs et de rivières; géographiquement ou historiquement il n'y a
rien de plus caractéristique que ce système fluvial si grandiose par sa longueur et par le volume des eaux qu'il roule, si important par les voies de communication qu'il envoie en tous sens dans toutes les parties du pays. Dans le Canada de l'Est, c'est-à-dire dans les Provinces Maritimes, les cours d'eau quoique fort importants au point de vue local, (la rivière St-Jean a cependant près de 400 milles de long) sont relativement peu remarquables; mais ailleurs les rivières et les lacs forment un système hydrographique incomparable. La rivière St-Laurent avec ses affluents, parmi lesquels on peut citer l'Ottawa long de près de 700 milles, arrrose un bassin presque entièrement canadien dont on estime la superficie à 530,- 000 milles carrés. Le fleuve St-Laurent qui débouche du système des grands lacs pour se diriger à l'est, forme en amont de Montréal avec l'aide des canaux de Ste-Marie et du Niagara une route navigable de près de 3,000 milles de longueur jusqu'au cœur du continent. Plus à l'est encore, de Montréal au détroit de Belle Ile l'estuaire du fleuve et les eaux du golfe St-Laurent forment une route maritime praticable aux plus grands vaisseaux.
Dans la baie d'Hudson et le détroit d'Hudson se jettent de nombreuses rivières qui drainent une région d'une superficie évaluée à 1,486,000 milles carrés. La ligne de partage des eaux qui limite le bassin de la baie d'Hudson traverse du nord-est au sudouest la péninsule de l'Ungava, s'infléchit vers l'ouest en traversant les provinces de Québec et d'Ontario, atteint le sommet du lac Supérieur, fait une courbe au sud dans les Etats-Unis, puis pénétrant à nouveau dans le Canada se dirige à peu près dans la direction de l'ouest jusqu'aux Montagnes Rocheuses. Elle laisse alors dans le sud de l'Alberta et de la Saskatchewan une bande étroite de terrains dont les eaux se dirigent vers le golfe du Mexique, puis prenant enfin sa route vert le nord passe au nord d'Edmonton et aboutit à la côte nord de la baie d'Hudson. C'est à ce bassin qu'appartient la rivière Saskatchewan qui prend sa source à l'ouest dans les montagnes Rocheuses et débouche à l'est dans le système des Lacs de Winnipeg; ces lacs se déversent eux-mêmes dans la rivière Nelson dont l'embouchure se trouve dans l'angle sud-ouest de la baie d'Hudson; la longueur totale de ce système fluvial atteint 1660 milles. Au nord de la rivière Saskatchewan, c'est la rivière Churchill qui avec ses affluents forme une voie fluviale de 1300 milles de longueur. En dehors de ces deux grands fleuves, il existe
de nombreux et souvent fort larges cours d'eau drainant les lacs innombrables et de toutes dimensions, qui se jettent de tous les côtés dans la baie d'Hudson.
Dans l'ouest du Canada, au nord-ouest du bassin de la baie d'Hudson existe un grand pays d'environ 1,290, 000 milles carrés dont les eaux se jettent dans l'océan glacial arctique. La plus grande partie en est arrosée par la rivièreMackenzie et ses affluents qui forment dans l'ensemble un système fluvial d'une longueur d'à peu près 2,500 milles. A l'ouest de la ligne de faîte qui traverse le continent, dans la région des Cordillères, se trouve le bassin du Pacifique dont les 387,300 milles carrés de superficie sont arrosés par de nombreuses rivières qui se sont frayées de l'ouest à l'est un passage à travers une chaîne de montagnes dirigées du nord au sud. Au sud, la rivière Fraser avec ses 695 milles de développement et la rivière Colombia, dont une partie seulement est au Canada, sont les deux principales rivières. Au nord, le Yukon long de 1760 milles, arrose un bassin canadien d'environ 145,000 miles carrés et traverse l'Alaska pour aller se jeter dans la mer de Behring.
C'est ainsi qu'à l'exception d'un territoire relativement insignifiant de 13,000 milles carrés, le Canada s'étend entièrement sur la pente septentrionale du continent et envoie ses eaux soit dans l'océan Atlantique septentrional, soit dans l'océan glacial Arctique, soit dans le Pacifique.
Le Canada n'est pas seulement remarquable par la grandeur et le volume de ses grands cours d'eau, il l'est aussi pour les lacs presque innombrables et souvent très grands que l'on rencontre plus particulièrement dans le plateau Laurentien ou en bordure de ce plateau. Le long de la frontière entre Canada et Etats-Unis ce sont d'abord les énormes étendues d'eau douce connues sous le nom de Grands Lacs et qui présentent une superficie totale de plus de 95,000 milles carrés; le lac Supérieur, le plus grand, offrant une surface de 31,800 milles carrés ou à peu près; le lac Ontario, le plus petit, une surface de 7,260 milles carrés.
A l'ouest dans le Manitoba, ce sont les lacs Winnipeg et Winuipegosis avec des superficies de 9,460 et 2,086 milles carrés; plus loin vers le nord-ouest, le lac Athabaska avec 2842 milles carrés, le grand Lac des Esclaves avec 10,719 milles carrés, le grand Lac à l'Ours avec 11,820 milles carrés. Bien d'autres lacs existent encore dont la dimension est considérable.
Un autre point intéressant à signaler est l'altitude de quelquesuns des lacs les plus importants. Cette altitude correspond au niveau le plus bas des vastes territoires qui les entourent. Les Grands Lacs ont chacun des niveaux différents; en réalité ils ne forment que deux échelons marqués par les Chutes du Niagara. En dessous de cette cataracte, c'est le lac Ontario avec une altitude de 246 pieds au-dessus du niveau de la mer; au-dessus ce sont les lacs: Erié (572 pieds), Huron et Michigan (581 pieds), et le lac Supérieur (802 pieds). Plus loin vers l'Ouest, le Lake of the Woods a 1057 pieds d'altitude, le lac Winnipeg 710, les lacs Manitoba et Winnipegosis 810 et 840, le lac Athabaska 620, le grand Lac des Esclaves 520, le grand Lac à l'Ours 390 environ.
Le grand plateau central Laurentien avec ses deux millions de milles carrés distribués en forme d'U autour de la baie d'Hudson constitue pour le Canada un trait physiographique et géologique tout à fait dominant. Constitué surtout de roches extrêmement anciennes et pour la plupart de la famille des granités, ce plateau date des premières périodes géologiques; il représente une partie seulement d'un territoire précambrien qui s'étendait autrefois certainement beaucoup plus au nord, à l'ouest et au sud et qui formait peut-être une masse continentale d'une étendue analogue à celle qui existe actuellement. Aux périodes ultérieures, les mers s'avancèrent et se retirèrent alternativement de ces territoires; elles y déposèrent des grès, des schistes, des calcaires, etc., qui entourent maintenant presque complètement les hautes terres Laurentiennes ou qu'on retrouve parfois au milieu même de ces terres.
A l'est et à l'ouest sur les bords de ce continent des phénomènes orogéniques et volcaniques eurent lieu à diverses périodes, accompagnés d'ascensions de magmas éruptifs profonds; ils alternèrent avec des phénomènes de sédimentation. Mais toujours le Bouclier central Canadien (en y comprenant son prolongement occidental recouvert maintenant par les assises plus récentes des plaines de l'Ouest) resta comparativement stable, et jamais les phénomènes orogéniques ou les invasions éruptives ne l'affectèrent. Il est probable qu'une très grande partie des hautes terres Laurentiennes ne fut jamais recouverte par les diverses invasions marines; c'est au contraire dans les mers environnantes que se déposèrent ces volumes énormes de sédiments qui en partie au moins provenaient de l'érosion du plateau central.
Excepté en quelques points et pour des périodes relativement courtes, l'est du Canada semble après la fin de la deuxième grande ère géologique (l'ère paléozoïque) être toujours resté au-dessus du niveau de la nier; s'il fut soumis à l'érosion il ne fut du moins jamais troublé par des phénomènes orogéniques. Au contraire, à l'ouest du Bouclier Canadien, les périodes mésozoïques et post-mésozoïques furent le témoin de phénomènes sédimentaires, orogéniques et volcaniques qui se continuèrent jusqu'à une époque récente. C'est ainsi que le Canada peut se diviser en deux parties: la partie est d'un relief peu élevé et formée essentiellement d'assises paléozoïques ou même plus anciennes; la partie ouest qui fut le théâtre d'une sédimentation continue pendant les ères mésozoïques et cénozoïques, et qui fut soumis tout à fait à l'ouest à des phénomènes éruptifs et orogéniques puissants.
Pour la description de la géologie et des caractères physiques des diverses parties du pays, nous croyons bon de diviser notre étude en six parties.
(1.) La région des Appalaches comprenant le territoire canadien qui s'étend à Test d'une ligne partant du Lac Champlain, passant dans le voisinage de la ville deQuébec et descendant ensuite le chenal du St-Laurent.
(2.) Les basses terres du St-Laurent comprenant les plaines qui bordent le fleuve St-Laurent en amont de la ville de Québec et qui s'étendent dans le sud de l'Ontario jusqu'au lac Huron.
(3.) La région du plateau Laurent ien comprenant le grand plateau qui entoure, en forme d'U7 la baie d'Hudson.
(4.) L'archipel Arctique comprenant les îles de l'Océan Glacial Arctique au nord de la baie d'Hudson.
(5.) La plaine continentale intérieure comprenant la région des plaines centrales qui s'étendent entre la lisière ouest du plateau Laurentien et les montagnes Rocheuses.
(6.) La région des Cordillères comprenant la région montagneuse de la partie ouest du continent.