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LA PÉRIODE GLACIAIRE AU CANADA

Dans les temps qui précédèrent l'époque glaciaire le Canada resta dans son ensemble exondé et fut soumis à une longue érosion. On a voulu voir dans l'existence de prolongements du côté de la mer de la plupart dv> grandes voies fluviales, prolongements profonds et actuellement submergés, la preuve que le continent canadien se trouvait pendant une partie de l'ère Tertiaire à une altitude de plusieurs milliers de pieds au-dessus du niveau de la mer. 11 est possible toutefois que la formation de ces vallées actuellement sous les eaux, soit due à d'autres causes qu'au soulèvement dvs terres continentales.

Dès le début de la période glaciaire, la longue érosion continue de l'ère Teritiaire avait déjà donné au pays les traits fondamentaux qu'il présente aujourd'hui. En réalité la surface du sol fut soumise de temps à autres à de grands mouvements de bascule qui abaissèrent de vastes territoire au dessous du niveau des eaux. Ce furent par des mouvements de cette nature que se dessinèrent et s'établirent les anciens systèmes fluviaux et que les grands Lacs se formèrent probablement.

Pendant la période glaciaire, près de la moitié du continent Nord-Américain fut soit à une époque, soit à l'autre, enseveli sous la glace. Une calotte glaciaire recouvrait alors toute la partie continentale du Canada, pénétrait aux Etats-Unis par la région des Grands Lacs et descendait au sud jusqu'au 37ème parallèle, présentant ainsi une superficie de plus de 4 millions de milles carrés. Par contre, les îles arctiques ne semblent pas avoir été recouvertes, de glaciers plus grands ou plus importants que les glaciers isolés que l'on rencontre actuellement sur une partie des îles de Baffin et d'Ellesmere. La région du Klondike dans le Territoire du Yukon ne fut pas recouverte de glaces, non plus que la majeure partie de l'Alaska, exception faite toutefois des districts montagneux.

Il semble y avoir eu durant cette période trois grands centres d'où rayonnèrent les glaciers: le centre Labradoréen au cœur de la péninsule d'Ungava et regardant la baie d'Hudson; le centre Keewatin occupant une position correspondante au nordouest de la baie d'Hudson; le centre des Cordillères au milieu du système montagneux de l'ouest. Le sens ..des transports des matériaux glaciaires, la direction des stries sur les roches souvent polies et cannelées montrent que les glaces rayonnaient de ces trois centres dans toutes les directions, arrachant de la surface du pays tous les matériaux déjà désagrégés et usant les roches sur lesquelles elles reposaient. Mais bien que ce mouvement des glaces fut centrifuge dans son ensemble, des circonstances physiques spéciales lui donnèrent souvent des directions locales secondaires excepté peut-être aux périodes de très considérables glaciations. Quoiqu'on n'ait pas encore déterminé d'une façon définitive si toutes ces calottes glaciaires furent contemporaines, on a au moins la certitude qu'elles attinrent leur extension maximum à des époques différentes. C'est ainsi qu'il existe des preuves que le glacier Labradoréen recouvrit un territoire occupé précédemment par le glacier Keewatin et que le glacier Keewatin n'atteignit les "foothills" que lorsque les prolongements du glacier des Cordillères se furent retirés de la plaine.

L'argile à blocaux, les moraines, les eskers, que l'on rencontre partout au Canada sont les témoins qui nous restent de ces périodes de glaciation. Ces matériaux contiennent assez fréquemment des éléments qui furent charriés à de grandes distances de la roche originelle; le plus souvent cependant, ils ont une origine locale. Dans le sud-est du Canada, région à relief peu accentué et où l'énergie des glaciers se consommait en partie dans le transport d'une charge de débris, la puissance érosive de la calotte glaciaire se borna presque entièrement à un enlèvement et à une redistribution soit du sol qui existait alors, soit des parties les plus désagrégées des roches de surface. Dans les districts montagneux de l'ouest l'action destructive des glaciers semble au contraire avoir été incomparablement plus grande; c'est ainsi que la présence de vallées en surplomb montre la puissance érosive de la calotte glaciaire qui dut creuser certaines vallées à des profondeurs de de plusieurs centaines de pieds. Dans les parties septentrionales l'Est du Canada où l'énergie des glaciers dut être plus grande que dans le sud l'érosion semble aussi avoir été considérable.

L'époque glaciaire ne fut pas constituée (l'une seule transgression glaciaire suivie par un recul unique et la disparition des glaces. 11 semble au contraire qu'il y eut plusieurs invasions séparées par des intervalles considérables, et que l'on puisse compter au moins six invasions. La preuve en est fournie par la superposition discordante de nappes de drift, par les effects de destruction dus à des agents atmosphériques visibles au sommet de différentes nappes, et par la présence entre les diverses couches de drift, de terre végétale, de sable, de gravier, etc., contenant des restes de plantes. En plusieurs endroits, notamment près de Toronto, les fossiles végétaux indiquent que durant les intervalles entre les périodes de glaciation le climat de la région était plus doux que le climat actuel; on en conclut que durant quelques-uns de ces intervalles la calotte glaciaire dut en grande partie ou même complètement disparaître.

Quoique tout le Canada de l'Est semble avoir été enfoui sous les glaces, il n'est pas certain que le glacier Labradoréen ait accupé toute la contrée à l'est du St- Laurent. L'observation montre en effet qu'une partie de la province de Québec et dvs provinces Maritimes furent recouvertes par des nappes glaciaires rayonnant à partir d'un ou de plusieurs centres locaux.

Les résultats de cette action glaciaire se traduisirent en beaucoup de points par une modification profonde du système des eaux courantes. De grandes masses de débris glaciaires comblèrent souvent les anciennes voies fluviales, formèrent des barrages, provoquèrent la formation de lacs et forcèrent les eaux à s'ouvrir de nouveaux passages. Dans bien des districts un système fluvial déjà sénile fut transformé en grande partie en un système dont la jeunesse se traduit aujourd'hui par des lacs, des rapides et des chutes.

Avant l'époque glaciaire ou durant cette époque il dut se produire un immense mouvement d'affaissement des régions septentrionales du centre et de l'est du Canada; ces régions qui avaient une pente générale vers le sud s'inclinèrent vers le nord. Le résultat fut. que, lors de la régression des glaces, le recul vers le nord des moraines frontales accumula des digues dans un pays dont la pente allait vers le nord et que les eaux ainsi arrêtées formèrent des lacs temporaires de toutes dimensions dans lesquels se consittuèrent parfois d'épais dépôts lacustres. Quelques-uns de ces lacs glaciaires eurent une grande étendue; l'un d'eux fut le lac Agassiz

qui recouvrait alors la plaine basse du Manitoba, à Test de l'escarpement du Manitoba et pénétrait dans le sud aux Etats-Unis; sa superficie maximum atteignait approximativement 100,000 milles carrés.

De nombreux lacs glaciaires se succédèrent dans la région des grands lacs: dans les débuts ils s'écoulaient dans la direction du sud; peu à peu ils se frayèrent à l'est des décharges à des altitudes de plus en plus basses le long des moraines frontales qui reculaient vers le nord. Finalement les glaciers se retirèrent suffisamment pour permettre une invasion marine qui remonta la vallée du St- Laurent au moins jusqu'au pied du lac Ontario, et la vallée de l'Ottawa à quelque distance au-delà d'Ottawa. Dans ces bras de mer se déposèrent des sédiments contenant des coquilles marines etc. Des dépôts analogues ont été signalés dans la région basse qui forme le sud de la baie James et dans les Provinces Maritimes montrant ainsi qu'à cette époque le pays se trouvait à une altititude moindre que de nos jours.

La disparition de la dernière nappe glaciaire continentale marqua le début d'un mouvement de relèvement général des régions du nord, si bien qu'aujourd'hui on retrouve par endroits les sédiments marins à des altitudes de plus de 500 pieds Ce mouvement de relèvement est également révélé par la position inclinée des anciennes plages et des anciennes terrasses côtières des lacs de la période glaciaire; ces plages et terrasses autrefois horizontales s'élèvent actuellement vers le nord sous des angles de plus en plus grands. Les pays de l'Est semblent donc retourner dans l'ensemble, aux conditions des âges précédents alors que au Canada, l'écoulement des eaux se faisait vers le sud.

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