‹ Esquisse iconographique sur quelques nainsChapitre 5 sur 6 · T. XXIV. PL XIII · texte numérisé non relu

T. XXIV. PL XIII

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Masson & Cie, Éditeurs.

Photolypie Berthaud, Paris

datant de 1787, représente Kelam Whitelainb, âgé de 22 ans, mesurant 34 pouces de haut. Il répond en tous points à la description aujourd’hui classique. « Les nains myxœdémateux sont laids, bouffis, souvent repoussants : leur corps est comme infiltré de gélatine ; ils ont une face en pleine lune avec des paupières boiirsoufflées, peu de cils, peu de cheveux, pas de poils, les membres cylindriques, en colonnes... Ce sont des dysthyroïdiens aux gestes lents, au cerveau torpide. »

Whitelamb est représenté appuyé à l’entrée de sa chaise à porteur, de sa (( boëte )), comme on disait alors, instrument de transport si décrié par le poète anglais Pope qui, au dire de Voltaire, était lui-même aussi petit que contrefait. « Heureux les nains aisés, a écrit Pope, qui n’éprouvent pas la mortification d’être portés dans des boëtes, de foires en foires !»

Parmi les nains rachitiques doit prendre place celui que, par antiphrase, on surnommait « le plus grand avocat de Paris ». Le volume exagéré de son crâne, de sa face contraste singulièrement avec l’exiguïté du tronc et des membres. Un vêtement, très seyant d’ailleurs, dissimule assez mal les déformations ; en s’arrêtant aux genoux, la culotte rend plus apparente l’incurvation du tibia. Habitué du Palais de Justice, il en tient dans la main droite l’almanach. Son intelligence était très développée. « Possédant pour les questions légales un jugements! pénétrant, il ne se charge jamais d’une cause, que ce soit pour l’accusateur ou pour l’accusé, s’il n’est certain d’avoir le succès. Il a tôt fait de s’apercevoir s’il y a équité ou tromperie. Il ne soutient jamais la dernière et déjoue aisément les assauts fallacieux de son adversaire. » (PL XHI, D).

A l’un de ses portraits gravés par Le Bas est annexée la légende suivante :

De Thémis ce suppôt comique Est le célèbre La Grandeur.

Il sçaitdu palais la rubrique^

Au gré du juge et du plaideur.

Chez la femme naine, le vêtement parvient mieux que chez l’homme à dissimuler les ditTormités. On peut toutefois, par l’examen des parties découvertes, la face, le crâne, juger des altérations profondes du squelette. La plancheXHI,Ereprésenteunenainerachitique,quiétaitnéeen 1709 à Salisbury.

Aux nains achohdroplasiques appartient la supériorité numérique et souvent aussi celle de la laideur. On les trouve représentés dans nombre d’objets d’art, en particulier dans les tableaux que nous ont laissés les maîtres de la Renaissance, l’Arétin, Mantegna, Veronèse, Velasquez. Ils ont été pendant longtemps les favoris des princes et des rois ; aujourd’hui, on les rencontre surtout dans les cirques où leur aspect, leur démarche si particuliers suffisent pour entraîner riiilarilé. Nous avons pu rassembler

^ LA.UNOIS

les portraits de quelques-uns d’entre eux et même établir leur biographie.

Hans Worienbergh ou Womberg (planche VI), né en Suisse, s’exhibait à Londres sous le règne de Jacques II. L’affiche annonçant son arrivée était surmontée du chiffre et des armes du roi. « Ceci est pour donner avis aux personnes de qualité qu’il est dernièrement arrivé, dans cette fameuse cité de Londres, la rareté de riinivers^ c’est-à-dire un homme de la plus petite stature qui ait jamais été vu, ayant seulement 2 pieds 7 pouces (O m. 783) de haut et 37 ans d’âge. Il possède une longue barbe et chante bien. »

La planche XIV, F le représente tel qu’il était à l’âge de 36 ans, à Hambourg, où il se montrait pendant les mois de mai et de juinl687. Copiant exactement le modèle qu’il avait sous les yeux, l’artiste a su mettre en valeur la brièveté des membres, le développement disproportionné de la tête et du tronc. Il n’a omis ni le ptosis de la paupière supérieure droite, ni la difformité de l’auriculaire gauche. Dans un coin est figurée la boîte qui lui servait dans ses déplacements, tout en le soustrayant aux regards des indiscrets.

Ce pauvre nain périt d’étrange façon, comme le rapporte Garnier ; il fut noyé à Rotterdam en 1695, alors qu’on le transportait du quai sur le bateau où il devait s’embarquer. La planche qui servait de passerelle se rompit et l’homme qui le portait tomba à l’eau avec son fardeau. Le pauvre nain mourut asph}'xié dans sa boîte qui lui servit de cercueil.

Owers Farrel (planche XIV, G) véritable nain hercule, dit le nain irlandais, était venu se placer comme domestique, à Londres, vers 1730, chez un colonel. Mesurant 1 m. 13. Lourd et épais, il se faisait remarquer par sa force, portant à la fois quatre hommes, deux sur chaque bras. Il alla de ville en ville et, trop paresseux pour travailler, il tomba dans la misère. Gomme le représente le portrait gravé par Hulett, il se promenait dans les rues vêtu d’une veste de cuir, d’un chapeau déchiquetés sur leurs bords, d’où le nom de Jack habit de cuir, sous lequel on le désignait communément. Les chaussures étaient trouées ; à la main il tenait un énorme gourdin à peu près aussi haut que lui. En 1742, quelque temps avant sa mort, il avait vendu son corps moyennant une petite rente qui lui était comptée par fractions tous les huit jours, à un chirurgien, M. Osurod, qui monta son squelette avec soin et le plaça dans la collection du duc de Richemond, d’où il passa dans celle de Wiliam Hunter, à l’Université de Glascow. Un écrivain anglais a dit de Owers Farrel: « La nature s’est largement trompée en donnant à ce nain une taille qui égale à peine la moité de celle d’un individu ordinaire, alors qu’elle lui a accordé la force de deux hommes ».

Mynhere Wybrand Lolkes peut être considéré comme un type parfait

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