LES TERRES A COLONISER — MODE D' A CILVT— OCTROIS GRATUITS
Nous avons vu que la Gaspésie forme un territoire de 10,783,73 milles ou 6,900,941 acres en superficie. De toiite cette étendue il n'y avait en 1881, d'après le recensement, que 666,115 acres d'occupés et 174,- 306 acres en culture : il resterait donc 6,^34,826 acres à occuper et 6,626,635 acres à livrer à la culture. Comme on le voit, il reste de l'espace pour établir encore une population de plus de 100,000 âmes, en défalquant tous les terrains qui n'offrent pas des avantages réels.
Le prix des terres du gouvernement varie de vingt
à trente centins l'acre. L'acre est un peu plus grand que l'arpent français, un onzième de plus environ, et un peu moins que la moitié d'un hectare, éta,nt 0,404,671 de l'hectare. Les conditions de vente sont les Tîiêmes pour rémigrant que pour le colon canadien et les formalités à accomplir sont très simples.
Quiconque, désire faire l'acquisition d'un lot terre doit s'adresser, soit personnellement soit par écrit, à l'agent des terres de la localité où il a l'intention de s'établir et déposer entre ses mains un cinquième du prix de ce lot. Sur ce, l'agent lui délivre un acte de vente conditionnel, sous sa signature officielle.
Les conditions principales de cette vente sont les suivantes :
Payer comptant un cinquième du prix d'achat et le reste en quatre versements égaux et annuels, portant intérêt au taux de six pour cent par an ; prendre possession de la terre vendue dans les six mois de la date de la vente et y résider soi-même ou ses représentants, pendant au moins deux ans à compter de cette date ; dans le cours des quatre premières années, défricher et mettre en culture au moins dix acres par chaque cent acres et y construire une maison habitable d'au moms seize pieds sur vingt.
La vente n'est considéiié parfaite que lorsque toutes les conditions ci-dessus ont été accomplies et elle est
ratifiée alors au moyen de lettres patentes qni sont livrées au colon sans frais. Ces lettres patentes ne peuvent être émanées dans aucun cas avant l'expiration de deux années d'occupation, ni avant l'accomplissement de toutes les conditions ci-dessus, mêm-e quand le prix de la terre serait payé en entier.
Il est du devoir des agents de renseigner les colons sur la qualité des différentes terres situées dans leurs agences et de vendre les lots aux prix fixés par le gouvernement, à ceux qui en font les premiers la demande. Il ne peut être vendu plus de deux cents acres à une même personne : un chef de famille peut néamoins acheter des lots pour ses fils.
Les terrains donnés gratuitement par le gouvernement sont situés le long de quatre grands chemins offrant une bonne voie de communication aux colons. Ces chemins sont :
1° Le chemin de Matane au Cap-Chatte, qui longe la rive sud du golfe Saint-Laurent et traverse les cantons de Saint-Denis, Cherbourg, Dalibaire, Romieu, dans le comté de Eimouki, et le canton du Cap-Chatte, dans le comté de Gaspé. Il y a le long de ce chemin 2,087 acres de terrain offert en octrois gratuits. L'agent auquel il faut s'adresser pour les obtenir est Greorge Sylvain, de Eimonsld.
2° Le chemin Maritime* qui est le prolongement
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du précédent et va jusqu'à la Fiivièrc-au-rtenard. Ce chemin travers la seigneurie de Saint- Anne-des- Monts, les cantons de Tourelle, Clmstie, Duchesnay, la seigneurie de Mont-Louis, le canton Taschereau, la seigneurie de la Madeleine, le canton Dénoue, la seigneune de la Grande- Vallée-des-Monts, le canton Chloridornie, la seigneurie de l'Anse-de-l'Etang, le canton Sydenham et une partie du canton de la Eivière-au-Eenard, tous dans le comté de Gaspé. Il y a le long de ce chemin 18,750 acres de terrain offert en octrois gi-atuits. Les agents auxquels il faut s'adresser pour obtenir ces terrains sont W, H. Annett, qui demeure au Bassin de Gaspé, et Louis Eoy, qui demeure au Cap-Chatte.
o"" Le chemin Kcmpt, qui part de la rivière Eistigouche, traverse les cantons Eistigouche, Assemetquagan, Casupscul, Lapage, la seigneurie de Métapédia, le canton de Cabot et aboutit au Saint- Laurent à Métis. 11 y le long de ce chemin 17,719 acres de terrain à donner en octrois gratuits. Pour les obtenir, il faut s'adresser aux agents George Sylvain, qui demeure à Eimouski, et \Ym. Maguire, qui demeure à New-Carlisle.
4° Le Chemin Métapédkx, qui part de Sainte- Flavie, sur le Saint-Laurent, traverse le canton Cabot, la seigneurie du lac Métapédia, les cantons Lepage,
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Casnpscul, Assametquagan, Eistigouclie et aboutit au confient des rivières Métapédia et Eistigoucbe. Il y a le long de ce chemin 12,806 acres de terrain offert en octrois gratuits. Pour les obtenir, il faut s'adresser aux agents George Sylvain, qui demeura à Eimonski, et Wra. Maguire, qui demeure à Ne^v-Carlisle.
Le nombre d'acres destinés à être octroyés gratuitement est présentement de 51,762 et le lieutenantgouverneur en conseil a le pouvoir de l'augmenter au besoin. L'agent des terres pour chaque région, tant qu'il lui reste des lots disponibles à titre gratuit, est tenu d'accorder un permis d'occupation pour cent acres à quiconque en fait la demande, pourvu qu'il ait l'âge requis, c'est-à-dire dix-huit ans. Sous un mois do la date de ce permis, le concessionnaire doit prendre possession, à peine d'être déchu de son droit, A l'expiration de sa quatrième année de possession, .s'il a construit une maison habitable sur son lot et s'il a douze acres de terre en culture, il a droit à ses lettres patentes, sans frais, et devient propriétaire incommutable.
Les terrains offert en vente et déjà arpentés aux frais du gouvernement forment une étendue de 1,066,- 453 acres, c'est-à-dire 373,587 acres dans le comté de Rimouski, 248,132 acres dans le comté de Gaspé et 444,734 acres dans le comté de Bonaventure. Cei
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chiffres sont pris dans le G aide du Colon, édition de 1880, publié par le département des Terres de la Couronne.
Ces terrains de la Gaspésie, principalement ceux de la région avoisinant la baie des Chaleurs, offrent des avantages extraordinaires au colon comme à l'immigrant d'Europe. Ce fait est constaté par 3.1. Alexander J. Eussell, un des hommes les plus compétents et les mieux renseignés. " Le comté de Bonaventuro, dit-il, et la région dj la rivière Risticouche, à cause de la supériorité de leur sol et de leur climat, mais particulièrement à cause de leur excellente position quant aux communication avec l'Europe, ofTrent autant d'avantages pour s'y «kablir, que les Cantons de l'est et presqu'autant que les meilleures parties de la contrée de l'Outacuais. .
" Le sol du comté de Bonaventure est une terre franche, riche, sans roches, même sur les plnteaux que forme le haut des montagnes et il n'y a que dans les endroits où il est trop en déclivité pour être labouré, qu'il n'est pas arable. Il produit de grosses récoltes de blé du printemps, d'avoine (1) et d'orge, bien supérieures, en ce qui regarde le rendement à Tacre et la quahté, à celles que l'on obtient dans les comtés qui bordent le Saint-Laurent.
p) L« poids moyen de l'avoine est de 43 livres au minot mesuré.
" Le sol du con>té de Gaspé est semblable. Lca pecheiies de ce comté sont très précieuses.
" J'ai constaté que la région de l'intérieur, jusqu'au Saint-Laurent, sur la route adoptée plus tard par le major Eobinson comme ligne pour le chemin de fer Intercolonial, est en général une région arable et fertile et ce jugement est basé sur l'expérience que j'ai acquise en faisant travailler le sol sur un parcours de cent milles, pendant que je dirigeais les travaux de confection du chemin.
" Cette région est la partie la plus salubre et la plus pittoresque de tout le Canada. La température d'hiver est de dix h quinze degrés plus chaude que celle de Québec, tandis qu'en été ses riches vallées et .ses hautes collines sont rafraîchies par les douces brises de la mer.
" Les rivières sont navigables sans interruption par de grands bateaux plats, remorqués par des chevaux, depuis leur embouchure jusqu'aux environs de leurs sources, puis entre les ports de cette région et ceux de l'Europe le prix du fret e^t d'une piastre moindre, par tonneau, qu'à partir de Québec, et sur ses rivages toutes les exploitations, sur mer et sur terre, s'offrent à l'entreprise du colon."
Les actes de vente de ces terrains renferment les conditions suivantes : 1^ l'acquéreur doit prendre
possessiou de la terre ainsi vendue dans les six mois à compter de la date de la vente et continuer d'y résider et de l'occuper, soit par lui-même, soit par d'autres, pendant au moins deux ans, à compter de cette date ; 2° dans le cours de quatre années au plus, il doit défricher et mettre en culture une étendue de terre égale à au moins dix acres par cLaque cent acres et y construire une maison habitable d'au moins seize pieds sur vingt ; 3'' il ne peut être coupé de bois avant l'émission de la patente que pour défrichement, chauffage, bâtisses ou clôtures et tout bois coupé contrairement à cette condition est considéré comme ayant été coupé sans licence sur les terres pubhques ; 5^ nul transport des droits de l'acquéreur n'est reconnu dans aucun cas où il y a eu défaut dans l'accomplissement d'aucune des conditions de vente ; 5" les lettres patentes n'émanent, dans aucun cas, avant l'expiration des deux années d'occupation, ni avant l'accomplissement de toutes les conditions, même quand le prix de la terre est payé en entier • 6° l'acquéreur s'obhge à payer pour toutes améliorations utiles qui peuvent se trouver sur la terre vendue, appartenant à d'autres qu'à lui ; 7 Ma vente est faite sujet aux licences de coupe de bois actuellement en force.
Ces conditions sont des plus libérales et quand les
colons sont de bonne foi, industrieux, le gouvernement leur donne toutes les facilités possible pour les remplir et se montre tiès peu exigent pour ce qui regarde la régularité dans, le service des versements sur le prix d'achat. Il est donc très facile de s'établir sur un vaste domaine dans la Gasposie. Ainsi un père de fimiille qui a deux grands gaiçons peut prendre un lopin de six cents acres, deux cents acres pour lui-même et autant pour chacun de ses fils, le tout pour $120 ou S180, puisque les terrains se vendent presque partout de 20 à 39 cents l'acre. Dans les endroits où il y a des octrois gratuits, il peut s'emparer de ce domaine absolument pour rien. Et ces terres sont fertiles, des plus faciles comme des plus avantageuses à cultiver. " Il n'est pas douteux, dit M, le commandant Lavoie, que les comtés de Gaspé et de Lovaventure seraient aujourd'hui les plus riches du pays si l'opulent marchand et le pauvi*e pêcheur avaient compris autrefois, comme ils le comprennent à présent, de quelle importance pouvait être pour eux et pour la nation entière la mise en exploitation de leurs terres si éminemment bonnes et qui i)€Uvent être amendées si la population de cette partie du pays, dans la quelle dix arpents de terre feraient vivre une famille nombreuse, tandis que cent arpents ne suffisent pas toujours dans le voisinage des villes, est pau\Te pour la plupart par suite de son aversion.
poiu- les travaux dos champs .... L'expérience montrera aux Gaspésiens que par l'agriculture ils peuvent acquérir l'aisance," et il aurait pu dire sans faire erreur, la richesse. " Cette rcgiou, ajoute-t-il dans son rapport pour 1370, qui comprend une étendue de côtes de deux cent vingt-quatre milles, offre partout les plus grands avantages possibles pour la pêche. Le sol, qui est l'égal des meilleures terres qu'on puisse trouver dans notre pa}'s, possède des avantages qui ne se rencontrent nulle part ailleurs et le colon peut trouver dans la terre comme dans la mc-r une abondante quautité de nourriture et devenir riche en peib (.Vannées s'il sait diviser convenablement son travail et ses opérations."
En effet, si le colon de la Gaspésie procède avec méthode et partage convenablement son temps entre ragncuîture et la pêche, de manière à ne se livrer à celle-ci que dans les moments où l'agriculture, les travaux de la ferme ne requièrent pas son temps et ses labeurs, il peut faire beaucoup d'argent en très peu de temps. Une grande partie des pêcheurs, négligeant la culture de leurs terres, ne peuvent pas en tirer ce dont ils ont besoin pour vivre et dépensent ainsi tout le produit de leur pêche ; mais s'ils soignaient leur culture, elle les ferait vivre dans l'aisanse et ce qu'ils gagneraient à la pêche, dans les mortes saisons,
fierait du surplus qu'ils pourraient chaque année mettre de côté et accumuler ainsi une jolie petite fortune. Un cultivateur laborieux et intelligent peut dans le cours de l'été et de l'automne faire chaque année de 8250 à S300 par la pêche, sans le moins du monde nés^liofer sa culture.
Est-il ailleurs un seul endroit qui offre pareil avantage au colon et à l'émigrant européen ?
Il est en Europe une classe de gens qui réussirait particulièrement bien dans la Gasjxïsie : ce sont les populations qui habitent les côtes de l'Irlande et de ]a Bretagne. Ces gens-là vivent d'agriculture et de pèche, deux industries qu'ils connaissent parfaitement. Mais ils ne cultivent que des terres plus ou moins stéiiles, de peu d'étendue et les pêcheries q u'ils exploitent ne sont rien, comparées à celles de la Gaspéoie. Avec le rude travail qu'ils s'imposent là bas pour vivre dans l'indigence ou la misère, n'est-il pas évident qu'ici ils vivraient dans l'abondance et s'acquièreraient bien vite un joli patrimoine ? lien coûte toujours de s'éloigner du pays natal : le souvenir des ancêtres, les traditions de famille forment des liens qu'il est douloureux de rompre ; mais qu'ils envisagent l'avenir, qu'ils songent au bien-être qu'ils peuvent procurer à leurs enfants en abandonnant leurs côtes stériles pour venir s'établir dans la région
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si riche en ressources naturelles de la Gaspésie et ces braves gens auront bien vite fait leur choix et ftccompli leur sacrifice. Ils seront reçus à bras ouverts, comme des frères, par nos bonnes populations de la Gaspésie, dont les mœurs douces et paisibles, l'honnêteté et la généreuse hospitalité sont presque ])assées eu proverbe. Cette population est des plu.s sympathiques, pour les étrangers comme pour les siens, et un brave homme est toujours accueilli par elle avec la plus franche cordialité, quelles que soient sa langue, sa nationalité ou ses croyances religieuses.
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