SUSCEPTIBLES D'EXPLOITATION
Les richesses minérales de la Gaspésié sont malheureusement peu connues. Les explorations de la Commission Géologique ont été peu nombreuses, limitées à la bande de tenainqiii avoisine les bords de la mer ou de quelques-unes des principales rivières qui traversent cette région, puis, il faut bien le dire, faites trop à la hâte pour produire les résultats que ne manquerait pas de donner un examen plus minutieux et plus soigné de. cette partie de la province.
Au reste, les hommes les plus compétents n'ont pas le moindre doute sur la richesse minérale de la Gaspésié et ils sont bien convaincus que le jour où cette grande et belle contrée pourra être parcourue plus aisément, visitée plus en détail et explorée plus facilement, on y découvrira indubitablement de riches dépôts de minerais. Voici ce que nous trouvons à ce sujet dans le Rapport du Minisire de V Intérieur
pour Vartnée 1882, dans la partie qni traite des travaux de la Commission Géologique et de l'exploration faite par im de ses membres, M. Elis, dans une partie de la Gaspésie :
" Cette région est probablement une région importante ; mais les difficultés qui s'opposent à son exploration sont très grandes. Le cours raboteux^, rempli de précipices, des rivières qui la traversent ; les forets denses qui recouvrent toute l'étendue comprise entre ces rivières, à l'exception des sommets de montagnes dénudés qui s'élèvent au-dessus du niveau de la forêt, de même (jue l'absence de sentiers ou de chemins quelconques, sont des obstacles qui ont jusqu'à présent empêché de se procurer des renseignements détaillés et réellement exacts sur la géographie et la géologie de cette région.
" Cependant, on peut maintenant affirmer que cette vaste contrée montueuse n'a pas de rapport avec les formations cambriennes (siluriennes inférieures) du groupa de Québec, mais qu'elle constitue une aire détachée des formations pré- cambriennes qui forment la principale zone minière des Cantons de l'Est, zone qui s'étend depuis la frontière de Vermont, en allant vers le nord-est, jusqu'un peu en arrière de la latitude de Québec. Jusqu'à présent on a constaté dans la région des montagnes Shichshock l'existence seu-
LA. Cr-VSFKBTE 75
lement de la serpentine et du fer chromiqne ; mais comme ces minéraux accompagneut^^artout des gisements de chrysolite ou d'asbeste, ainsi que de cuivre, de plomb, d'antimoine et de fer, même d'or ou d'argent, dans la région qui se trouve plus au sudouest, il n'est pas invraisembable de prédire qu'on trouvera aussi ces minerais dims la région non explorée de la péninsule de Gaspé."
La même opinion est exprimée ]iar M. le professeur Hunt, dans une brochure publiée en 1865. " Sous ce titre, dit-il en parlant des Cantons de l'Est, est comprise la zone montiieiise, située au sud du Saint-Laurent, ainsi que la région plus au sud-esfc s'étendant jusqu'à la frontière et formant une succession de vallées qui se suivent depuis les sources de la rivière Connecticut en allant vers le nord-est jus'qu'à la baie des Chaleurs. 11 est vrai que les Cantons de l'Est, tels qu'on les désigne ordinairement, ne comprennent i)as ce prolongement vers le nordest ; mais, comme il leur appartient au poiïît de vue de la géographie et de la géologie, on peut avec raison l'inclure sous la même désignation . . . Les Cantons de l'Est, en sus, abondent en minéraux métalliques, en marbres, en ardoises, etc."
Ces citations établissent clairement la richesse minière de la Gaspésie. Puis nous avons la preuve
irréfutable de ces richesses dans l'existence des gisements et des espèces qui ont été bien constatés et dont nous allons donner une brève énumération.
Pétrole. — La présence du pétrole dans les roches de Gaspé a été constatée il y a plus de trente ans, pour la première fois, par les membres de la commission géologique du Canada. Des explorations subséquentes ont établi que ce minéral existe en plusieurs endroits de cette région, sur les bords des rivières Dartmouth, York, Saint-Jean et Malbaie. A beaucoup d'endroits, dans cette région, le calcaire est recouvert d'un grès dont la partie inférieure est de même âge que la formation d'Oriskany. Ce grès se trouve près de l'embouchure de la rivière York, et comme le calcaire, il est imprégné de pétrole. Sur les bords de cette même rivière, à douze milles environ du bassin de Gaspé, on trouve des parcelles de bitume solide dans les cavités d'un dyko coupant le grès.
A la source d'où provient le pétrole dé Silver Brook, l'un des tributaires de la rivière York, cette huile sort d'une masse de grès et de calcaire arénacé qni plonge vers le sud-est à un angle de 13° et se trouve à près d'un mille de la couronne de l'anticlinale. L'huile, qui se ramasse dans les mares d'eau, le long du ruisseau, a une couleur verdâtre et une
odeur aromatique bien moins désagréable que celle du pétrole d'Ontario. Plus loin vers l'ouest, à une douzaine de milles de l'embouchure de la rivière, l'huile surnage à la surface de l'eau, à l'affleurement du calcaire. Il y a aussi du pétrole à la fontaine Adam, sur le derrière du lot B du canton d'York, à une couple de milles S. S. E. de l'entrée du bassin de Gaspé. Le pétrole suinte pareillement à travers la boue du rivage à Sandy-Beach et Haldimand, deux localités qui, comme la précédente, se trouvent sur des grès et l'anticlinale qui passe un peu au nord de la source de Silver Brook. Un peu à l'est, deux milles à l'ouest de la Pointe-au- Goudron, qui tire son nom du pétrole qu'on y trouve, il y a une autre source qui se trouve à trois quarts de mille de l'anse au Mar^iouin. Sur le bord sud de la grève de Douolasstown, environ- un mille à l'ouest du village, le pétrole suinte à travers la boue et les graviers du rivat^e. Plus loin vers l'ouest, à la deuxième bifurcation de la rivière Saint-Jean, il y a aussi du pétrole, ainsi que sur les bords d'un ruisseau qui se décharge dans l'anse Saint- George, sur le côté nord-est de la baie de Gaspé.
Ré'sine fossile — Cette matière se trouve dans quelqr»es lits des grès dévoniens de Gaspé. Elle se présente sous forme de lames irrégulières, dans les
Y8 LA GASrÉSIE
bords de ces lits de grès, en 'couclies de (]Tie^qiies lignes d'épaisseur. Elle ressemble un peu à l'ambre ; mais elle se rapproclie davantage de la sck'rL-tinite et de la middletonite.
On pourrait tirer de cette matière de grandes quantités dliuile à brûler et à lubrifier, en la distillant comme on distille la houille et les schistes bitumineux. Des expériences faites sur une petite échelle, dans le but de constater si cette résine pourrait servir à la production du gaz d'éclairage, ont donné pour résultat 2 \ ydeds cubes de gaz, de qualité supérieure, par livre de résine, laquelle perdit par la distillation 26 pour cent de son poids. Comme la matière volatille représente environ 33 pour cent de la résine, il est évident que si l'on pouvait se procurer cette résine dans un'état de plus grande pureté, elle remplacerait fort avantageusement la houille pour la p)roduction du gaz d'éclairage.
Cuivre — Ce minerai doit exister en abondance dans la Gaspésie, puisque les monts Shickshocks sont composés des roches chlori tiques du groupe qui, dans les Cantons de l'Est, renferme les mines d'Acton, de Wickham et de Harvey-Hills.
Les seuls endroits où l'on ait constaté l'existence de dépôts de cuivre, dans la Gaspésie, sont l'embouchure de la rivière du Grand-Capucin, à quatre milles
LA GASPÈSIE 79
plus bas que le cap do Chastes, le voisinage du mont Serpentine, près de la baie de Gaspé, et au Port- JJaniol. Au Grand-Capucin on a remarqué l'existence de petites pyrites de cuivre dans une mine de quartz enfermée dans une gangue de schiste rouge. On a trouvé de bons échantillons de cette pyrite près du mont Serpentine, à six milles de la tête de la baie de Gaspé. Enfin, on a constaté que la partie inférieure des schistes et des calcaires de Port-Daniel renferment aussi de petites quantités de cuivre, et sir William Logan prétend qu'il y a les mêmes probabilités de la présence des dépôts de cuivre" dans toute la région de l'est (de la Gaspésie) que dans les cantons situés plus au sud-ouest.
Plomb — -La galène se trouve en quantités assez considérables pour être exploitée dans des veines qui traversent le calcaire de Gaspé, au cap de Gaspé et à l'Anse-des-Sauvages. A la baie du Petit-Gaspé, le filon se trouve dans une masse de calcaire stratifié qui plonge environ S. 0. 24° et forme vers le nord une montagne d'environ 700 pieds de haut, c'est-àdire le promontoire de Gaspé. Ce filon a une lap^-eur d'environ dix-huit pouces: il se compose de calcite renfermant des masses de galène ainsi que des petits morceaux de blende et de minerai de cuivre. En creusant un puits de vingt pieds dans la veine prin-
cipale et quelques autres veines parallèles, on a obtenu vingt tonneaux de minerai qui ont donné douze tonneaux de. plomb pur. On a aussi trouvé de la galène dans plusieurs autres localité?, notamment dans les calcaires qui se rencontrent au sud du promontoire de Gaspé, ainsi que du côté nord, dans une veine qui semble être la continuation de celle de l'anse du Petit-Gaspé. On a aussi trouvé des petites quantités de galène en veines dans les calcaires de Percé, de même qu'à l'anse à Cousin et il est évident qu'on en trouverait encore ailleurs, dans ces endroits, en faisant des recherches un peu plus soignées. Dans tous les cas, ce qui est déjà connu pourrait faire l'objet d'une exploitation payante.
Chrome — Ce minerai se trouve en quantité susceptible d'exploitation dans les serpentines du mont Albert, sur les bords de la rivière Saint- Anne. On le rencontre sous la forme de fer chromique, par masses détachées pesant jusqu'à vingt livres chacune, et d'après i*examen des lieux fait par sir Vrilliam Logan, il est constaté que les couches de ce minerai, qui ont été suivies sur une distance de plus d'un demimille, forment un dépôt considérable et offrent uu vaste champ à l'exploitation.
C'est de ce fer chromique ou . oxyde de chrome qu'on obtient le bi-chromate de potasse, avec 'lequel
on prépare les chromâtes de plomb rouge et jaune — ou jaune clirome — ainsi que l'oxyde de chrome vert, dont on se sert en peinture comme couleur verte indélébile et pour préparer une encre verte d'imprimerie. On emploie aussi de grandes quantités de bichromate de potasse dans la teinturerie et pour l'impression des indiennes.
Asheste — Ce précieux minéral, qui est l'objet d'une exploitation considérable dans queques parties des Cantons de l'Est, a été trouvé par sir Willim Logan dans les environs du mont Albert, à l'extrémité des montagnes Shickshock, dans le voisinage de la Serpentine. Ce gisement n'a guère d'importance par luimême: mais il indique l'existence de couches plus considérables, qu'on ne manquera pas de découvrir en faisant des examens plus soignés et des explorations plus étendues.
Serpentitie — A l'extrémité orientale des montagnes Shickshock il y a une grande exposition de serpentine qui paraît venir au-dessus des conglomérats calcaires, avec une bande mince de schiste noir qui la sépare des conglomérats, et fait un contour vers l'épaulement sud-est de la chaîne, formant le mont Albert, un de ses principaux pics. Elle se continue vers le sud-ouest sur une distance considérable, le long du tributaire de la grande rivière Cascapédia constituant le flanc sud de la chaîne, et finalement
82 LA GA.SPÉSIE
elle disparaît plus loin sous les ten-aing s'-'n riens moyens. L'épaisseur de cette grande nmssc de ser- ])entine'est estimée à environ 1000 pieds. Le tout présente des stratifications, très claires et très distinctes dans quelques endroits et plus obscures 'dans d'autres. Une grande partie des 600 pieds inférieurs est d'un vert bouteille, avec des lits, vers le haut, do couleur roageâtre et panachée et brun verdâtre, très bien parsemés de petits cristaux de diallage. Les 400 pieds du haut montrent très bien leur disposition en lits par les difterences de couleurs sur les tranches changées par l'influence atmosphérique îiinsi que sur les surfaces récemment exposées. Les surfaces exposées à l'air sont marquées d'une série de bandes ronges et blanches opaques, les blanches étant plus larges que les rouges ; elles varient d'une ligne à un demipouce et deviennent souvent interstiatiiiées de lits de couleur chamois brunâtre, qui varient en largeur de la même manière. Quand ]a serpentine est Un liée et polie, elle présente des bandes parallèles brunes, avec -des lignes ressemblant à des veines rouge sang, qui coupent celles qui sont rouges sur la surface exposée à l'air. Ces lignes rouges sont quelquefois disposées en faux lits.
Au mont Albert, dans Gaspé, ^es serpentines qui sont là associées avec des schist^es chloritiques, épido-
LA CASrÉSIE 83
tiques et hornblcndiqiies et qui ont été décrites à la page 281 (de la Géologie dit Canada) recouvrent une étendue d'au moins dix milles carrés. Une grande partie de la serpentine est distinctement stratifiée et souvent rubannée de couleurs rouge brun. Il y a peu de doute qu'on puisse obtenir là et dans beaucoup d'autres localités de cette région toute quantité voulue de belles variétés de serpentines propres à être eriiployées comme inarhres.
Il y a d'autres gisements considérables de serpentine dans les environs du mont Serpentine et là aussi on pourrait ouvrir des camères capables d'alimenter une exploitation importante.
Pierre à ciment — D'après M. James Eichardson, de la commission géologique du Canada, les dolomies noires jaunissant par l'action du temps et de l'air, que l'on trouve au portage de la Montagne et qui sont semblables à celles de la Grande-Coupe, à six milles plus bas que la rivière du Grand-Etang, forment une matière qui fait un ciment hydraulique très fort, se durcissant en quelques minutes, sous l'action de l'eau, en une masse très dure et tenace, de couleur jaunâtre. L'étendue de la formation qui renferme ces bandes de matières à ciment démontre qu'on pourra trouver une quantité conrsidérable de cette pierre dans les différentes localités qui bordent la rive sud du Saint- Laurent.
84 LA GASPÉsie
Ardoises et pierre riieuUère — Sir William Logan, qui a lui-même exploré ces localités, constate que l'on pourrait obtenir de magnifiques dalles et de bonnes ardoises à toiture de quelques couches de calcaire arénacé qui se trouvent un peu à l'ouest de l'anse à la Vieille ; 'elles se fendent facilement en plaques de presque toutes les épaisseurs voulues, d'un quart de pouce à trois ou quatre pouces, ce qui est dû à la présence du mica dans les plans de division. Le lit de conglomérat siliceux, à la base de la série des calcaires, ainsi que d'autres d'un caractère semblable et en plus grande quantité, sur la rivière de l'Ouest, pourraient fournir de bonnes pierres meulières.
Pierres à aiguiser — A la chute de la rivière Dartmouth, dans la détour que la rivière fait au nord du mont Serpentine, et le long cette rivière, les couches à la base des calcaires sont un peu tendres et arénacées et passent parfois en grès à lits minces propres à fournir des pierres à faux. On a aussi trouvé dans la vallée de la rivière Bonaventure des roches qui feraient d'excellentes pierres à faux et même de bonnes pierres à aiguiser les autres outils. Ces roches sont par lits et pourraient se travailler facilement.
Marne — Cette substance peut servir à de nombreux usages. Quand elle est pure, on l'emj^loie pour
LX G.VSPÊSIE 85
blanchir les bâtiments, nettoyer les métaux, etc. En la calcinant, on obtient une cliaux très blanche et on ne peut plus propre à faire -du mortier de première qualité. Mais son principal usage se trouve dans Tagriculture, pour l'amélioration des sols trop sablonneux ou trop glaiseux. Aux sols glaiseux, elle fournit la chaux qui leur manque et aux terres sablonneuses elle donne une consistence qui les fait produire abondamment. En Europe, mais en France surtout, la marne est considérée comme une source de richesse et comme l'un des meilleurs amendem.ents pai- tous les cultivateurs.
Dans la Gaspésie, la marne se trouve en plusieurs endroits, notamment sur les bords du lac Métis, à son extrémité supérieure, sur la côte du Saint-Laurent, à cinq ou six milles plus bas que la rivière Matane, dans les lacs 'de Port-Daniel et ceux de Xew-Iîichmond et principalement aux environs de Kew-Carlisle, sur les bords de la baie des Chaleurs. A une couple de milles du village," dans une vallée d'un mille et demi en superficie, il y a quatre ou cinq petits ;cs au fond et sur les bords desquels on trouve un lit de marne blanche et pure d'une épaisseur de cinq ou six pouces. A Matane, le dé};ôt, qui a une quinzaine de pouces d'épaisseur, forme le fonds de plusieurs marais qui occupent une aire de soixante et
83 LA GASPÉSIB
quinze arpents carres. Ces. gisements pounaient être exploités avec le plus grand avantage par les agriculteurs des régions environnantes.
Pierre à chaux — Les calcaires siluriens inférieurs de la formation de Chazy et du groupe de Trenton, qui fournissent de la pierre à chaux de première qualité, se rencontrent en plusieurs endroits dans les terrains calcaires de la Gaspésie. Le dépôt le plus considérable et le plus pur se trouve à Port-Daniel. 11 fournit d'excellente chaux. De grandes quantités sont exportées chaque année à l'Ile-du-Prince- Edouard, où il n'y a pas de pierre à chaux. Cette exploitation est considérable. De la carrière, la pierre est transportée sur un tramway jusqu'aux bâtiments à bord desquels elle est chargée. Il en est expédié plusieurs cargaisons chaque année et ça augmente d'année en année. C'est une industrie importante pour cette localité, qui peut aussi fournir d'excellente chaux, pour les fins de construction et de l'ugriculture, à toutes les paroisses de la baie des Clialeurs.
LA GASrKSIE 37
CHAPITEE Yl
FOUETS ET INDUSTIilE FORKSTIÈIIE
Les forêts de la Gaspésie sont généralement peu connues et c'est probablement à l'ignorance des ressources, des richesses qu'elles renferment, qu'il faut attribuer le fait qu'elles ne sont, pour ainsi dire, pas exploitées. On trouve dans ces forêts toutes les essences qui sont les plus recherchées pour l'exportation : le pin, l'épinette, le merisier, l'orme, le frêne, le cèdre, etc. Le feu a fait des ravages assez étendus dans certaines parties de la vallée delà Métapédia ; mais, ailleurs, les forêts sont encore à l'état de nature et n'ont* été entamées que par des exploitations passagères et peu considérables.
La construction des navires, qui se rattache pour ainsi dire à l'industrie forestière, pourrait se faire dans les conditions les plus avantageuses sur les bords de la baie des Chaleurs, où l'on peut se procurer à si bas prix des bois de première qualité pour cet usage. " 11 y a sur 'les bords de la baie, dit Perley, de de très grandes facilités pour la construction des navires. Le bois est d'excellente qualité et renomme pour sa durabilité, notamment l'épinette rouge, qui
88 LA GASPfeSIE
est regardée comme un bois égal à ce que l'cto peut trouver de meilleur dans n'importe quelle partie du inonde. M. MacGregor, député de Glasgow et secrétaire du Bureau de Commerce, dit dans un de ses rapports officiels : " Les navires construits en épinette " rouge de la baie des Chaleurs sont d'une durabilité " remarquable. En 1839, dans le port de ]\Iessine, je " suis monté à bord d'un navire, que j'avriis vu a " Paspébiac en 1824, appartenant à Robin & Oie, et " qui était à décliarger une cargaison de morue sèclie, " destinée à l'alimentation des Siciliens. Ce navire, ** qui comptait plus de trente ans d'existence, était " encore parfaitement sain. "
Les forêts de cette région n'ont jamais été explorées avec soin comme celles des autres parties de la province, mais ce qu'en disent les arpenteurs qui ont parcouru la zone avoisinant le bord de la mer montre clairement que Ja Gaspésie est aussi remarquable pour la ricliesse de ses forêts que pour celle de son sol et de ses pêcheries. Citons quelques extraits pour établir cet énoncé.
Le canton de Milnikek a été arpenté et exploré par MM. H. LeBer et P. Murison, qui disent dans leurs rapports :
" Le bois qui croît sur la crête de ces montagnes et dans leurs plaines consiste en sapin, épinette
blanche* pin, bouleau et merisier. Sur la plupart des crêtes de montagnes, H reste encore beaucoup de ces bois de construction, mais ils sont de qualité secondaire. (H. LeBer )
" Les terres sont belles et en pente douce près des sources du ruisseau de Malt et des deux ruisseaux Connors ; il y a une bonne pousse de merisier rouge, de merisier blanc et quelques érables. Tout le bois de commerce a ét^ coupé, c'était du pin de première qualité ; mais il y a une bonne quantité de bouleaux qui seront plus tnrd employés pour l'exportation et pour d'autres fins " (P. Murison).
En parlant du canton Humqui. 2il. LeBer dit " qu'on n'y trouve point do pin comme dans Milnikek, mais autant et même plus d'Jpinette' propre au commerce. Il y a beaucoup de cèdre. Les autres bois sont le sapin, le bouleau et le merisier."
Le canton Cabot a été exploré par l'arpenteur T. A. Bmdley qui constate dans son rapport, qu' "il y a des plaines fertiles, unies et qui ne sont interrompues par aucune élévation. Sur ces plateaux le sol est très-fertile. Le bois franc prédomine, comme le bouleau, l'érable et l'épinette. Ce dernier bois surtout est très abondant et fort employé par les marchands de bois de la localité. On trouve sur ces rivières (les rivières Blanche et Tartigou) une grande quantité de
90 LA GASPÉ::iE
bois propre aux moulins et que l'on exploite depuis les sources jusqu'à l'embouchure de ces cours d'eau. Les principaux bois sont l'épinette, le pin et le cèdre, avec un peu d'érable et de bouleau blanc et noir."
M. l'arpenteur Garon a constaté que dans le canton McXcidcr, qui est traversé par la rivière Tartigou, " le bois est de bonne qualité, surtout l'érable et le merisier, qui constituent les espèces dominantes. Le pin est très rare, mais il existe encore une petite quantité d'épinette marchande. Le cèdre est en général abondant et de qualité supérieure."
Au rapport de l'arpenteur Grondin, le canton Tessier est " uni et couvert de bois de la plus belle venue, tel que l'érable, le merisier, l'orme, le frcne, l'épinette." Ce canton est fraversé par la rivière Matane et se trouve en arrière de la seigneurie du même nom.
" Les espèces de bois qui dominent dans le canton Tourelle, dit l'arpenteur Eoy, sont le sapin, le bouleau, le merisier, l'épinette et le cèdre. II y a de l'érable, mais en petite quantité. Les cédrjères sont en as?3z petit nombre ; mais le cèdre est de bonne grosseur et de qualité supérieure. Nous avons rencontré un grand nombre de souches de pins ; mais je ne me rappelle pa? avoir vu un seu! de ces arbres debout."
Dans les cantons de la riivière-au-Kenard, du Cap Hosier et de Gaspé-Nord, surtout dans les profondeurs, le sol est plan, boisé d'érable et de merisier ainsi que de frêne ; mais cette dernière espèce commence à devenir rare, à cause du grand usage qu'en font les pêcheurs pour faire des barils.
Les forêts du canton Fortin se composent d'ëpinette, de sapin et de merisier. Dans le canton Eameau, qui est traversé par la Grande-Rivière, il y a un peu de pin, une très grande quantité de beaux cèdres et un peu d'érable. Le merisier, qui est généralement sain et d'une grosseur assez remarquable, so rencontre partout mêlé au bouleau, au sapin et à l'épinette. Le cèdre, surtout, pourrait fournir beaucoup au commerce d'exportation.
Les bois de commerce se trouvent en abondance dans les forêts de Pabos. On a pris un peu de pin dau^ les endroits les plus rapprochés de la mer ; mais il en reste encore dans l'intérieur suffisamment pour alimenter une grande exploitation pendant bien des années. On trouve aussi en abondance, même dans les premiers rangs, tous les autres bois de commerce, tels que le cèdre, l'épinette, le sapin, le merisier et le frêne. Le merisier est abondant, fort gros, très sain et constitue un article de prem.ière classe pour l'exportation.
92 Lk GASPÉ3IE
]\I. l'arpenteur Legendre a fait l'exploration d'une grande partie de la région égouttée par les rivières Pabos et Port- Daniel et nous extrayons les notes suivantes de son rapport :
" De la rivière Nouvalle aux rourclies, grande abondance de bois de commerce : cèdre, peuplier, orme, etc. Ces bois sont généralement très grands, gros, d'excellente qualité. Les coteaux et les montagnes fournissent du pin en petites quantités, mais beaucoup d'épinette. Le sommet des hauteurs est presque partout boisé en merisier et bois mou.
" J'ai vu là du merisier qui pouvait former un plançon de trente pieds de long sur vinrjt 'pouces carrés. Il y a déjà eu exploitation de ces forêts, mais il reste encore assez de pin et d'épinette pour donner une valeur considérable à ces terrains . .
*'' La Samaragne est le meilleur pouvoir d'eau . . Le sapin et l'épinotte abondent et. la descente du bois estfajile."
Le mêine arpenteur a fait l'exploration des rivières Bona vent are et Cascapédia et parle ainsi des forêts qu'il a vues :
" Le bois, qui se compose en ces endroits (dans la vallée de la petite rivière Cascftpédia) de cèdre, de merisier, de peuplier, d'épinette et de sapin, est d'une grosseur remarquable et en grande quantité.
LA GASPÈSIE 03
J'ai vu plusieurs cèdres de dix-liuit à vingt pieds de circonféreuce et généralement sains . .
" Dô la Fourche au trente-deuxième mille du côté est, il y a beaucoup d'épinette, de cèdre et de peuplier. J'ai remarqué que dans cette région les basfonds sont bien boisés de bois mou . . .
•' Quant au reste de la branche sud-ouest des Pourches, il n'y a pas de bois de valeur; mais à partir de l'arrière ligne du canton de Xewport, on trouve en abondance du cèdre et du peuplier sur les bords de la rivière, et sur les hauteurs et les ruisseaux du pin et de l'épi nette.
" La rivière Hall (un des affluents de la rivière Bonaventure) est bien fournie de merisier, de pin et d'épinette, ainsi que les rivières Pabos."
Une grande partie de la grande rivière Bonaventure a été explorée par M. Henry O'Sullivan, un homme des plus compétents. Les notes qui suivent sont prises dans son i-apport. •
'' La première branche de l'ouest, où le pin, le sapin, l'épinette et le cède abondent ....
*,' Sur les 2e et 3e milles, il a été fait jadis du bois d'écarrissage. Le long de la grande rivière, jusqu'au 2e piquet de mille et une bonne distance sur .la branche de l'ouest, il v a de magnifiqi;es terres d'une
94 LA GÀSPÊSIE
étendue d'environ dix mille acres. Les vallées sont bien boisées d'épinelte, pin, sapin et peuplier et sur les hauteurs c'est de l'épinette blanche, quelques pins et merisiers blancs.
" Le cèdre de la rivière Bonaventure mérite une mention spéciale : je n'ai encore rien vu dans aucune partie de la province pour l'égaler en dimension, qualité ou quantité. Il y a aussi beaucoup de pin, d'épinette, de sapin et de peuplier et suivant les rapr'ovt.j des explorateurs et hommes de chantiers qui ont visité les sources des rivières Hall, Duval et Creuse, l'érable et le merisier abondent dans ces Ijcalités."
Constatons en passant que les plus belles forets de la Gas})ésie se trouvent dans la vallée de la rivière Bonaventure. 11 y a là du pin en abondance et de la plus belle qualité, de l'épinette, du cèdre, de ce cèdre que i\i. Sullivan représente comme extraordinaire et bien supérieur à tout ce qu'il a vu dans toutes les autres parties de la province. Il y a dans la vallée de cette rivière suffisamment de beau pin, de première qualité — on en a mesuré qui avaient trois pieds et demi et quatre pieds de diamètre au-dessus de la souche — pour faire des millions et des millions de pieds de Ijois carré ou scié. L'épinette fournirait aussi son très fort contingent, sans compter le merisier et
LA GASPÊSIK 95
le cèdre. Et ces beaux bois se trouvent non-seulement dans la vallée principale, mais aussi dans les vallées secondaires des affluents de la rivière, ce qui est assez dire que ces riches forêts couvrent une immense étendue et peuvent alimenter presque indéfiniment une exploitation forestière des plus considérables comme des plus lucratives. - '
Cette exploitation pourrait se faire dans les conditions les plus avantageuses qu'il soit possible d'imaginer. Dans les exploitations ordinaires, le transport des provisions pour les bûcherons et les bêtes de somme employées dans la forêt, à plusieurs centaines de milles des grands centres 'de commerce, à travers des régions où les chemins sont dispendieux à ouvrir» montueux et à peine praticables, le tiansport des provisions, disons-nous, constitue une dépense considérable. Ces inconvénients, ces causes de dépenses n'existent pas en ce qui regarde l'exploitation des forêts de la rivière Bonaventure. Là, le terrain se prête bien à l'ouverture des chemins et en hiver la glace, sur la rivière et ses tributaires, fournit les chemins les plus beaux et les plus unis. Puis les distances à parcourir sont peu de chose, puisqu'elles n'excèdent pas en moyenne une trentaine de milles entre les bords de la mer et le centre des belles forêts ; ce n'est rien comparativement à l'éloignement des
forêts dans les autres parties de la province. Ainsi, dans le haut de l'Outaouais, où se fait la plus grande partie des bois de pin que nous exportons, il faut transporter les provisions à des distances de deux ou trois cents milles et même plus. Pourtant, plusieurs maisons qui exploitent ces forêts ont réalisé des fortunes colossales dans cette industrie. Que serait-ce donc si leurs opérations avaient été, comme cela peut se faire dans la vallée de la rivière Bonaventure, à quelques milles des endroits où l'on peut se procurer les provisions à bas prix et les transporter dans les chantiers pour une bagatelle !
Enfin la descente des bois préparés, qui coûte si cher sur le Saguenay, le Saint-Maurice et l'Outaouais, en frais de glissoires, d'estacades et en manœuvres, ne coûterait comparativement rien sur la rivière Bonaventure. Ici, il n'y a besoin de rien de tout cela, pour la bonne raison que le cours de la rivière, dans toute sa longueur, n'est obstrué par aucun obstacle. " Je dois faire remarquer, dit M. l'arpenteur Sullivan, qui l'a explorée d'un bout à l'autre, que tout le long de la rivière, depuis la grève jusqu'au lac le plus éloigné (à elnquante-cUux railles et demi de la mer), il n'y a jiccs une seule cJude ; mais c'est au contraire un rapide continu, libre de tout obstacle quelconque "
Est-ii possible d'imaginer une rivière plus propice
à la descente du bois ? Pas de chute, pas d'obstacle naturel d'une nature quelconque et courant rapide partout. Il suffit de jeter les billots à l'eau et de les laisser descendre d'eux-mêmes. En des circonstances aussi favorables, dix hommes peuvent faire l'ouvrage qui en exigerait un cent et plus sur des rivières moins avantageuses. Enfin l'estuaire de la rivière forme un havre excellent où les bâtiments peuvent charger le bois avec la plus grande facilité, protégés contre les vents et contre tout ce qui pourrait les obstruer ou les empêcher en d'autres endroits moins bien situés. Tout cela démontre clairement que sous tous les rapports les superbes forêts de la rivière Bonaventure peuvent être exploitées dans des conditions exceptionnellement avantageuses. C'est pour toutes ces raisons que la vallée de cette rivière et de ses nombreux affluents constitue indubitablement la plus belle région forestière de la Gaspésie, et peut-être même de la province.
Il y a aussi de belles forêts dans la vallée de la rivière Nouvelle. L'arpenteur Murisson en parle dans les termes suivants :
" Le sol dans cette localité (à 20 milles 'de l'embouchure de la rivière) est riche et le bois de grandes dimensions, sain et droit, principalement l'épinette, qui serait très propre à l'exploitation. Dans les en-
virons et entre les 9e et 10e milles, il y a des pins de bonne qualité qui croissent sur le versant des montagnes, des deux côtés de la rivière. Les cours d'eau qui se jettent dans la rivière principale sont petits. L'épinette et le sapin sont de grandes dimensions. Il y a aussi du merisier et du bouleau. D'excellent bois de charpente de la même qualité aboiide sur le versant des montagnes. "
Dans le canton de Mann, le sol est parfaitement uni, de la meilleure qualité et couvert de merisier et d'érable de très grandes dimensions. La grande vallée du ruisseau Busteed est boisée de pin et renferme aussi du merisier d'une taille énorme. , La vallée du ruisseau Harrison se comi:os3 aussi d'un col de qualité supérieure et le bois est d'une taille énorme. Les espèces dominantes sont l'orme, le ûêne et le merisier. Il y a des frênes qui sont aussi gros que des pins. La qualité du sol et du bois ist de meilleure en meilleure à mesure ^u'on avance dans l'intérieur, en allant vers la rivière Escuménac.
On peut juger du sol et du bois du canton Eistigouche par le rapport suivant que M. l'arpenteur Legendre a donné au sujet du deuxième rang de ce canton :
" Le bois de toute espèce et le sol que j'ai rencontré sur tout le parcours de ce cordon sont d'excellente
qualité et l'on m'assure qu'il en est ainsi jusque près et à quelques places au delà de la ligne extérieure nord de ce canton. Quant à moi, je n'ai rien vu qui puisse rivaliser avec cette partie du deuxième rang. Les meri-iicrs sont d'une grosseur énorme, abondants -et sains. Il y a des merisiers magniriques. On voit des épiuettes qui peuvent mesurer seize pouces carrés à soixante pieds de la souctie. Enfin le sol, composé de terre jaune, est le plus riche que j'aie vu. Parmi tous ces arbres que je viens de mentionner, il pousse aussi d'énormes cèdres, indice certain de la bonne qualité du sol."
Ce canton, ainsi que celui de Métapédia, qui l'avoisine, ont été explorés avec soin par M. W. A. Sims. Dans son rapport ce monsieur dit :
" Le canton de ràstigouche est situé à la tête du courant de marée de la rivière Eistigouche, qui le borne au sud. Le terrain est de la terre brune ou jaune de bonne qualité, exempte de pierres et re2:)osant en général sur des couches de trap qui, en se décomposant, forment un sol extrêmement fertile. Il est bien boisé et produit du bouleau noir et jaune, de l'érable, du bouleau blanc, du sapin, de l'épinette, du hêtre et du frêne. Ces derniers bois se rencontrent aussi mêlés de pin et de cèdre, sur le versant des collines. L'étendue des plateanx dans les ravins et les
vallées est très restreinte. Le bois qu'on rencontre en ces endroits est générelement du bois mou mêlé de frêne et d'ormeau. Cette description s'applique au canton Métapédia, qui est aussi borné au sud par la rivière Eistigoucbe."
Toutes ces données, puisées aux sources les plus authentiques et les plus autorisées, démontrent clairement que les forêts de la Gaspésie, notamment celles de la région qui borde la baie des Chaleurs entre la rivière Saint-Jean et la rivière Métapédia, sont aussi riches en bois de commerce que celles du Sagiienay^ du Saint-Maurice et de l'Outaouais. Il y a dans ces belles forêts de la baie des Chaleurs assez de pin, d'épinette et de merisier pour alimenter pendant des années et des années un énorme commerce d'exportation. Quant au cèdre, c'est le seul endroit de la province où l'on en trouve autant, d'aussi beaux et d'aussi gros. Le frêne et l'orme atteignent aussi des proportions colossales et pourraient fournir leur bonne part à l'exportation.
Quant à l'exploitation de ces belles forêts, elle est des plus faciles et infiniment moins dispendieuse que n'est cette industrie dans les autres parties de la province.
Ailleurs, il faut aller chercher le bois jusqu'à trois, quatre, même six et sept cents milles des endroits où
- LA GASrÉSIE loi
il est embarqué à bord des n?vvires pour être expédié en Europe. Dans la Gaspésie, les forêts les plus éloignées ne se trouvent pas à cent milles du bord de la mer. C'est déjà un avantage immense. Il en est un autre plus considérable encore. Le cours des rivières où l'on descend le bois, dans les autres parties de la province, est accidenté, ifttercepté en beaucoup d'endroits par des chutes et des cascades où il est impossible de faire passer le bois, et pour éviter ces obstacles, il faut construire des glissoires et faire des travaux d'améliorations qui coûtent des sommes énormes. Il n'y a rien de tout cela dans la Gaspésie ; les forêts sont traversées par des rivières dont le cours est rapide, mais n'offre pas le moindre obstacle sérieux à la flottaison des bois. Il suffit pour arinsi dire de les mettre à l'eau et de les laisser descendre d'eux-mêmes. Enfin le transport en Angleterre est bien moins dispendieux que de Québec et des autres ports du Canada. Outre qu'ils ont de quatre à cinq cents milles de moins à parcourir, c'est-à-dire de huit cents à mille milles pour l'aller et retour, ce qui est considéiable, les navires fréquentant les ports de la baie des Chaleurs, Percé, Pabos, Port Daniel, New-Carlisle, New- Eichmond, Carleton, etc., n'ont pas un seul sou à payer pour pilotage, quaiage, remorquage, toutes choses qui s'élèvent à des montants considérables dans les autres ports.
102 LA CU.^PKSIE
Toutes ces considérations montrent à ÎV'viclence que l'industrie forestière offre Jes pins crands avantages et la plus belle perspective dans la Gaspésie : si elle n'a pas encore été explcitéo d'une manière sérieuse et sur une grande échelle, c'est uniquement parce que les ricbesses des forêts de cette contrée sont généralement inconnues.
CHAPITEE VII
PÊCnERIES — STATISTIQUES — EXGEAIS DE POISSON.
Les pêcheries de la Gaspésie sont peut-être les plus riches de l'Amérique du Xord et même du monde entier. Elles sont exploitées depuis plus de deux siècles et ont fourni au commerce des produits dont la valeur se compte par millions. La maison Chas Eohin & Cie, de Jersey, a réalisé là une fortune de plusieurs millions et qiû l'a mise à la tête du commerce de poisson en Amérique comme en Europe. Les maisons LeBouthiller & Erères, J. à E. Collas, J. Leïîouthiller & Cie et Valpy ^''c Le Bas font aussi des affaires considérables.
Les poissons qui font l'objet de cette exploitation sont la morue, l'aigrefin, le hareng, le maquereau, le
saumon, le homard ainsi que le gaspareau et plusieurs autres poissons de moindre importance, mais qui pourraient fournir beaucoup au commerce d'exportation, si on savait les apprécier et trouver les marchés où ils sont en demande.
La morue est le plus précieux de tous les poissons •et de beaucoup le plus abondant. Dans la Gaspésie elle constitue une ressource aussi sûre que le produit de la culture ; avec un peu d'activité, l'homme le plus pauvre et le plus dénué peut toujours trouver dans la pêche à la morue de quoi vivre et faire vivre sa famille.
Cette pêche, dans la Gaspésie, se fait dans le voisinage des côtes, dans les anses et les baies, c'est ce qu'on appelle la pêche de rivage ; elle se fait aussi sur les l)aac3, à vingt-c^nq ou trente milles des côtes. Les pêcheurs qui ont des moyens construisent euxmêmes leurs embarcations, se pourvoient à leurs frais de tous les appareils nécessaires, pèchent pour leur propre compte et vendent leur poisson frais aux marchands ou bien le préparent et attendent l'automne pour le vendre aux spéculateurs, qui parcourent toutes les côtes pour acheter tout le poisson qu'ils peuvent trouver. Ceux qui n'ont pas le moyen de se procurer les embarcations ainsi que les autres appareils nécessaires les louent des grandes maisons-
qui font le commerce du poisson. Le loyer d'une embarcation toute gréée varie de $25 à $35 par saison et le bail stipule invariablement que tout le poisson qui sera pris dans une embarcation ainsi louée devra être vendu exclusivement au marcliand qui fournit cette embarcation. Ces barges ont une trentaine de pieds de longueur et de six à dix pieds de largeur. Elles sont faites de cèdre et pointues aux deux bouts, comme les baleinières. Elles ont deux voiles et se comportent admirablement à la mer.
Pour la pêche de rivage, les gens partent le matin, vers deux ou trois heures, et reviennent entî'e quatre et cinq heures de l'après-midi, afin d'avoir le temps de préparer leur poisson avant la nuit. Cliaque embarcation est montée par deux hommes, qui emploient chacun deux lignes, quand ils pèchent dans trente ou quarante brasses d'eau, et jusqu'à quatre lignes quand ils pèchent dans une dizaine de brasses. Lorsque le poisson donne, c'est-à-dire que la pèche va bien, les hommes n'ont pas un instant de repos ; pendant qu'ils décrochent le poisson pris à une ligne, l'autre est attaquée par d'autres poissons et prête à tirer. Chaque ligne est munie de deux hameçons, et quand ça mord bien, chaque coup de ligne rapporte deux morues. Dans ces circonstances, une embarcation revient chaque jour avec 2,000 livres de poisson, c'est-à-dire mille livres pour chaque homme qui la monte.
Le temps de la pêche dure ordinairement du mois d'avril au mois de novembre. Cette période est divisée en deux parties qu'on appelle péclie cVété et ^êche cVautoTiinc. La pêclie d'été finit au 15 août. La morue prise jusqu'à la fin de septembre est séchée ou préparée pour l'e-xpoitaticn ; celle qu'on prend après cette date est salée, mise en barils et vendue sur les marchés locaux.
Comme on le voit, la poche à la morue constitue un emploi très lucratif et peut facilement rapporter de $300 a S400 par été à un homme actif et laborieux.
La pêche au hareng dure depuis le mois d'avril jusqu'au mois de décembre. Elle se fait avec des rets et avec des seines. On tend les rets dans les endroits où passent ordinairement les bancs de harengs. Au printemps, quand la pêche est bonne, il se prend chaque nuit de cinq à dix barils de harengs dans un rets d'une trentaine de brasses de lonL^ueur.
Le maquereau se pèche à la seine ou à la ligne. La pêche à la seine se fait absolument de la même façon que celle du hareng. Pour la pêche à la hgne, on emploie des lignes de chanvre ou de coton de six îi huit brasses de longueur. Pour appâter, on met sur l'hameçon un petit morceau de peau du cou du maquereau. Chaque pêcheur prend deux lignes qui sont attachées à l'embarcation, et quand le poisson donne,
106 LA GASPÉSTE
im équipage de quinze hommes peut preni|re en six lieures de vingt à trente barils Je maquereau, qui se vend de huit à vingt piastres le baril, SL4on la qualité.
La pêche du homard est aussi une occupation très ■payante. Elle ne se fait que sur les bords de la baie des Chaleurs, attendu que le homard ne fréquente pas le rivage du golfe Saint-Laurent, qui forme la limite nord de la Gaspésie. Cette pêche est des plus faciles, le produit est vendu sur les lieux même à des industriels qui ont de grands établissements où ils le mettent en conserves pour l'expédier sur les marchés.
La pêche au saumon se ftiit au moyen de rets que l'on tend sur le bord de la mer, dans les anses et surtout à l'embouchure des rivières. A la haute marée, le poisson passe au-dessus des rets pour se rendre près de terre ou remonter dans les rivières ; mais du moment que l'eau baisse, il s'éloigne de terre et retourne vers la mer, où son passage est intercepté par les rets. Il se prend dans les carreaux des rets et y reste prisonnier tant que le pêcheiu' ne vient pas le dégager pour le jeter dans son embarcation.
Les pêcheries qui viennent d'être d'écrites sont exploitées pour alimenter le commerce d'exportation et la consommation dans les grandes villes du Ca- ' nada. Les chiffres suivants, pris dans les statistiques officielles du ministère de la marine et des pêcheries,
LA. GASPÉSEE 107
peuvent donner une idée de l'importance de cette industrie, qui constitue une des principales sources de richesse de la Gaspésie.
Tableau indiquant la quantité et la valeur du jooisson pri^ dans la Gaspésie, en Vannée 1883.
Morue :
Pêche d'été 74 990 qtx à $4.00 ... $299,960.00
do d'automne ... 30 209 do à 4.00 ... 156 836.00
Langue- et noues 308 bar. à 9.00 ... 3 312.00
Rog de Morue 79 do à 1.00... 79.00
Huile de Morue 63 862 gai. ù 0.60 ... 38 317.20
lia evg :
Hareng salé 26 922 bar. à $4.00 ...$107 688.00
do fumé 5 03(>bts à 0.25... 1257.50
do eagrais 37 231 bar. à 1.00... 37 231.00
Maquereau :
^aqu reau salé 1 165 bar. ù $3.00 9 320.00
S'Juvwn :
Saumon salé 36 bar. ù $15.00 $540.00
do frais 2G9 7.9 Ibs à 0.07 19 173.37
Homard :
Homard en canistre.. 135 710 Ibs à $0.15 . 20 356.50
Divers poissons :
Egrcfin 490 qtx à $4.00 1960.00
Lingue 207 do à 4.00 828.00
Flét.n 54 bar à 6.00 324.^0 .
Truite 35 do à 8.00 230.00
Anguille 96 do à 8.00 768.00
Sardine 442 do à 3.00 1326.00
Divers poissons pour
consommation locale 12 102 do à 4.00 48 408.00
Eturgeon 45 do ù 5.00 225.00
Poisson employé comme eng^rais et appâî :
Capelan 12 240 bar à Çl.OO $12 240.00
Bpcrlan 756 do à 1.00 756.00
Truite 50 do à 1.00 50.00
Lançon 594 do à 1.00 594.00
Encomet 2 889 do à 1.00 2 889.00
Moules 683 do ù 1.00 683.00
2Iarsouins :
Peaux de marsouins.. 3G à 3.00 108.00
iiuile " .... 193 gai à 0.60 115.80 223.80
Baleine :
Huile de baleine 4 810 gai ù 0.60 2 88G. 00
Ces $768,510.57 représentent 33,924,829 livres de poisson et 68,865 gallons d'huile. Et constatons de suite que l'année 1883, à laquelle s'applique le tableau qui précède, a été pour la pêche l'une des ].lu3 ordinaires. Cela ressort clairement de la compai-aison suivante entre les années 1879 et 1883.
J/(rru€ : (1879) (1883)
l»écbe d'été.. 101 77G qtx = S407 104 ... 74 990 qtx = $290 900 •' d'automne 31 103 qtx == 124 412 ... 39 209 otx = 150 8.36
132 879 qtx
. 114 IDOqtx =
Smmon :
Kaumon salé.. 14 500 Ibs
.. 7 200 lb3 =
frais .. 392 372 Ibs
.. 2Ô9 719 Ib? =
406 872 lb3=?22 249.10 276,919 Ibs 19,713.37
Homard :
Gomard en conserves.... 398,648 lb3==$5S;7DT.20 135,710 Ib? = $20,356.50
LA. GÀSPÉSIE 109
Ces trois seuls item accusent pour l'année 1882 un déficit de $116,686.13. Dans les années ordinaires, le produit des pêclieries est d'environ 8800,000 et il serait facile de le porter à un million en se livrant à cette exploitation avec un peu plus d'activité.
D'ailleurs, il est plusieurs espèses de poissons dont les pécheurs de la Gaspésie, notamment dans la baie des Chaleurs, ne font aucun cas et qui pourraient cependant leur fournir beaucoup. Citons entr'autres le maquereau, le thon et le chogset.
Complétons ces derniers renseignements par quelques statistiques sur le nombre d'hommes, de navires, etc., employés pour la pêche de. la Gaspésie. Tout cela est résumé daiis le tableau suivant :
Embarcations Kombre Tonneaux Hommes Valeur
Navires 70 6 7C9 190 ^299 5G0
Bâtiments pôcheurs... 1612 1 a pt 81053
Bat^auxplats 1343 | * ^^^ 14837
Sp'nes et rets Xombre Verges Valeur
Rots à saumons 883 57 002 ?18 411
Rets à hareng 3 501 114 C32 37 504
Rets à Maq creaa 243 8 114 3 169
Seines à maquereau 3 150 100
Seines à capelaa 181 8 304 5 993
iSeines à lançon 21 700 829
La valeur des embarcations et des appareils mentionnés dans ce tableau forme un total de $-AG 1.456. • Cela montre assez qu'il ne faut que très peu d'argent pour se procurer un agrès de pêche et que même les plus pauvres peuvent y parvenir aisément.
Les pêcheries de la Gaspésie pourraient aussi fournir la matière première d'une industrie importante à tous les points de vue, la préparation des engrais artificiels, nidustrie fort lucrative par ellemême et si avantageuse à l'agriculture.
L'emploi du poisson dans la préparation de certains engrais artiiicieis est connu et pratiqué depuis longtemps sur les côtes de i'Ejosse, du Cornouailles et de la I>ret;r;giîe et de quelques parties du littoral des Kiats-L'nis. C'est en France que cette industrie de la ]. réparation des engrais avec les déchets de poisson a le mieux réu-si : ]\I. Demolon l'exploite depuis ])lus de trente ans et yaréali-sé une fortune colossale. Son principal établissement est à Concarneau, petite ville de Bretagne, où l'on transforme en engrais les déchets de la sardine qui se pêche en abondance sur les côtes.
Le procédé suivi par M. Demolon est des plus simples. Après avoir fait cuire les déchets dans des chaudières en cuivre chauffées à la vapeur, on les soumet à une forte pression pour en extraire l'eau et l'huile, on râpe la masse ainsi pressée, on dessèche le
produit en le soumettant à l'action d'un courant d'air chaud, puis on le moud pour le réduire en pondre, forme sous laquelle il est livré au commerce. L'expérience acquise à l'usine de Concameau établit que 100 parties de déchets frais produisent en moyenne 22 parties de poudre-engrais et de 2 à 2-J- parties d'huile. L'établissement emploie— du moins employait il y a quelques années — six hommes et dix petits garçons et pouvait transformer chaque jour de dixhuit à vingt tonnes de déchets de poisson, produisant, de quatre à cinq tonnes d'engrais pulvérisé. Cet eugi-ais renferme SO pour cent de matières organiqiit*^^ et 14.1 pour cent de phosphate de chaux et de magnésie, ainsi que du sel ordinaire, du carbonate (ic chaux, du sulfate et du carbonate d'ammoniaque, puis seulement un pour cent d'eau. L'azote exifeto presque exclusivement à l'état de matière orgauiqiio et correspond à 14.5 pour 100 de l'amraoniatjue. L'acide pliosphorique, qui est insoluble à l'état daîis lequel il se trouve dans cet engrais, représente à peu près 7 pour 100.
D'après les meilleures données, les déchsts de poisson produisent 10 pour 100 de cet excsllent engrais, qui est presque aussi bon, aussi précieux et aussi recherché que le guano du Pérou. Enfin le poisson des pêcheries de la Gaspésie fournirait au moins la
moitié de son poids brut en déchets. Les chiffres suivants, pris dans le recensement de.- 1881, indiquent le poids du poisson pris cette année-là et montrent la quantité de dtchets qu'on pourrait transformer en un engrais valant au moins vinii;t pastres la tonne.
JPoissona Bonaventiire GuRpé Rimousui en tonnes
Morue, q'x 38 112 257 653 5 898 15 083.0
Aigrefins, ba: bues, merlans, q G9 1090 83 62.5
lia; engs, barils 32 070 76 615 1943 11063.2
Gaspareanx " 31 3 6 4.0
Maqueieaux" 1259 8 437 647 1034.3
«ardines " 28 180 3SJ 53 7
Flétans " G 336 16 30.7
fcaumons " 652 479 32 111.2
Aloses " 5 6 2 1.3
Anguilles " 53 112 7 17.2
Truites " 1^3 122 32 31.2
Autres poissons, barili 12 034 15 116 1765 2 981.5
Homards en boîte Ibs 97 200 420 5.34 ..X.. 258.7
Ce chiffre total de 30,732.5 tonnes représente le poids net du poisson après qu'il fest préparé pour le marché et débarrassé des déchets, q-.ù pèsent autant. Gn pourrait donc compter sur 30,000 tonnes de déchets pour la préparation de l'engrais, ce qui donnerait environ 6,000 tonnes d'engrais valant sur les lieux au moins $20.00 la tonne, et en totalité $120,- 000 par année. On pourrait en faire autant avec plusieurs espèces de poissons qu'on ne pêche pas parce qu'ils ne sont d'aucun usage, mais qui se trou veut
LA GASPÊSIE 11Î5
en immenses quantités dans les eanx de la mer qui environne la Gaspésie. On pourrait donc compter chaque année sur environ 10,000 tonnes d'engrais de poisson et un produit annuel d'à peu près $200,000.
CHAPITEE VIII
INDUSTRIE AGniCOLE
Sous le double rapport du sol et du climat la Gaspésie est incontestablement une des plus belles, sinon la plus belle partie de la province de Québec, yans compter que la mer fournit aux cultivateurs de cette région des quantités inépuisables du meilleur engrais. Le varech abonde presque partout sur le. rivage et, outre les déchets de poisson, il est facile de [Tendre dans la mer même, en quantités immenses^ ies poissons d'espèces inférieures et qui ne s'em- ])loient ni dans la consommation locale ni dans le coînmerce d'exportation. La vase de grève et les herbes marines sont aussi d'excellents engrais, dont le cultivateur laborieux et intelhgent peut tirer de grands profits.
Toutes ces matières abondent dans la Gaspésie, ].rinci paiement sur les bords de la baie des Chaleurs. A cliaque marée, surtout quand l'eau est ud peu
114 LA GASPèsIE
agitée par le vent, il s'accumule sur le rivage des masses de varech et d'herbes marines. Et cette accumulation se renouvelle constamment: le cultiv^ateur a là un approvisionnement constant de bon engrais pour recouvrir ses près ou augmenter le rendement et la qualité des grains qu'il récolte. Cet engrais ne lui coûte rien, il n'a qu'à le transporter dans sou champ, puis à l'épandre. Dans les pâturages, cela ne nuit pas à la dépaissance, l'augmente même, car les animaux broutent de préférence l'herbe à laquelle ces plantes marines ont donné un petit goût de salin. Les moules, les étoiles de mer et les oursins peuvent former la base d'un excellent compost, qu'on peut encore oiu'Lchir avec la vase de grève et les écailles.
Mais l'engrais le }»liis riche est fourni par le pois- .son et ses déeliets. Tous les établissements de pêch»..' à la morue peuvent fournir des quantités énormes de cet engrais, qu'on peut enfouir à l'état brut dans lo {?ol. Si les cultivateurs de la Gaspésie savaient eu profiter, ils aviraient dans ces déchets de morue uu'^ source de richesse dont il est facile de concevoir hi valeur. Ils pourraient encore l'augmenter en faisant bouilUr ces déchets pour en dégager l'huile, qui retarde ou empêche même la végétation.
Le poisson à son état entier est aussi un excellent engrais et qui abonde partout sur les bords de la mer.
On emploie à cet usage le capelaii et le hareng oui est trop maigre ou trop petit pour être avantageuseiiieut livré au commerce. On en consomme ainsi des milliers de barils ; m^ais on pourrait en employer encore bien plus, et surtout on pourjait prendre pour le même usage d'autres poissons qui sont en grandes quantités et nullement acceptés dans le commerce ou pour la consommation domestique. Enfin, la quantité d'engrais que peut fournir la mer est pour ainsi dire illimitée, de même qu'elle est à la disposition de tous ceux qui sont assez intelligent-s et assez laborieux pour en tirer parti.
Il est parlé ailleurs de la fabrication des engrais artificiels avec les déchets de poisson. Si, un jour, cette précieuse industrie jrend naissance dans la Gaspésie, les cultivateurs de cette contrée auront encore là une source de grande richesse, puisque cet engrais artificiel est à j)eu près aussi riche que le guano, que les bons agriculteurs de Trance et d'Ani^leterre trouvent profitable d'acheter à plus de vingt piastres la tonne, aux commerçants qui Timportent des côtes de l'Amérique du sud.
Le plâtre est un autre engrais que les halritants de la Gaspésie p>euvent se procurer à des conditions exceptionnellement avantageuses. Il y en a des carrières inépuisables aux îles de la Madeleine, qui sont,
comparativement aux antres parties de la provinee, dans le voisinage des côtes de Gaspé. Le transport peut en conséquence se faire à bien meilleur marché, ce qui donne un avantage considérable aux cultivateurs de ces parages.
Il y a des dépôts de marne en plusieurs endroits de la Gaspésie. C'est encore une autre source de richesse agricole. La marne, c'est bien connu, jouit de la double qualité d'être à la fois un engi'ais et un un amendement. Il est établi qu'avec la marne, employée avec une quantité convenable d'engrais naturels ou artificiels, on double facilement le rendement d'un terrain. Or les cultivateurs de la Gaspésie, qui ont de l'engrais en abondance, sont évidemment des mieux situes pour profiter de ces dépôts de marne et doubler le rendement de leurs terres, qui sont naturellement des plus fi-rtiles.
On peut donc dire sans crainte que sous le rapport des engrais, de la facilité de se les procurer en abondance de première qualité et pour le seul frais de les recuillir ou de les transporter, la Gaspésie offre à l'agriculteur des avantafres qui ne se rencontrent nulle part ailleurs, au moins dans la partie du Canada située plus à l'ouest.
Quant au climat, il est des plus favorables aux opérations agricoles : c'est un fait connu. Cependant,
la partie sud de la péninsule de Gaspé jouit, au point de vue climatérique, d'un avantage qui est généralement ignoré, nous voulons dire son exposition au midi. A partir de la chatne des hauteurs qui longe le bord du Saint-Laurent, le teiTain va en déclivité vers le sud et se trouve ainsi des mieux exposés à la l'action bienfaisante des ra^y^ous solaires, si importante pour la végétation, ii laquelle elle donne une activité, une énergie extraordinaire. Les rayons solaires perdent une partie de leur chaleur par la réfraction et c'est ce qui explique pourquoi sur la côte du Nouveau-Brunswick, de l'autre côté de la baie des Chaleurs, la temijérature agricole est moins élevée que dans la Gaspésie, où les rayons du soleil tombent d'aplomb sur le sol et lui communiquent par conséquent plus de chaleur, plus de force vivifiante pour la végétation.
Cette exposition au soleil du midi fait de la zone sud de la Gaspésie une des régions les plus avantageuses pour la culture des arbres fruitiers et m.ême de la vigne. Avec une culture intelligente et soignée, les pommes réussiraient très bien, aussi bien que dans le district de Montréal, où Tété n'est pas plus beau ni la belle saison plus longue, et il est certaines localités qui semblent adaptées d'une manière spéciale à la viticulture. Au nombre de C3s localités,
il faut mentionner en premier lieu le versant qni se trouve entre la mer et le flanc du mont Tracadigetche, dans Carletoii. Le terrain est un sol qui convient parfaitement à la vigne ; le flanc de la montagne, qui arrête tous les vents de nord et de nord-ouest, réfléchit les rayons du soleil et élève ainsi la température, puis le voisinage de la mer donne au thermomètre une régularité qui empêche les changements subits et prévient les gelées hâtives. Enfin cette localité, comme sol et comme climat, est égale, sinon supérieure, à plusieurs endroits de l'île de Montréal où l'on cultive depuis plusieurs années le raisin avec un succès incontestable. Qu'on essaie cette culture dans la baie des Chaleurs, surtout à Carleton, et le succès ne se fera pas attendre.
Le sol est si riche par lai-même qu'o^n peut toujours compter sur d'excellentes récoltes sans recourir à l'emploi des engrais. La terre se compose de débris de roches qui produisent les sols les plus riches et les plus faciles à cultiver, ainsi que nous l'f.vonis «démontré ailleurs. Ces terres jaunes et brunes, glaiseuses en certains endroits, se cultivent avec la plus grande facilité et produisent d'abondantes récoltes de toutes sortes de céréales. Ce fait est surabondamment établi par les chiffres suivants, qui sont tirés du recensement de 1881.
LA. GASPÊSÎE 119
Dans la Gaspésie, il y a uns étenduo de 174,306 acres de terre en exploitation agricole. L'aire occupée par les différentes branches de culture est ainsi répartie :
Bonavenfure Gaspé liiwonsld Totaux
En céréales :iO 159 21 9:j-2 32 9.2:{ 85 014
• foin 12609 10 616 10 47-J n3G9r
•' pâturage 11297 14 415 28 678 54 300
" jardina 594 443 laS 1:205
Total 54.G59 47 406 7-J,Q4l ]7:l.W(i
L'étendue ensemencée a donné le rapport suivant :
Céréales: Bonaveniure Gaspé Eimouski Totaux
Minotsdeblé 35.639 2o,74-2 89,G-J5 154,2i;G
orge 31,93-2 46.95-2 63.921 14-2,805
" 8ei>;l© 5.529 C,G09 8.951 21,092
" sarrasin 64,416 1,552 7,713 73,711
maÏ6 .327 101 50 478
" avoine 194,570 87,551 71,705 353,826
Total 332,643 171,507 241,9€8 746,113
Cidture sarclées :
Min. de pommes de terre- 704,43-3 423.591 e63,32'7 1.391,3.:iO
navets 101,490 114.501 12.243 223.294
autres racines... 31,753 13,493 1,C23 46.8G9
fèves 2,5-27 6.172 29,045 37,745
Total 640,202 557.8:7 306,-239 1,704,258
Tonneaux do foin 16,891 17,109 7 702 41,762
Le rendement du blé, par acre, se voit dans le tableau suivant :
Bonavenfure Gaspé EimousJci Gaspésie
ilinotsrécolt-és 35,839 28,742 89,6-25 154,206
Acres ensemencés , 3,181 2,610 9,48-2 15,073
Rendement par acre 11.26 11.81 9.10 10.23
Différence —0.64 —319 0 80 —1.47
C'est-à-dire que de 1871 à 1881 le rendement du blé, par acre, a augmenté de 0. 80 dans le comté de Eimouski, diminué de 0.64 dans Bonaventure, de 3.19 dans Gaspé et de 1.47 minot par acre dans toute la Gasposie.
Quant au foin, le rendement en tonneaux, par aciv> a été comme suit d'après le recensement de 1881 : dans le comté Bonaventure, 1-.33 tonneau; dans le comté de Gaspé, 1.61 tonneau; dans le comté de Eimonski 0.73 tonneau; dans toute la Gaspésie, 1.23 tonneau.
Ce rendement est peu considérable ; mais il dépend bien moins de la pauvreté du sol que la mauvaise culture qu'on lui donne. En beaucoup d'endroits, on suit encore l'affreuse routine qui conssite à faire des prairies sans guère semer de graine de foin, puis à laisser ces prairies en foin tant qu'elles ne sont pas complètement incapables d'en produire. On conprend qu'avec un pareil système, il est impossible de récolter beaucoup de foin, même dans les terres les plus suceptibles d'en produire, quand elles sont bien cultivées.
La culture des pommes de terre est une des plus productives. Le rendement moyen, à l'acre, est de 152.21 minots dans Eimouski, de 156.07 minois dans Gaspé et de 183.11 minots dans Bonaventure,
LÀ GASPÊSŒ r 121
OÙ Ton récolté jusqu'à 300 minots à l'acre. Ce fort rendement s'explique bien facilement. Outre que le sol est très propre à cette culture, le poisson fournit un engrais qui double pour ainsi dire la production. On emploie pour cela le capelan et le hareng de qualité inférieure, qu'on met -dans les sillons mêmes ou à la surface du sol. Avec cet engrais, les pommes de teiTe peuvent venir dans sols les pauvres, et à ])lus forte raison dans les riches terrains de la Gaspésie. Ainsi s'explique rénormo quantité de l,704,2r)8 minots de pommes de terre que l'on récolte dans 8,291 acres de terrain. A soulcment vingt-cinq centins le minot, cette récolte représente une somme de 8426,- 064,50 ou de 851.40 par acre.
En résumant les chiffres qui précèdent, on trouve que l'étendue ensemencée est ainsi répartie entre les différentes cultures:
Cultures Bonaventure Gaspé Rimonski Ga^i)fsie
Foin 12,C09 10.616 10,472 3:5,C97
J'.lé 3.181 2,410 9,842 15,43;î
Pommes de terra 3,è47 2,714 1.7:îO 8,291
Autres cultures 23,131 16,808 21.351 61,290
Total 42;7C8 32,548 43.398 118.711
C'est-à-dire que les différentes cultures sont dans les proportions suivantes pour toute la Gaspésie : foin, 28.38 XDOur 100 ; blé, 13 pour 100 ; pommes de terre, 6.99 pour 100 ; autres céréales et plante-racines, 51.63
pour 100. 11 est évident que n'est pas assez considérable et qu'elle devrait être augmentée d'au moins 12' ou 15 pour 100. Dans notre province, c'est l'élevage du bétail qui paie le mieux, et pour élever du bétail avec proiit, il faut que 40 pour cent au moins de l'étendue en culture soient en prairie. Autrement, le cultivateur n'a pas assez de bon fourrage pour garder un troupeau suffisamment nombreux ni pour le nourrir avantageusement. En remédiant à ce défaut, on pourrait augmenter considérablement le produit de l'exploitation agricole dans la Gaspésie.
Du reste, il n'est pas une région qui soit mieux adaptée à l'industrie si payante de l'élevage. Les pâturages sont de qualité supérieure. Le sol produit l'herbe en abondance et presque partout les prés sont traversés par des ruisseaux ou des rivières où coule constamment une eau limpide et claire comme de l'eau de roche. Les" hauteurs et les collines fournissent d'excellents pâturages pour les moutons et partout la fraîcheur de la température donne au*bétail une vigueur et une santé qu'il est difficile de trouver ailleurs au même degré. Enfin la facilité avec laquelle on peut cultiver d'immenses quantités de pommes de terre et de plantes-racines, grâce à l'engrais que fournit la mer, assure à l'éleveur une nour-
riture aussi riche qu*abondante pour l'iiivernement ou Fengrais du bétail. Et l'exportation de ce bétail a étc rendue des plus faciles par l'ouverture do r Intercolonial qui a mis la baie des Chaleurs en communication rapide et peu dispendieuse avec les principaux ports et les plus grandes villes du Canada. Quand l'éleveur de l'Ouest "trouve avantageux d'élever du bétail pour l'expédier à 500 ou 600 et même 800 milles, sur le marché de Chicago, pourrait-oji soutenir que celui de la baie des Chaleurs n'aurait pas encore plus d'avantage à élever du bétail pour l'expédier sur les marchés d'Hahfiix, Saint-Jean et Québec, qui ne sont éloignés que de trois ou quatre cents milles ?
Il faut donc admettre que les cultivateurs de la Gaspésie n'élèvent pas assez de bétail. Cela ressort clairement des chiffres suivants. Le tableau du bétail, dans le recensement de 18S1, donne les quantités que voici :
Bcfail : Bonavenzurc Gaspé . EimousJci . Gaspcsie
Chova-.ix i?,-2-2 "Z.Z^Q l.-ll-j e.COl
l'oulains 518 430 305 i.j,-,.;
l'.œiifs uc tiiividl.. ],-136 1,813 35:5 :;.C07
Vaches laitières 5 053 A.'^OQ 3.!'0fi 13,95%
Autres bêtes bovines 4,611 4.29.) 3.635 10,545
itontoii.=; 15.0:50 19,4CS i!,S-:T 4fi.3-:5
Cochons 7,428 9,448 4.0G1 -ZH.'iM
Tot*î 36,:54a 42,779 25,499 104,626
124 LA GASPÉSrE
Il y a dans la Gaspésie 173,101 acres de terrain sous culture et en pâturage, ce qui fait 1.64 acre par tête de bétail et 1.84 tête de bétail par personne, puisque la population se compose de 56,860 habitants. Dans Compton, l'un des comtés les plus riches de la province et qui doit cette richesse uniquement à l'agriculture, et surtout à l'élevage du bétail, il y a 147,874 acres de terrains sous culture et en pâturage, puis 46,721 têtes de bétail, ce qui fait 3.16 acres par tête et 2.38 têtes de bétail par personne, attendu que la population est de 19,581 âmes.
Comme on le voit, comparativement à la population, il y a près de 100 pour 100 plus de bétail dans Compton que dans la Gaspésie, ce qui explique la richesse ce de comté et la pauvreté comparative de l'autre région.
Un autre exemple rendra la chose encore plus claire. Dans le comté de Compton, en 1881,1a valeur des produits de la laiterie s'est élevée à 8146,851.80 ou $7.50 par tête ; dans le comté de Bonaventure, il n'a été que de 852,679.90 ou $2.78 par tête. Sur ce seul item, il y a donc une différence, contre les cultivateurs de Bonaventure, de 84.72 par tête et de $80,245.76 pour tout le comté. Au même taux, la différence est de $268,379.20 pour toute la Gaspésie, où la terre et les pâturages sont aussi bons et même meilleurs que dans Compton.
LA GASPÉr-ilE 125
Tous ces faits prouvent clairement que le cultivateur de la Gaspésie pourrait presque doubler le produit de son exploitation en faisant une plus large part à rélevage du bétail. Cette démonstration n'aurg peut-être pas d'effet immédiat sur les habitants d( cette région ; mais elle démontre aux émigrants qu: voudraient s'établir là qu'une exploitation bien couduite pourrait donner pour le moins autant de revenus et de .profits sur les bords de la baie des Chaleurs que dans la plus belle partie des Cantons de l'Est, si avantageusement connus par .leur richesse coinme pays agricole.
CHA5ITEE IX
VOIERIE — PORTS DE ^lER ET" XAVIGATIOX
La Gaspésie est entourée par un chemin bien supérieur, en général, à ce que l'on voit dans les autres parties de la province de Québec, Ce chemin est unpeu accidenté en certains endroits ; mais il est partout dur et aussi carossable qu'un chemin macadamisé. Nous ne connaissons rien de plus beau que la partie de cette grande voie publique qui traverse la vallée de la Métapédia, puis longe les bords de la baie des Chaleurs et du golfe Saint-Laurent jusqu'au
village de Gaspé. Nous y avons voyage pendant six semaines continuellement et sans éprouver la moindre fatigue. L'autre partie, surtout le clicmin maritime^ n*est pas aussi belle, mais n'en est pas moins un bon cbemin carossable. Dans les endroits peu habités, le gouvernement veille lui-même à l'entretien du cliemin, qui est toujours maintenu en très bon état.
Outre ce grand chemin, il y en a beaucoup d'autres dans les endroits malheureusement trop peu nombreux où la colonisation a pénétré dans l'intérieur et s'est un peu éloignée des bords de la mer. Ces chemins sont aussi en bon état et l'on peut dire sans crainte que sous le rapport de la voierie, la Gaspésio l'emporte beaucoup sur presque toutes les autres parties de la province. Le sol est si propice, si bien égoutté, que tous les chemins qu'on ouvre deviennent beaux aussitôt.
Actuellement, il n'y a qu'un chemin de fer dans la Gaspésie, l'Ii^tercolonial, qui traverse la vallée de la Métapédia et va du nord au su<'l depuis le Saint- Laurent jusqî;'à la rivière Itistigouche, distance d'une centaine de milles. Le cliemin de fer de la Baie des Chaleurs, actuellement en voie de construciion, traversera la partie sud de la péninsule et reliera la station de Métapédia, sur l'intercolonial, au Bassin de Gaspé, qui en est éloigné d'environ 200 milles.
Le premier tronçon, long d'une centaino de milles, aboutira au port de Paspébiac et sera bientôt mis en exploitation. La compagnie chargée de conduire cette entreprise à bonne fin compte parmi ses directeurs quelques-uns des hommes les mieux posés dans la finance et les affaires de cliemins de fer. Pour les cent milles compris entre ]\Iétapédia et Paspébiac, la compagnie a du gouvernement de Québec une subvention de 1,000,000 d'acres de terrain, et du gouvernement fédéral un subside de $620,000 en argent, ce qui assure le succès de l'entreprise.
A la session de la législature de Québec, en 1883, il a été incorporé une autre compagnie pour construire un chemin de fer dans la partie nord de la Gaspésie, •• depuis un point quelconque sur Tinter colpnial, entre Kimouski et Petit-Métis, jurqu'au ou près du Bassin de Gaspé, en passant par Matane, Cap-Chatte et Sainte- Anne-des-Monts. Ce chemin de fer aurait environ cent quatre-vingts milles de longueur puis compléterait un réseau qui entourerait toute la Gaspésie et formerait environ cinq cents milles de voie ferrée.
Mais les habitants de la Gaspésie ont un autre moyen de transport et de communication qui a bien ses avantages : la navigation. Avec leurs barges, ils font aisément les petits transports d'une localité à
une autre et, dans le haut de la baie de^ Chaleurs, de leurs résidences aux stations de l'Intercolonial, qui longe le rivage sud de cette baie jusqu'à Bathurst. Ce transport est peu coûteux et presqu'aussi prompt, aussi rapide que celui que pourraient fournir les chevaux et les chemins ordinaires. Pour les grands transports, principalement sur la côte du nord et de l'est, il y a les goélettes, qui font r.n trafic considérable et constituent le moyen de transport le plus en vogue pour l'échange des produits naturels et des marchandises entre ces locahtés et Québec ou les autres centres de commerce où s'écoulent les produits de la Gaspésie. Ce transport en goélettes est très peu dispendieux et à la portée de tous les habitants de cette région.
Le commerce avec les pays étrangers, c'est-à-dire les neuf dixièmes du commerce de poisson, se fait par des navires venant d'Europe. Ces navires prennent ordinairement leurs cargaisons à Gaspé, à Percé et Paspébiac, qui sont des ports sûrs et commodes, notamment ceux de Paspébiac et de Gaspé. Ce dernier se trouve au fond de la baie du même nom et peut contenir sans peine une flotte de mille grandes voiles. Il y a aussi de bons quais à Paspébiac, mais l'eau n'est pas aussi profonde. A. Percé, il n'y a pas de quai, mais les bâtiments peuvent charger et déchar-
LA GASPESIE 129
ger en rade avec la plus grande facilité. La même chose pourrait se faire en beaucoup d'autres endroits, notamment à l'Anse-du-Cap, au Port-Daniel, etc. Il y a un beau quai à Carleton pour les navires d'un i^iible tirant d'eau et la baie de Tragadigèche offre un havre aussi sûr qu'il est commode aux navires tirant trop d'eau pour accoster à ce quai. Quant à la navigation de la baie des Chaleurs, elle est des plus sûres et des plus faciles, puisqu'elle se fait au large, en pleine mer, et qu'elle n'est obstruée par 'aucune île, aucun récif ou obstacle quelconque.
Il y a deux lignes de steamers qui désorvent la Gaspésie : la ligne des vapeurs de Québ3c e^. cello de CampbeUtown à Gaspé. La première, commo soi nom l'indique, met les ports de la partie nord- est dt la Ga,spésie, jusqu'à Percé, en communication direct avec Québec, Montréal et les villes de la Xouvelle Ecosse. L'autre fait le service entre CampbeUtown, où elle se rattache au chemin de fer Intercolonial, et toutes les localités de la baie des Chaleurs, jusqu'à Gaspé. Elle reçoit une subvention du gouvernement pour le transport des malles. Le steamer de cette ligne fait deux trajets par semaine, aller et retour, et' celui de la ligne de Québec ordinairement deux voyages par mois, jusqu'à Montréal. Le petit steamer Beaver, qui appartient à un négociant de Québec,
130 LA GASPÊSIE
fréquente aussi les ports de la Gaspésie et fait escale à presque toutes les localités.
Comme on le voit, les moyens de communicatioa ne manquent pas aux habitants de la Gaspésie et ces nombreux moyens de transport sont comparativement très peu dispendieux. Il est vrai que cela ne dure que six ou sept mois par année ; mais cet inconvénient disparaîtra avec la construction du chemin de fer de la baie des Chaleurs, qui est en voie de progrès. Du reste, il y a toujours i'Intercolonial qui est à la portée, hiver comme été, de la plus grande partie de la population de la Gaspésie et la met en communication réguhère avec toutes les grandes villes du Canada.
CHAriTIlE X